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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 14:09

 

Le vendredi 31 octobre était enfin inaugurée au cimetière du Père Lachaise une stèle commémorative du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, en présence de la maire de Paris et d'élus locaux.

Les prises de parole des Tutsi, du président et du vice-président de l’association "Ibuka", sont reproduites plus bas; leur écoute apporte une leçon précieuse de courage, de dignité, de combativité et d'humanité.

Parmi ces prises de paroles, celle d'Alain Ngirinshuti, rescapé du génocide des Tutsi et vice-président d’Ibuka  a raconté un chemin.

Celui qu’il a parcouru, après le génocide, pour revoir sa maison, celle de sa famille assassinée. Un chemin où il fallait faire attention aux chiens qui rôdaient autour des cadavres. Il raconte un mur, le seul resté debout de la maison familiale rasée et transformée en terrain de football. Un mur comme seule trace de la vie avant le génocide. Il raconte les vêtements, ceux de sa sœur assassinée, portés déjà par l’enfant d’un voisin.

Ce que nous transmet Alain Nigirinshuti n’est pas la compréhension de ce qu’il a vécu, car nous ne pouvons pas saisir la réalité d’une marche bordée par les corps assassinés. Mais il nous fait toucher du doigt le sens du combat pour la mémoire, de son incarnation dans une stèle à Paris. C’est un autre chemin, celui parcouru pour arriver jusqu’à cette stèle, dont il dit qu’elle sera aussi ce qui permet de se souvenir qu’il y a eu un temps et un monde avant le génocide.

 

Le but des génocidaires, en tout  temps et en tout lieu, ne consiste pas seulement à assassiner les vivants, mais aussi à nier à tout jamais leur existence. C’est pour cette raison que les négationnismes sont consubstantiels aux génocides. En niant, il ne s’agit pas seulement d’une tentative faite par les assassins pour échapper aux conséquences de leurs crimes.

Au même titre que les massacres physiques de masse, la négation est au service au service du but final : effacer de l’histoire et de l’humanité une partie des hommes et des femmes qui la constituent.

 

C’est cette volonté persistante de destruction qui rend si importante et universelle les combats pour la mémoire, et si difficiles ces combats.

 

Il aura fallu quatre ans depuis la demande faite par les rescapés pour que soient installés au Père-Lachaise cette simple pierre et les mots qui y sont gravés. Il s’est écoulé vingt ans depuis le génocide, mais la chape de plomb qui entoure le rôle joué par la France dans ce génocide est encore très pesante. Au point que le gouvernement a osé boycotter l'inauguration de cette stèle et assumer ainsi une absence honteuse et indigne de la démocratie.

 

Alain Ngirinshuti a évoqué le rôle du médecin français qui l'a sauvé, lui et 300 autres enfants, et qui a refusé de quitter le Rwanda tant qu'ils étaient menacés par les génocidaires. Voilà ce qu'a pu faire un seul Français au cœur de la tuerie. Cet exemple illustre a contrario la responsabilité immense que portent les responsables politiques et militaires de notre pays dans la mort de centaines de milliers de personnes.

 

Voilà pourquoi Ibuka et l'ensemble des rescapé Tutsi doivent être soutenus  par nous tous. Voilà pourquoi, en notre nom, il faut exiger encore et toujours la vérité et le respect pour les victimes , les rescapéEs et les descendantEs. Voilà pourquoi, la stèle dévoilée aujourd'hui en présence de la maire de Paris, ne doit être qu'un premier pas. Voilà pourquoi la solidarité remarquable des associations pour la mémoire des génocides commis contre les Juifs et les Arméniens doit être un exemple à suivre. Pour que demain, s'ouvre un lieu de mémoire et de savoir sur le génocide des Tutsi. Pour que demain, le souvenir du génocide de 1994 soit commémoré dans l'espace public et pas seulement dans un cimetière.

 

Le combat contre tous les génocidaires est universel. Mais nous, habitants de ce pays avons un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda. En effet une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance de ses responsabilités par l’État français, alors que celui-ci, qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence forcément complice.

 

Voir aussi :

Rwanda : la honte du gouvernement français

Rwanda : Une claque aux négationnistes

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

     

 

  MEMORIAL 98

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Published by memorial98 - dans Rwanda
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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 19:23

Il y a 76 ans, le 9 novembre 1938, débutait dans toute l’Allemagne et en Autriche la « Nuit de Cristal ». Durant cette attaque antisémite décidée par les chefs du parti nazi et perpétrée par leurs milices, entre 2000 et 2500 personnes allaient être assassinées, soit durant le pogrom lui-même,  soit par la suite dans les camps de concentration où furent envoyés des milliers de Juifs arrêtés. Des dizaines de synagogues furent profanées et incendiées.

 

images.jpg

Ce dimanche 9 novembre 2014, Memorial 98 vous invite à commémorer ce massacre planifié par les dirigeants nazis au plus haut sommet de l'Etat.Un massacre que les autorités françaises refusèrent  alors de condamner, au nom de leurs négociations avec l’Allemagne hitlérienne. La France fut ainsi  la seule grande démocratie à ne pas dénoncer à l'époque cette barbarie, malgré le rapport accablant de son ambassadeur à Berlin.


Nous nous rassemblerons à Paris devant le gymnase Japy, lieu où furent enfermés des Juifs arrêtés lors des rafles parisiennes entre 1941 et 1943, avant d'être envoyés vers les camps d'internement de Drancy, de Pithiviers et de Beaune la Rolande, puis vers Auschwitz.

Au gymnase Japy comme au Vel d'Hiv, la garde des raflés était assurée par  des gendarmes et des policiers français Vel d'Hiv: le document .

 

Déposer quelques fleurs et quelques bougies, se souvenir ensemble, représente un acte symbolique face à l'offensive raciste et antisémite en cours en France.

Des millions de personnes peuvent désormais entendre un triste provocateur comme Zemmour réhabiliter Pétain et Vichy à la radio et à la télé. A proximité du gymnase Japy, ce soir là comme tous les autres, au théâtre de la Main d'Or, des centaines de personnes riront d'un génocide, à l'invitation de Dieudonné, un néo-nazi comme un autre, que l'on qualifie pourtant d'humoriste.

 

Pourtant, si nous abandonnons nos mémoires, alors, il ne faudra pas nous étonner que les héritiers des assassins puissent refaire l’Histoire, la nier et la travestir. On ne peut pas se contenter d’être horrifié devant les croix gammées qui sont tracées sur des synagogues ou des mosquées. On ne peut pas se contenter d’espérer que l’Etat réprime les fascistes, les racistes et les antisémites. La  démocratie ne se confond pas avec l’Etat ; elle est l’œuvre de ceux et celles qui sont mobilisées. On ne peut pas se contenter  d’en appeler à la République parce que celle-ci n’a jamais constitué à elle seule un barrage infaillible contre les idéologies de la haine.

 

une-du-figaro-nuit-de-cristal.jpg


Nous ne sommes pas dans les années 1930.

Mais la banalisation du Front National, le succès des tribuns racistes et antisémites, et surtout l’indifférence et la démobilisation devant ces phénomènes sont aussi liés à l’oubli et à la minimisation de ce que furent les fascismes originels.

Aujourd’hui, de nouveau, des femmes musulmanes, des Juifs sont attaqués dans nos rues. Aujourd’hui de nouveau, des commerces juifs ou arabes sont incendiés.  L’extrême-droite légale, les Marine Le Pen et les Soral parlent. Leurs troupes répondent à l’appel en répandant la violence partout. Il n’y a qu’un seul fascisme.

Les violences racistes, antisémites ou homophobes loin de se résumer à des faits divers constituent des faits politiques constitutifs de ce fascisme.

La mémoire du nazisme et de ses crimes ne représente pas un « devoir », dont on pourrait alors se décharger sur l’Etat ou sur des associations dédiées.


La mémoire est une arme notamment en ce qui concerne l’antisémitisme. Celui-ci ne constitue pas seulement un racisme spécifique dirigé contre les Juifs. Il est présent et  enraciné au cœur des idéologies européennes de la haine, un laboratoire plusieurs fois centenaire d’élaboration des discours et des logiques de stigmatisation et d’oppression. Ces idéologies sont aujourd’hui recyclées pour frapper toutes les minorités et désarmer les progressistes, en développant les peurs et l’irrationnel.

 

 Nous vous appelons à participer à ce

 

Rassemblement le dimanche 9 novembre à 17h

devant le gymnase Japy, 2 rue Japy, métro Voltaire.

 

Ensemble, se souvenir et s’armer de détermination à combattre l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

 

Memorial 98


voir aussi:

Mémoire: la rafle méconnue du 20 août 1941.

Déchéance de la nationalité : quand Pétain sévissait

La rafle du Vel d’Hiv et la mémoire de la Shoah

Antisémitisme: le double anniversaire du 3 Octobre


 Sur Facebook suivez l'actualité quotidienne de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme de Memorial 98

Le groupe Facebook est le prolongement de ce site et rend compte de l'activité antiraciste et antifasciste.

 

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 18:16

octobre-61.jpgCinquante trois ans après le massacre du 17 octobre 1961, cet été, à Wissous, petite ville tranquille de la grande couronne parisienne, Richard Trinquier maire de la commune, apologue assumé de l'OAS , enclenchait une campagne de peur contre ses administrés musulmans: après avoir vainement tenté d'interdire les femmes voilées de piscine, lui et son équipe allaient publier par voie d'affiche les identités des femmes qui avaient osé contester sa mesure discriminatoire en justice, et appeler sur Facebook à la violence contre l'ensemble des musulmans.

 

Ceci  entraina effectivement le harcèlement de nombreuses habitantes. A ce jour, Richard Trinquier n'a pas été exclu de l'UMP.

 

Cet épisode, comme tant d'autres, illustre l'héritage toujours vivant et toujours nuisible de la guerre d'Algérie et des pro-Algérie française: il n'est pas anodin qu'une partie des maires FN nouvellement élus,tels Fabien Engelmann de Hayange, revendiquent leurs ascendants colons. Il n'est pas anodin non plus que le nombre de stèles rendant hommage à l'OAS soit en hausse depuis le début des années 2000. Il est à noter que Richard Trinquier prolonge explicitement  les "valeurs" de son père, le tristement célèbre colonel Roger Trinquier, qui s'est illustré en tortionnaire puis en militant OAS lors de la guerre d'Algérie. Trinquier père était un ami personnel de Jean-Marie Le Pen et comptait se présenter aux législatives de 1986 sous l'étiquette FN; il est décédé juste avant.

 

Dans un pays où l'accusation de "communautarisme agressif" est si couramment répandue envers les Français d'origine algérienne, cette accusation peut-être facilement retournée contre toutes celles et ceux qui montent sur les grands chevaux de l'Histoire dès que des gamins soutiennent l'équipe de foot algérienne. C'est d'ailleurs la seule équipe pour laquelle on supprime des écrans géants dans les communes dans les soirs de match, pour les remplacer "préventivement" par des escadrons de CRS.

 

Cette année, deux Algériens au moins sont morts alors qu'ils étaient dans les mains de la police française: Abdelhak Goradia , sans-papiers décédé d'une asphyxie pendant une tentative d'expulsion, et Hocine Bouras tué d'un coup de feu par la gendarmerie lors d'un transfert entre la prison et le tribunal de Colmar. Ces crimes ont eu lieu dans l'indifférence médiatique et politique qui accompagne la perpétuation de l'arbitraire policier, d'une zone grise, hors du droit,  qui perdure dans ses rapports avec certaines parties de la population.

 

Cinquante trois ans après un massacre survenu lors d'une manifestation pacifique, le racisme anti-algérien et sa virulence témoignent toujours d'un passé qui ne passe décidément pas. Ce passé continue d'inspirer les politiques et les discours tenus contre l'ensemble des immigrés et des issus de l'immigration. En témoigne, parmi d'autres exemples, l'omniprésence médiatique d'un Eric Zemmour, qui lorsqu'il n'est pas occupé à réhabiliter l'antisémitisme d'Etat de Vichy, déverse à longueur de tribune sa haine contre les jeunes d'origine d'algérienne .

 

Ce 17 octobre, Memorial 98 se joint donc à l'appel du Collectif 17 octobre 1961 : rassemblons-nous à Paris sur le Pont Saint Michel, ainsi que dans les autres commémorations, en mémoire des camarades assassinés par la police française ce jour là, en mémoire aussi de l'espoir qui les animait, eux et tant d'autres, celui d'un monde d'égalité.

 

Le rassemblement sera suivi à Paris d'un colloque en hommage à Jean Luc Einaudi , historien et témoin lors du procès contre Maurice Papon  ( coordonnées en bas de l'appel ci-dessous )

 

Rassemblement le 17 Octobre 2014 à 17h30 au Pont Saint Michel à PARIS

 

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement àParis contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait étéimposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris et le Gouvernement de l’époque.

Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés –notamment par la "force de police auxiliaire" - ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police.

 

53 ans après, la Vérité est en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, - en particulier la Guerre d’Algérie - non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’Etat que constitue le 17 octobre 1961. Le17 octobre 2012, le Président de la République a certes fait un premier pas important, en déclarant "Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."Mais le terme de crime n’est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n’est pas clairement définie.

 

Nous demandons une parole claire aux autorités de la République, au moment où certains osent encore aujourd’hui continuer àparler des "bienfaits de la colonisation", à célébrer le putsch des généraux àAlger contre la République, à"honorer" les criminels de l’OAS.

 

Dans ce domaine, il est donc nécessaire que des mesures significatives soient prises :

 

- Redéfinition de la "Fondation pour la mémoire de la Guerre dAlgérie ", créée en application de l’article 3 de la loi du 23 février 2005 (dont l’abrogation est demandée sous sa forme actuelle) vantant les "aspects positifs de la colonisation". Cette Fondation est sous la coupe d’associations nostalgiques de l’Algérie Française qui voudraient exiger des historiens qu’ils se plient àla mémoire de "certains" témoins.

 

- Que la création d’un lieu de mémoire voué à cet événement, demandée dans la résolution votée par le Sénat en octobre 2012 qui reconnaissait elle aussi ce massacre, soit rapidement mise en œuvre par les autorités de l’Etat, de la Ville de Paris et la Région Ile-de-France

 

- Pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologues de l’autre rive de la Méditerranée.

 

- La vérité doit être dite sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein de l’ancienne majorité présidentielle ont voulu réhabiliter.

 

Ce nest qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la Guerre dAlgérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourdhui nombre de citoyennes et citoyens, ressortissants dorigine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières.


On ne construit pas la démocratie sur des mensonges et des occultations. Après un demi-siècle, il est temps  :

- Que le Président de la République, au nom de la France, confirme, par un geste symbolique, la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’état

- que la Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie soit redéfinie sur des bases totalement différentes.

- que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité dans l’internement arbitraire, pendant la Guerre d’Algérie, d’Algériens dans des camps.

- que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité dans l’abandon des harkis, les massacres et l’enfermement dans les camps en France en 1962.

- que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens.

- que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant.

A l’occasion de ce 53ème anniversaire, nous exigeons Vérité et Justice.

 

Rassemblement le 17 Octobre 2014 à 17h30 au Pont Saint Michel à PARIS

 

Signataires (au 29 septembre 2014) :

Associations :17 octobre contre l’oubli, 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre), 93 Au Cœur de la République, ACCA (Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui), Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Féraoun et de leurs compagnons, ANPROMEVO (Association Nationale pour la Protection de la Mémoire des Victimes de l’OAS), ARAC (Association Républicaine des Anciens Combattants), Au nom de la Mémoire, FNACA de Paris (Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Algérie), LDH (Ligue des Droits de l’Homme), MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), Réseau Féministe "Ruptures", Sortir du Colonialisme, Memorial 98

A 19h, Hommage à Jean-Luc Einaudi avec différents auteurs et témoins, Salle Jean Dame, 2 Rue Léopold Bellan 75002 Paris – s’inscrire : hommage@einaudi2014.fr

 Voir aussi sur ce site:

17 octobre 1961: un massacre colonial.

17 Octobre: la mémoire d'un massacre à Paris

17 Octobre 1961 : 50e anniversaire du massacre des Algériens.

A propos de Papon:

Michel Slitinsky: hommage à un combattant 

 

 

Memorial 98

 

 

 

 

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 00:51

 

 

 

 

Actualisation du 21 juin 2016 :

 

Zemmour a été invité à débattre le 1er juin dernier à la grande synagogue de la rue de la Victoire, à Paris lors d'une conférence-débat intitulée « Qu'est-ce qu’être Français et Juif aujourd'hui ? », animée par Yves Thréard du Figaro et avec pour autre participant le Grand Rabbin Gilles Bernheim.

« Une belle affiche » selon l’hebdomadaire Actualité Juive, qui co-organisait l’évènement avec le Consistoire. 

Comme on pouvait s'y attendre, Zemmour a de nouveau développé ses thèses révisionnistes concernant le rôle de Pétain, connues depuis 2014 (voir ci-dessous).

Il en a même rajouté en déclarant: " « À l’époque, on estime que les Juifs ont pris trop de pouvoir, qu’ils ont trop trop de puissance, qu’ils dominent excessivement l’économie, les medias, la culture françaie comme d’ailleurs en Allemagne et en Europe. Et d’ailleurs c’est en partie vrai."

Honte aux responsables de l'institution qui ont estimé légitime d'inviter ce raciste et pétainiste à se produire au sein même du plus prestigieux lieu de culte du judaïsme de France.

La tribune qui lui a été ainsi offerte constitue une abjection.

Tous les antisémites du pays s'en réjouissent d'ailleurs et reproduisent ses propos, comme sur le site du néo-nazi Soral.

 

Memorial 98

 

 

Il ne faut pas s’y tromper : le succès de librairie du énième pamphlet de Zemmour " Le Suicide français" représente  un phénomène notable et inquiétant.

Certes l’omniprésence du polémiste d'extrême-droite dans les médias audiovisuels et le parfum de scandale qui l’entoure viennent au secours de ce succès.

De plus Zemmour manifeste une remarquable capacité de synthèse, d'absorption et d’expression de tout ce qui fait sens à l’extrême-droite. Chaque semaine, son activité consiste à lire l'intégralité des thèmes de propagande développés par les différents médias d'extrême-droite, afin de choisir les deux ou trois angles d'attaque les plus en phase avec l'air du temps et de les exprimer en moins de quinze minutes sur ITélé ou chez Ruquier ou à la radio. Entre-temps il en aura euphémisé la forme, sans l’affadir.

Ce que Soral dit en 20 minutes, il le dit en 2. Le fascisme adapté au format talk-show, édito du matin, ou billet d'humeur du samedi n'est pas si simple à mettre en œuvre. Cela nécessite d’abord d'avoir des médias qui sont en demande de ce genre de compétence, mais il faut aussi pas mal de travail pour la maîtriser.

 

Il faut regarder la réalité en face: Zemmour se nourrit des succès du Front National et en retour alimente ces mêmes succès. C'est le même mécanisme que nous avons décrit, dans un autre registre, concernant Dieudonné : "... Dieudonné surfe sur la radicalisation de la droite réactionnaire qui a manifesté contre le mariage gay. Dieudonné le « libertaire » a ainsi qualifié le mariage gay de « "projet sioniste qui vise à diviser les gens" Il se sent surtout conforté par les sondages favorables au Front National et les perspectives de percée de celui-ci lors des prochains scrutins… » 

 

Les thèses habituelles de Zemmour sont connues : xénophobie, islamophobie, misogynie, haine des valeurs de gauche.

Il réalise cette fois-ci une véritable escalade en entamant une réhabilitation du régime de Vichy et de Pétain. Ce dernier aurait contribué à "sauver" des Juifs français. Il trouve ainsi dans l’attitude de Pétain une justification supplémentaire de la « préférence nationale ».

Pour lui, Pétain a eu raison de livrer aux nazis les Juifs étrangers afin de sauvegarder plus de Juifs de nationalité française. Le propos est d'autant plus choquant que Pétain a personnellement aggravé les mesures du statut des Juifs, comme le montrent les documents annotés de sa main .

 

 

Lorsqu’il est mis en cause, Zemmour utilise sa méthode de défense habituelle: se faire passer comme celui qui combat une prétendue "doxa majoritaire" et faire référence à un livre d'un auteur à priori insoupçonnable.

Le succès des livres de Zemmour est en effet lié à son habileté phénoménale pour repérer le document et l'individu qui lui permettra de développer sa propagande réactionnaire.

Dans ce cas, il s'agit d'un certain Alain Michel, qui se présente comme historien et rabbin israélien d'origine française. Zemmour s'appuie sur son livre " Vichy et la Shoah – Enquête sur le paradoxe français" .

 

Or cet Alain Michel développe depuis des années une unique obsession: attaquer les travaux de Robert Paxton et Serge Klarsfeld sur la responsabilité de Vichy dans la déportation des Juifs de France.

Il désire à tout prix obtenir une « confrontation »  avec eux.  Sur son blog du Monde intitulé " Vichy et la Shoah" il écrit ainsi, le 23 octobre 2012: "Quand la mémoire klarsfeldienne (sic!) piétine l’histoire. La France, depuis 40 ans vit non seulement au rythme du « politiquement correct », mais surtout, en ce qui concerne l’application de la Solution Finale en France, à l’heure du mémoriellement correct... La consécration de cette lecture, sa « panthéonisation », a été réalisée par le discours de Jacques Chirac en été 1995, qui citait presque intégralement les mots que les gardiens du Temple (resic !) lui avaient soufflés, au premier rang d’entre eux Serge Klarsfeld… Mais Serge Klarsfeld a un compte personnel à régler avec le régime de Vichy (resic!) ".

Ce texte dont le contenu est omniprésent chez Alain Michel indique que celui-ci se place dans la lignée de la droite radicale, qu’elle soit carrément pétainiste ou liée à ceux qui comme Sarkozy rejettent la "repentance française" et le discours de Chirac de 1995.

La droite pétainiste apprécie d’ailleurs le travail d’A. Michel et lui rend hommage.

Il a été ainsi invité à présenter son livre sur Radio Courtoisie, média d'extrême-droite très marqué par l'antisémitisme, le 7 juin 2012 : “Jacques Trémolet de Villers recevait Alain Michel, rabbin, historien de Vichy et la Shoah". Ce Trémolet de Villers est aussi connu comme l’avocat et ami du milicien de Vichy Paul Touvier, condamné pour crime contre l'humanité, dont il prononça l'oraison funèbre en juillet 1996.

D'une certaine manière, et bien qu’issu d’un courant dit « massorati »  en principe plus moderne, Alain Michel fait écho aux prétendus rabbins ou membres de la secte ultra-orthodoxe et antisioniste Neturei Karta qui collaborent avec Dieudonné et Ahmadjinedjad.

 

 

Zemmour quant à lui, attaque violemment les travaux de l’historien « américain » Paxton. Il l’accuse d’avoir voulu porter atteinte à l’ « identité française » et d’avoir ainsi contribué à empêcher qu’on applique aux immigrés les lois que Zemmour et ses amis rêvent de mettre en œuvre. Car le polémiste, qui se présente comme indépendant de tous les partis, a derrière lui une longue carrière à la droite de la droite.

Il a  beaucoup fréquenté Charles Pasqua et ses acolytes. Il fut particulièrement proche de William Abitbol, conseiller politique de Pasqua et rédacteur de ses discours et aussi ancien militant du groupe fasciste Occident

 

 

Zemmour s’inspire aujourd’hui encore de la doctrine exprimée par Pasqua dans le magazine Valeurs actuelles du 2 mai 1988 à la veille de  présidentielle de 1988  : « Sur l'essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité ».

Dans cet esprit, la  réhabilitation de Pétain est nécessaire afin d’assurer la victoire de la droite dure. Car comme l’écrivait  Patrick Devedjian dans le Monde du 10 avril 2007 en définissant les enjeux de la candidature Sarkozy : "La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les mauvais points : à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. » 

 

 

On comprend donc qu’il est crucial de déconstruire et d’exposer les racines et les intentions de la propagande de Zemmour.

 

Voir aussi:

La réponse de l'historien Robert Paxton à Zemmour et Alain Michel: link

 

Vel d'Hiv: le document

Allez voir la Rafle!

Antisémitisme: le double anniversaire du 3 Octobre

Déchéance de la nationalité : quand Pétain sévissait

Le Pen s'en prend aux enfants, dans la lignée de Laval

 

 

Memorial 98

 

 

 

 

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 23:55

Au moment où se multiplient les récits de jeunes hommes et femmes se radicalisant de manière très rapide et extrême, nous  publions un réflexion sur ce phénomène, à partir des témoignages issus du livre « Les Français djihadistes» (éditions Les Arènes) par David Thomson.Thomson est un ancien correspondant de France 24 et RFI en Tunisie.

 

 

Un monde de silhouettes de papier auquel rien ne les a jamais rattachés, et la mort, la leur et celle du monde comme seule manière de donner un sens à l'existence.

 

C'est le message que délivrent Clémence, Yassine, Alexandre, Sirine, jeunes français, djihadistes en partance ou partis vers la Syrie, lorsqu'ils choisissent de parler à ce journaliste.

 

Ils ont des vies et des itinéraires différents. Néanmoins, qu'ils soient chômeurs ou salariés confortablement rémunérés, qu'ils aient ou non des enfants, des parents, unE conjointE, des ami(e)s, tout ceci ne semble revêtir à leurs propres yeux  aucune espèce de réalité, d'échanges, de rapports sociaux porteurs de sens.

 

Étrangers absolus à la société qui les entoure, ils le sont d'abord et aussi à ce qu'est l'islam en tant que réalité concrète. Qu'ils soient ou non issus de l'immigration, tous ou presque se sont convertis seuls face à un écran d'ordinateur. Tous ou presque justifient leur choix par une possibilité qu'ils n'ont pas trouvée dans les autres religions : pouvoir entrer dans un autre monde par la magie d'une phrase prononcée en tête à tête avec soi-même.

 

L'irruption d'êtres humains de chair et de sang dans ce processus magique et solitaire les dérange et les déçoit. Ainsi ils n'aiment pas les mosquées où ils ne se sentent pas mieux qu'ailleurs dans la société.  Ils ont  aussi été déçus par le "salafisme quiétiste" , qui ne leur proposait encore une fois que de vivre, d'une autre manière, mais de vivre quand même. Ils voulaient « partir », mais la « hijra » l'émigration vers un pays musulman ne les a finalement pas attirés non plus, dès lors qu'il s'agissait d'aller construire une autre vie.

 

 En revanche, partir en Syrie, c'est partir pour la mort. D'ailleurs dans leur esprit , la Syrie réelle n'existe pas. Elle est remplacée par " Al Shâm", cet endroit mythique où débutera la fin du monde, où un Califat sera instauré puis défait par les forces du Mal, ce qui annoncera le début du Jugement dernier. Partir pour le djihad, c'est donc partir vers la Fin. En effet, là-bas, les combattantEs partis instaurer le Califat ne triompheront pas, ils seront vaincus ici-bas, mais leur perte ne sera que temporaire, parce que leur mort ouvre les portes de l'Autre Monde.

 

Discours de propagande délivré à un journaliste en toute connaissance de cause ? Sans doute, mais il paraît aussi profondément intériorisé, correspondant à une expérience intime du réel et de ce qui ne l'est pas.

 

Car, pour ces jeunes gens, bien avant le Paradis, un autre monde est bien plus réel que celui dans lequel ils vivent. Les réseaux sociaux ont été pour eux la seule source de rapports perçus comme « vrais », parce que créant de l'émotion. Lorsqu'ils parlent de leurs liens avec leur femme, avec leurs parents, avec leurs amis, avec les collègues, tous évoquent en clair ou en creux un mur immense, infranchissable entre leur moi profond et leur moi social. Le « moi social » blague au travail, téléphone aux parents, fait des enfants, des fêtes, vend de la drogue ou écoute du rap, mais le moi profond, le « vrai », est seul, isolé, totalement absent et muet au monde.

 

Il ne se connecte que par le biais de la médiation virtuelle. On pleure devant la vidéo d'un imam; en lisant un hadith sur l'écran, on éprouve le sentiment d'une révélation qui n'est jamais venue dans le réel, même à la mosquée. Les rapports avec les autres êtres humains constituent toujours un poids et une souffrance, le virtuel est le seul moyen de les dépasser. Ce qui frappe est que cette attitude ne disparaît pas lorsqu'ils partent, lorsqu'ils sont enfin sur la terre du djihad. Leur premier geste est de poster une photo sur Facebook et de se géolocaliser. Tous passeront le temps (hors des combats) branchés sur You Tube, seuls devant leur caméra, tous montrent avec fierté au journaliste le nombre de like sur leurs vidéos, beaucoup ont une fois là-bas ouvert des blogs. Mais presque aucun ne parle de la Syrie réelle, si ce n'est pour expliquer que les Syriens ont pour la plupart des habitudes de mécréants, ne sont pas du tout conscients d'être sur la terre du Shâm et de la proximité du Jugement dernier.

 

Les seuls instants décrits comme un moment de communion collective, sont ceux où la mort est présente. Un jeune homme se remémore sa joie, lorsqu'il a appris la mort de deux de ses amis en Afghanistan. Il décrit l'annonce de cette mort comme le moment où il a compris que son rêve pouvait devenir réalité. Des jeunes femmes imaginent entre elles, sur un mur Facebook, le moment merveilleux que sera la mort de leur compagnon, si et seulement si elles ont la chance d'être là lors de ses derniers instants. Un jeune homme souhaite que ce soit son frère, un « incroyant », qui lise sa lettre d'adieux lors de la cérémonie qui suivra l'annonce de sa mort en France. Dans cette lettre,  il parle avec moult détails de la réunion de famille heureuse et apaisée qui aura lieu au paradis, grâce à lui qui sera mort en martyr.

 

Alors qui sont ces jeunes, à quoi les rattacher ?

 

C'est toute la difficulté ouverte par leur témoignage car leur rejet de la société environnante est intégral. Tous tiennent à expliquer longuement qu'ils n'ont rien à voir avec la quasi-totalité des musulmans réels, leurs parents, leurs familles, les « traîtres » dont la liste est détaillée et jamais finie. Cette liste va des chiites aux Frères Musulmans en passant même par les salafistes proches de l'Arabie Saoudite, ou ceux qui en Tunisie, ne « vont pas assez loin » dans le djihad, ou ceux qui en Syrie n'appartiennent pas à la même brigade qu'eux. La formalisation de ce point de vue est nommée par leurs prédicateurs «  l'Alliance et le Désaveu ». Selon ce principe,  un vrai musulman est celui qui manifeste son inimitié totale avec le monde des mécréants. La haine passive du monde tel qu'il est ne suffit pas, et le djihad, dans ce contexte est la mort de tous et la sienne propre. Il constitue le seul comportement qui vaille pour être membre de la communauté des « vrais » croyants... qui ne sont plus que des croyants en la Mort.

 

Bien évidemment, les prédicateurs, les chefs des organisations combattantes comme ISIS en Syrie ont eux bien d'autres préoccupations que ces jeunes gens qui les rejoignent. Politiciens ou généraux, ils portent des stratégies de pouvoir, des objectifs militaires et économiques, des projets bien ancrés dans le réel de leurs pays d'origine.

 

Mais si leur propagande a touché ces jeunes, elle ne les a pas créés. Dans  leur propre témoignage, la découverte de la possibilité concrète du djihad est toujours l'aboutissement d'un parcours en solitaire dans la société française et nulle part ailleurs. Personne n'est venu les chercher, ni dans leur entourage familial, ni à l'école, ni à la mosquée. Ils sont en cela très différents des générations précédentes. Les djihadistes français plus âgés en parlent d'ailleurs abondamment dans l'ouvrage; eux ont tous suivi un long parcours au sein de l'islam avant de rencontrer physiquement une branche dissidente. Ils perçoivent bien la différence fondamentale avec ces jeunes gens dont certains se sont convertis en trois mois et n'ont qu'une impatience : tuer et surtout mourir en martyrs.

 

Étrangement ou pas, le vécu raconté par ces « dhijadistes » en rappelle un autre, celui de ces autres jeunes gens, qui dans les années 1980, dans toute l'Europe, ont basculé dans la consommation d'héroïne. Presque tout y est : d'abord le détachement vis-à-vis de la société, un détachement qui n'est pas du tout une révolte. Pour se révolter, encore faut-il percevoir l'utilité de la révolte, une faille possible dans le monde tel qu'il est, qui pourrait survenir grâce à une action de l'intéressé. Or la France telle que la décrivent ces jeunes gens est un tout compact et totalement étranger, où rien, pas même les rapports sociaux immédiats avec la famille ou les proches, ne peut être changé.

 

Ainsi Yacine interprète-t-il le racisme et l'impossibilité de l'intégration comme la volonté d'Allah , qui a ainsi empêché une perversion des jeunes par la société française, et a permis que d'aucuns , comme lui s'en séparent totalement. Ainsi Souleymane et Clémence, jeune couple ouvrier précisent-t-ils qu'il ont attendu longtemps avant de partir, car ils auraient souhaité auparavant profiter d'un certain nombre de biens de consommation, comme une « très grande télé ». Mais ils se sont aperçus qu'ils n'arriveraient jamais à se la payer, ils ont alors décidé de ne plus attendre.

 

Dans les deux cas (héroïne et djihad), on ne retrouve aucune trace, même partielle d'une tentative de révolte inaboutie ou ratée contre le racisme structurel ou l'exploitation économique capitaliste. On se heurte à la perception de la société comme une donnée tellement intangible que rien ne peut réellement troubler de l’intérieur son fonctionnement.

 

Ainsi, avant d'être destruction de cette société de l'extérieur, la perspective du djihad est d'abord destruction du soi, volonté d'effacement par le vide de tout ce qu'on a pu être auparavant. La plupart de ces jeunes décrivent avec minutie la vente de leurs maigres bien matériels, l'abandon de leur emploi, du domicile familial, la rupture du lien avec l'épouse, avec la fratrie, le vidage du compte en banque. Cette description est accompagnée d'une insistance marquée sur la réaction d'incompréhension et de refus de l'entourage, réaction interprétée comme un élément de plus validant la justesse du choix effectué. Or ce processus de désaffiliation volontaire ressemble trait pour trait à celui des jeunes usagers d'héroïne. Dans ce dernier cas  les parents et les proches perçoivent  un comportement addictif absolument négatif et destructeur, alors que l'auto-destruction est revendiquée par celui qui la vit comme un choix volontaire et porteur de sens.

 

« Choisir son futur . Choisir la vie ? Mais pourquoi ferais-je quelque chose comme ça ? Je choisis de ne pas choisir la vie. Je choisis quelque chose d'autre. Les raisons ? Il n'y a pas de raison. Qui a besoin de raisons quand on peut avoir l'héroïne?  » lance le héros du film  Trainspotting (qui décrit d'un groupe de jeunes heoïnomane écossais- 1996)  en guise de manifeste.

 

Quelques dizaines d'années plus tard, remplacer « héroïne » par « djihad » n’a rien d'incongru, même au regard de la réaction sociale suscitée par les deux phénomènes.

 

Dans les deux cas, Etat et commentateurs officiels répètent les mêmes condamnations incantatoires, la drogue, c'est mal et dangereux, le djihad aussi. Les drogués tueraient père et mère pour une dose, les djihadistes sont des assassins. C'est la réalité, et malheureusement, le potentiel de dangerosité des jeunes djihadistes est bien plus grand que celui des jeunes usagers de drogue. Et si les premiers n'ont jamais intéressé personne, les seconds sont effectivement une arme redoutable pour certains courants politiques, des machines à tuer peu coûteuses et déterminées, recrutables par le premier chef intégriste ou fasciste venu. Capables de tuer de sang-froid, y compris des enfants.

 

Comme dans les années 80, la répression est le corollaire de la condamnation : en arrêtant des jeunes prêts à partir, ou quelques recruteurs, le pouvoir estime avoir rempli son office, comme il estimait le faire en chassant les usagers et en arrêtant régulièrement quelques dealers de moyenne importance.

 

Cette politique a montré son inefficacité concernant la « fameuse guerre à la drogue ».

Il en va de même pour la guerre aux « djihad » et de manière bien plus grave. En effet la comparaison entre la génération tombée massivement dans l'héroïne et celle qui aujourd'hui est attirée par ce qui est appelé « djihad » rencontre ses limites.

 

Le cheminement vers l'auto-destruction comme réponse individuelle à une société mortifère faisait écho à l'état de la société dans les années 80.  Le mouvement social, ouvrier, révolutionnaire était alors affaibli en Europe, mais son influence culturelle demeurait présente, même sous des formes neutralisées et impuissantes, dans le conscient et l'inconscient collectif de toute une jeune génération. Le pessimisme et l'anomie dominantes s'accompagnaient néanmoins de la persistance d'une conscience progressiste, en rupture humaniste avec le fonctionnement capitaliste, notamment dans les métropoles.

 

Aujourd'hui, ce qui domine objectivement, même de manière temporaire, c'est une autre forme de rejet issu de l’influence de la réaction et du fascisme. Ce qu'une partie de la jeune génération perçoit comme « contre-culture », ce dans quoi elle baigne, même sans s'y reconnaître formellement, est , en tout cas en France, le discours émanant de toutes les extrême-droites, avec une très forte prégnance de l'antisémitisme, du conspirationnisme et de l'irrationnel.

 

Bien sûr, les théories de la domination juive du monde ne sont pas énoncées seulement par les mouvements fascistes occidentaux. Parmi les prédicateurs islamistes intégristes, elles tiennent souvent une place de choix. Mais en pensant que ce sont ces prédicateurs qui les imposent aux jeunes djihadistes, on oublie de se poser la  question suivante : pourquoi des jeunes d’ici , dont la plupart adhèrent très vite aux thèses de ces prédicateurs y sont-ils aussi sensibles, pourquoi surtout en font-ils une dimension essentielle de leurs cibles  lorsqu'ils passent à l'acte en France ? 

 

Sans nul doute, parce que l'antisémitisme est devenu banal, notamment en France : il est commun aux jeunes de toutes origines qui admirent Dieudonné, qu'ils soient issus des quartiers populaires ou membres bourgeois des organisations catholiques du « Printemps Français ». Réalité massive et réalité française, cet antisémitisme revêt désormais tous les attributs d'une culture de masse, se diffusant aussi bien sous la forme du divertissement que dans les prises de position de sportifs célèbres adeptes de la "quenelle".

 

C'est dans ce bouillon de culture-là que grandissent les jeunes tueurs et c'est évidemment une des raisons pour lesquelles leur intégration dans les sectes meurtrières est si facile. C'est aussi la raison pour laquelle, parmi  toutes les cibles possibles, ils choisissent des victimes juives. Ce faisant, ce n'est pas seulement la reconnaissance d'organisations implantées en Syrie ou en Afghanistan qu'ils recherchent, mais bien celle d'une partie de la société française gangrenée par le racisme et l'antisémitisme.

 

Ils représentent de manière troublante une prophétie, qui à force d'être répétée, s'est auto réalisée: désignés depuis le 11 septembre 2001 comme des terroristes en puissance, devenir ce qu'on les a accusés d'être représente finalement la seule forme d'intégration possible dans un modèle social qui leur semble indépassable.

 

Ils sont aussi le produit d'une société qui peut glisser vers le fascisme. À ce titre ils ne sont pas les enfants d'un Orient fantasmé, mais bien ceux de nos pays capitalistes.

Ceux-ci sont ravagés par l'injustice sociale, par l'absence d'avenir érigée comme une normalité absolue pour une partie de la population, par les idéologies de la haine, au rang desquels le vieil antisémitisme tient une place de choix, notamment en tant qu'outil de déshumanisation absolue de l'Autre.

Dans les pays en guerre, il est des djihadistes qui choisissent de se faire sauter dans des bases militaires, d'attaquer des cibles du pouvoir en place, de réaliser des prises d'otages barbares et spectaculaires, comme la prise d'un centre commercial ou celle d'une université entière. Les nôtres pensent que tuer quelques civils Juifs et même des enfants, au hasard, à bout portant est un acte héroïque, qui leur apportera la reconnaissance sociale.

 

A ce titre ce que disent les otages qui ont croisé, pendant leur capivité en Syrie, Mehdi Nemmouche, l'assassin présumé des victimes de la tuerie au Musée Juif de Bruxelles, est significatif : le jeune homme comptait bien s'adonner à la tuerie antisémite, mais la rétribution symbolique qui l'obsédait était d’obtenir que lui soit consacrée une séance de l'émission « Faites entrer l'accusé » .

 

Les jeunes djihadistes sont les monstres idéaux pour faire oublier ce qui les produit. L'horreur de leurs actes ne peut qu'évidemment déclencher la stupéfaction, la colère et la peur. Et favoriser  une réaction de déni protectrice: il est plus simple pour chacun d'entre nous de se dire qu'ils sont d' « ailleurs », et que ce sont de lointains pays, où se tiennent de très lointaines barbaries, qui les engendrent.

 

En réalité, les organisations intégristes qui sévissent en Irak ou en Syrie se contentent de venir récolter que ce nos sociétés ont semé. Il faudra bien s'attaquer à la racine du mal pour qu'il n'y ait plus de fruits pourris à récupérer.

 

Sur Facebook suivez l'actualité quotidienne de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme de Memorial 98.

Le groupe Facebook est le prolongement de ce site et rend compte de l'activité antiraciste et antifasciste.

 

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

 

 

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 00:50

 

On peut lire dans l’Humanité du vendredi 26 septembre, sous la plume de Pierre Barbancey, un article intitulé : « Obama : du Nobel de la paix au chef de guerre ».

La Syrie y est citée pas moins de 8 fois. Non pas pour informer sur le regain d’exactions du régime syrien contre sa population, ni pour déplorer l’aide apportée de longue date par la dictature aux terroristes de Daech-Etat islamique (EILL) . Il convient de rappeler les termes de cette aide : sorties massives des djihadistes des  prisons du régime dès le début de la révolte populaire en  2011 afin de les positionner sur le terrain, filières de libre entrée en Syrie de terroristes étrangers, voie libre à l’ÉILL dès lors que la secte s’engageait à traquer les opposants au régime et à les livrer à Damas, consignes à l’armée de l’air de ne pas bombarder les positions de l’ÉILL, et même facilités pour installer des camps d’entraînement .

Pas un mot sur tout cela dans cet article. Concernant l'aide de Assad à Daech, nos amis syriens détiennent de multiples témoignages que l'on peut trouver sur le site http://souriahouria.com.

Pierre Barbancey craint surtout que « l’un des buts non avoués de la Coalition contre  Daech soit de faire tomber Bachar Al-Assad en Syrie »,  et qu’elle en profite « pour " régler " la question syrienne ». Heureusement pour faire bon poids, Barbancey appelle à l’aide  « Vladimir Poutine, dont les liens avec Damas ne se sont pas démentis, (qui) entend bien jouer lui aussi sa carte dans ce réaménagement, et en tout cas ne pas se trouver marginalisé. Il va renforcer sa flotte en Mer Noire, continue à livrer des armes au gouvernement syrien ». Peu importe que Poutine ait le soutien de milieux de la droite radicale et de toute l’extrême-droite en France comme en Europe.

Pour Pierre Barbancey, l’explication est simple :« Derrière les raisons officielles de cette nouvelle guerre au Moyen-Orient – détruire " l’État islamique " – les pays occidentaux, États-Unis et France en tête, poursuivent en réalité un objectif majeur : en finir avec Bachar Al Assad et installer, comme partout dans la région, un régime plus favorable à leurs intérêts. Un régime qui ne saurait rien leur refuser ».

Merci pour les populations syriennes fracassées par les bombardements, lorsque les missiles Katiouchas largués depuis les avions russes Soukhoï (dont l’Humanité ne dit mot) éventrent les immeubles. Merci pour les 200000 morts, souvent sous la torture (motus !). Merci pour la dévastation du pays et les sites archéologiques détruits.

Cet article s’inscrit dans une longue cohorte d’écrits de l’Humanité complaisants envers le régime syrien. Mais aussi dans la scandaleuse invitation d’orateurs pro-Assad à la place des opposants démocrates lors de débats officiels sur la Syrie à la récente  Fête de l’Humanité. Une affligeante complicité qui doit être dénoncée pour ce qu’elle est.

 

Gérard Lauton pour Memorial 98

 

Voir aussi Syrie: un an de combat et de débat. avec dès 2012 une lettre ouverte à l’Humanité cosignée par Gérard Lauton et d’autres militants de la solidarité avec le peuple syrien.

Syrie: soutenons le peuple martyrisé!

Syrie : le sens de notre soutien.

Syrie : aux côtés du peuple martyrisé.

Quand une association France-Israël soutient le régime syrien.

 

MEMORIAL 98

 

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 22:22

Nous poursuivons nôtre série d'articles analysant la gestion du FN dans les mairies, débutée ici  Béziers : radiographie d’une ville sous influence.

Un article du journaliste de droite Pierre-Antoine Delhommais dans le magazine Le Point du 19 juin dernier comporte porte le titre provocateur suivant: «L’idéologie lepéno-cégétiste ». Il fait suite aux propos de Marine Le Pen concernant le service public ferroviaire, dans lesquels la dirigeante frontiste prétend défendre un service public en danger.

Si le syndicalisme, au travers de ses militants et syndiqués, n’est pas plus que d’autres organisations épargné par le racisme, l’antisémitisme et des positions nationalistes, il est évidemment outrancier et mensonger d’assimiler CGT et Front National.

Néanmoins, l’article du Point en question met le doigt sur une réelle évolution du discours du FN sur les questions sociales. Le FN  mettait en avant une ligne lde droite conservatrice au niveau social et économique du temps de Jean-Marie Le Pen ; depuis il a évolué, dans le discours.

Cela témoigne d’une volonté d’attirer plus de sympathisants et d’électeurs (après tout, il y a plus de salariés et de chômeurs que de chefs d’entreprise), cela montre aussi que le Front National prend en compte la revendication de politiques plus « sociales ».

C’est un signe de l’évolution du Front National, de parti d’extrême-droite en un parti fasciste. Quelle différence ?

Le fascisme n’hésite pas à puiser des thèmes au départ classés à gauche, en les pervertissant : défense des travailleurs pauvres, défense du service public....

Mais les différences sont de taille: là où les revendications progressistes concernant les libertés individuelles et les droits sociaux exigent l’égalité sans nier les différences, le fascisme se place quant à lui dans le cadre d’une « communauté nationale » à laquelle chaque individu doit s’intégrer et s’identifier. Les éléments jugés extérieurs à la communauté nationale (étrangers ou minorités issues de l’immigration, bien sûr, mais aussi nationaux jugés non-conformes, comme les chômeurs et précaires, les défenseurs des sans-papiers…) sont stigmatisés, pointés comme responsables des problèmes et exclus, si le niveau de pouvoir atteint par l’extrême-droite le permet.

Ceux qui adhèrent à ce type de vision soutiennent des mesures dont ils estiment qu’elles ne les concerneront jamais et leur apporteront une « plus grosse part du gâteau » des aides sociales, moins d’impôts… Alors que le gâteau est en fait en train de tomber en miettes et qu’il  ne restera bientôt plus rien pour personne. 

 La politique sociale menée dans les mairies tenues par le FN ou assimilés montre bien ce phénomène.

À Béziers (voir) , le budget de l’action sociale a été diminué de 365 000 euros, et le maire réserve l'accueil périscolaire, le matin entre 7h35 et 8h30, mais aussi le midi et le soir après la classe, aux élèves de primaire dont les parents travaillent. Haro sur les chômeurs.

L’épicerie sociale qui dépend du Centre d’action sociale (CCAS) utilise  désormais un nouveau critère discriminatoire pour ses bénéficiaires de l’aide alimentaire : prouver «un an de séjour minimum à Béziers.»

Au Pontet, il n’y aura plus de gratuité des cantines, ce qui représentait 25 à 30 000 euros par an (0,05 % du budget municipal).

De même à Villers-Cotterêts (Aisne), le maire prétexte qu’"il faut différencier solidarité et assistanat", et augmente pour les plus précaires le prix du repas à la cantine de près de 1 euro. Tout en admettant que cette mesure ne permettra de faire que "très peu d’économies"…

À Mantes la Ville (78), une baisse des subventions aux associations a été décidée, pour une durée d’un an.

À Marseille, le maire d’arrondissement Stéphane Ravier vote contre les aides de la communauté d’agglomération à la construction : "Les logements sociaux, je ne suis pas contre, mais je souhaite qu'ils bénéficient à nos compatriotes d'abord." Déclare-t-il. Tandis qu’une autre élue, Élisabeth Philippe estime cette position justifiée en raison des flux de "populations migrantes africaines et subsahariennes mais aussi des Roms"...

 

À Fréjus (Var) , le budget alloué aux écoles pour l’achat de manuels et de fournitures a diminué de 7 euros, soit 16%, passant de 43 à 36 euros par enfant. Pour le financement des sorties scolaires en bus, la baisse est de 20%, et le budget pour les » classes découverte » passe purement et simplement à la trappe. Trois centres sociaux ont vu leurs subventions diminuer, parfois de deux tiers.

Que nous apprennent ces décisions ? D’abord, qu’elles ne sont pas dictées par la volonté de faire des économies comme le prétendent souvent les élus FN, mais bien par les positions politiques du FN.

Certaines mettent en oeuvre la version locale de la « préférence nationale », comme le critère d’un an de résidence dans la commune pour bénéficier de l’aide alimentaire à Béziers ou la position des élus FN à Marseille sur le logement.

Les critères restreignant l’accès à l’épicerie sociale de Béziers ne toucheront peut-être pas un très grand nombre de personnes, même si des sans domicile fixe, les étrangers sans papiers ou des personnes en situation de précarité s’installant sur Béziers se retrouveront exclus faute d’avoir la durée de présence requise ou les justificatifs correspondant,. Le but de ces restrictions est d’ancrer une logique qui n’a plus rien avoir avec celle des droits sociaux et du service public. Ce n’est plus une situation matérielle objective (le niveau des ressources et des charges, la précarité de l’emploi, du logement…) qui ouvre des droits, mais cette appartenance à la « communauté » évoquée au début de l’article.

D’autres décisions pénalisent concrètement les ménages ayant des faibles revenus (c’est le cas à Fréjus) ou les chômeurs (à Béziers).

En effet, il n’est pas uniquement question de favoriser les ressortissants nationaux. C’est la mise en œuvre d’un renversement complet de ce qui fonde une politique sociale collective. Dans celle-ci, la communauté a des devoirs envers les plus fragiles de ses membres (malades, personnes âgées, précaires, migrants), parce que cela concourt au bien-être de tous. Il est en effet rassurant de savoir qu’il existe des filets de sécurité en cas de situation difficile, même si on n’y fera peut-être jamais appel. Dans l’univers FN comme dans les autres courants de la droite radicale qui s'inspirent des mêmes raisonnements, l’individu est au service de sa communauté, et ne reçoit d’aide qu’à condition d’être « productif ». Un chômeur ou une personne âgée ne peuvent pas être productifs. Or ce sont avant tout les précaires (avec ou sans emploi) et les personnes âgées qui vont être affectées par les baisses de subvention des CCAS, puisque ce sont les publics de ces structures.

 

On dispose,  à partir de cette analyse, de pistes pour combattre ce type de politique, et se prémunir de la récupération de revendications sociales par le FN ou d’autres organisations fascistes. Il s’agit de porter en permanence une exigence d’égalité dans l’accès aux droits, quelle que soit la situation de la personne, vis-à-vis de la nationalité notamment, mais aussi de l’orientation sexuelle, de l’emploi, du lieu et du type d’habitation, de la parentalité.

voir aussi

Jean Jaurès: assassiné par l'extrême-droite il y a 100 ans

Le Pen : la passion génocidaire

Marine Le Pen: un dérapage?

Balladur et Sarkozy: de la préférence nationale à l'Identité nationale

 

Memorial 98

NB: nous sommes interrogés par des lecteurs et sympathisants à propos de nos analyses sur la situation au Moyen-Orient; celles-ci sont présentées quasi-quotidiennement sur le groupe Facebook de Memorial 98, complément indispensable de ce site.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 23:33

 

 

Mise à jour du 28 mai 2016:

 

A l'occasion de la commémoration du centenaire de l'immense boucherie de la bataille de Verdun, nous rendons hommage à Jaurès et à son combat contre cette guerre.

 

Memorial 98

 

 

Il y a cent ans, jour pour jour, le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné à la veille même du déchaînement de la première guerre mondiale, qui fit entrer le 20e siècle dans l'ère de la barbarie.

 

A cette occasion nous voulons rappeler ici les circonstances historiques de sa mort et son dernier combat afin d'éviter cette guerre.

 

Son engagement pour tenter d'empêcher le déchaînement de la guerre des impérialismes se plaçait dans la continuité des ses différents combats pour la fraternité des peuples et pour le soutien des nationalités et minorités opprimées.

Ce fut le cas pour les Arméniens victimes déjà de l'Empire ottoman, avant même le génocide de 1915, durant la guerre. Ce fut le cas aussi du rôle central que pris Jaurès dans l'affaire Dreyfus.

 

Nous reproduisons aussi un court texte de Jaurès publié en 1912 et dénonçant les campagnes "sécuritaires" de l'époque.

 

La guerre de 14-18 se fit au nom du nationalisme guerrier, du chauvinisme, de la "patrie".

La propagande officielle des différents Etats dépeignait le peuple d'en face comme l'ennemi héréditaire et ses habitants comme  des "sauvages sanguinaires".

C’est au nom de ces « valeurs »  que des dizaines de millions de personnes ont été massacrées dans cette guerre barbare

C’est un militant d’extrême droite qui assassine Jean Jaurès le 31 juillet 1914,  alors que celui-ci tente, à sa manière, de stopper la marche à la guerre qui éclatera le 3 août.

Le 14 juillet, lors du congrès extraordinaire de la SFIO (parti socialiste) il avait soutenu la motion qui préconisait l’appel à la grève en cas de conflit imminent : « plutôt l’insurrection que la guerre », à quoi Jaurès ajoute que cette grève devra être « simultanément et internationalement organisée ».

 

Cette position lui vaut d’être attaqué par le journal des classes possédantes "Le Temps", qui, le 18 juillet, l’accuse de soutenir la " thèse abominable qui conduirait à désarmer la nation, au moment où elle est en péril"

 

Le tueur de Jaurès est Raoul Villain, adhérent de la Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine, groupement d’étudiants nationalistes, partisans de la guerre et proche de l’Action française royaliste.

Il est arrêté et déclare avoir agi en solitaire pour « supprimer un ennemi de son pays ». Sans avoir jamais vu Jaurès, il s’est peu à peu mis en tête de tuer  « le traître, l’Allemand »

 

Cette thèse de l’acte isolé est reprise telle quelle dans l’acte d’accusation dressé le 22 octobre 1915.

 

Pourtant depuis de longs mois, voire des années, la presse nationaliste et les représentants des Ligues « patriotes » (comme Léon Daudet ou Charles Maurras) s’étaient déchaînés contre les déclarations pacifistes de Jaurès et son internationalisme. Ils l’avaient désigné comme l’homme à abattre, en raison de son engagement passé en faveur du capitaine Dreyfus.

Les déclarations assassines abondent dans les semaines précédentes son assassinat. Ainsi dans le quotidien  l’Echo de Paris du 17 juillet :

« Dites-moi, à la veille d’une guerre, le général qui commanderait […] de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui mettre à bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce général n’aurait pas fait son plus élémentaire devoir ? »

 

Raoul Villain est incarcéré en attente de son procès durant toute la Première Guerre mondiale...

Il ne sera jugé qu’en 1919, dans un climat d’ardent nationalisme au lendemain de la guerre.

C'est ainsi qu'il est acquitté le 29 mars 1919 par onze voix sur douze, un juré ayant même estimé qu’il avait rendu service à sa patrie : « Si l’adversaire de la guerre, Jaurès, s’était imposé, la France n’aurait pas pu gagner la guerre. » La veuve de Jaurès est condamnée aux dépens (paiement des frais du procès).

 

En réaction, Anatole France écrit : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! » Une manifestation est organisée le 6 avril suivant par les sections socialistes et syndicales de Paris pour protester contre le verdict et honorer Jaurès le pacifiste.

100 000 personnes défilent et les affrontements avec la police causent deux morts.

 

Après la mort de Jaurès, une grande partie la gauche française se rallia à la guerre, au nom de « l’Union Nationale » et sous le prétexte de lutter contre les régimes impériaux.

Certains des « antimilitaristes » les plus irréductibles basculent. Ainsi, le journal La Guerre sociale de Gustave Hervé sort une édition spéciale avec trois titres : " Défense nationale d'abord ! Ils ont assassiné Jaurès, Nous n’assassinerons pas la France." 

À la salle Wagram, le 2 août, à la réunion du Parti socialiste qu’avait convoquée Jaurès avant sa mort, Édouard Vaillant, le vieux révolutionnaire de la Commune, déclare : « En présence de l’agression, les socialistes rempliront tout leur devoir. Pour la Patrie, pour la République, Pour l’Internationale ».

 

La guerre éclate le 3 août.

 

Le 4 août au matin, les obsèques officielles de Jaurès sont célébrées. C’est la première manifestation officielle de l’Union nationale. Léon Jouhaux, le secrétaire général de la CGT lance un appel aux armes.

Il prononce ces mots funestes et hypocrites :

 

 « Jaurès a été notre réconfort dans notre action passionnée pour la paix; ce n’est pas sa faute si la paix n’a pas triomphé. […C’est celle des empereurs d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie…]. Nous prenons l’engagement de sonner le glas de vos règnes. Avant d’aller vers le grand massacre, cet engagement, je le prends au nom des travailleurs qui sont partis, et de ceux qui vont partir. »

 

On connaît la suite, la destruction et le massacre, puis l'apocalypse fasciste et nazie.

 

Cent ans après, le combat contre le nationalisme et le chauvinisme, pour la solidarité internationale, demeurent d'une actualité brûlante.

 

 

Jaurès en 1912 à propos de la justice et des campagnes sécuritaires de l'époque:

"Quelle abjection dans cette propagande de la peur ! On lit sur les murs de Paris d'ignobles affiches qui apprennent au monde que toutes les boutiques sont forcées, que toutes les existences sont menacées, qu'au coin de toutes les rues le passant est guetté par le couteau d'un apache. « Défendons-nous », hallucinons les cerveaux, affolons les coeurs ; demandons à la société française de répudier toutes les lois humaines sur le sursis, sur la libération conditionnelle, que ce fut son honneur de promulguer ; dénonçons comme des lâches, comme des traîtres, les jurés qui ont cru équitable, après examen des circonstances, un verdict de pitié. Faisons que la loi pénale fonctionne toujours automatiquement avec le maximum de rigueur. Appliquons, s'il le faut, la torture aux condamnés ; arrachons les ongles aux transportés par le rétablissement des poucettes ; et frappons, flétrissons comme des complices des assassins, tous les hommes qui demanderont à la nation de ne pas s'affoler, de ne pas se dégrader. « Défendons-nous, défendons-nous. »

« Une Honte », Jean Jaurès, L'Humanité (ISSN 0242-6870), nº 2945, 10 mai 1912, p. 1

 

 MEMORIAL 98

 

 

 

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 18:25

 

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Actualisation 20 mai 2016:

Une illustration des méthodes utilisées par JRE

 

 

Farida Belghoul, a été condamnée le 19 mai  pour diffamation à l’encontre d’une institutrice de maternelle de Joué-les-Tours.

En mars 2014, du programme scolaire expérimental ABCD de l’égalité entre hommes et femmes, la mère d’un petit garçon de trois ans, d’origine tchétchène, avait été manipulée et aurait rapporté des propos de son enfant selon lequel sa maîtresse l’avait déculotté, ainsi qu’une petite fille de la classe, afin d’échanger des caresses sexuelles et des « bisous ».

La correspondante locale de JRE, Dalila Hassan contactait le 28 mars 2014 Farida Belghoul, qui était dès le lendemain devant l’école de Joué-les-Tours, commune populaire de la banlieue de Tours, et recueillait le prétendu « témoignage » filmé de cette militante. La vidéo, mise le soir même sur YouTube et toujours accessible, se présentait comme une interview de Mme Hassan, dont les enfants n’étaient pas scolarisés dans l’école mise en cause, rapportant ces accusations. L'institutrice calomniée a subi les conséquences de cette campagne ede diffamation et a du changer d'école.

 

Memorial 98

 

 

En renonçant aux  "ABCD de l'égalité", le ministre de l’Education nationale Benoît Hamon cède aux fascistes proches de Farida Belghoul et Alain Soral ainsi qu’aux catholiques intégristes de Civitas.

 

 

De plus, il répond par le mépris aux mobilisations de toutes celles et ceux qui, depuis des mois, ont marqué des points contre les organisateurs des Journées de retrait de l'école (JRE). Les enseignants ont organisé des réunions d'information collective et des rendez-vous individuels avec les parents apeurés par les rumeurs. Les parents d'élèves, spontanément ou au sein de leurs organisations, ont contré les ragots propagés par d'autres parents. Les lycéens et lycéennes ont directement défendu leurs établissements en manifestant contre les intégristes venus provoquer jusqu'à l'entrée des écoles.

 

Benoît Hamon relance ainsi la mobilisation intégriste au moment où elle commençait justement à stagner, grâce au barrage mis en place par les progressistes. Les militants des JRE auront beau jeu d’utiliser des arguments tels que « il n'y a pas de fumée sans feu » ou « seuls les coupables se rétractent », vis-à-vis des parents qui douteraient de la véracité de leurs élucubrations sur les "ABCD de l'égalité".

 

L'objectif de la mobilisation JRE ne consiste pas seulement à déstabiliser l'école publique et à  faire pression sur le contenu des programmes. Inciter les parents à « retirer les enfants de l'école » ne constitue pas seulement un moyen, mais aussi une fin en soi. La diffusion d'une rumeur anxiogène, l'exacerbation des préjugés et de la peur ont permis de faire franchir à de nombreux parents un palier important et grave. En effet priver ses enfants d'école, les mettre objectivement en difficulté vis-à-vis de celle-ci, n'est à priori pas habituel, surtout dans les milieux populaires, où l'accès à l'école publique demeure un des seuls espoirs d'ascension sociale.

 

Mais Farida Belghoul et ses amis d’extrême-droite sont des manipulateurs expérimentés dont l'objectif est, depuis très longtemps,  de s'approprier les enfants en utilisant les carences de l'école publique, ses inégalités, les angoisses des parents devant l'échec scolaire. Depuis des années Farida Belghoul tente de créer une véritable entreprise consacrée à l'école à domicile ; elle n'est pas la seule dans ce cas au sein de la direction du réseau JRE.

 

Dès la deuxième moitié des années 2000, Mme Belghoul, qui avait animé des actions antiracistes en 1984, a opéré un retour remarqué sur la scène médiatique. Utilisant sa notoriété et ses réseaux, elle écume les médias pour présenter le REID ( « Remédiation éducative »), une association visant à donner des cours à la maison pour les « jeunes déscolarisés ». À l’époque, en plein mandat Sarkozy, elle a calibré son message pour obtenir le soutien des gauches. Tout en mettant en avant son expérience avec ses propres filles retirées de l'école, elle avançait surtout des arguments sociaux et quasi-humanitaires : il s'agissait de « sauver » des jeunes déjà exclus de l'institution scolaire, de les faire « revenir » vers le savoir pour qu'ils puissent ensuite reprendre des études dans le cursus ordinaire… Le tout devait être facturé à la modique somme de 250 000 euros pour une année et pour une dizaine de « jeunes », qui selon elle étiaent déjà impatients de suivre ces cours. La publicité pour le REID sera relayée par Libération, par des intellectuels de gauche connus pour leurs prises de position sur l'éducation comme Bertrand Gaufryau, mais aussi par le Forum Social des Quartiers Populaires  et bien d'autres pendant tout le courant de l'année 2009. On retrouve sur son blog, les traces de nombreux donateurs enthousiastes devant son l'initiative.

 

Puis toute activité sur le blog s'arrête brusquement. Impossible de savoir ce qu'il est advenu des dons réellement effectués, la fameuse initiative révolutionnaire n'aura donc pas vu le jour. Mais l'association « REID », alors créée et dirigée par F. Belghoul, engrange maintenant les bénéfices tirés du « livre pour enfants » publié par les JRE, vendu quinze euros l'unité.

 

Éclairées par cette initiative passée, les Journées de Retrait de l'Ecole, apparaissent donc bien comme un prolongement du projet initial : tout est mis en place pour amener doucement et sûrement les parents recrutés et formatés suite à la propagande de cette année, à retirer leurs enfants de l'école publique pour alimenter des réseaux se présentant comme « une aide à la scolarisation à domicile ».

 

De quoi s'agit-il exactement ?

 

Lors de la conférence de fondation de la FAPEC, la « fédération de parents d'élèves courageux » récemment lancée par les JRE, un certain Rémy Wiedmann était présent aux côtés de Belghoul et du président de CIVITAS.

   

Wiedmann, ancien militant du Modem de Bayrou, se présente désormais comme le « coach des parents » et anime le site Internet intitulé «  L'école à la maison ».

Dès l'abord, le lecteur attiré sur le site est confronté à un discours anxiogène et paranoïaque.

Les articles gratuits, accessibles à tous, reproduisent invariablement la même thèse : l'école publique est génératrice de problèmes insolubles mettant volontairement en danger les enfants. Tout serait fait volontairement pour générer malaise et échec scolaire, des méthodes d'éducation choisies par le Ministère à l'ambiance générale dans les écoles. Un des cinq articles mis en avant porte comme titre : « 10 raisons objectives pour lesquelles votre enfant ne peut pas réussir à l'école’ , mais pour accéder à l'intégralité de l'article, il faut d'emblée renseigner son adresse mail et donc donner la possibilité aux responsables du site de contacter directement les parents.

 

D'autres articles en consultation libre sont destinés à captiver immédiatement l'attention de certains parents, identifiés comme fragiles et immédiatement accessibles à la propagande : ceux dont les enfants ont déjà des problèmes et des souffrances en milieu scolaire. Notamment ceux qui sont en situation de dyslexie.

 Cette méthode est fréquemment utilisée par diverses sectes: on prétend à la fois que le problème n'existe pas et en même temps qu'on peut le résoudre. L'énoncé est apparemment illogique : mais en fait, il permet d'abord de générer un sentiment de reconnaissance vis-à-vis du locuteur qui nous débarrasse momentanément de l'angoisse. Ce sentiment de reconnaissance incite ensuite à la confiance pour traiter la source de l'angoisse, ce qui rejaillit sur la durée du « traitement ». C'est la méthode de tous les charlatans qui prétendent guérir le cancer, le sida ou d'autres pathologies graves. On commence par affirmer au sujet: « vous n'êtes pas malade, car cette maladie est une invention des médecins », puis «  nous allons soigner les dégâts causés par les traitements prescrits par ces mêmes médecins ».

Dans le discours de Weidmann, la dyslexie est ainsi dénoncée comme une invention des médecins, et ses symptômes comme un résultat des méthodes d'apprentissage scolaire.

Dans le corps même de l'article, les liens insérés renvoient directement vers des sites sectaires, notamment l'un lié à la mouvance « holistique » qui prétend que l'autisme et les dyslexies sont dus au « brouillard toxique » que le cerveau reçoit du fait de notre alimentation et qui propose entre autre aux familles de réaliser des « hydrothérapies du colon » et des stages de « réalimentation ».

 

A toute personne éloignée des milieux sectaires, ce genre de propos apparaîssent pour ce qu'elle sont, en l’occurrence des fadaises obscurantistes. En revanche, pour des parents vulnérabilisés par les difficultés de leur enfant, la perception peut-être très différente, surtout lorsque la famille est isolée du reste du monde. Dans un contexte où effectivement l'école publique n'est pas forcément en mesure de résoudre les inégalités sociales, la baisse de moyens et d'effectifs conduit beaucoup de parents à se sentir abandonnés.

 

En effet, l'objectif premier du site est d'amener les parents à retirer les enfants de l'école, de toutes les écoles. Le site déconseille ainsi les écoles privées sous contrat avec l’Education nationales, accusées elle aussi de faire partie du « grand complot contre les enfants ». Pas étonnant, puisque tous les animateurs des JRE sont en concurrence avec les représentants officiels des grandes religions, pas assez réactionnaires à leurs yeux. Civitas attaque sans relâche l'Eglise catholique, et F. Belghoul ne ménage ses attaques contre l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) accusée de constituer un repère de vendus au « sionisme », aux francs-maçons et au lobby LGBT

 

Pour parvenir à ses fins, Weidmann s'appuie là aussi sur des techniques bien connues. Le site s'adresse surtout aux mères et «  mamans » et offre tout un panel de vidéos similaires : il s'agit d'abord de les flatter en les investissant d'un « rôle primordial et vital » dans l'avenir des enfants, en leur assurant qu'elles n'auront aucun problème pour être aussi « performantes » et même bien plus qu'un enseignant. Ensuite, on les érige en détentrices de la Vérité révélée qui vont devoir, au besoin par la ruse, convaincre un environnement hostile ou s'en détacher. Des articles sont consacrés à la nécessité de ne tenir aucun compte des avis de l'entourage ou à la manière de faire le forcing si le conjoint est contre le retrait de l'école.

 

Une fois la maman appâtée et convaincue, son isolement est désormais garanti: en effet, éduquer son ou ses enfants à domicile, c'est renoncer à son activité professionnelle si on en a une, et également à une partie de sa vie sociale. C'est se retrouver investie d'une responsabilité énorme et évidemment confrontée également à des problèmes très concrets. L'enseignement et la pédagogie ne sont pas des techniques qu'on peut improviser. D'autre part, les enfants peuvent très mal vivre le fait d'être coupés de l'école. Le rêve promis par Weidmann et Belghoul va vite se transformer en cauchemar mais à ce stade, les « conseils » et l' « aide » vont cesser d'être gratuits.

 

L'"Ecole à la Maison" fait d'abord la promotion de cours par correspondance, délivrés par des instituts catholiques privés, comme le Cours Sainte Anne (jusqu'à 1835 euros par an) ou le CEFOP ( 2000 euros pour un enfant de sixième). Dans la page des liens, des sites moins chers et moins orientés sont proposés mais dans les commentaires du site, à chaque question d'un parent, ce sont ces cours tenus par des « collègues » qui sont conseillés.

 

Mais l'Ecole à la Maison représente aussi un site de promotion de son animateur qui se présente comme « coach des parents », un « coach méthode Erickson » qui déclenchera chez vous un « dialogue intérieur » vous permettant de faire face à la « complexité de votre personnalité » et de résoudre progressivement les problèmes rencontrés, à raison de 500 Euros les trois séances.

 

La « méthode Erickson » fait partie des méthodes fondées sur la « programmation neurolinguistique », une théorie non scientifique élaborée par des soi-disant « enseignants en marketing mental » aux Etats-unis dans les années 1970. Depuis elle est utilisée à toutes les sauces ; partout dans les pays développés prolifèrent des « instituts de développement » et des « centres de formation" , proposant des titres ronflants et des qualifications dépourvues de toute réalité. Celles-ci sont décernées après des stages de quelques semaines à des individus, qui ensuite s'auto dénomment « psychothérapeutes » ou « coachs » dans des domaines variés. La PNL est utilisée par de nombreuses sectes, d'où les mises en gardes de la  Mission de Lutte Interministérielle contre les Sectes à son sujet dès 2002..

 

En quelques mois, des familles peuvent donc se retrouver dans un engrenage dangereux: coupées de leur entourage à qui elles ne voudront pas faire part de leurs difficultés face à un choix dont elles se sentiront coupables, confrontées en tête-à-tête quotidien aux difficultés de leurs enfants sans pouvoir les résoudre, et en totale dépendance vis-à-vis de celui qui se présente comme leur sauveur.

 

Dans des milieux socioprofessionnels aisés, la problématique sera peut-être moins grave car la possibilité de trouver des portes de sortie est forcément plus grande. Mais prenons le cas d'une famille issue d'un milieu employé ou ouvrier : elle a retiré son enfant de l'école publique, ce qui lui a valu un regard très négatif de l'institution. Elle aura évidemment peur de retourner se confronter à cette institution, peur également de s’adresser à des travailleurs sociaux ou à tout autre représentant de l'Etat. Ces familles craignent à la fois leur jugement très négatif et des possibilités réelles d'enquête sociale et de placement. Sans compter évidemment l’adhésion aux thèses paranoïaques développées par Belghoul et les siens, où chaque enseignant, chaque travailleur social, est de toute façon un pion au service du Grand Complot Juif, LGBT, franc-maçon.

 

La crainte de l'échec pour son enfant, des contrôles des inspecteurs de l'Education nationale, prévus en cas d'instruction à domicile, l'amènera possiblement la famille à tout donner financièrement pour s'en sortir.

 

Avant le retentissement médiatique des JRE, des gens comme Weidmann et son réseau agissaient somme toute dans un cercle d'audience restreint ; l'alliance opérée avec Civitas et les réseaux de Belghoul changent la donne. La création d'une fédération de parents d'élèves leur permet de décupler leurs forces en les unissant. Leur objectif sera donc double : perturber l'école publique, stopper en son sein toute velléité progressiste, mais aussi recruter des victimes pour leurs entreprises respectives. La FAPEC annonce d'ailleurs des activités de cours à domicile et de « soutien scolaire » dès la rentrée.

 

Le tout procède d'un mélange des genres entre entreprise sectaire et organisation politique fasciste, les méthodes de manipulation sectaire renforçant l'adhésion aux idées fascistes, et les initiatives politiques fascistes étant un point d'entrée dans le milieu sectaire.

 

Depuis plusieurs années, le groupe « Egalité et Réconciliation » de Soral s'est allié avec divers charlatans, de Corinne Gouget et sa croisade « anti-additifs alimentaires » à Sylvie Simon défunte thérapeute en médecine douce et en « remèdes spirituels » comme alternatives aux « vaccins de la mort ». Dieudonné a de son côté consacré des sketches et un film entier ( "Métastases") à un discours conspirationniste antisémite contre la médecine « qui crée les cancers ». Alain Soral propose aussi sur son site les conférences de « thérapeutes dissidents ».

 

En s'attaquant aux enfants, les JRE franchissent évidemment un pas supplémentaire, rendu possible par la montée en puissance de l'extrême-droite mais aussi par la démission du gouvernement face à leurs attaques.

 

La riposte doit agir sur plusieurs fronts : le travail d'alerte, de diffusion sur ce que sont réellement les JRE sera crédible s'il s'accompagne d'un combat sans ambiguïtés contre la destruction de l'école publique. Il faut aussi agir contre la stigmatisation des parents des quartiers populaires, sans cesse accusés de laxisme, de démission, soupçonnés en permanence  d'intégrisme ou de « refus d'intégration ». Nous devons défendre l'école publique dans ce qu'elle a de progressiste,  mais nous devons aussi savoir combattre les inégalités, le racisme qu'elle peut générer aujourd'hui. Ce ne sont certes pas ses personnels qui sont en cause mais bien les politiques de casse sociale et de stigmatisation menées depuis des années.

 

MEMORIAL 98

 

A propos de Soral et Dieudonné voir notamment:

Dieudonné : au-delà de la quenelle, l’escalade meurtrière.

L’escalade antisémite de Dieudonné : décryptage

Interdire les listes de Dieudonné ?

link vers le blog Luftmenschen

Tariq Ramadan avec Dieudonné et Soral : vers l'antisémitisme?

Dieudonné, Faurisson, Le Pen : décryptage.

 

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 18:59

 

 

 

 

Samuel Dufour est ce militant fasciste qui, après avoir participé à l’agression qui a conduit au meurtre de Clément Méric, avait envoyé des SMS accablants sur sa participation aux faits. Il a été libéré, sous contrôle judiciaire, un an tout juste après les faits. Parmi ses SMS, certains avaient comme destinataire Serge Ayoub, leader du groupe  « Troisième Voie ». Celui-ci dénonçait d'ailleurs au mois de février, sur le site Rue 89 qui lui laissait complaisamment la parole, la détention provisoire de Dufour comme un prétendu scandale, notamment en raison de la « poursuite des études » du jeune fasciste. Il a été écouté.

 

Katia Veloso, la compagne du principal mis en cause Esteban Morillo, qui avait téléphoné à des militants d’extrême-droite pour qu'ils viennent rejoindre les jeunes néo-nazis déjà sur place, a été mise totalement hors de cause.

 

Si cet état de fait est révoltant, et augure plutôt mal de la suite du procès du meurtre de Clément Méric, il n'est malheureusement pas surprenant, au regard d'autres affaires de ce type.

 

En 1995 Brahim Bouarram est jeté à la Seine, en marge d'un défilé du FN, par des militants néo-nazis, dont il sera très vite établi qu'ils avaient des liens habituels avec le parti d'extrême-droite. Plusieurs d'entre eux étaient en effet utilisés régulièrement comme membres du service d'ordre par les responsables du FN de leur département d'origine .

 

Moins d'un an après le meurtre, plusieurs des co-accusés sont libérés pendant l'instruction alors en cours. Quatre témoins ont d'abord relaté des faits accablants et concordants démontrant que l'ensemble des néo-nazis cherchait activement une victime en scrutant les berges de la Seine, bien avant de tomber sur Brahim Bouarram. Mais en quelques mois, ces quatre personnes se sont toutes rétractées, notamment une jeune femme qui apparaît muette et terrorisée au cours des audiences. Le juge, pourtant, ne tient aucun compte du caractère troublant de ces rétractations tardives générales, et relâche les co-accusés. L'un des présents à la ratonnade a d'ailleurs été relâché bien avant, comme si la possibilité de pression sur les témoins n'avait aucune importance

 

Par ailleurs, le responsable du service d’ordre du FN (le DPS) comme celui du FN de la Haute Marne ne seront jamais inquiétés. Ils avaient pourtant attendu une semaine avant de donner l'identité des accusés à la police et s’étaient auparavant rendus au domicile de ces derniers, ce qui leur a laissé tout le temps pour se débarrasser d'éléments compromettants et élaborer une stratégie de défense.

 

Au procès lui-même, les peines des co-accusés du meurtre de Bouarram permettront à trois d'entre eux de ne pas retourner en prison, la peine ferme d'un an étant couverte par la détention préventive, et les trois ans restants étant du sursis. Un seul co-accusé, David Halbin, fera un an de prison, mais seulement parce qu'il était resté libre le temps de l'instruction. Quant à celui qui a poussé Brahim Bouarram dans la Seine, Mickaël Freyminet, il écopera d'un jugement très modéré, de huit ans ferme.

 

Sept ans plus tard, on retrouvera son nom cité dans une autre affaire de meurtre : en septembre 2002, une bande de néo-nazis tabasse François Chenu à Reims, le jette à l’eau, puis le repêche pour l'achever à coup de rangers. François Chenu était homosexuel, le seul mobile du meurtre. Après les faits, les jeunes néo-nazis avaient passé de nombreux coups de fil à leur mentor un peu plus âgé, qui n'était autre que le meurtrier de Brahim Bouarram. Mickaël Freyminet. Celui-ci, qui avait déclaré avoir abjuré ses croyances et avait osé demander pardon à la compagne de Brahim Bouarram, s'était à sa libération immédiatement relancé dans l'activisme néo-nazi. Il avait d’ailleurs rencontré les trois meurtriers de François Chenu lors d’un camp organisé par cette mouvance.

 

Esteban Morillo, l'assassin présumé de Clément Méric, déclare déjà aujourd'hui qu'il a renoncé à ses idées , et le redira sans doute lors du procès. Il est d’ailleurs fréquent que la justice fasse mine de croire ces paroles. Elle prête une oreille attentive aux avocats de la défense toujours prompts à plaider la nécessité de ne « pas briser définitivement la vie » des jeunes fascistes avec des peines trop lourdes. Naturellement, l'argument est encore plus entendu quand le prévenu est sorti de prison bien en amont du procès : contrairement aux jeunes des quartiers populaires, les militants d'extrême-droite ont le réseau et les relations pour retrouver très vite un emploi et une « insertion ». Ainsi nul doute que Samuel Dufour se présentera en salarié modèle le jour où les audiences débuteront. Maxime Brunerie, qui avait tiré sur Jacques Chirac n'avait-il pas retrouvé un emploi à la mairie UMP de Courcouronnes, dès sa sortie de prison ?

 

D'autres affaires en cours donnent également des raisons de craindre que les assassins de Clément Méric fassent l'objet d'une grande clémence judiciaire : par exemple le non-lieu délivré à Christophe Lavigne,. En mars 2014 . Lavigne, militaire de carrière , toujours pas rayé des cadres de l'armée, avait lui même reconnu planifier un attentat meurtrier contre la mosquée de Vénissieux. Il déclarait avoir tout préparé pour tirer dans la foule à la sortie de la prière, pendant le Ramadan 2013. L'homme , sympathisant actif de l'extrême-droite identitaire et néo-nazie, était déjà passé à l'acte quelques temps auparavant en jetant un cocktail Molotov sur la mosquée de Libourne. Il répondra prochainement de ce dernier acte en justice , mais comparaîtra libre et n'aura en tout cas jamais à se justifier de son projet d'attentat.

 

A quoi attribuer cette indulgence pour les actes et même les crimes de l'extrême-droite, dans une période où pourtant les longues peines et la détention préventive allongée constituent les règles ordinaires ?

 

Tous les juges ne sont certes pas des fascistes, mais dans le fonctionnement actuel du système judiciaire, beaucoup d'éléments sont favorables à ces derniers. Les réseaux de l'extrême-droite permettent un soutien financier extrêmement important, décisif dans une procédure. Cela ouvre la possibilité de se concerter régulièrement et longuement avec son avocat, celle de faire des recours réitérés pour demander une libération, de contester des expertises. Toutes ces démarches pèsent fortement. Le temps joue aussi: quand l'attention médiatique s'éloigne, quand la solidarité avec les victimes s'amenuise, les débats et les décisions se font avec moins de pression sur les accusés; des juges déjà prompts à considérer d'un œil compatissant des jeunes gens d'extrême-droite pourront d'autant plus se le permettre.

 

Il faut donc beaucoup d'acharnement, de solidarité et de combats pour obtenir que justice soit rendue. C’est le cas, parfois, pour certaines agressions. Ainsi les jeunes néo-nazis qui avaient tabassé Nourredine Rachedi en 2008 à Guyancourt (78), après l’avoir interrogé pour savoir s'il était musulman, ont fini par être condamnés au moins à une peine de dix-huit mois de prison avec sursis en 2012, par la Cour d'Appel. C'est incroyablement peu au regard de la gravité de l'agression, mais en première instance, ils avaient été relaxés ; seul le courage de la victime et la solidarité ont permis que cette relaxe ne soit pas définitive.

 

Il est donc essentiel de ne pas laisser l'instruction se dérouler en silence concernant le meurtre de Clément Méric. Dans le contexte actuel d’offensive de l'extrême-droite, les antiracistes et les progressistes doivent faire largement connaître les enjeux de ce qui se déroule au plan judiciaire. C’est le seul moyen d’obtenir un minimum de justice.

 

Memorial 98

 

Voir sur le site:

 

Contre la haine : ensemble, tout simplement (déclaration de Memorial 98 diffusée lors des manifestations de Juin 2014 commémorant l'assassinat de Clément Méric)


Extrême-droite : assez de crimes, assez de violences !

 

 

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