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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations,

pour toute question : 

contact@memorial98.org

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 15:50

 11 juillet 2020: 25e anniversaire du génocide de Srebrenica

A cette occasion, un dossier de Memorial 98 sur est publié sur notre blog d'actualité  http://info-antiraciste.blogspot.com/ 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/07/srebrenica-25-ans-pres-le-dernier.html

Memorial 98

Le prix Nobel de littérature 2019 pour Peter Handke, soutien du génocidaire Milosevic.

                      Handke aux obsèques de Slobodan Milosevic, devant le portrait du génocidaire serbe. 

14 octobre 2019

Prix Nobel: aberrations et contradictions d'une institution.

Elle récompense cette année le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed pour avoir fait la paix avec l'Erythrée, après avoir couronné Peter Handke, soutien des dirigeants serbes responsables de crimes de guerre et du dernier génocide du 20e siècle à Srebrenica en 1995.

De plus les viols de guerre ont été très répandus de la part des troupes serbes durant les guerres qu'elle ont mené contre la population bosniaque, comme l'ont montré de nombreux travaux. C'est lors de cette guerre que ces viols de masse ont été pris en compte pour la première fois par la justiceOr le prix Nobel de la Paix 2018 a été décerné au Dr Mukewege et à Nadia Murad pour leur combat contre ces viols ( voir ici)

Le médecin congolais et la femme Yezidie (ci-dessus), violée et réduite en esclavage par Daech ont été récompensés pour "leur efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre"

Le prix Nobel de littérature décerné à Handke constitue donc la négation des principes des prix Nobel de la paix et une action de soutien au négationnisme.

​​​Memorial 98

Peter Handke  se rend en Serbie en 1995, quelques mois après le génocide de Srebrenica du 12 juillet de la même année et qui a fait 8000 morts.

De ce séjour il rapporte un ouvrage  de soutien aux chefs serbes, intitulé « Voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina » qui demandait « justice pour la Serbie ».

Il y explique notamment que les Serbes n’ont fait que répondre à une provocation des Musulmans bosniaques.  Handke n’hésite pas à comparer les Serbes aux Juifs pendant le IIIe Reich et, en 1999, à voir dans Belgrade frappé par l’OTAN un « nouvel Auschwitz ». Salman Rushdie le propose pour le titre de « Connard international de l’année ».  Susan Sontag, engagée auprès des habitants de Sarajevo bombardés sans relâche par l'artillerie de Milosevic, Mladic et Karadzic , déclare qu’elle ne lira plus un seul livre de l’Autrichien.

L’écrivain aggrave encore son cas. Le 20 mars 2006 il se rend aux obsèques de l’ancien président serbe Slobodan Milosevic, accusé de crimes contre l’humanité et de génocide qui s'est suicidé en prison à La Haye. il y dit : « Je sais ce que je ne sais pas. Je ne sais pas la vérité. Mais je regarde. J’écoute. Je ressens. Je me souviens. Pour cela je suis aujourd’hui présent, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic. »

La semaine suivante, dans l’hebdomadaire allemand « Focus », il en rajoute: « Non, Slobodan Milosevic n’était pas un ‘‘dictateur’’ [...] Non, Slobodan Milosevic ne peut être qualifié de ‘‘bourreau de Belgrade’’ [...] Le motif principal de mon voyage, c’était d’être témoin. Témoin ni dans le sens de l’accusation ni dans celui de la défense.

En couronnant Handke, le prix Nobel de littérature cautionne le négationnisme de ce dernier et son appui aux massacres des chefs serbes. Ces derniers ont été enfin condamnés après avoir échappé à la justice internationale. 

Leur croisade mortifère inspire les terroristes d'extrême-droite. Ainsi le tueur de Christchurch s'est motivé par la mémoire de leurs exactions ( voir ci-dessous) 

Nous protestons contre ce prix et demandons qu'il soit retiré.

 

11  juillet 2019: Karadzic, condamné définitivement, inspire Brenton Tarrent, le tueur de Christchurch 

Ce 24e anniversaire du génocide de Srebrenica, le 11 juillet 1995, suit de quelques mois la condamnation définitive de son ordonnateur, le chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, le 20 Mars dernier.

Ayant fait appel de sa précédente condamnation, Karadzic est condamné à la perpétuité  pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité 

Justice est ainsi faite, notamment en raison du génocide de Srebrenica  en juillet 1995, qui fut le dernier génocide du 20 siècle.

Une coïncidence terrible rappelle à quel point les actions génocidaires et les crimes de guerre motivent et inspirent la poursuite  des actes de violence raciste. Le tueur des mosquées de Christchurch, Brenton Tarrent, est obsédé par la croisade des nationalistes serbes contre les Musulmans de Bosnie. 

En route pour commettre sa tuerie le 15 mars dernier, il se filme écoutant un chant serbe à la gloire de  Radovan Karadzic, condamné  à nouveau pour génocide cinq jours plus tard.

Voir d'autres actualisations et mises à jour ci-dessous et à la fin de l'article 

Memorial 98

 

Déclaration du 21 novembre 2017:

 

                                    Mladic (à g.) et Karadzic dans leurs oeuvres.

 

 

Enfin! L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic,  a été condamné ce 22 novembre à la prison à perpétuité pour génocide (Srebrenica) , crimes de guerre et crimes contre l’humanité (notamment lors du siège de Sarajevo)  par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Au total, le « Boucher des Balkans » a été reconnu coupable de dix chefs d’accusation sur onze. 

Le tribunal a estimé que Mladic avait contribué « de façon importante » au génocide commis en 1995 à Srebrenica. 

 

La justice a également déclaré qu'il avait « personnellement » dirigé le bombardement de Sarajevo. La capitale de la Bosnie avait subi un siège meurtrier, notamment pour des milliers de civils, de 1992 à 1996. De façon plus générale, l’ancien général a été reconnu coupable d’avoir cherché à chasser les musulmans et les Croates du territoire bosniaque.

Mladic a immédiatement fait appel sa condamnation; il est soutenu par les nationalistes serbes dont certains sont au pouvoir. Ce sont eux qui l'ont abrité pendant ses 16 années de "cavale" 

 

La présidente de l’association des mères des enclaves de Srebrenica et de Zepa, Munira Subasic, s’est, elle, dite  « partiellement satisfaite » du verdict.  Elle déclare:

« C’est plus que pour (Radovan) Karadzic (condamné à 40 ans de prison en mars 2016 voir ci-dessous). Mais ils ne l’ont pas reconnu coupable de l’accusation de génocide dans plusieurs villages (autres que Srebrenica) . »

Le haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a salué la condamnation à perpétuité de l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie qu’il a qualifiée de « victoire capitale pour la justice ».

« Ce verdict est un avertissement aux auteurs de tels crimes qu’ils n’échapperont pas à la justice, aussi puissants soient-ils, et quel que soit le temps qu’il faudra. Ils devront rendre des comptes. »

Rappelons que l'ONU est gravement mise en cause dans le génocide de Srebrenica car ses troupes de " Casques Bleus", présentes sur place n'ont pas agi pour empêcher le massacre faute d'ordres dans ce sens (voir ci-dessous) 

 

Il reste à espérer que les autorités et la population serbes acceptent et comprennent le sens de ce verdict et que recule là bas le négationnisme encore si répandu.

 

Il reste également à agir afin que soient empêchés d'autres massacres et crimes contre l'humanité en cours ou menaçants en Syrie (où sévit Poutine, allié fidèle du nationalisme serbe), au Burundi, en Birmanie contre les Rohingya, en Centrafrique, au Soudan...

 

Il reste également à imposer que soient enfin reconnus, par les autorités des pays qui les ont commis, le génocide des Arméniens ainsi que celui des Herero et Nama. Dans ce dernier cas il s'agit du premier génocide du 20e siècle alors que Srebrenica en fut l'ultime.

 

Il reste également à combattre toutes les formes du négationnisme, qui prend le parti des bourreaux contre les victimes. Les négationnistes participent du crime et en assument la responsabilité à travers leur négation. Il est donc légitime de les traquer et de les dénoncer . 

 

Memorial 98 salue la condamnation de Mladic et y puise une volonté renouvelée de combattre contre le racisme et les négationnistes: le combat pour le justice et  contre  l'impunité se poursuit plus que jamais.

 

MEMORIAL 98

 

Voir d'autres actualisations et mises à jour à la fin de l'article ci-dessous

 

 

Le 11 juillet 2015, nous commémorions le 20e anniversaire de ce qui a constitué le dernier génocide d'un 20e siècle qui en connut tellement et rappelions son contexte:

Ce génocide est encore mal connu et reconnu, notamment en Serbie où la pression négationniste est forte. Le parallèle avec la position de l’État turc à l'égard du génocide arménien est frappante: les autorités serbes font des déclarations de contrition et de regret, reconnaissant des crimes, mais s'arc-boutent pour nier qu'il y ait eu un génocide commis par les milices serbes. Du coup, la population serbe est encouragée dans sa position de déni, comme c'est aussi le cas pour une grande partie de la population turque. Une réconciliation ne peut avoir lieu sans que soit reconnu le caractère génocidaire, exterminateur du massacre. Il ne s'agit pas d'arguties juridiques mais de la compréhension du processus d'"épuration ethnique" mis en oeuvre à l'égard des musulmans bosniaques et qui a fini par culminer dans le génocide. De ce point de vue on en est encore  loin du compte.

Ainsi le Parlement serbe a adopté une déclaration et ses responsables se sont recueillis au mémorial où sont enterrées les victimes de Srebrenica. Mais le gouvernement refuse obstinément de reconnaître qu'un génocide ait été commis à Srebrenica, en Bosnie en 1995.

Le 7 juillet dernier, le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a annoncé qu'il se rendrait le 11 juillet à Srebrenica pour assister à la cérémonie marquant le 20e anniversaire du massacre. Mais le même Vucic, ancien ultra-nationaliste devenu "pro-européen" convaincu, refuse lui aussi de reconnaître qu'un génocide a été perpétré à Srebrenica. Sa visite sera donc vécue comme une provocation par les familles des victimes. Si la brutalité de ce massacre n'est pas remise en question par la population serbe, comme le montre un récent sondage réalisé en Serbie où 54 % des personnes interrogées l'ont condamné, la réalité d'un génocide est en revanche niée par 70 % des interviewés, intoxiqués par le négationnisme officiel.

Encore récemment, le président de l'entité des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, a affirmé que le génocide de Srebrenica était un « mensonge ».

En 2010, le président serbe de l'époque, le "pro-européen" Boris Tadic, plutôt connu comme non-nationaliste et démocrate, s'était déplacé à Srebrenica pour rendre hommage aux victimes et le Parlement avait adopté une déclaration condamnant « le crime commis (...) à Srebrenica » encore une fois sans que le mot-clé de génocide soit employé. « Je m'agenouille et demande que la Serbie soit pardonnée pour le crime commis à Srebrenica », a de nouveau déclaré son successeur Tomislav Nikolic en 2013 toujours sans prononcer le terme, après avoir carrément nié au début de son mandat, qu'un génocide se soit produit à Srebrenica.

Le Conseil de sécurité de l'ONU soumis au veto de Poutine

L'historien serbe Cedomir Antic estime « compréhensible » la position des dirigeants de Belgrade. « Accepter qu'un génocide a eu lieu équivaudrait à accepter l'accusation d'être un peuple génocidaire (position totalement contraire à ce que revendiquent les dirigeants musulmans bosniaques qui rejettent la notion de responsabilité collective comme le montre la déclaration citée plus bas NDLR ) et vous n'êtes plus alors un interlocuteur, personne ne négocie avec vous, la Serbie ne peut donc reconnaître cela. Entre autres, la survie de la Republika Srpska (RS) serait en question », a-t-il déclaré.

La Bosnie a en effet été divisée après la guerre en deux entités, la Republika Srpska (serbe) et la Fédération croato-musulmane. Les musulmans de Bosnie ont demandé à plusieurs reprises le démantèlement de la RS, fondée à la suite d'un génocide.

C'est la que réside le nœud des calculs politiques du régime de Belgrade et de Poutine, qui soutient le gouvernement serbe, quelques semaines après avoir assisté le 19 avril à la commémoration du génocide des Arméniens à Erevan. Le régime russe n'en est pas à une contradiction près, d'autant qu'il soutient aussi la répression par le gouvernement arménien de la grande révolte de la population du pays après l'augmentation brutale des tarifs de l'électricité. Il s'agit en fait toujours de la politique "néo-impériale" de Poutine qui s'étend de l'Ukraine à la Serbie et de la Crimée à la Géorgie. Les dirigeant serbes s'appuient sur Poutine afin de résister aux conséquences de la reconnaissance du génocide.

Vingt ans après cette extermination que les institutions internationales n'ont pas empêché, le régime russse a bloqué par son veto  l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU  d'une résolution reconnaissant le massacre de Srebrenica comme un génocide. Le projet de résolution déclarait que l'ONU « condamne le plus fermement possible le génocide commis à Srebrenica » et affirmait que la reconnaissance de ce dernier est « une condition préalable à la réconciliation » en Bosnie. Pour le pouvoir russe, auprès de qui des responsables serbes de Bosnie sont intervenus, la résolution insiste trop lourdement sur les méfaits commis par les Serbes de Bosnie et risque d'aggraver les divisions.

Le veto russe est perçu comme une nouvelle provocation par les victimes du génocide, comme si le sort des populations bosniaques faisait une nouvelle fois les frais des interêts politiques de l'axe Belgrade-Moscou. Le travail de mémoire, qui inclut les visites sur le site, le retour à Srebrenica, la recherche des charniers et des corps manquants afin de pouvoir les inhumer dignement est ainsi bafoué. Mirsada Colakovic, ambassadrice de Bosnie-Herzégovine à l'ONU, dénonce l'insulte aux victimes en déclarant:

« Cette résolution du Conseil de sécurité est une nouvelle trahison envers Srebrenica. Et une nouvelle fois le Conseil de sécurité est désuni. Il y a un an, cette même instance avait adopté à l'unanimité des résolutions similaires sur la prévention des génocides, c'était à propos du Rwanda. Et aujourd'hui, sur le même sujet, nous nous trouvons face à un déni. Le déni est le dernier stade du génocide. Et le déni est une insulte faite aux victimes. Ce que nous voulions dire avec cette résolution, tout comme le Royaume-Uni, c'est que la faute n'est pas collective, ni nationale, mais qu'elle est individuelle. C'est pour cela que nous appelions à cette résolution », rappelle l'ambassadrice.

Pourtant les fait sont clairs. Ils constituent un terrible acte d'accusation contre les dirigeant des Serbes de Bosnie mais aussi contre les gouvernements occidentaux qui ont abandonné la population de Srebrenica.

Les récentes révélations de Florence Hartmann, ancienne porte-parole de la procureure du TPIY, dont nous soutenons depuis 2009 le combat pour la vérité, apportent de preuves éclairantes de cet abandon qui a d'ailleurs déjà été jugé aux Pays-Bas en 2011.

Dès le mois de mars 1995, un ordre est signé par le chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à l'intention du chef militaire Mladic. C'est la fameuse "directive n° 7" , qui ordonnait aux soldats bosno-serbes de « créer une situation insupportable d’insécurité totale sans aucun espoir de survie ou de vie pour les habitants de Srebrenica ».

Le 11 juillet 1995, alors que les milices serbes de Bosnie approchent de l'enclave de Srebrenica, des dizaines de milliers de civils musulmans prennent la route de Potocari, à 8 kilomètres de distance de la ville. C'est là qu'est basé le quartier général du bataillon néerlandais de soldats de la (Force de protection des Nations unies (Forpronu). Quatre cent cinquante casques bleus y sont chargés d'assurer la protection des quelque 40 000 habitants de Srebrenica, en majorité des Musulmans 

Parmi les réfugiés du camp néerlandais, il y avait le traducteur du bataillon, avec toute sa famille (père, mère et petit frère), et l’électricien. Le 13 juillet, l’électricien et le petit frère du traducteur furent chassés du camp par les militaires néerlandais. Le père du traducteur les suivit. Les trois hommes furent massacrés avec les autres, et à la fin de la guerre, leurs proches déposèrent une plainte contre le gouvernement des Pays-Bas.

Quand les miliciens serbes de Bosnie commencent à séparer les hommes des femmes, les soldats néerlandais le voient et laissent faire. Les hommes sont entassés dans des cars et seront exécutés. 8.000 hommes ont été tués et jetés dans les fosses communes par les forces serbes. Ce massacre a été, à juste titre, qualifié de génocide par la Cour Internationale de Justice et par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). L'ordre écrit donné en amont plusieurs mois en avance, puis sa réalisation par le tri et la séparation des hommes ainsi que leur extermination massive, "industrielle", portent les caractères du génocide.

Parmi les hommes qui ont choisi de se placer sous la protection des Nations unies, pratiquement aucun n'a survécu. Seuls ceux des habitants de Srebrenica qui se sont réfugiés dans les forêts ont eu un peu plus de chances de survie.

Le mandat de l'ONU en Bosnie prévoyait pourtant clairement un recours à la force en cas de besoin. Le 10 juillet, la veille du massacre, le commandant du bataillon néerlandais avait demandé au général français Bernard Janvier, qui assumait le commandement militaire des Nations unies en ex-Yougoslavie, de lancer des frappes contre les forces serbes de Bosnie. Mais il n'a pas été entendu.
 

Les Nations unies ont reconnu leur responsabilité dans le massacre de Srebrenica en 1999. Un rapport présenté par son secrétaire général d'alors, Kofi Annan, reconnaissait alors la « faillite de la politique dans des zones de sécurité ».
Le rapport ajoute : « La communauté des nations, en décrétant un embargo sur les armes, a laissé les Serbes dans une position de supériorité militaire écrasante et a, en fait, privé la République de Bosnie-Herzégovine de son droit de légitime défense, consacré dans la Charte des Nations unies ». « La fourniture d'une aide humanitaire n'était pas une initiative suffisante face aux opérations de ´´nettoyage ethnique´´ et de génocide ». « Srebrenica a été le révélateur d'une vérité que l'ONU et le reste du monde ont comprise trop tard, à savoir que la Bosnie était une cause morale autant qu'un conflit militaire. La tragédie de Srebrenica hantera à jamais notre histoire ». Comme au Rwanda mais aussi au Sri-Lanka, autres lieux de faillite de l'ONU.

 

Nos pensées vont aux victimes du génocide de Srebrenica, à leurs familles marquées à jamais et dont la souffrance est entretenue et intensifiée par le négationnisme. Nous rendons aussi un hommage particulier aux militantEs serbes qui luttent pour la justice et la reconnaissance du génocide, dans des conditions particulièrement difficiles. C'est le cas notamment des "Femmes en noir", une association pacifiste dont la branche serbe fut créée au début des guerres de Yougoslavie et qui organise des rassemblements commémoratifs. C'est le cas aussi de l’association de jeunes "Youth Initiative for Human Rights" (YIHR) qui a mené dès 2005 une première campagne de sensibilisation en occupant la moitié des panneaux d’affichage de Belgrade. On y voyait s’étaler des photographies des victimes de Srebrenica accompagnées des mots : « Pour voir, pour savoir, pour se souvenir. ». Enfin, ces derniers mois, le journaliste et militant Dusan Masic a lancé l’initiative « 7 000 ». Son projet est de  rassembler à Belgrade 7 000 personnes et les faire s’allonger symboliquement devant le Parlement serbe. Masic doute de pouvoir atteindre l’objectif. Mais, souligne-t-il, « si nous parvenons à rassembler ne serait-ce que 70 ou 700 personnes, ce sera tout de même le plus grand événement à la mémoire des victimes de Srebrenica jamais organisé en Serbie ». La police de Belgrade a interdit cette manifestation. Des organisations ultranationalistes avaient annoncé qu’elles empêcheraient par la force la tenue du rassemblement. Masic est personnellement la cible quotidienne de messages de menaces et de haine.

 

Pour faire face au négationnisme et à ses conséquences mortifères, les familles de Srebrenica, les Bosniaques, les combattants contre le négationnisme en Serbie, ont tous besoin de la solidarité de l'opinion internationale, afin de bâtir un autre futur.

 

MEMORIAL 98

Mise à jour du 13 mars 2018:

Le Parlement serbe refuse de reconnaître le génocide des Arméniens. Le vote sur une résolution présentée par le Nouveau Parti est écrasant: 139 contre et 7 pour. Pour ces députés il s'agit manifestement de refuser toute reconnaissance de génocide, de crainte de devoir prendre en compte celui commis par l'armée et les milices de leur propre pays à Srebrenica  

Nous le notions ci-dessous dès 2015: "Ce génocide ( de Srebrenica) est encore mal connu et reconnu, notamment en Serbie où la pression négationniste est forte. Le parallèle avec la position de l’État turc à l'égard du génocide arménien est frappante: les autorités serbes font des déclarations de contrition et de regret, reconnaissant des crimes, mais s'arc-boutent pour nier qu'il y ait eu un génocide commis par les milices serbes. Du coup, la population serbe est encouragée dans sa position de déni, comme c'est aussi le cas pour une grande partie de la population turque. Une réconciliation ne peut avoir lieu sans que soit reconnu le caractère génocidaire, exterminateur du massacre. Il ne s'agit pas d'arguties juridiques mais de la compréhension du processus d'"épuration ethnique" mis en oeuvre à l'égard des musulmans bosniaques et qui a fini par culminer dans le génocide. De ce point de vue on en est encore  loin du compte"

Le combat se poursuit pour la reconnaissance de tous les génocides 

MEMORIAL 98

Actualisations 

Mise à jour du 11 juillet 2017

En ce vingt-deuxième anniversaire, les médias qui mentionnent Srebrenica rechignent encore à indiquer le caractère génocidaire du massacre, alors qu'il a pourtant été caractérisé comme tel par l'ONU. Les 8000 victimes ont été tuées "en raison de leur naissance" comme Musulmans bosniaques.

Ce dernier génocide du 20e siècle s'est déroulé un an à peine après la fin du génocide des Tutsi au Rwanda. 

Le point positif d'actualité est la reconnaissance récente par la justice des Pays-Bas de la responsabilité de la hiérarchie des Casques bleus néerlandais qui a coopéré avec les génocideurs 

                                      Les Casques bleus de l'ONU présents à Srebrenica 

Nous rappelons l'engagement de rescapés de  Srebrenica avec les habitants d'Alep soumis à un siège:

"Srebrenica solidaire avec Alep

Lors du rassemblement parisien de solidarité avec Alep le 19 décembre 2016, un membre de Memorial 98 a présenté l'appel des " Enfants de Srebrenica " ci-dessous; à voir et à entendre ici .


 

 

 

 


 

Le Conseil de sécurité de l'ONU soumis au veto de Poutine

L'historien serbe Cedomir Antic estime « compréhensible » la position des dirigeants de Belgrade. « Accepter qu'un génocide a eu lieu équivaudrait à accepter l'accusation d'être un peuple génocidaire (position totalement contraire à ce que revendiquent les dirigeants musulmans bosniaques qui rejettent la notion de responsabilité collective comme le montre la déclaration citée plus bas NDLR ) et vous n'êtes plus alors un interlocuteur, personne ne négocie avec vous, la Serbie ne peut donc reconnaître cela. Entre autres, la survie de la Republika Srpska (RS) serait en question », a-t-il déclaré.

La Bosnie a en effet été divisée après la guerre en deux entités, la Republika Srpska (serbe) et la Fédération croato-musulmane. Les musulmans de Bosnie ont demandé à plusieurs reprises le démantèlement de la RS, fondée à la suite d'un génocide.

C'est la que réside le nœud des calculs politiques du régime de Belgrade et de Poutine, qui soutient le gouvernement serbe, quelques semaines après avoir assisté le 19 avril à la commémoration du génocide des Arméniens à Erevan. Le régime russe n'en est pas à une contradiction près, d'autant qu'il soutient aussi la répression par le gouvernement arménien de la grande révolte de la population du pays après l'augmentation brutale des tarifs de l'électricité. Il s'agit en fait toujours de la politique "néo-impériale" de Poutine qui s'étend de l'Ukraine à la Serbie et de la Crimée à la Géorgie. Les dirigeant serbes s'appuient sur Poutine afin de résister aux conséquences de la reconnaissance du génocide.

Vingt ans après cette extermination que les institutions internationales n'ont pas empêché, le régime russse a bloqué par son veto  l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU  d'une résolution reconnaissant le massacre de Srebrenica comme un génocide. Le projet de résolution déclarait que l'ONU « condamne le plus fermement possible le génocide commis à Srebrenica » et affirmait que la reconnaissance de ce dernier est « une condition préalable à la réconciliation » en Bosnie. Pour le pouvoir russe, auprès de qui des responsables serbes de Bosnie sont intervenus, la résolution insiste trop lourdement sur les méfaits commis par les Serbes de Bosnie et risque d'aggraver les divisions.

Le veto russe est perçu comme une nouvelle provocation par les victimes du génocide, comme si le sort des populations bosniaques faisait une nouvelle fois les frais des interêts politiques de l'axe Belgrade-Moscou. Le travail de mémoire, qui inclut les visites sur le site, le retour à Srebrenica, la recherche des charniers et des corps manquants afin de pouvoir les inhumer dignement est ainsi bafoué. Mirsada Colakovic, ambassadrice de Bosnie-Herzégovine à l'ONU, dénonce l'insulte aux victimes en déclarant:

« Cette résolution du Conseil de sécurité est une nouvelle trahison envers Srebrenica. Et une nouvelle fois le Conseil de sécurité est désuni. Il y a un an, cette même instance avait adopté à l'unanimité des résolutions similaires sur la prévention des génocides, c'était à propos du Rwanda. Et aujourd'hui, sur le même sujet, nous nous trouvons face à un déni. Le déni est le dernier stade du génocide. Et le déni est une insulte faite aux victimes. Ce que nous voulions dire avec cette résolution, tout comme le Royaume-Uni, c'est que la faute n'est pas collective, ni nationale, mais qu'elle est individuelle. C'est pour cela que nous appelions à cette résolution », rappelle l'ambassadrice.

Pourtant les fait sont clairs. Ils constituent un terrible acte d'accusation contre les dirigeant des Serbes de Bosnie mais aussi contre les gouvernements occidentaux qui ont abandonné la population de Srebrenica.

Les récentes révélations de Florence Hartmann, ancienne porte-parole de la procureure du TPIY, dont nous soutenons depuis 2009 le combat pour la vérité, apportent de preuves éclairantes de cet abandon qui a d'ailleurs déjà été jugé aux Pays-Bas en 2011.

Dès le mois de mars 1995, un ordre est signé par le chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à l'intention du chef militaire Mladic. C'est la fameuse "directive n° 7" , qui ordonnait aux soldats bosno-serbes de « créer une situation insupportable d’insécurité totale sans aucun espoir de survie ou de vie pour les habitants de Srebrenica ».

Le 11 juillet 1995, alors que les milices serbes de Bosnie approchent de l'enclave de Srebrenica, des dizaines de milliers de civils musulmans prennent la route de Potocari, à 8 kilomètres de distance de la ville. C'est là qu'est basé le quartier général du bataillon néerlandais de soldats de la (Force de protection des Nations unies (Forpronu). Quatre cent cinquante casques bleus y sont chargés d'assurer la protection des quelque 40 000 habitants de Srebrenica, en majorité des Musulmans 

Parmi les réfugiés du camp néerlandais, il y avait le traducteur du bataillon, avec toute sa famille (père, mère et petit frère), et l’électricien. Le 13 juillet, l’électricien et le petit frère du traducteur furent chassés du camp par les militaires néerlandais. Le père du traducteur les suivit. Les trois hommes furent massacrés avec les autres, et à la fin de la guerre, leurs proches déposèrent une plainte contre le gouvernement des Pays-Bas.

Quand les miliciens serbes de Bosnie commencent à séparer les hommes des femmes, les soldats néerlandais le voient et laissent faire. Les hommes sont entassés dans des cars et seront exécutés. 8.000 hommes ont été tués et jetés dans les fosses communes par les forces serbes. Ce massacre a été, à juste titre, qualifié de génocide par la Cour Internationale de Justice et par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). L'ordre écrit donné en amont plusieurs mois en avance, puis sa réalisation par le tri et la séparation des hommes ainsi que leur extermination massive, "industrielle", portent les caractères du génocide.

Parmi les hommes qui ont choisi de se placer sous la protection des Nations unies, pratiquement aucun n'a survécu. Seuls ceux des habitants de Srebrenica qui se sont réfugiés dans les forêts ont eu un peu plus de chances de survie.

Le mandat de l'ONU en Bosnie prévoyait pourtant clairement un recours à la force en cas de besoin. Le 10 juillet, la veille du massacre, le commandant du bataillon néerlandais avait demandé au général français Bernard Janvier, qui assumait le commandement militaire des Nations unies en ex-Yougoslavie, de lancer des frappes contre les forces serbes de Bosnie. Mais il n'a pas été entendu.
 

Les Nations unies ont reconnu leur responsabilité dans le massacre de Srebrenica en 1999. Un rapport présenté par son secrétaire général d'alors, Kofi Annan, reconnaissait alors la « faillite de la politique dans des zones de sécurité ».
Le rapport ajoute : « La communauté des nations, en décrétant un embargo sur les armes, a laissé les Serbes dans une position de supériorité militaire écrasante et a, en fait, privé la République de Bosnie-Herzégovine de son droit de légitime défense, consacré dans la Charte des Nations unies ». « La fourniture d'une aide humanitaire n'était pas une initiative suffisante face aux opérations de ´´nettoyage ethnique´´ et de génocide ». « Srebrenica a été le révélateur d'une vérité que l'ONU et le reste du monde ont comprise trop tard, à savoir que la Bosnie était une cause morale autant qu'un conflit militaire. La tragédie de Srebrenica hantera à jamais notre histoire ». Comme au Rwanda mais aussi au Sri-Lanka, autres lieux de faillite de l'ONU.

 

Nos pensées vont aux victimes du génocide de Srebrenica, à leurs familles marquées à jamais et dont la souffrance est entretenue et intensifiée par le négationnisme. Nous rendons aussi un hommage particulier aux militantEs serbes qui luttent pour la justice et la reconnaissance du génocide, dans des conditions particulièrement difficiles. C'est le cas notamment des "Femmes en noir", une association pacifiste dont la branche serbe fut créée au début des guerres de Yougoslavie et qui organise des rassemblements commémoratifs. C'est le cas aussi de l’association de jeunes "Youth Initiative for Human Rights" (YIHR) qui a mené dès 2005 une première campagne de sensibilisation en occupant la moitié des panneaux d’affichage de Belgrade. On y voyait s’étaler des photographies des victimes de Srebrenica accompagnées des mots : « Pour voir, pour savoir, pour se souvenir. ». Enfin, ces derniers mois, le journaliste et militant Dusan Masic a lancé l’initiative « 7 000 ». Son projet est de  rassembler à Belgrade 7 000 personnes et les faire s’allonger symboliquement devant le Parlement serbe. Masic doute de pouvoir atteindre l’objectif. Mais, souligne-t-il, « si nous parvenons à rassembler ne serait-ce que 70 ou 700 personnes, ce sera tout de même le plus grand événement à la mémoire des victimes de Srebrenica jamais organisé en Serbie ». La police de Belgrade a interdit cette manifestation. Des organisations ultranationalistes avaient annoncé qu’elles empêcheraient par la force la tenue du rassemblement. Masic est personnellement la cible quotidienne de messages de menaces et de haine.

 

Pour faire face au négationnisme et à ses conséquences mortifères, les familles de Srebrenica, les Bosniaques, les combattants contre le négationnisme en Serbie, ont tous besoin de la solidarité de l'opinion internationale, afin de bâtir un autre futur.

 

MEMORIAL 98

 


 

 

Mise à jour du 29 novembre 2017

                                        Au Tribunal de La Haye                    

 
Quelques jours après la condamnation à perpétuité de Mladic (voir ci-dessous) c'est un dirigeant des Croates de Bosnie, Jadranko Prlic, qui a été condamné en appel à La Haye  à 25 ans de prison.

 

Cette audience en appel concernait six ex-dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie, accusés notamment de crimes de guerre durant le conflit croato-musulman (1993-1994) qui a éclaté durant la guerre de Bosnie (1992-1995). 

 

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a toutefois été forcé de suspendre l’audience après que l’un des cinq autres accusés s'est suicidé sur place au moment de son verdict. Slobodan Prajak, condamné à 20 ans de prison, rejoint ainsi le geste d'autres auteurs de crimes contre l'humanité et génocides, mettant fin à leur vie afin de ne pas être jugés et condamnés. C'est le cas de Milosevic, initiateur et chef des guerres de l'ex-Yougoslavie ainsi que des dirigeants nazis dont Hitler, Goebbels et Goering ((ce dernier lors du procès de Nuremberg). Ces criminels détestent rendre des comptes.

Auprès des nationalistes de Croatie, l’homme de 72 ans, dont la vidéo du suicide tourne en boucle à la télévision, est considéré comme un héros. La semaine dernière, la présidente Kolinda Grabar-Kitarovic avait rédigé un message d’hommage, lu lors d’une promotion d’un ouvrage en son honneur, «Général Praljak». A l’annonce de son empoisonnement, la cheffe d’Etat a interrompu en urgence une visite en Islande. 

Ses faits d’armes ? Avoir dirigé les forces de la république croate de Herceg-Bosna lors de violents combats contre la Bosnie en 1993 et 1994. Mercredi, le TPIY le jugeait lui et cinq autres ex-responsables pour «entreprise criminelle commune». En clair, d’épuration ethnique dans les zones qu’ils contrôlaient.

Cet ingénieur électricien de formation, diplômé de philosophie et de cinéma, et ancien directeur du théâtre de Zagreb est aussi cité pour avoir été à l’origine d’un des actes les plus symboliques de ce conflit dans les Balkans : la destruction du pont de Mostar.

 

Le pont de Mostar a été reconstruit à l’identique depuis

 

Construit par les Ottomans au XVIe siècle, l’ouvrage enjambait la Neretva, le fleuve qui traverse la ville de Mostar, partagée entre Bosniaques musulmans et Croates catholiques. Il symbolisait donc la possibilité d'une communication entre ces deux parties de la ville et entre ces deux populations.  Le 9 novembre 1993, des tirs de l’artillerie de la république croate de Herceg-Bosna l’envoient s’écraser dans les flots. L’homme accusé d’avoir ordonné les frappes ? Slobodan Praljak. Sa défense ? «C’était juste un vieux pont», lâcha-t-il en 2004.

 

 

Une peine de quarante ans de prison avait été requise contre Jadranko Prlic, l’ex-dirigeant des Croates de Bosnie, déjà condamné en 2013 à vingt-cinq ans de prison en première instance pour avoir mené le "transfèrement" de populations musulmanes durant la guerre de Bosnie et pour avoir eu recours à des meurtres, des viols et des destructions de biens civils dans le but de créer une « grande Croatie ».

Durant la guerre, « des dizaines de milliers de Musulmans ont été expulsés de leur maison… des milliers ont été arrêtés et détenus dans d’horribles conditions », avait déclaré la représentante du procureur, Barbara Goy, lors des réquisitions en appel.

« Je ne faisais pas partie de la chaîne de commandement » des forces croates de Bosnie, , a affirmé M. Prlic aux cinq juges du TPIY, assurant que les Croates avaient été « forcés » de se défendre.

Ces actes sont qualifiés par l’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, commis lors de la guerre en Bosnie (1992-1995) qui a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés.

Siégeant à La Haye, le TPIY devait se prononcer mercredi pour la toute dernière fois avant d’achever ses travaux en décembre, après avoir consacré plus de vingt ans à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la seconde guerre mondiale.

MEMORIAL 98

 
 

Mise à jour du 6 juin 2017 

Le chef de l’entité serbe de Bosnie, Milorad Dodik, en faveur du négationnisme, à quelques semaines du 22e anniversaire du génocide de Srebrenica.

Il vient de décider que les écoliers serbes de Bosnie ne trouveront pas mention dans leurs livres scolaires de l'acte de génocide commis à Srebrenica ou du siège de Sarajevo (voir ci-dessous)

Pour la justice internationale, le massacre par les forces serbes de Bosnie de quelque 8.000 hommes et adolescents bosniaques musulmans en juillet 1995, constitue un acte de génocide. C'est la pire tuerie commise sur le sol européen depuis la Deuxième Guerre mondiale.

De plus, durant la guerre intercommunautaire de 1992-95, Sarajevo a été soumise à un siège par les forces serbes de Bosnie, durant lequel bombes et snipers ont fait quelque 10.000 morts.

"Ces affirmations ne sont pas vraies et de tels livres ne seront pas étudiés ici, que cela plaise ou non", a prévenu Milorad Dodik, le président de la "Republika Srpska", dans des propos rapportés par la télévision de cette entité des Serbes de Bosnie.

Dodik soutient ainsi son ministre de l'Education Dane Malesevic qui a annoncé l'interdiction de livres scolaires, édités dans la Fédération croato-musulmane, l'autre entité composant la Bosnie. Selon les médias locaux, sont concernés les ouvrages faisant mention d'un génocide commis par des Serbes à Srebrenica ou du siège de Sarajevo.

"Nous avons des critères convenus avec l'OSCE (organisation pour la sécurité en Europe) et qui ne prévoient pas que de telles choses soient étudiées" en Republika Srpska, a insisté Milorad Dodik, qui s'exprimait à Banja Luka, capitale de l'entité serbe.

Il a dénoncé une volonté de tromper les élèves en voulant faire "enseigner dans nos écoles que nous avons commis un génocide". "Qui accepterait une telle chose?", s'est-il interrogé.

"Nous ne le permettrons pas. S'ils veulent étudier ce genre d'histoire qu'ils le fassent dans la Fédération" croato-musulmane, a ajouté le président de l'entité serbe.

Milorad Dodik a nié à plusieurs reprises qu'un acte de génocide ait été commis à Srebrenica. "Je vous le dis, nous ne reconnaîtrons pas le génocide. Le génocide n'a pas eu lieu", avait-il répété en juillet 2016 (voir ci-dessous).

Autrefois favori des Occidentaux qui ont facilité son accession au pouvoir, Milorad Dodik s'en est beaucoup éloigné.

Il estime que les institutions de la Bosnie, qui divisent le pays en deux entités largement autonomes, ne sont pas viables. Par le passé, il a brandi la menace d'un référendum d'autodétermination de son entité.

Plus que jamais, nous exprimons notre solidarité à la population bosniaque de Srebrenica, victime du génocide et du négationnisme ainsi qu'aux Serbes qui travaillent à l’établissement d'une mémoire partagée et respectueuse

MEMORIAL 98

Actualisation du 19 décembre 2016

 

Srebrenica solidaire avec Alep

Lors du rassemblement parisien de solidarité avec Alep le 19 décembre, un membre de Memorial 98 a présenté l'appel des " Enfants de Srebrenica " ci-dessous; à voir et à entendre ici 

Alep/ Srebrenica: appel bouleversant de survivants du génocide de Srebrenica (Bosnie) en 1995 à propos d'Alep: 

"Nous regardons avec effroi ce qui se passe à Alep, en Syrie. Des enfants, des femmes, des civils sont victimes d’atrocités. Des enfants, des femmes, des civils sont pris au piège dans un quartier de la ville assiégée, sans eau, sans nourriture, sans médicaments, sans électricité. Chacun de nous peut voir ces appels à l’aide désespérés qui viennent d’Alep, mais ce n’est pas suffisant de cliquer sur Facebook ou Twitter, de regarder, de partager sur nos murs, alors que pas un gouvernement ne bouge le petit doigt pour changer la situation. Il semble que les intérêts économiques et politiques de nos gouvernements sont plus importants que la vie des innocents.

Il y a seulement vingt et un ans, à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, nous étions comme les gens d’Alep. Nos pères, nos frères, nos enfants étaient horriblement massacrés et d’autres le furent plus loin, dans le silence et nous regardions comme nous regardons Alep aujourd’hui. Nous lancions des appels désespérés à la communauté internationale. Nous imaginions que l’Europe ne permettrait jamais que cela arrive. Nous pensions que nous avions appris depuis l’Holocauste, depuis les camps de concentration et de la mort. Nous avions tort : c’est arrivé de nouveau. Et c’est arrivé sous le drapeau des Nations unies, dans une enclave protégée par les soldats de la paix des Nations unies. 8 329 personnes tuées, leurs corps jetés dans des fosses communes. Ce fut ce qui est connu dans le monde entier sous le nom de génocide de Srebrenica, le pire massacre survenu en Europe depuis la période nazie.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus rester silencieux devant ce qui arrive en Syrie et à Alep. Pendant des années, nous avons répété en chœur « Plus jamais ça » à chaque commémoration du génocide. Pendant des années, des ministres, des représentants de nos gouvernements ont demandé pardon pour leur responsabilité et répété « Plus jamais ça ». Avons-nous appris quelque chose de Srebrenica ? Combien faut-il de Srebrenica pour que nous comprenions quelque chose ? Combien d’innocents doivent-ils mourir pour que nos yeux s’ouvrent ? Combien d’enfants doivent-ils devenir orphelins pour toucher nos cœurs ?

Il est temps que l’humanité montre qu’elle a appris quelque chose. Il est temps de construire des ponts d’espoir entre tous les êtres humains. Il est temps d’abattre les murs des préjugés qui ont été érigés pour nous séparer. Il est temps de démilitariser nos pays. Chacun de nous est victime et responsable de la situation actuelle, chacun de nous a le pouvoir de la changer, de rendre ce monde meilleur. Si ce monde ne change pas maintenant, si ce monde n’ouvre pas ses portes et ses fenêtres, s’il ne construit pas la paix – une paix véritable – pour que nos enfants aient une chance d’y vivre, alors nous sommes incapables d’expliquer pourquoi il y a eu Srebrenica.

Peu d’entre nous ont survécu, et peu d’entre nous ont trouvé le courage de revenir vivre à Srebrenica. Mais aujourd’hui, il est de notre responsabilité d’appeler les gouvernements à nous écouter. Il faut arrêter la guerre en Syrie, il faut prendre en charge tous les civils victimes d’atrocité, il faut commencer un nouveau processus démocratique de construction de la paix. Aujourd’hui, il est de notre responsabilité d’appeler l’humanité entière à nous écouter. De pousser nos gouvernements à commencer la démilitarisation de nos pays. De fermer les usines d’armement. Nous appelons l’humanité toute entière à devenir humaine, sensible, à comprendre les besoins de l’autre et à être solidaire.

Vendredi 23 décembre, nous organiserons une manifestation pacifique au mémorial et au cimetière de Potočari où sont enterrés beaucoup de nos êtres chers tués durant le génocide de Srebrenica. Nous appelons une fois de plus le monde à ouvrir les yeux devant la situation en Syrie. Il y a 21 ans, le monde a fermé les yeux et nous a laissé nous faire massacrer comme des animaux. Nous espérons que tous ont tiré des leçons de cette douloureuse expérience. Nous espérons que le monde ne fermera pas les yeux une nouvelle fois. Nous espérons qu’il n’y aura plus jamais de Srebrenica, pour personne et nulle part au monde.

 

Les enfants de Srebrenica.

 

Répondons à cet appel en participant aux mobilisations pour la population d'Alep (voir ici)

 

MEMORIAL 98

 

 

Actualisation du 18 octobre 2016

 

 

Le nouveau maire de Srebrenica. Mladen Grujicic, est Serbe et ne reconnaît pas qu’un génocide s’est produit en juillet 1995 contre les musulmans bosniaques.

La ville-martyre de la guerre en Bosnie était dirigée sans interruption par des maires musulmans bosniaques depuis 1999.

Le candidat bosniaque musulman Camil Durakovic ne reconnaît toujours pas sa défaite, dénonçant des irrégularités.

Les Bosniaques de la villes s'étaient inquiétés des conséquences de cette victoire électorale en  reprochant au nouveau maire serbe  de ne pas reconnaître que le massacre de plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques en juillet 1995, était un acte de génocide comme l'ont décidé la justice internationale et l'ONU (voir ci-dessous)  

Le nouveau maire serbe ne nie pas entièrement le crime commis contre les Bosniaques. Mais il rejette la qualification de génocide et affirme "vouloir tourner la page".

L'incitation au négationnisme vient de haut en l’occurrence de  Milorad Dodik, chef de la Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie ( ci-dessous)

Nous sommes plus que jamais solidaires de la population bosniaque de Srebrenica, victime du génocide et du négationnisme ainsi que des Serbes qui travaillent à l’établissement d'une mémoire partagée et respectueuse

 

 

Memorial 98

 

Actualisation du 11 juillet 2016 : recueillement et négationnisme maintenu.

 

Des milliers de personnes ont rendu hommage lundi 11 juillet à Srebrenica aux victimes et particulièrement aux 127 personnes dont les restes y ont été enfin inhumés à l'occasion du 21e anniversaire du génocide.

En tout  8.372 hommes et adolescents ont été assassinés en quelques jours et jetés dans 77 fosses communes, Plus de mille corps sont encore recherchés, selon l'Institut bosnien pour les personnes disparues. Plus de 6.400 victimes sont enterrées à Srebrenica et 230 ailleurs.

Le même jour Milorad Dodik, chef de la Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie, a de nouveau nié ce génocide : "Je vous le dis, nous ne reconnaîtrons pas le génocide. Le génocide n'a pas eu lieu", a-t-il déclaré.

 

Actualisation du 9 juillet 2016 :

 

Nous commémorons le 21e anniversaire du dernier génocide du 20e siècle et rendons hommage aux victimes.

L'année 2016 est celle qui a vu enfin la condamnation de  Radovan Karadzic (voir ci-dessus).

C'est aussi lors de cette année que la reconnaissance du génocide arménien a connu des avancées, notamment lors du vote du Parlement allemand en mai dernier

Le combat pour le justice, contre le négationnisme et l'impunité se poursuit plus que jamais.

Actualisation du 24 Mars 2016 (verdict Karadzic):

 

Plus de vingt ans après le massacre génocidaire de Srebrenica et le siège sanglant de Sarajevo, Radovan Karadzic est reconnu coupable à La Haye (Tribunal international) et condamné à 40 ans de prison, trois jours après la condamnation par la Cour Pénale internationale d'un autre auteur de crimes contre l'humanité .

Il s'agit d'un événement historique dans la lutte contre les génocides et les crimes contre l'Humanité.

Memorial 98 salue le verdict de La Haye, malgré son caractère incomplet.

La lutte contre le négationnisme des dirigeants serbes constitue plus que jamais un enjeu crucial.

Memorial 98

 

 

 

 

 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 10:05

En Syrie, en Irak , au Nigeria, l’État Islamique/Daech et ses affiliés, dont Boko Haram, assassinent tous les jours, dans le cadre d'offensives militaires de grande ampleur. Dans certaines zones de Somalie, les attentats commis par les miliciens Chabab sont quasi-quotidiens. Dans ces pays, les groupes armés se revendiquant du djihad ne sont cependant qu'un des aspects de la terreur dans laquelle vivent quotidiennement des millions de gens. Ainsi en Syrie notamment, la guerre menée par le régime Assad  contre sa propre population à coup d'armes chimiques et de bombardements ininterrompus, tue depuis 2011 et a produit le plus grand exode de réfugiés depuis bien longtemps.

 

Les  évènements du 24 juin 2015 en Tunisie et en France ont immédiatement suscité dans les médias mais aussi chez les analystes politiques la thèse d'une « attaque concertée » et « mondiale » de l’État Islamique : d'un côté à Sousse, un attentat prémédité et immédiatement revendiqué par l'EI faisait des dizaines de morts, tandis qu'au Koweït, un autre attentat revendiqué ensanglantait une mosquée fréquentée par des chiites. De l'autre dans l'Isère, un homme, connu comme fondamentaliste, assassinait son employeur, le décapitait, prenait une photo de son meurtre et l'envoyait à ses contacts, puis tentait de faire exploser une usine où étaient présents les salariés. Une semaine après ce meurtre et cette tentative d'attentat qui aurait pu couter la vie à bien plus de victimes encore, il s'avère cependant que Daech n'a pas revendiqué et que l'homme en question choisit de mettre en avant d'autres motifs que politiques.

 

Il est psychologiquement normal que la mort violente, lorsqu'elle frappe à côté de nous ou touche des gens qui nous "ressemblent", comme dans le cas des touristes de Sousse, suscite plus de compassion et d'identification. La peur de mourir et d'être directement impacté par les crimes d'une organisation terroriste lorsqu'elle est supposée frapper dans notre pays est également dans l'ordre des choses.

La configuration chaines d'info en continu/réseaux sociaux incite chacun d'entre nous à réagir émotionnellement et rapidement, à chaque affirmation présentée comme une information: attendre des informations fiables et recoupées devient rare. La parole au conditionnel est souvent délaissée, chacun ayant la tentation de vouloir parler "fort" pour convaincre que son "analyse" est juste et assumée. Pour notre part, plus d'une semaine après les faits, nous sommes cependant conscients de ne pouvoir analyser qu'au travers d'informations partielles et de ne nous fonder sur beaucoup d' hypothèses. Nous ne sommes ni policiers ni juges d'instruction, nous ne sommes pas plus Ministres et nous ne savons donc concrètement que ce qui est dit médiatiquement d' évènements mondiaux. Cela n'empêche pas l'analyse mais la rend forcément partielle.

 

A partir de là, les discours politiques et médiatiques, eux, peuvent être de différentes natures. Or, ce à quoi l'on a assisté en France, ces derniers jours relève malheureusement du pire, de l'instrumentalisation de la peur et du chagrin à des fins démagogiques, racistes et pathétiques, dans la mesure, où en sus d'être discriminantes, elles ne répondent nullement au danger terroriste sous toutes ses formes.

 

Malgré les querelles, le premier ministre a fait un pas vers une ligne d'"unité nationale" sur le fond dans le cadre d'une ligne commune aux Républicains et au FN. La déclaration de Manuel Valls sur la  "guerre de civilisation" a un sens politique inscrit dans un contexte. Les mots ont un sens précis. La droite s'est d'ailleurs bruyamment réjouie de cette "conversion" tout en se moquant du "retard" de Valls .

 

Les arguties sur le pluriel mis ou non à civilisation dans l'expression «  guerre de civilisation(s) » sont hypocrites. Chacun sait, depuis le 11 septembre 2001, à quelles options sociales, politiques, militaires et policières se rattache l'usage de ce terme, d'ailleurs sans lien direct avec le livre de Samuel Huntington. Quinze ans de guerre en Afghanistan et en Irak en ont été la conséquence, avec les résultats catastrophiques que l'on connaît sur leur objectif affiché, l'éradication des mouvances terroristes se revendiquant du djihad. Alors qu'une partie de la société américaine et de ses dirigeants tire le constat d'échec de cette vision du monde et reconnaît officiellement les nombreuses dérives anti-démocratiques qu'elle a entrainé ( notamment l'usage de la torture et le mensonge d’État sur des éléments essentiels pour apprécier la validité du recours à la guerre) voici un premier Ministre de gauche qui valide sémantiquement cette vision du monde qui a causé tant de dégâts.

 

Cette déclaration de Valls est d'autant plus injustifiable qu'elle intervient après la publication récente d'un rapport parlementaire dans lequel de nombreux chercheurs et chercheuses ont mis en avant les impasses d'une explication purement religieuse du phénomène des ralliés européens et français à l’État Islamique, qu'ils passent à l'acte ou non. Manuel Valls passe ainsi à la trappe toutes les propositions d'explications fondées sur une analyse du phénomène comme relevant d'une emprise et de stratégies sectaires, toutes les constatations factuelles nombreuses sur un processus de radicalisation qui ne passe pas par les structures religieuses musulmanes. Au contraire  la réussite de l'emprise sectaire est souvent conditionnée  à la possibilité d'empêcher tout contact entre ces structures religieuses et l'adepte qu'on souhaite recruter. Ne restent donc de ce rapport, dans la bouche du premier Ministre, que les aspects et les thèses les plus sécuritaires et les plus orientées politiquement vers l'islamophobie, ceux également repris par les deux députés qui l'ont coordonné dont Eric Ciotti. Une manipulation assez courante dans la vie démocratique, les démagogues sachant fort bien que peu de gens vont consulter les versions intégrales des rapports parlementaires.

 

Au niveau national, la rhétorique de la guerre de civilisation ne fait que renforcer la division raciste, et la mise à l'écart des populations musulmanes ou supposées l'être. Bien loin de permettre une identification des dangers, elle renforce le discours confus et totalement incohérent de celles et ceux dont l'objectif est uniquement la stigmatisation islamophobe. Ainsi sur les chaînes d'info en continu, on aura ces derniers jours entendu de prétendus « experts », évoquer parmi les signes de radicalisation, non seulement le port de la barbe mais aussi le fait de la raser ( censé représenter un signe de plongée dans la clandestinité), l'affichage de la religiosité, mais également le fait de ne plus l'afficher. On retrouve là la stratégie classique de l'injonction contradictoire faite à une population qui ne peut qu'être suspecte. Une stratégie qui est aussi d'ailleurs au cœur du discours antisémite, lequel stigmatise le Juif religieux porteur de papillotes, tout en dénonçant comme encore plus dangereux le Juif « caché » et indétectable qui complote en secret.

 

De la même manière, après des années passées à dénoncer l' « islam des caves » comme terreau propice au terrorisme, désormais l'appel à la fermeture de mosquées s'intensifie, à la suite de l'agitateur néerlandais Gert Wilders, allié du FN au Parlement européen. On a pu ainsi assister à des raccourcis médiatiques assez impressionnants de la part d' « experts » tels que Mohammed Sifaoui, récemment reçu par la direction de la  Délégation interministérielle de lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA). Il s'agirait d'interdire non seulement les mosquées « salafistes », mais également celle des « Frères Musulmans », dont l'émanation française irait jusqu'au "Collectif Contre l'Islamophobie en France" (CCIF) .  Interdire le CCIF pour combattre Daech ? Dérisoire et même criminel.

 

Nous sommes bien conscients que Mohamed Sifaoui et tant d'autres sont victimes de menaces réelles, qu'il serait grave de minimiser, particulièrement dans la situation actuelle, et après les assassinats terroristes du mois de janvier. La violence politique est partout. Les menaces quotidiennes que reçoivent les responsables d'associations musulmanes sont aussi une réalité, qui se traduit concrètement par une violence raciste et islamophobe en augmentation. Nous condamnons évidemment ces menaces, mais elles ne doivent en aucun cas  conduire à prétendre que la critique de positions politiques constituerait une "complicité" objective avec les auteurs de ces menaces. Ce principe s'applique à tout.e.s celles et ceux qui sont la cible de menaces. Protester contre l'incendie d'une mosquée n'implique nullement de se ranger aux positions de son imam ou de les passer sous silence. Protester contre les menaces visant des intellectuels se revendiquant d'une orientation qu'ils déclarent porteuse d'une forme de laïcité radicale n'implique nullement de cesser de combattre leurs positions lorsque celles-ci sont en contradiction avec l'antiracisme.

En tant qu'universalistes antiracistes, nous n'avons aucune complaisance vis à vis des courants réactionnaires de l'islam politique. Les Frères Musulmans ne nous inspirent pas plus de sympathie que l'Opus Dei catholique. Ceci étant, nous ne rendons pas l'Opus Dei directement responsable des crimes de l'Armée du Seigneur (NRA)  en Ouganda, pas plus que le bouddhisme n'est responsable des crimes de ceux qui s'en réclament et assassinent des Rohyngas musulmans en Birmanie ou au Sri-Lanka. Plus près de nous géographiquement nous n'attribuons pas à la religion orthodoxe le génocide des Musulmans de Srebrenica en juillet 1995 dont on va commémorer le 20e anniversaire dans quelque jours. Nous n'avons pas de raisons de le faire pour d'autres courants politico-religieux.

 

Cette assimilation relève des rhétoriques d'extrême-droite  reprises par les Républicains, analysant le passage à l'acte d'individus ou de petits groupes sur notre sol, comme étant le symptôme d'une "cinquième colonne" dont les éléments seraient identifiables de par leur origine ou leur religion, tous membres d'un complot organisé et cohérent. Or ce n'est absolument pas la réalité. Le profil des sympathisants revendiqués de Daech fait ressortir des individus de toutes classes sociales, de toutes localisations géographiques, banlieusardes ou rurales et une proportion importante de "convertis" de fraîche date. Bien évidemment, le caractère isolé et complexe de certains actes comme celui de Yassine Salhi ne suffit pas d'emblée à exclure la qualification de terrorisme ni l'appartenance à une mouvance politique qui n'a plus besoin de recourir aux modes de socialisation physique qui prévalaient autrefois.

Mais le ralliement même purement symbolique à Daech, ne peut être analysé comme relevant de la seule action de ce groupe armé. Les fruits que Daech récolte ont été semés dans un terreau fertile, généré par tous les fauteurs de haine bien de chez nous.

Le rapport parlementaire sur la radicalisation  évoque notamment l'imprégnation conspirationniste préalable de beaucoup de jeunes attirés par Daech: conspirationnisme antisémite, anti-scientifique, délires sur le complot Illuminati et franc-maçon qui sont accessibles en ligne sur les grands sites d'extrême-droite, bien plus facilement que sur n'importe quel site "salafiste/djihadiste".

Lorsque les élucubrations islamophobes de l'extrême-droite sont reprises en boucle par d'autres forces politiques, elles aboutissent donc finalement à banaliser l'ensemble du contenu rhétorique néo-fasciste qui alimente lui même le terreau terroriste. 

 

Et ce d'autant plus, quand dans une hiérarchisation absurde et  des dangers, d'aucuns répètent en bouche que l'"extrême-droite classique" ne tue plus. Le massacre de 9 personnes à Charleston est venu rappeler le contraire, aux Etats Unis. En Europe, les filières néo-nazies sont actives et meurtrières dans de nombreux pays, notamment en Allemagne. En France, plusieurs tentatives d'attentat contre des mosquées, impliquant des apprentis militaires ou des militaires ont été déjouées depuis deux ans, tandis que les révélations sur les trafics d'armes opérés dans cette mouvance se multiplient... dont certains auraient pu alimenter l'assassin des victimes de l'attentat à l'Hypercacher de VIncennes.

 

 

Au niveau international, plutôt que décréter une « guerre de civilisation », attribuant  ainsi le statut qu'il souhaite à un groupé armé de 50 000 combattants au plus, condamné par l'immense majorité du milliard et demi de croyants musulmans, il serait grand temps de traduire en actes un universalisme des droits humains qui est bien absent des politiques concrètes. A quand un accueil massif des réfugiés syriens, victimes entre autres de Daech ? A quand l'arrêt des tentatives d'expulsion vers le Soudan des migrants victimes d'Omar El Bechir, dictateur sanguinaire et génocidaire poursuivi  à ce titre par le Tribunal pénal international ? A quand des prises de position courageuses concernant les violations perpétuelles des droits humains commises par l'Arabie Saoudite , au lieu de la honte de voir nos dirigeants faire des condoléances flatteuses lorsque meurt un roi saoudien qui a sur les mains le sang des victimes fouettées et condamnées à mort ?

 

A quand également, la condamnation claire et concrète des régimes autoritaires qui utilisent le prétexte d'une guerre au terrorisme qu'ils ne mènent pas pour torturer, tuer et emprisonner arbitrairement ? Les milliers de condamnations à mort du régime militaire égyptien, qui touchent non seulement tous les sympathisants supposés des Frères musulmans, mais également les militantEs démocrates et révolutionnaires ne suscitent que le silence et les ventes d'avions de guerre Rafale. Au Nigeria, Amnesty International comptabilise au moins 14 000 jeunes hommes emprisonnés et torturés, des exécutions par asphyxie ou par privation de nourriture et d'eau, sous prétexte de lutter contre Boko Haram qui ne s'est jamais aussi bien porté.

 

On aurait pu donc pu espérer une réaction réfléchie, mesurée, solidaire.

 

Mais c'est exactement le contraire qui est train de  se passer.

 

Il ne s'agit pas seulement des habituels boute-feu du Front National et des UMP-Reps complètement déchainés et jetant des barils d'huile brûlante en espérant un embrasement mais aussi du  gouvernement et de ceux qui  courent après les mêmes dangereuses rhétoriques. Souvenons nous qu'en 2012, la gauche critiquait fort justement la tentative de l'UMP d'orienter tout le débat national sur les prétendues questions "identitaires", et qu'il y a encore quelques semaines, beaucoup raillaient le fait que la première réunion de "réflexion" des Républicains soit consacrée à l'islam. Mais aujourd'hui, les mêmes semblent se rallier à l'idée d'une montée en puissance de ces thématiques propices à toutes les dérives racistes, jusqu'à la campagne présidentielle dont elle constituerait l'élément central.

 

Antiracistes et universalistes, nous soutenons que sont fondamentales la préservation des droits humains, la défense de toutes les minorités opprimées, la lutte sans faille contre tous les États et  toutes les factions non-étatiques qui ont fait de la terreur leur mode de gouvernance ou de prise du pouvoir. Ce sont ces orientations qui doivent déterminer les politiques menées, sans s'arrêter à nos frontières.

 

A l'inverse,  les forces qui se prétendent universalistes, tout en cédant aux sirènes du différentialisme, de l'islamophobie et du bouc émissaire fantasmé, ruinent l'universalisme réel.

Ce n'est certes pas cela qui affaiblira Daech, bien au contraire: il faut toujours garder à l'esprit que des vidéos de propagande de l'organisation djihadiste reprennent des captures d'écran du site Fdesouche, tandis que ce plus important site de l'extrême-droite française diffuse quant à lui les images de décapitation, d'assassinat et de torture de l'organisation terroriste. Lorsqu'à leur tour des forces politiques reprennent des thématiques d'extrême-droite, elles rendent donc un fier service à Daech qui ne souhaite rien tant qu'une mise en scène de la "guerre de civilisation", au singulier ou au pluriel. 

 

De plus,  celles et ceux qui orientent le débat vers de mauvaises questions auront la responsabilité d'une mauvaise réponse lors des prochaines échéances électorales. Une réponse de haine et de racisme.

 

Faire face à Daech, c'est défendre partout et toujours l'universalisme des droits humains, et l'ensemble des victimes de la haine et de la terreur. C'est dans ce cadre que nous sommes aujourd'hui solidaires des victimes de Sousse, de l'Isère, du Koweit, de Kobane tués le 24 juin mais aussi entre autres de celles des attentats de Boko Haram contre une léproserie le 27 juin et contre des civils les jours suivants au Nigeria

 

Nous mettons en débat ces principes, ces analyses et cette approche et appelons tous ceux et celles qui se réclament de l'antiracisme, de la solidarité, de l'universalisme à s'en saisir.

MEMORIAL 98

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 17:26

Un débat acharné se déroule depuis des années autour de l'existence même de la notion d'islamophobie.

Il est en train de voler en éclats suite à l'affaire "Marmiton", site de recettes envahi par des propos violents de ce type après avoir publié des recettes pour le Ramadan et avoir souhaité un bon Ramadan à tous. Nous saluons d'ailleurs les responsables de ce site qui réagissent fort dignement.

 

Rappelons que tout un courant, se drapant dans une laïcité manipulatrice, récuse le terme d'islamophobie, qui ne représenterait à ses yeux qu'une couverture pour des intégristes musulmans désireux d'empêcher tout débat sur l'islam. Plus grave, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul, refusait d'employer ce terme. alors que les dizaines d'attaques contre des lieux de culte musulman en montraient la réalité.

 

Les justifications de ce déni sont multiples: pour certains, reconnaître ce terme représenterait une atteinte à la laïcité, pour d'autres il ne s'agirait pas de racisme contre les musulmans mais contre les Arabes et les immigrés en général, pour d'autres encore il faudrait lutter contre le racisme en général et ne pas encourager le "communautarisme". Ce sont d'ailleurs parfois les mêmes qui rechignent face à la lutte spécifique nécessaire contre l'antisémitisme. D'ailleurs ce dernier terme est lui aussi souvent soumis à critique alors qu'il représente une entité historique parfaitement définie depuis que le journaliste allemand Marr utilise le terme « Antisemitismus" dans le sens « d'hostilité aux Juifs », à l'occasion de la fondation d'une « Ligue antisémite » en 1879.

 

En réalité il s'agit d'arguties, dues à la pression des puissantes forces qui ont fait de l'islam leur arme favorite de division et qui veulent empêcher qu'on déconstruise leur argumentation. Il s'agit de ceux qui recyclent le récit de la supériorité coloniale et nationaliste et offrent l'islamophobie comme débouché à la violence sociale qu'ils imposent. Ce sont ceux qui agitent en permanence le spectre de l'intégrisme, en omettant soigneusement de rappeler que ce sont les musulmans eux-mêmes, sunnites et chiites, qui en constituent l'écrasante majorité des victimes.

 

La liste est trop longue pour les nommer, même partiellement. Notons cependant qu'en sus de la direction du Front National, ils sont très nombreux à droite, prétendus "Républicains", de Sarkozy à Estrosi-la cinquième-colonne, de Copé-pain au chocolat à Guéant-civilisation supérieure et de Ciotti à la nouvelle vedette sarkozyste Lydia Guirous. Mais ils sont aussi nombreux à gauche, de Clavreul déjà nommé, à l'ancien ministre Jean Glavany organisateur d'un énième colloque sur "République et Islam", ainsi qu'à Manuel Valls qui lui aussi rechigne à nommer l'islamophobie et qui a d'ailleurs conforté la démarche de Glavany.

 

Alors en quoi les commentateurs anonymes et haineux de Marmiton prouvent-ils quoi que ce soit ? Sur Marmiton, il y a toutes sortes de recettes qualifiées d'orientales, et nulle campagne n'a lieu pour faire supprimer la rubrique couscous ou tajine. Le couscous, le raciste en mange volontiers. Mais l'islamophobie est ce racisme qui ne supporte pas que sa victime soit autre chose qu'un être qui mange là où lui dit et quand on le lui dit. L'islamophobe, à travers son discours contre la religion et ceux qui y font référence, rejette toute manifestation de l'égalité culturelle au quotidien, celle qui ferait qu'on parle de toutes les fêtes de la même façon. A travers la religion, c'est le quotidien des personnes qui est visé, et une injonction à la soumission et à l'infériorité qui est prononcée. C'est ce prétexte spécifique de la religion qui permet ensuite d'en revenir à un racisme féroce et "décomplexé".

La preuve en réside dans le traitement spécifique désormais fait à la langue arabe au quotidien. Ces deux dernières semaines, on aura assisté en Corse à une campagne d'intimidation à propos de la chanson Imagine, ayant conduit à ce qu'une chanson avec un couplet en arabe ne puisse être chantée dans une école. A Marseille, le maire d'arrondissement FN Ravier édicte une circulaire interdisant aux salariés territoriaux de parler une "langue étrangère", après qu'il ait bien expliqué dans les médias que celle qui est visée est l'arabe.

 

Dans les deux cas, le rapport de forces n'a pas permis d'empêcher les racistes d'agir et de parvenir à leurs fins, alors que cela aurait été le cas sans doute il y a quelques années. Mais la banalisation des campagnes d'intimidation racistes faites sous couvert de prétendue critique de l'islam et du "communautarisme" ont entraîné une accoutumance sociale à la persécution, qui se double d'une organisation bien rodée des réseaux racistes.

 

Petit à petit, la peur se répand, et des entreprises privées comme des représentants d'institutions publiques font le choix de ne pas faire certaines choses pour ne pas avoir de problèmes. Ainsi, de nombreuses chaines de la grande distribution choisissent de ne pas prononcer le mot " Ramadan" mais de parler de "semaine des saveurs orientales", ce qu'ils ne font évidemment pas pour Noël. Et c'est bien cette différence qui est raciste et humiliante. Dans les écoles, après l'affaire Imagine devant l'annulation du spectacle, on peut penser que beaucoup d'enseignantEs choisiront de ne pas se "risquer" à des initiatives similaires. Quant à l'enseignement de l'arabe à l'école, les réseaux islamophobes ont tellement gangrené les esprits que la Ministre de l’Éducation Nationale est amenée à démentir des rumeurs à ce sujet , comme si proposer un enseignement de l'arabe était bien un problème grave.

 

Pour nôtre part, nous appelons à poursuivre dans la voie d'un anti-racisme réellement universaliste, qui rejette toutes les discriminations, qui n'hésite pas à nommer et à combattre tous les racismes réellement existants, l'antisémitisme, l'islamophobie, l'homophobie, la discrimination envers les Roms et toute autre manifestation de la barbarie raciste.

MEMORIAL 98

 

 

 

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 20:29

Nous relayons aujourd'hui un appel à dons et à solidarité financière pour la famille Vutu, dont la petite fille de cinq ans est morte la nuit du 6 au 7 juin dans l'incendie d'un « bidonville » de Carrières sous Poissy dans les Yvelines, qui abritait plusieurs familles mais aussi des hommes seuls.

 

Nous avons mis en place un compte Pot Commun pour y participer concrètement. Ce compte sécurisé permet de contribuer en ligne , il est accessible en suivant ce lien « Soutien à la famille Vutu » . Bien évidemment, l'intégralité de la somme récoltée sera remise à cette famille.

 

Nous avons rencontré la famille le 18 juin, car nous connaissions pour certains sa tante et ses neveux et nièces, qui vivent aussi l'errance, de bidonvilles en hôtels , depuis des années.

 

La question des bidonvilles est une question politique, qui se résoudra par de longs combats pour l'égalité. Certains sont visibles et déclenchent les réactions répressives des pouvoirs publics, mais d'autres sont cachés dans la campagne , dans les bois, dans des zones polluées et/ou isolées.

 

Le bidonville de la famille Vutu , fait de baraques de tôle, se trouvait au milieu des champs aux confins d'une zone pavillonnaire. Il n'abritait que quelques familles et quelques hommes. Il existait depuis plusieurs mois, la police était venue, avait recensé les occupants, avait même filmé. Les policiers, plutôt courtois et respectueux, avaient informé les résidents qu'ils pouvaient rester, à condition que le camp ne s'étende pas.

 

Aucune autre autorité n'est jamais passée : on tolère certains bidonvilles, mais cette tolérance se paye par l'exclusion totale de tous les droits fondamentaux. On peut habiter le bidonville, si l'on accepte de ne pas être un habitant de la commune. Pas d'expulsion, mais pas d'eau, pas d'électricité, même pas de prise en compte des bébés et des enfants qui vivaient là. On peut rester si on n'existe pas aux yeux du monde

 

Ainsi, à Carrières-sous-Poissy, il y avait un bidonville tout court. Où vivaient quelques familles roumaines, mais également des personnes d'origine différente. Parmi elles un homme qui vit en France depuis 43 ans, d'origine serbe, et qui a été expulsé de son logement, suite à des difficultés financières il y a quelques années. Mais les autorités et les médias ont décidé que c'était un « campement Rom » et un «  problème Rom », alors pas plus que les autres, cet homme ne s'est vu proposer un logement , seulement un foyer très temporaire. Quant les racistes prétendent que l'on s'occupe des « illégaux » avant de s'occuper des «  légitimes », la réalité démontre la fonction du racisme : masquer l'injustice sociale et légitimer l'injustice pour tous.

 

Aujourd'hui, l'ensemble des habitants du bidonville se trouvent donc dans des hébergements provisoires et précaires. Un mois d'hôtel sans garantie formelle de renouvellement pour les familles.

 

La perte d'un enfant dans des circonstances atroces n'a même pas amené les autorités à stabiliser la famille Vutu, à lui permettre au moins de n'avoir pas l'angoisse de son devenir dans quelques semaines. Même la question des obsèques de l'enfant est encore incertaine : la mairie a vaguement donné son accord pour que l'enfant soit enterrée dans la commune, mais sans prendre les choses en charge. C'est le voisin de bidonville de Mr Vutu qui a re-contacté le maire et attend qu'on le rappelle.

 

Quant à l'enquête, 24 heures après les faits, certains médias parlaient déjà d'une « piste accidentelle ». Les habitants, eux, sans accuser personne, témoignent en tout cas d'individus venus les menacer la veille. Mais les menaces racistes sont le quotidien dans les bidonvilles, tout comme le danger représenté par les conditions sanitaires. Dans les deux cas, il n'y a pas d' « accident », il y a la conséquence parfaitement prévisible de la discrimination raciste.

 

Nous lançons donc un appel aux dons dans ce cas précis. Nous savons bien que ce qu'a vécu la famille Vutu peut très bien arriver demain à l'une ou l'autre de ces dizaines de milliers de personnes essentialisées « Roms », comme aux gens des « jungles » de Calais, des campements de partout. D'ailleurs à Lille, le même jour, un petit garçon perdait la vie dans l'incendie d'un autre camp.

 

Nous vous appelons à répondre à cet appel aux dons et à le diffuser pour dire à la famille Vutu, mais aussi à l'Etat, mais aussi à la mairie de Carrières-sous-Poissy, que l'indignité ne fera pas loi, dans l'indifférence et le silence. Pour leur dire qu'il y aura de la solidarité et de l'envie d'égalité sur le terrain, et pas seulement de la confrontation raciste entre « riverains » et «  Roms.

 

La famille Vutu qui ne possédait presque rien, n'a plus rien du tout. La perte d'un enfant ne la dispense pas de devoir au jour le jour, trouver les moyens d'au moins survivre. Nous lançons cet appel aux dons en espérant simplement lui permettre de souffler un peu, de faire son deuil un peu plus tranquillement. Vous pouvez vous mettre à la place d'une famille sans ressources dans une situation pareille et mesurer les besoins.

 

Le compte Pot commun est ici;  pour les personnes ne disposant pas de CB ou ne souhaitant pas utiliser le don numérique, vous pouvez nous contacter directement ( memorial98@noos.fr).

 

MEMORIAL 98

 

 

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 01:31

Robert Faurisson, Dieudonné, et Frédéric Châtillon.Cette semaine, Robert Faurisson passait en procès pour ses déclarations négationnistes à propos de la Shoah dans le film "Un homme", hagiographie réalisée par Paul-Eric Blanrue et diffusée initialement par Marc Georges (voir plus bas à propos de ces personnages), sur le site d'extrême-droite "Medialibre", il y a déjà quatre ans.

 

Le film est accessible en deux clics puisqu'il est disponible sur YouTube. Si l'on cherche à s'informer sur le procès en tapant "Faurisson" dans Google Actus, on tombera immédiatement,  outre la référence au compte-rendu d'audience publié par le Monde, sur le même site Medialibre, référencé comme "actualité" par Google, et sur le site de "publication libre" Agora Vox, qui relaie un article antisémite sur le sujet. 

 

Aussi bien, beaucoup d'intellectuels méconnus, de chercheurs sérieux et ignorés du grand public aimeraient-ils souffrir de la même "censure" et des mêmes "persécutions" que le néo-nazi Faurisson et ses soutiens. 

 

Faurisson passe certes en procès mais ceux-ci ne servent pas à grand-chose. Non seulement parce qu'ils sont menés en proportion une fois sur cent propos négationnistes et  parce qu'ils se tiennent quatre ans après les faits. Mais aussi parce qu'ils semblent souvent traités par les procureurs et les juges comme une affaire de "routine". Ainsi à propos d'"Un homme",  le procureur a-t-il uniquement requis six mois de prison avec sursis ( le "blogueur néo-nazi" Boris Le Lay à l'audience pourtant bien plus faible  vient d'être condamné à 6 mois de prison ferme). La première condamnation de Faurisson à de la prison avec sursis remonte à 1981, pour des propos tenus sur Europe1. Sa dernière condamnation date du 3 octobre 2006. Robert Faurisson n'a jamais été incarcéré, ses sursis n'ont jamais été révoqués, alors même que l'ensemble de son activité consiste à récidiver en  réitérant les mêmes propos, à la ligne près, sans interruption, par ses écrits, ses vidéos et ses enregistrements audio. 

 

Quant aux amendes, nul ne sait, à part le Trésor Public, si Faurisson les paie, ou si comme son grand complice et ami Dieudonné il s'en abstient pendant des années sans encombres. Quand bien même il les paierait, ce serait avec sa retraite de l'Enseignement Supérieur. Robert Faurisson non seulement n' a jamais été révoqué de l’Éducation nationale, mais de plus, il a pu exercer  le métier de propagandiste néo-nazi et négationniste à plein temps. Son salaire de détaché, à sa demande, au Centre national de télé-enseignement, ne comportait  aucune activité effective d'enseignement. En 1980, il a aussi bénéficié d'une mesure collective de reclassement qui lui donne le grade de professeur. 

 

On pourrait se consoler en se disant que les  très rares procès qui lui sont intentés permettent au moins de combattre ses idées. Il suffit de lire l'article du Monde consacré au dernier en date, pour voir que ce n'est pas le cas. L'article comporte sept paragraphes dont trois sont consacrés à la reprise sans commentaire des propos négationnistes du militant d'extrême-droite. Un paragraphe décrit la plaidoirie de sa défense. Sur les trois restants, deux sont une présentation factuelle de l'audience, et un seul décrit les réquisitions du procureur. La majorité de l'article est donc la reprise des propos que le négationniste souhaite voir diffusés à la plus grande échelle possible. Le Monde a jugé cela plus pertinent que d'interroger des historiens du négationnisme ou des victimes des mensonges de Faurisson, survivantEs du génocide. Ce faisant, non seulement le journal reproduit des propos négationnistes, mais il donne même l'occasion à Faurisson de poser en travailleur acharné et prolixe, puisque sont retranscrits ses propos sur les innombrables "volumes" qu'il aurait écrit. 

 

Or comme l'explique très bien l'historienne Valérie Igounet dans son excellente biographie du négationniste, les écrits de celui-ci sont la sempiternelle reprise des mêmes élucubrations, des redites perpétuelles, la répétition en boucle de quelques pseudo-arguments. Il n'y a jamais eu d'"ouvrage définitif" pourtant annoncé par Faurisson depuis vingt ans. On est confronté à une succession d'articles qui renvoient à des articles exactement semblables. Et il suffit d'aller voir son blog, puisqu'il est accessible, pour constater que beaucoup d'entre eux ne sont que de longues tartines à peine lisibles consacrées aux prétendus "complot" contre Faurisson, à des charges interminables contre les combattants anti-négationnisme. Charges dont le niveau peut se mesurer à l'une de ses dernières republications d'un "article" contre Valérie Ignounet: Faurisson ne trouve pas mieux que de répéter plusieurs fois, très fier de cette trouvaille, qu'il la surnomme , comme son acolyte Paul-Eric Blanrue, " Zigounette". 

 

Voilà le niveau des "volumes" faurissoniens, dont Le Monde se fait complaisamment l'écho. De plus le journal omet très étrangement de citer Paul-Eric Blanrue, réalisateur du documentaire incriminé, tout comme son diffuseur Marc George, ancien du FN et fondateur d’Égalité et Réconciliation avec Alain Soral. Pourquoi cette anonymisation des kamarades de Faurisson ? Il y a certes des pays européens où les médias font le choix de ne citer aucun nom lorsqu'ils évoquent les condamnations pour négationnisme, afin de ne pas faire de publicité à ces néo-nazis mais ce n'est certes pas le cas du Monde. Celui-ci fut en effet le  principal responsable de la médiatisation de Faurisson dans la presse en publiant le 29 décembre 1978 sa tribune intitulée : « Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz ». Le quotidien y est revenu sous forme d'autocritique en mai 2014 , sous une forme anecdotique et superficielle, mais continue aujourd'hui à lui offrir des citations in extenso de sa propagande. 

 

Cette anonymisation partielle , visant les co-inculpés du procès, Blanrue et Marc George, a au moins une conséquence délétère: elle efface l'existence d'une mouvance négationniste inter-générationnelle, en ne laissant entrevoir que l'image d'un homme de 86 ans, dont on peut ainsi penser qu'il appartient au passé. Citer Marc George, c'est rappeler le réel des liens entre le Front National et les négationnistes, qui passent d'ailleurs aussi par Frédéric Chatillon, proche de Marine Le Pen et dont les photos avec Faurisson sont trouvables en un clic ( voir notamment l'illustration de cet article). Citer Blanrue, c'est citer non pas un obscur et inconnu néo-nazi, mais un militant d'extrême-droite de toujours, antisémite acharné, qui n'en fut pas moins journaliste à Historia et même ailleurs. En 2013, soit deux ans après la diffusion de son film sur Faurisson, il écrivait encore pour Le Point. Et citer Blanrue, c'est aussi citer un "essayiste" dont la bouillie antisémite fut parfois défendue comme ouvrage à lire, jusque dans les colonnes d'un blog de journaliste du Monde Diplomatique, comme ce fut le cas pour "Sarkozy, Israël et les Juifs", lorsque Blanrue avait inventé une prétendue censure de l'ouvrage.

 

Les conditions et le contexte du procès de Faurisson et de ses acolytes démontrent donc une nouvelle fois l'inanité dangereuse des débats innombrables, malheureusement tenus aussi dans le camp progressiste, sur le combat contre le négationnisme. Depuis des années, la seule question posée est celle des "limites à la liberté d'expression en général" qui auraient été amenées par les lois de lutte contre le négationnisme. Or le négationnisme s'exprime en réalité en toute liberté, et pire, les rares séquences judiciaires, bien loin de mettre un frein à cette expression sont, en raison de l'incurie médiatique ( voire de la complaisance ), une occasion de diffuser un peu plus de propagande.

 

La seule question d'actualité est donc évidemment celle-ci: quand se décidera-t-on à réprimer le négationnisme ?

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 17:46

                         Les neuf victimes 

 

Dylann Roof posant avec le drapeau confédéré, symbole de l'esclavagisme. 

 

Mise à jour du 11 janvier 2016

Sans surprise, Dylan Roof a été condamné à mort.

 

Mise à jour du 4 janvier 2016

Lors du procès de Dlylan Roof, jeune tueur néo-nazi, l'horreur et la pulsion de mort sont présentes  jusqu'au bout. En effet l'assassin de neuf personnes noires dans une église de Charleston a refusé à la fois d'être défendu par des avocats et de plaider la folie, ce qui était à peu près sa seule chance d'échapper à la peine de mort.

Dans un texte qu'il a écrit (voir la reproduction ci-dessous), l'on trouve parmi d'autres constructions racistes et antisémites, l'affirmation selon laquelle la psychologie a été "inventée" par les Juifs pour créer des maladies chez les gens bien portants.

 

Evidemment, aucun des propagandistes néo-nazis qui ont contribué à la formation idéologique du jeune tueur n'est sur le banc des accusés.
Face à ce tombereau terrifiant d'insanités et à la machine à tuer qu'est devenu ce jeune homme , même plus en capacité de chercher à sauver sa propre vie, on trouve une lueur extraordinaire d'humanité ses victimes.

Des survivantEs et des proches des victimes de la tuerie raciste ont écrit au tribunal pour s'opposer à la peine de mort et demander que Dylan Roof ne soit pas exécuté.

MEMORIAL 98

 

Jeudi 18 juin, neuf personnes noires (dont les photos figurent ci-contre) ont été abattues dans une église de Charleston. L'auteur présumé des faits, Dylan Roof est un jeune raciste suprémaciste blanc, qui relayait, avant l'attentat la propagande et les symboles des mouvements d'extrême-droite américains. Le lieu de l'attentat démontre la préméditation et le caractère politique assumé de l'acte. En effet, l'église en question a été fondée par les personnes noires réduites en esclavage, et brûlée par les esclavagistes en représailles à une révolte qui y a été initiée en 1822, avant d'être reconstruite et d'être visitée par toutes les figures de la lutte des droits civiques de passage à Charleston.

 

Nous proposons ici la traduction d'un article paru le 16 juin dans le New York Times. Il s'attaque à un problème qui n'est pas propre aux Etats Unis, mais commun à beaucoup de pays occidentaux : le terrorisme d'extrême-droite, et les réticences à le définir et à le combattre comme tel.

 

Nous avons évoqué cette problématique dans de nombreux articles : en Allemagne, le traitement policier et médiatique du néo-nazisme à permis au groupe terroriste NSU de commettre des assassinats répétés en toute quiétude pendant des années, et récemment d'autres groupes ayant notamment attaqué des centres pour réfugiés ont été découverts.

 

En France, depuis le mois de janvier, alors qu'une vague islamophobe déferlait dans le pays,  le nombre de projets d'attentats émanant des néo-nazis a explosé, tandis que des « affaires » traitées médiatiquement de manière éparse, montrent que le niveau de dangerosité des réseaux d'extrême-droite augmente, comme le montre la révélation de nombreux trafics d'armes lourdes pratiqués par des militants confirmés et connus.

Le plus souvent ces projets ne sont pas qualifiés de terroristes, ni médiatiquement, ni judiciairement. Un exemple typique est celui des quatre élèves de l'Armée de l'Air qui ont été dénoncés juste avant d'attaquer une mosquée à l'explosif, certains de ces explosifs ayant été retrouvés à leur domicile. Les jeunes gens ont été laissés libres sous contrôle judiciaire et l'inculpation sera simplement « association de malfaiteurs ».

 

Aux Etats-Unis, comme l'article du New York Times le montre, la dangerosité des réseaux d'extrême-droite commence à être évoquée. De même est abordé le danger connexe consistant à focaliser uniquement sur le terrorisme émanant des groupes armés se revendiquant du djihadisme. Une des conséquences en est la méconnaissance des mouvances néo-nazies et suprémacistes blanches.  Et comment combattre et prévenir ce que l'on n'a pas cherché à connaître ?

 

En France comme aux Etats-Unis, des jeunes comme Dylan Roof, qui affichait ses convictions racistes et négrophobes sur les réseaux sociaux et dans son entourage peuvent se radicaliser sans que quiconque ne s'en préoccupe, jusqu'au jour où ils passent à l'acte. La montée du racisme dans nos sociétés, et bien souvent dans les institutions politiques banalise même ses expressions les plus extrêmes. Là bas l'attentat de Charleston s'inscrit dans une période de révoltes contre les crimes racistes commis par des forces de police. Mais en France, l'indifférence au néo-nazisme montant va de pair avec celle qui entoure les tabassages de migrants à Calais, perpétrés par de petits commandos, ou les attaques physiques contre les Roms.

Sauf à se résigner  au terrorisme d'un nombre grandissant des militantEs néo-nazis, il faudra bien combattre toutes les formes du racisme actuel.

 

Memorial 98

La menace montante du terrorisme d'extrême-droite

 

Article en version originale disponible ici

 

Ce mois-ci, les gros titres des médias portaient sur un homme musulman à Boston qui a été accusé de menacer les policiers avec un couteau. Le mois dernier, deux musulmans ont attaqué une conférence anti-islamique à Garland, au Texas. Le mois précédent, un homme musulman a été accusé d'avoir comploté pour envoyer un camion piégé sur une installation militaire dans le Kansas. Si vous vous en tenez à ces nouvelles , vous savez qu'un faible mais stable flux des musulmans américains, radicalisé par les extrémistes à l'étranger, se livrent à la violence ici aux États-Unis.

Mais les manchettes peuvent induire en erreur. La principale menace terroriste aux États-Unis n'est pas celle des extrémistes musulmans violents, mais des extrémistes de droite. Il suffit de demander à la police.

Dans un sondage que nous avons mené avec l'an dernier avec les membres du Police Executive Research Forumen en interrogeant 382 organismes policiers , ​​74 pour cent ont cité l'extrémisme anti-gouvernement comme l'une des trois principales menaces terroristes dans leur juridiction; 39 pour cent l'extrémisme connecté avec Al-Qaïda ou des organisations terroristes similaires. Et seulement 3 pour cent identifié la menace des extrémistes musulmans comme graves, comparativement à 7 pour cent pour les anti-gouvernement et d'autres formes d'extrémisme.

Les efforts de l'Etat Islamique autoproclamé pour radicaliser les musulmans américains, qui ont commencé juste après l'enquête se soit terminée,ont pu entraîner une perception accrue de la menace un peu, mais pas de beaucoup, comme nous avons pu le voir dans les entretiens de suivi au cours de la dernière année avec 19 spécialistes de la lutte antiterroriste . Ces officiers, choisis parmi les zones urbaines et rurales à travers le pays, ont déclaré que la radicalisation du Moyen-Orient était une préoccupation, mais pas aussi dangereuse que la radicalisation des extrémistes de droite.

Un officier d'une grande région métropolitaine a déclaré que «les milices, les néo-nazis et les citoyens souverains sont la plus grande menace ectrémiste qui nous guette » . Un autre officier a expliqué qu'il a classé la menace de droite comme plus élevée parce que "c' est une menace émergente sur laquelle nous ne disposons quede très peu de prise, même en ce qui concerne nos unités de recherche criminelle, contrairement à ce dont nous disposons sur la question Al Shabab / Al-Qaïda, à qui nous avons affaire depuis un certain temps. Un officier de la côte Ouest a expliqué que la" "menace anti-gouvernement des « citoyen souverains » a réellement pris son envol, et représente un phénomène inédit et que nous ne connaissons pas encore, contrairement à celle du terrorisme se revendiquant de l'islam.

L'année dernière, par exemple, un homme lié au mouvement citoyen souverain - qui affirme ne pas reconnaître l'autorité du gouvernement fédéral ou local - a attaqué un palais de justice dans le comté de Forsyth, Ga, tirant au fusil d'assaut sur les policiers et essayant de couvrir. son approche avec des gaz et des grenades lacrymogènes. Le suspect a été tué par la police, qui a riposté. Au Nevada, des militants anti-gouvernementaux auraient ont tiré sur deux policiers dans un restaurant, puis placé un drapeau "Ne marchez pas sur moi" sur leur corps. Un extrémiste anti-gouvernement en Pennsylvanie a été arrêté, soupçonné d'avoir tiré sur deux policiers , en tuant un, arrestation survenue au terme d'une chasse à l'homme de 48 heures. Au Texas , un militant d'extrême-droite a été interpellé , soupçonné d'être l'auteur d'une attaque de fourgon blindé destinée à se procurer des armes . Ces individus d'extrême-droite inquiètent de plus en plus les responsables de l'application de la loi.

Désormais, les services de police à travers le pays font suivre à leurs officiers des formations destinées à reconnaître les signes de l'extrémisme anti-gouvernement et à faire preuve d'attention à aux indices potentiels d'interaction avec des mouvements d'extrême-droite lors des contrôles routiers , des enquêtes criminelles et autres i. "La menace est réelle", dit le document d'un programme de formation parrainé par le ministère de la Justice. Depuis 2000, 25 membres des forces de sécurité ont été tués par des extrémistes de droite, qui partagent un discours fondé sur la «peur que le gouvernement confisque les armes à feu» et une «croyance dans l'effondrement proche du gouvernement et de l'économie."

Malgré l'anxiété du public concernant les extrémistes inspirés par Al-Qaïda et l'Etat islamique, le nombre de faits de violence commis par ces individus est resté très faible. Depuis le 9/11, une moyenne de neuf musulmans américains par an ont été impliqués dans une moyenne de six actions liées au terrorisme contre des cibles aux États-Unis. La plupart ont été empêchés, mais les 20 actions effectivement mises en œuvre ont tué 50 personnes au cours des 13 dernières années et demie.

 

En revanche, les extrémistes de droite ont mené en moyenne 337 attaques par an dans la décennie suivant les attaques du 11 septembre 2001, provoquant un total de 254 décès, selon une étude réalisée par Arie Perliger, chercheur spécialisé sur la lutte contre le terrorisme du Centre de l'Académie militaire des États-Unis. Le bilan a augmenté depuis l'étude publiée en 2012.

D'autres ensembles de données, utilisant différentes définitions de la violence politique, dressent un tableau comparable. La base de données Global Terrorism du Start Center de l'Université du Maryland recense 65 attaques aux États-Unis associées avec les idéologies de droite et 24 par des extrémistes musulmans depuis le 9/11. Le Programme de sécurité internationale de la New America Foundation identifie 39 décès dus à des extrémistes maison « non-djihadistes » et 26 décès dus à des extrémistes "djihadistes".

Dans le même temps, le terrorisme sous toutes ses formes a représenté une petite proportion de la violence en Amérique. Il y a eu plus de 215.000 meurtres aux États-Unis depuis 9/11. Pour chaque personne tuée par des extrémistes musulmans, il ya eu 4.300 homicides d'autres sources.

Les débats publics sur le terrorisme se concentrent intensément sur les musulmans. Mais cette orientation ne cadre pas avec le faible nombre d'attaques aux États-Unis commises par des musulmans, et la focalisation sur un groupe minoritaire aggrave sa situation , alors qu'il souffre dejà d'une opinion publique de plus en plus hostile. Comme les services de police provinciaux et locaux nous le rappellent, de l'extrémisme anti-gouvernement d'extrême-droite est la principale source de la violence idéologique en Amérique.

 

Charles Kurzman enseigne la sociologie à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. David Schanzer est directeur du Centre de Triangle sur le terrorisme et la sécurité intérieure à l'Université Duke.

 

Note: hormis dans le titre, nous avons gardé la traduction littérale : le terme " right wing terrorism " a été le plus souvent traduit par terrorisme de droite bien qu'il désigne ce que nous appelons ici l'extrême-droite, tout comme l'expression " extrémisme anti-gouvernement": une des thématiques favorites des néo-nazis et suprémacistes américains est en effet historiquement l'opposition au gouvernement fédéral accusé d'être le centre du "complot", le plus souvent juif pour " exterminer les vrais patriotes".

Memorial 98

 

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 10:26

Pourquoi prendre la peine de réagir suite à un article du torchon raciste et antisémite de Soral « Égalité et Réconciliation », mettant en cause Memorial 98 et l’un de ses fondateurs, Albert Herszkowicz ?

 

Nous ne l’avons pas fait par le passé, bien que ce ne soit pas la première fois que nous soyons cités par le site d’Alain Soral ou par son comparse négationniste Joe le Corbeau. Les précédentes occurrences liées notamment à un article sur Plantu et à un article décryptant la stratégie des JRE avaient été l’occasion d’un déferlement malheureusement banal de haine antisémite. Notre collectif préfère en général se consacrer à l’offensive contre cette mouvance, plutôt que réagir au coup par coup au torrent de boue ininterrompu dont les victimes sont innombrables.

 

Mais aujourd’hui, Egalité et Réconciliation ne se contente pas des habituelles imprécations antisémites à notre encontre. Alain Soral et son troupeau tentent en effet d’utiliser un de nos articles pour diffamer une tierce personne : en l’occurrence le rédacteur du journal lycéen La Mouette Bâillonnée, actuellement victime de menaces de mort récurrentes et confronté à un harcèlement inacceptable.

 

En janvier 2014, Memorial 98 avait publié un texte  dénonçant effectivement plusieurs articles de soutien à Dieudonné publiés dans La Mouette Bâillonnée, journal du prestigieux lycée Marcelin Berthelot…de l’époque. Nous n’avons pas un seul mot à retirer de cet article, qui décrivait les pressions et l’absence totale de soutien vécus par les professeurs et les élèves qui avaient, à juste titre, protesté contre ces écrits antisémites .

 

Mais par définition, la rédaction d’un journal lycéen change chaque année. C’est une évidence pour tout le monde, sauf pour la horde antisémite qui diffuse l’article d’Egalité et Réconciliation, intitulé  " Un lycéen menacé de mort pour son soutien à Charlie où à Dieudonné"? en y ayant trouvé son carburant quotidien. Glissez un nom à consonance juive dans un texte, ajoutez-y un complot prétendument fomenté par ces mêmes Juifs et peu importe le niveau d’absurdité manifeste de la thèse, l’obsédé soralien diffuse.

 

L’équipe de La Mouette bâillonnée n’étant pas celle de 2014, se servir de notre article pour affirmer, en titre, que le lycéen harcelé « défend Dieudonné », constitue donc de la désinformation pure. D’ailleurs, si Egalité et Réconciliation avait eu le moindre intérêt réel pour le journal qu’ils prétendent aujourd’hui soutenir par leur article, ils l’auraient lu. Ils auraient découvert par exemple, que la nouvelle équipe a publié cet hiver un article sur le camp d’extermination d’Auschwitz et la nécessité du combat contre le négationnisme.

Ne souhaitant pas contribuer aux stratégies de salissure et de désinformation des fascistes soraliens, nous avons donc décidé de publier cette mise au point.

 

Pour le reste, c'est-à-dire les attaques antisémites, nous n’avons pas forcément le temps et les moyens matériels d’y donner une réponse judiciaire. Mais nous nous réjouissons que d’autres, également attaqués, le fassent et touchent ainsi les fascistes au portefeuille, qu’ils ont bien garni. Paiement « en espèces , petite monnaie non acceptée », comme le spécifiait Dieudonné pour le paiement de son spectacle avorté à Bruxelles. Pour autant le silence n’est pas un oubli. À propos d’oubli, nous remarquons qu’Alain Soral et son torchon ont repris la présentation de notre collectif en mentionnant la mémoire de l’Affaire Dreyfus mais en retirant volontairement l’explication de la date (17 janvier 1898) à laquelle le nom de Memorial 98 fait référence . C’est celle des premières manifestations ouvrières et socialistes contre les antisémites anti-dreyfusards . Nous nous félicitons donc d’avoir bonne mémoire, et d’avoir choisi de faire vivre celle de ces meetings antisémites attaqués et empêchés par le mouvement ouvrier, dont le souvenir dérange apparemment les fascistes. Sans doute sont-ils anxieux que ce passé là puisse ressurgir, s’il ne tombait pas dans l’oubli.

 

L’année prochaine à la Main d’Or, donc, ou celle d’après, peu importe. Les vents mauvais finissent toujours par tourner, le compte des injures racistes sera un jour collectivement soldé.

MEMORIAL 98

 

 

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 11:09

Dans le cadre de l'immense scandale de corruption qui secoue le monde du football professionnel, un des principaux mis en cause, Jack Warner, accusait dès 2011,  les "sionistes", terme à peine codé pour désigner les Juifs, comme responsables de sa chute. Aujourd'hui Poutine défend la direction corrompue de la Fédération internationale de football (FIFA) et met en cause la justice américaine. L'antisémitisme peut servir à couvrir toutes les turpitudes. On peut être certain que cette "information" sur les "sionistes" et l'implication de la situation au Moyen-Orient se retrouvera très rapidement sur tous les sites complotistes et antisémites de la planète. Elle repoussera aussi au second plan l'autre scandale de la FIFA qui concerne les conditions désastreuses de travail et de vie des ouvriers immigrés qui préparent la Coupe du Monde 2022 au Qatar.

 

C'est l'occasion de rappeler que les instances internationales du sport olympique ont beaucoup pactisé avec le nazisme et les dictatures. C'est le cas aussi pour les fédérations de course automobile, qui ont été longtemps dirigées par des fascistes avérés. Quant au football, on connait la fréquence des incidents antisémites et racistes provoqués par des supporters. Certains clubs européens se distinguent d'ailleurs par la virulence antisémite et néo-nazie de leurs "ultras: Lazio de Rome, Legia Varsovie, West Ham (GB), Chelsea (GB), Kaiserlautern (Allemagne), FC Lucerne en Suisse avec un incident grave récent, PSG en son temps...

 

Au plan international, le symbole historique de la complaisance envers le nazisme trouve une expression particulière lors des Jeux Olympiques d’hiver de 1936, qui eurent lieu du 6 au 16 février, dans la ville allemande de Garmisch-Partenkirchen.

Ces Jeux, désirés par Hitler, arrivé au pouvoir trois ans auparavant (1933), furent organisés afin de lui servir de vitrine par Goebbels, Ministre de la Propagande du Troisième Reich. C'est le belge Henri de Baillet-Latour, antisémite notoire, qui était alors le président, depuis 1925, du Comité international olympique (CIO).

Un célèbre cliché photographique le montre entouré, lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux d’hiver de 1936, de Adolf Hitler et de Rudolf Hess, dauphin du Führer. Lorsque Baillet-Latour mourut en 1942, Hitler lui fit envoyer, portées par une garde d’honneur composée de soldats allemands, plusieurs couronnes de fleurs, dont une en son nom personnel et une aux couleurs du Troisième Reich, le tout assorti de rubans à croix gammées.

Et puis il y eut à Berlin 1936, du 1er au 16 août les "Jeux de la honte".

Le fondateur de l'olympisme moderne président d’honneur à vie du CIO, Pierre de Coubertin, qui admirait « intensément » Hitler, fut plus dithyrambique encore à leur égard : « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir. (…). Cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’elles (les Olympiades) ont connu ! » Hitler, qui n’en demandait pas tant pour vanter son régime aux yeux du monde, le proposa, pour le remercier, comme lauréat du prix Nobel de la paix,  ce que à quoi l’Académie d’Oslo se refusa d’acquiescer.

Il existe aussi, à ce sujet, une photo, tout aussi compromettante, reproduite ci-dessus,  de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin en 1936, où l’on voit Adolf Hitler, arborant la croix gammée, saluer le drapeau olympique en faisant le salut nazi.

Ainsi est-ce en 1936 que les premières persécutions antisémites apparaîtront, en Allemagne, au grand jour. Pas moins de 114 lois anti-juives y seront édictées pendant le seule période s’étalant entre les Jeux Olympiques d’hiver, à Garmisch-Partenkirchen, et ceux d’été, à Berlin, tandis que tous les athlètes juifs de l’équipe nationale allemande en seront exclus. Le 16 juillet 1936, deux semaines avant l’ouverture de ces JO d’été, 800 Tziganes et Roms résidant à Berlin furent arrêtés lors d’une rafle orchestrée par la police allemande, puis internés dans un camp sous la garde des SS de Himmler. Ce fut là le premier camp de concentration de l’histoire nazie spécialement aménagé à cet effet, celui de Marzahn, quartier situé dans l’est de Berlin. La plupart de ces prisonniers-là, dont beaucoup y furent exécutés sommairement, n’en sortiront jamais plus.

Sur ce premier crime de guerre commis par le Troisième Reich, en plein Jeux Olympiques, ni le président du CIO, Henri de Baillet-Latour, ni son président d’honneur, Pierre de Coubertin, ne pipèrent mot, le couvrant ainsi  du haut de leur prestige international

Pire encore, le président du Comité National Olympique Américain d’alors, Avery Brundage, antisémite chevronné, nazi convaincu et membre actif de deux associations ultra racistes outre-Atlantique, relativement secrètes et toutes deux proches du « Ku Klux Klan », convainquit les États-Unis d’Amérique de ne pas boycotter ces Jeux de Berlin, sous prétexte que « les Juifs étaient bien traités par le Reich »,

Brundage, disciple d’Hitler et que Göring recevait régulièrement en grande pompe, fut nommé, en 1952, président du CIO, puis, en 1972, « président d’honneur à vie » lui aussi.

Il existe là encore une photo de l’entrée triomphale d’Adolf Hitler, entouré des principaux membres du CIO, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin.

Une autre date marquante est le 18 novembre 1936, à peine trois mois après la clôture des Jeux de Berlin.

C’est ce jour-là, en effet, qu’eut lieu le départ des aviateurs allemands de la légion « Condor », unité de la « Luftwaffe » alors placée sous les ordres de Göring, pour aller combattre en Espagne, contre les républicains, aux côtés des fascistes de Franco. Au premier rang de ceux-ci émergeait alors, un certain Juan Antonio Samaranch, qui militait déjà, en ce temps-là, dans les rangs des pro-hitlériennes « Phalange Espagnole Traditionnaliste » (FET) et autres « Juntes Offensives National-Syndicalistes (JONS). Après avoir été nommé par Franco lui-même, en 1967, « Secrétaire aux Sports » dans le gouvernement espagnol (lequel favorisa de grands criminels nazis), deviendra de 1980 à 2001, le nouvel et inamovible président du CIO.

 

Le CIO n'a à ce jour pas présenté d'excuses pour la tenue de ces Jeux de 1936, malgré les nombreuses demandes dans ce sens. Il reste donc marqué par sa collaboration avec le régime nazi.

 

Dans le "sport" automobile, autre énorme machine à profits, 2 dirigeants marqués par le nazisme, dont un fut le premier SS français, se sont succédé à la tête de la Fédération internationale du sport automobile (FISA) pendant 30 ans, de 1978 à 2009. Il s'agit de Jean-Marie Ballestre (France, de 1978 à 1991) et Max Mosley (Grande-Bretagne, de 1991 à 2009) .

Ballestre adhère dès 1940 aux organisations d'extrême droite « Jeunes du Maréchal » puis « Jeune Front ». Il y fait la rencontre de Robert Hersant, futur magnat de la presse française,  qui en est l'un des dirigeants. Dès l'été 1940, on le trouve impliqué dans des violences antisémites en compagnie de Robert Hersant.

Il s'engage en 1942 dans le NSKK, unité nazie des forces motorisées. Il lance en novembre 1942 le journal Jeune Force de France et collabore à Devenir, le journal des SS français. Il écrira à cette occasion : « Nous le pensons et nous l'affirmons : le salut ne nous viendra que du combat. L'heure des hommes virils a sonné. Il faut choisir entre le national-socialisme et la juiverie ». Le 17 mai 1943, il entre en fonction à l'Erstaztcommando de la SS française avec le grade de deuxième classe à Paris. Il est ainsi le premier français admis dans les SS. Tombé aux mains de l'armée américaine en avril 1945, il revient en France est dénoncé comme ancien SS par les membres de la communauté juive. Mais un non-lieu est rendu le 16 mai 1947 et Ballestre fait carrière dans les instances automobiles nationales puis internationales.

Son successeur Max Mosley est le fils du fondateur du mouvement fasciste en Grande-Bretagne, Oswald Mosley, ami et allié de Mussolini, Hitler et Franco. Max Mosley lui-même a été très longtemps fort actif dans ce mouvement. En 1961, alors secrétaire de l'Oxford union society, une association de débats sur la société Mosley y fait campagne sous le slogan « liberté d'expression pour les fascistes ». Parallèlement, il milite au sein de l'Union Movement, le parti créé par leur père après la Seconde Guerre mondiale. Puis il devient pilote de course et dirigeant de ce secteur, sans que son engagement fasciste ne constitue une quelconque entrave. En 2008 une vidéo fait scandale. On y voit Mosley en compagnie de cinq jeunes femmes, dont certaines apparaissent vêtues d'un uniforme rayé de prisonnier des camps nazis. Selon le "Times" , qui parle d'une «orgie nazie», Mosley s'exprime en allemand et joue tour à tour le rôle d'un détenu et d'un gardien de camp de concentration. Ces révélations ne l'empêchent pas de poursuivre sa présidence jusqu'en 2009.

 

On constate à quel point les structures de direction du sport-spectacle et du sport-business s’accommodent de la présence à leur tête de fascistes et de racistes connus et de la collaboration avec les pires régimes. Le sport, transformé en exaltation du nationalisme et source de profit, devient ainsi un rouage de la barbarie.

 

 

MEMORIAL 98

 

 

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 23:18

Une photo de femmes nues assortie d'un commentaire rigolard assimilant ces photos à une prière musulmane, un autre montage photo s'« amusant » cette fois sur le thème des « tournantes marocaines ». Banal dans la France de 2015, gangrenée par tous les racismes, de l'islamophobie à l'antisémitisme en passant par la haine contre les Roms ?

En effet, cela n'a rien de particulièrement original. Mais dans ce cas précis,  c'est une responsable de la CGT Services publics de l’Essonne qui a publié ces photos sur Facebook. D’autres militants CGT ont alors signalé à l’Union Départementale CGT 91 le problème que posait cette propagande raciste et islamophobe .

 

La réaction logique dans un syndicat qui a inscrit l'antiracisme dans ses fondamentaux aurait été au minimum une exigence de suppression immédiate de ces photos, d'autant que la syndicaliste s'exprime en affichant son appartenance syndicale. Un communiqué dissociant la CGT de ces propos racistes semblait également constituer une évidence, avant même toute procédure de sanction éventuelle, impliquant également le droit pour la personne mise en cause de se défendre,

Mais il a fallu deux mois pour que l’UD CGT de l'Essonne décide d’instaurer une commission des conflits et de convoquer les « différents protagonistes ».

Le militant syndical qui a dénoncé cette affaire a rendu publique le 9 avril, sur le site de son syndicat http://www.cgt-ville-chilly-mazarin.com/, sa réponse à cette convocation, à laquelle il n’a pas accepté de se rendre, ainsi que les photos et commentaires en question.

 

Il y explique l'évidence : une commission des conflits a pour vocation de résoudre les conflits inscrits dans le cadre des principes de la CGT. On peut comprendre qu'une instance intervienne pour départager deux militants ou deux structures en opposition sur les revendications à mettre en œuvre ou sur des questions de périmètres.

Mais dans le cas présent, le seul conflit existant est la contradiction entre les positions antiracistes du syndicat et les prises de position antagonistes d'une responsable syndicale. Ce qui est donc anormal, ce n'est pas qu'un militant ait dénoncé ces positions, mais qu'il ait été le seul.

 

Nous ne savons pas, à l’heure qu’il est, quelle décision va prendre la CGT de l’Essonne. Mais on voit d’ores et déjà la difficulté à mettre en œuvre les valeurs antiracistes à l’intérieur de la structure syndicale, notamment vis-à-vis de militants ayant des responsabilités importantes.

 

Ce qui affaiblit le plus une organisation qui se réclame de valeurs antiracistes et égalitaires, n’est pas que des positions haineuses de quelques militants soient rendues publiques. Au contraire ce qui est facteur de trouble est le fait de ne pas prendre ses responsabilités face à des militants racistes, antisémites, sexistes, xénophobes. Ce n’est ni le propre ni de la CGT ni des seuls syndicats.

 

En réalité, la CGT assume au moins d'exclure les militants du FN. C'est peu, mais c'est beaucoup au regard des positions adoptées par la CFDT ou par FO, qui considèrent que figurer sur des listes électorales d'un parti d'extrême-droite et s'investir dans un syndicat ne sont pas forcément incompatibles.

 

Mais pourquoi un tel malaise dans une organisation dont les statuts et les orientations sont pourtant très clairs ?

 

D’abord, parce que le problème est largement ignoré et absent des discussions collectives. Cela conduit à ce que des militants, voire des structures locales, développent une idéologie raciste ou antisémite. Et évidemment, au fil du temps, le mal est plus étendu, les militants en question accèdent à des responsabilités. Il devient alors forcément embarrassant de reconnaître qu’on a placé sur ses listes ou dans ses instances dirigeantes une personne qui en réalité porte ce que l’organisation est censée combattre.

 

Mais de toute façon, le problème devient forcément public un jour ou l'autre... par exemple quand ces militants décident tout simplement de rejoindre ouvertement l'extrême-droite. L'affaire Fabien Engelman, parti au FN avec l'ensemble de sa section syndicale, n'est pas isolée. Très récemment, dans le Loiret, Martiale Huyghe, investie de responsabilités à la CGT Thalès se présentait-elle sur une liste FN. Aux municipales 2014, en Seine Maritime et en Ile et Vilaine, deux CGTistes figuraient sur les listes du Front National.

 

Il y a aussi un problème de fond sous-jacent. Certes, les militants des organisations progressistes sont eux aussi sensibles au contexte social et politique, et peuvent développer des thèses racistes. Mais justement, si l’organisation jouait son rôle, elle mettrait régulièrement ces sujets en débat, ce qui bien souvent suffit à faire comprendre à ces personnes qu’il y a un désaccord irréconciliable avec les positions de l’organisation. Libre à eux ensuite de changer leur positionnement ou de changer d'organisation.

 

Mais au sein de la CGT, comme dans nombre d'organisations syndicales ou politiques de gauche, le risque de voir des gens quitter la structure est une donnée fondamentale dans la prise des décisions. Ce risque est souvent évalué au regard des rapports de force présumés dans la société: aujourd'hui, les idées fascistes sont présentées comme quasi-hégémoniques et incontournables, et elles rallient effectivement une partie des salariés. Même si une infime minorité de ces salariés rejoint un syndicat, et à plus forte raison la CGT, beaucoup de syndicalistes sont persuadés que l'exclusion d'un syndiqué militant raciste, islamophobe ou antisémite déclenchera l'indignation des salariés non-syndiqués. Et de fait, la prophétie devient « auto-réalisatrice ».

 

En tolérant en son sein des militants racistes et antisémites, et surtout en les laissant arborer leur appartenance syndicale, la CGT répand l'idée que ces idéologies sont parfaitement compatibles avec le syndicalisme...puisque des militants syndiqués les portent. Et plus ils les portent longtemps, plus ils peuvent agréger des syndiqués ayant les mêmes opinions qu’eux. Dans une entreprise il est évident que des salariés opposés à l'islamophobie où à l'antisémitisme ne rejoindront  un syndicat dont le délégué défend ces thèses. À l’inverse, les salariés sensibles à ces rhétoriques haineuses vont pouvoir considérer qu'après tout, ils peuvent se sentir à l’aise dans ce syndicat. Et c'est ainsi qu'on va trouver des sections syndicales entières prêtes à entamer un jour une campagne mettant en cause l'embauche de travailleurs d'origine étrangère, affichant ouvertement leur soutien à tel ou tel antisémite connu, ou exigeant des mesures discriminatoires contre les musulmans.

 

Cette tolérance va amener les salariés et les syndiqués antiracistes à hésiter avant de dénoncer des pratiques ou des discours racistes et antisémites, ou à soutenir celles et ceux qui les dénoncent, ou au mieux à s'emparer tardivement du problème. Si l'on sait que telle publication écrite ouvertement raciste n'a pas été sanctionnée immédiatement, on se dira que des propos oraux et internes n'ont aucune chance d'être pris en compte. Si l'on voit un militant convoqué en « commission des conflits » pour avoir mis le holà à un discours inacceptable, on se dit qu'on subira le même sort. Et si des syndiqués accèdent à des responsabilités en tenant des discours antagonistes avec les principes antiracistes du syndicat, alors à quoi bon se battre contre une ligne qui apparaît comme acceptée dans les faits ?

 

Or, ces dernières années, de nombreux militants et militantes ont fait une amère expérience : dénoncer en interne n'aboutit à rien, voire entraîne une franche hostilité et à des ennuis dans le travail syndical du quotidien. Prendre parti publiquement contre des propos douteux aboutit à être considéré comme celui qui porte atteinte au syndicat et fait le jeu de ses ennemis, comme si l'atteinte n'était pas constituée par les discours ou les pratiques de celles et ceux qui souscrivent aux idées d'extrême-droite.

 

Une affaire similaire à celle qui touche aujourd'hui la CGT du 91 avait eu lieu dans le Gard , au sein de l'entreprise Tango, filiale de Keolis : en 2013, deux salariés, dont un délégué CGT avaient publié sur leurs profils Facebook des caricatures violemment islamophobes et racistes. Il y avait aussi dans cette section CGT, des salariés de confession musulmane, directement touchés par ces caricatures. Mais,  au lieu de les soutenir et de prendre des mesures contre les auteurs de ces post islamophobe, la CGT avait tergiversé. Résultat, les salariés visés ont quitté le syndicat et ont du s'adresser au CCIF pour être soutenus dans leur plainte.

 

Ce type d'affaires détruit beaucoup de choses et notamment le travail antiraciste réellement mené au sein de la CGT : un travail que nul ne peut mettre en doute, au niveau des prises de positions théoriques et sur le terrain. Et ce d'abord parce qu'une partie des militants syndiqués sont eux même des cibles de la discrimination raciste : ce fut le cas par exemple d'un délégué syndical au CHSCT qui faillit se faire renvoyer de son emploi dans une zone aéroportuaire parce qu'il saluait ses collègues en arabe. Et c'est un exemple parmi des centaines d'autres : utiliser le racisme et l'islamophobie ambiante pour criminaliser des syndicalistes est évidemment une tentation patronale courante.

 

Malheureusement, dans le contexte actuel, le problème du racisme, de l'antisémitisme, de l'islamophobie ou de l'homophobie ne se posent pas que chez l'adversaire. Il est aussi un problème qui divise les salariés, et même les syndiqués : la puissance de frappe de l'extrême-droite est énorme, et elle contamine même les luttes.

 

Faire l'autruche ne mène nulle part : à force de ne pas vouloir être « isolé » ou « minoritaire » on le devient. Le racisme n'est pas un phénomène abstrait, une opinion sans conséquence dans les rapports de travail : on ne peut pas être un bon militant syndical en ayant intégré des logiciels de haine. Quand on considère une partie de ses collègues comme des ennemis, quand on entérine la division entre les salariés, comment être encore efficace dans la lutte contre les initiatives antisociales des employeurs ?

 

Militants antiracistes, et syndiqués pour ceux qui sont en emploi, cégétistes pour certains, nous souhaitons dire toute notre solidarité au militant CGT de Chilly Mazarin qui a voulu préserver son syndicat de dérives racistes et islamophobes. Et nous espérons que la CGT prendra la décision qui s'impose évidemment : sanctionner les propos racistes et non pas isoler un militant qui a fait ce qu'il y avait à faire.

 

MEMORIAL 98

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 22:07

La défense de la liberté d'expression de Dieudonné a été une cause unificatrice ces dix dernières années. L'extrême-droite n'a pas été la seule à affirmer qu'on avait le droit de tout dire. Tout un pan de la gauche, tout en condamnant les saillies les plus caricaturales du politique néo-nazi, a toujours répété que la loi ne devrait pas sanctionner des paroles. D'autres admettaient une condamnation judiciaire, mais pas les mesures permettant de faire cesser immédiatement des appels réitérés et prévisibles à la haine raciale.

 

Depuis le lundi 4 mai , sur le site "Quenel Plus" de Dieudonné, s'affiche ce qui est présenté comme un entretien avec Patrice Alègre, actuellement détenu à la centrale de Poissy pour cinq meurtres, une tentative de meurtre et six viols qu'il a reconnus. Dieudonné affirme depuis plusieurs années animer un « atelier » dans cette centrale avec d'autres personnes condamnés pour meurtres et tortures , dont Germain Gaiffe, présenté comme le directeur de publication de Quenel Plus. Depuis quelques semaines, il annonçait son rapprochement avec Patrice Alègre.

 

Apocryphe ou non, le contenu de cet « entretien » est difficilement soutenable à la lecture. Dans un premier temps, le texte s'attaque à l'enfant en situation de handicap de Laurent Louis, politicien antisémite belge avec lequel Dieudonné s'est récemment brouillé pour une affaire de gros sous liée au lancement d'une entreprise baptisée l'Ananassurance. « Morte née accrochée au fion de sa mère », « cancrelat tout désarticulé », «  baignant dans sa pisse et dans ses excréments » sont quelques uns des qualificatifs utilisés. Dans la suite du texte, l'auteur appelle au meurtre à coup de pelle de l'enfant. Dans la suite de l'article, c'est l'assassinat récent d'une petite fille violée qui est évoquée dans des termes tout aussi insoutenables, accompagnés du prénom de l'enfant.

 

Une partie des antisémites qui commentent ce texte sur le site de Dieudonné,  se déclarent choqués. Bien évidemment, quand ceux là disaient qu'on pouvait rire de tout, ils pensaient surtout qu'on pouvait rire des victimes juives du génocide perpétré par les nazis.

 

Mais la question posée par cet appel au meurtre des enfants en situation de handicap, accompagné d'apologies de viols et de meurtres d'enfants ayant réellement été assassinés, ne met pas seulement en cause la responsabilité des partisans officiels de Dieudonné.

 

Qu'en pensent celles et ceux , organisations politiques, éditorialistes plus ou moins connus, militants  de la « liberté d'expression » et qui défendent une politique qui consisterait à réagir uniquement  par la voie judiciaire , au coup par coup, à chaque nouvelle provocation prévisible du néo-nazi ?

 

Les plaintes déposées contre des vidéos antisémites et racistes publiées par Dieudonné ont mis des semaines, voire des  mois à aboutir à leur suppression sur You Tube. Dans l'intervalle, elles avaient été visionnées des centaines de milliers de fois. Il en sera de même pour ce texte si une plainte est déposée. Dans l'intervalle, les droits et les libertés individuelles des enfants nommément visés dans ce texte sont-ils respectés ? Doit-on imposer à la famille d'un enfant assassiné et violé qu'un tel discours public soit disponible ?

 

Ceux qui répètent depuis des années que sanctionner Dieudonné serait lui faire de la « publicité », sont-ils prêts à défendre le maintien de ce texte, à expliquer aux familles concernées qu'il vaut mieux ne rien faire et ne rien dire ?

 

Mais si la réponse est négative, alors pourquoi serait-elle positive pour d'autres ? Pour la famille d'Ilan Halimi qui a du supporter une vidéo où Dieudonné parle de profaner le cadavre de leur fils tué ? Pour l'ensemble des survivantEs du génocide commis par les nazis qui doivent supporter depuis des années qu'on les traite de menteurs et de faussaires, qu'un néo-nazi nie l'atrocité de ce que leur ont fait les nazis ?

 

En 2009, dans une vidéo postée après son invitation au Zénith faite au négationniste Robert Faurisson, Dieudonné disait «C’est nucléaire ce qui vient de se passer. J’ai fait mieux que Fourniret, Dutroux, tous les pédophiles. Pourquoi tu vas te faire chier à violer un enfant. T’invite Robert (Faurisson) chez toi, t’es peinard»…

 

Evidemment, ceux qui ont défendu sa « liberté d'expression » à ce moment là, n'imaginaient sans doute pas que Dieudonné irait aussi convoquer des tueurs en série ordinaires à sa table pour faire l'apologie de la persécution et du meurtre d'enfants, qui ne soient pas ceux spécifiquement assassinés par les nazis dans le cadre d'un génocide.

 

Pourtant dès lors qu'on ne nie pas l'évidence, à savoir que Dieudonné est un néo-nazi, son propos actuel est insoutenable mais parfaitement logique. L'élimination  des personnes en situation de handicap mental ou physique a été perpétrée par le 3ème Reich. De même, les nazis ont perpétuellement franchi les limites socialement consensuelles concernant ce qui pouvait être fait à des enfants. Dès lors qu'on ne traite pas idéologiquement les personnes juives ou supposées juives différemment du reste de l'humanité, alors il n'y pas de différence de principe entre le contenu de ce texte et d'autres déclarations de Dieudonné et des siens.

 

En fait c'est l'ensemble de la rhétorique dieudonniste qui est d'inspiration nazie : eux aussi légitimaient les persécutions et les meurtres d'enfants en accusant les Juifs de pépétrer des crimes rituels contre les enfants. Et depuis des années, les réseaux qui s'agitent autour de Dieudonné et ce dernier utilisent la thèse du complot pédophile des « élites mondialisées ». Ils n'hésitent pas dans ce cadre à persécuter nommément des gens en les accusant publiquement de viol ou de meurtre , parfois sur leurs propres enfants.

 

Si ce texte peut-être considéré comme une forme de « suicide politique » , dans la mesure où il l'expose à la réprobation d'une partie même de son public, il est peut-être aussi le fruit d'une stratégie volontaire. Dieudonné ne peut pas ignorer que la présence de contenus à caractère pédophile est légalement passible de la fermeture immédiate du site dans son ensemble, ou du moins de l'impossibilité partielle d'y accéder par le biais des fournisseurs classiques d'accès à Internet.

 

Cette mesure qui toucherait l'ensemble d'un de ses sites et pas seulement un contenu spécifique présenterait un caractère « inédit ». Dans un moment où divers affrontements internes à l'extrême-droite antisémite lui posent problème, Dieudonné peut espérer qu'une telle mesure ressoude non seulement ses troupes, mais aussi génère une opposition semblable à celle qui a par exemple accompagné l'interdiction d'un seul de ses spectacles à Nantes, après qu'il ait réitéré dans les précédents des appels à mettre des personnes juives dans les chambres à gaz.

 

En tout état de cause, si Dieudonné n'avait pas été soutenu au nom de la « liberté d'expression » pendant des années, si en lieu et place, l'ensemble de celles et ceux qui se sont mobilisés au nom des droits du néo-nazi avaient utilisé leur énergie à se mobiliser concrètement contre sa propagande, la situation serait sans doute bien différente. Mais c'est au mieux l'indifférence à l'antisémitisme qui a prévalu, une indifférence bien souvent teintée de sous entendus accusatoires : si Dieudonné était ce qu'il était, c'était un peu la faute de ses victimes qui avaient sur-réagi à ses propos et l'avaient « rendu fou ».

 

Les mêmes aujourd'hui pensent-ils que des enfants en situation de handicap ou assassinés ont fait quelque chose qui ait fait peser une insoutenable pression sur le néo-nazi ?

 

NB: Chacun peut aller consulter sur Quenel Plus la prose intégrale dont il est question ici, et dont nous n'avons cité que quelques extraits, et pas les plus insoutenables. Nous avons gardé copie de ce texte au cas où il serait supprimé, mais ne souhaitons pas mettre de lien y renvoyant. Par ailleurs  nous sommes bien conscients qu'une des victimes de ses dénonciations est  un fasciste tout aussi répugnant que Dieudonné. Nous lui laissons la responsabilité des méthodes dont il éprouve aujourd'hui l'ignominie après les avoir utilisées.

 

 

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