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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 11:55

On craint et à raison, beaucoup de choses lorsqu'on ouvre aujourd'hui un nouvel ouvrage sur le « complotisme ».

L' « anti-conspirationnisme » est à la mode en ce moment, et le terme est banalisé, neutralisé, quand dans le même temps l'antifascisme et l'antiracisme sont connotés négativement, dénoncés comme dépassés, signes d'une vision du monde surannée, dans une Europe où les extrême-droites ne seraient plus que « populistes ».Le « complotisme » serait  essentiellement l'apanage des imbéciles dangereux, les jeunes d'origine évidemment étrangère, de religion forcément musulmane. Il serait un antisémitisme « nouveau » propagé par les « islamistes », et par ceux que l'on décrit bien souvent comme des « alliés des islamistes », dont Dieudonné, pourtant catholique .

 

Alors que l'électeur d'extrême-droite classique est devenu dans le discours médiatique et politique avant tout une victime, de la mondialisation, de la perte de repères, de la « crise », le jeune complotiste musulman reste la seule figure du fasciste qu'on a le droit de haïr sans réserves, le seul avec lequel on soit immédiatement soupçonné de complicité lorsqu'on cherche à analyser son cheminement.

 

L'ouvrage de Marie Peltier analyse, justement. Dans la ligne de l'universalisme bien compris, celui qui n'essentialise pas sur la base d'une identité, mais ne nie pas non plus la spécificité des parcours que certaines catégories de la population sont seules à faire, parce qu'elles sont les seules à subir certaines discriminations.

 

Si les ruptures historiques interviennent dans la vie de tous, elles ne produisent évidemment pas les mêmes effets. Un livre sur le conspirationnisme du temps présent ne pouvait pas s'ouvrir sur autre chose que les attentats du 11 septembre 2001. Mais celui-ci ne se contente pas comme tant d'autres de passer directement du rappel de la date à l'exposé des théories du complot qui se développèrent à une vitesse exponentielle juste après . Il rappelle l'histoire, tout simplement : celle du déluge de feu et de sang qui s'abattit sur les populations afghanes et irakiennes, le nom de ces lieux qui désormais sont forcément et pour très longtemps associés dans la mémoire collective aux photos de familles en pleurs, de morts par milliers , de villes en ruine, de torture aussi. Kaboul, Bagdad, Guantanamo, Abou Graïb, tous ces noms qui jalonnent les textes conspirationnistes parce qu'ils provoquent forcément la colère et le dégoût chez une partie des populations occidentales, et la méfiance évidemment envers des démocraties qui sont bien parties à la dérive.

 

Et dont chacun ne peut qu'admettre que leurs dirigeants ont bien menti pour justifier la guerre, notamment en ce qui concerne la fable des « armes de destruction massive » en Irak. Le premier chapitre s'ouvre aussi sur une réalité que seuls les racistes peuvent nier, le volet intérieur de cette « guerre de civilisations » à laquelle le premier Ministre français a lui aussi déclaré croire , il y a peu, la discrimination structurelle des issus de l'immigration, fussent-ils de la troisième ou quatrième génération.

 

Ce triste tableau dressé, on aurait pu penser que le livre de Marie Peltier tomberait dans l'autre écueil, le frère ennemi du raisonnement raciste : l'invention d'une révolte dont le conspirationnisme serait le nouveau bréviaire subversif, révolte qui serait simplement « détournée » par quelques fascistes. Bien au contraire ce qui sera dessiné, c'est le contour d'une idéologie et d'une pratique organisée au service de la domination la plus bestiale.

 

Ce qui est déconstruit ici, c'est d'abord la fausse horizontalité du conspirationnisme antisémite: bien au contraire, si les théories du complots sont répétitives, toutes issues des mêmes références, celle du pré-fascisme français de la fin du 19ème qui s'incarne notamment chez Drumont, puis du fascisme à la Léon Degrelle, c'est bien parce qu'elles émanent d'acteurs parfaitement organisés , structurellement inscrits dans l'extrême-droite européenne, et au service de dirigeants parfaitement identifiés, dictateurs de toute la planète à commencer par Vladimir Poutine.

 

C'est là la force de l'ouvrage, déconstruire simultanément deux visions conspirationnistes et racistes jumelles : celle qui prétend que le monde tel qu'il est , n'est que l'oeuvre de complots ourdis par des forces puissantes et obscures, qui finalement sont toujours les Juifs, et celle qui prétend qu'il y a bien un complot, le conspirationnisme lui-même qui serait le symptôme de la guerre de la civilisation en cours, l'arme des Ennemis Intérieurs dans nos sociétés, les Musulmans, en dernier ressort.

 

Il y a des résumés politiques qui ne sont qu'un fade bouillon, où surnagent quelques légumes sans goût , tant on en a épuré , pour les besoins d'un « grand public » fantasmé comme forcément ignare et peu curieux, toute la force politique.Et puis il y a ceux, qui réellement, sont la synthèse d'expériences de lutte et de combat.

 

C'est le cas de l'ouvrage de Marie Peltier, qui dresse un tableau jusqu'ici fort peu présent dans les analyses médiatiques : le conspirationnisme y est analysé pour ce qu'il est, une propagande mortifère fondée , non pas, sur une culture « étrangère », non pas sur l'islam, mais bien sur le corpus idéologique et méthodologique qui fut celui de l'antisémitisme et des fascismes originels en Europe, une propagande qui fait son effet sur toutes les couches de la population.  .

 

Dans un autre contexte historique, cette thèse là, qui pointe la parenté profonde de l'antisémitisme et de l'islamophobie européennes, aurait semblé une évidence. Mais parce qu'une société fracturée n'existe pas sans entrepreneurs de fracture, bien évidemment, l'ouvrage , à peine sorti déclenche à la fois les foudres de la propagande antisémite et celle de la propagande islamophobe.

 

Leurs tenanciers ont le même besoin absolu : celui du fantasme de l'Ennemi Intérieur , le Juif ou le Musulman, peu importe , tant que sa dénonciation permet de perpétuer le statu quo actuel. Celui de la guerre de tous contre tous, et d'abord des victimes entre elles.

 

On parle, dans l'ouvrage de Marie Peltier , des révolutions qu'on a dites « arabes » , et l'on en parle en termes d'espoir et de progrès. C'est là quelque chose qui est justement l'inverse absolu des théories antisémites et islamophobes : quand les unes les présentent, notamment en Syrie comme l'oeuvre du deus ex machina sioniste et impérialiste, les autres les décrivent comme la première phase du chaos organisé par les islamistes..

C'est d'ailleurs grâce à cet espoir partagé , celui de la révolution syrienne, que nos chemins d'antiracistes ont croisé celui de Marie Peltier. Jusqu'en Europe, la révolution syrienne a fait des vagues, des vaguelettes, plutôt puisque la force de l'antisémitisme et de l'islamophobie, la force des réseaux pro-Assad et pro-Poutine, comme celle de l'extrême-droite raciste ont empêché que cette révolution soit massivement vue comme un espoir. Mais tout de même , ici et là se sont justement croisés des gens venus d'horizons politiques différents, tous persuadés que quelque chose se jouait en Syrie, quelque chose d'inédit et de formidable, contre une dictature impitoyable.

 

Il faut un espoir pour lutter contre les marchands de désespoir. Il faut bien que la solidarité s'incarne quelque part, pour que partout, émerge la force de créer des fronts communs contre la haine.

 

Une ligne de front, et pas seulement un triste constat, c'est ce que dessine l'ouvrage de Marie Peltier, et tout ce qui cherche le chemin non pas de la négation des fractures à l'oeuvre, mais celle de leur réparation est précieux.

 

L'ère du complotisme, maladie d'une société fracturée, Marie Peltier aux éditions Les Petits Matins.

 

 

 

 

 

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 17:46

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour du 11 janvier

Sans surprise Dylan Roof a été condamné à mort.

 

Mise à jour du 4 janvier 2016

Lors du procès de Dlylan Roof, jeune tueur néo-nazi, l'horreur et la pulsion de mort sont présentes  jusqu'au bout. En effet l'assassin de neuf personnes noires dans une église de Charleston a refusé à la fois d'être défendu par des avocats et de plaider la folie, ce qui était à peu près sa seule chance d'échapper à la peine de mort.

Dans un texte qu'il a écrit (voir la reproduction ci-dessous), l'on trouve parmi d'autres constructions racistes et antisémites, l'affirmation selon laquelle la psychologie a été inventée par les Juifs pour créer des maladies chez les gens bien portants.

 

Evidemment, aucun des propagandistes néo-nazis qui ont contribué à la formation idéologique du jeune tueur n'est sur le banc des accusés.
Face à ce tombereau terrifiant d'insanités et à la machine à tuer qu'est devenu ce jeune homme , même plus en capacité de chercher à sauver sa propre vie, on trouve une lueur extraordinaire d'humanité ses victimes.  De survivantEs et des proches des victimes de la tuerie raciste ont écrit au tribunal pour s'opposer à la peine de mort et demander que Dylan Roof ne soit pas exécuté.

MEMORIAL 98

 

Jeudi 18 juin, neuf personnes noires (dont les photos figurent ci-contre) ont été abattues dans une église de Charleston. L'auteur présumé des faits, Dylan Roof est un jeune raciste suprémaciste blanc, qui relayait, avant l'attentat la propagande et les symboles des mouvements d'extrême-droite américains. Le lieu de l'attentat démontre la préméditation et le caractère politique assumé de l'acte. En effet, l'église en question a été fondée par les personnes noires réduites en esclavage, et brûlée par les esclavagistes en représaille à une révolte qui y a été initiée en 1822, avant d'être reconstruite et d'être visitée par toutes les figures de la lutte des droits civiques de passage à Charleston.

 

Nous proposons ici la traduction d'un article paru le 16 juin dans le New York Times. Il s'attaque à un problème qui n'est pas propre aux Etats Unis, mais commun à beaucoup de pays occidentaux : le terrorisme d'extrême-droite, et les réticences à le définir et à le combattre comme tel.

 

Nous avons évoqué cette problématique dans de nombreux articles : en Allemagne, le traitement policier et médiatique du néo-nazisme à permis au groupe terroriste NSU de commettre des assassinats répétés en toute quiétude pendant des années, et récemment d'autres groupes ayant notamment attaqué des centres pour réfugiés ont été découverts.

 

En France, depuis le mois de janvier, alors qu'une vague islamophobe déferlait dans le pays,  le nombre de projets d'attentats émanant des néo-nazis a explosé, tandis que des « affaires » traitées médiatiquement de manière éparse, montrent que le niveau de dangerosité des réseaux d'extrême-droite augmente, comme le montre la révélation de nombreux trafics d'armes lourdes pratiqués par des militants confirmés et connus.

Le plus souvent ces projets ne sont pas qualifiés de terroristes, ni médiatiquement, ni judiciairement. Un exemple typique est celui des quatre élèves de l'Armée de l'Air qui ont été dénoncés juste avant d'attaquer une mosquée à l'explosif, certains de ces explosifs ayant été retrouvés à leur domicile. Les jeunes gens ont été laissés libres sous contrôle judiciaire et l'inculpation sera simplement « association de malfaiteurs ».

 

Aux Etats-Unis, comme l'article du New York Times le montre, la dangerosité des réseaux d'extrême-droite commence à être évoquée. De même est abordé le danger connexe consistant à focaliser uniquement sur le terrorisme émanant des groupes armés se revendiquant du djihadisme. Une des conséquences en est la méconnaissance des mouvances néo-nazies et suprémacistes blanches.  Et comment combattre et prévenir ce que l'on n'a pas cherché à connaître ?

 

En France comme aux Etats-Unis, des jeunes comme Dylan Roof, qui affichait ses convictions racistes et négrophobes sur les réseaux sociaux et dans son entourage peuvent se radicaliser sans que quiconque ne s'en préoccupe, jusqu'au jour où ils passent à l'acte. La montée du racisme dans nos sociétés, et bien souvent dans les institutions politiques banalise même ses expressions les plus extrêmes. Là bas l'attentat de Charleston s'inscrit dans une période de révoltes contre les crimes racistes commis par des forces de police. Mais en France, l'indifférence au néo-nazisme montant va de pair avec celle qui entoure les tabassages de migrants à Calais, perpétrés par de petits commandos, ou les attaques physiques contre les Roms.

Sauf à se résigner  au terrorisme d'un nombre grandissant des militantEs néo-nazis, il faudra bien combattre toutes les formes du racisme actuel.

 

Memorial 98

La menace montante du terrorisme d'extrême-droite

 

Article en version originale disponible ici

 

Ce mois-ci, les gros titres des médias portaient sur un homme musulman à Boston qui a été accusé de menacer les policiers avec un couteau. Le mois dernier, deux musulmans ont attaqué une conférence anti-islamique à Garland, au Texas. Le mois précédent, un homme musulman a été accusé d'avoir comploté pour envoyer un camion piégé sur une installation militaire dans le Kansas. Si vous vous en tenez à ces nouvelles , vous savez qu'un faible mais stable flux des musulmans américains, radicalisé par les extrémistes à l'étranger, se livrent à la violence ici aux États-Unis.

Mais les manchettes peuvent induire en erreur. La principale menace terroriste aux États-Unis n'est pas celle des extrémistes musulmans violents, mais des extrémistes de droite. Il suffit de demander à la police.

Dans un sondage que nous avons mené avec l'an dernier avec les membres du Police Executive Research Forumen en interrogeant 382 organismes policiers , ​​74 pour cent ont cité l'extrémisme anti-gouvernement comme l'une des trois principales menaces terroristes dans leur juridiction; 39 pour cent l'extrémisme connecté avec Al-Qaïda ou des organisations terroristes similaires. Et seulement 3 pour cent identifié la menace des extrémistes musulmans comme graves, comparativement à 7 pour cent pour les anti-gouvernement et d'autres formes d'extrémisme.

Les efforts de l'Etat Islamique autoproclamé pour radicaliser les musulmans américains, qui ont commencé juste après l'enquête se soit terminée,ont pu entraîner une perception accrue de la menace un peu, mais pas de beaucoup, comme nous avons pu le voir dans les entretiens de suivi au cours de la dernière année avec 19 spécialistes de la lutte antiterroriste . Ces officiers, choisis parmi les zones urbaines et rurales à travers le pays, ont déclaré que la radicalisation du Moyen-Orient était une préoccupation, mais pas aussi dangereuse que la radicalisation des extrémistes de droite.

Un officier d'une grande région métropolitaine a déclaré que «les milices, les néo-nazis et les citoyens souverains sont la plus grande menace ectrémiste qui nous guette » . Un autre officier a expliqué qu'il a classé la menace de droite comme plus élevée parce que "c' est une menace émergente sur laquelle nous ne disposons quede très peu de prise, même en ce qui concerne nos unités de recherche criminelle, contrairement à ce dont nous disposons sur la question Al Shabab / Al-Qaïda, à qui nous avons affaire depuis un certain temps. Un officier de la côte Ouest a expliqué que la" "menace anti-gouvernement des « citoyen souverains » a réellement pris son envol, et représente un phénomène inédit et que nous ne connaissons pas encore, contrairement à celle du terrorisme se revendiquant de l'islam.

L'année dernière, par exemple, un homme lié au mouvement citoyen souverain - qui affirme ne pas reconnaître l'autorité du gouvernement fédéral ou local - a attaqué un palais de justice dans le comté de Forsyth, Ga, tirant au fusil d'assaut sur les policiers et essayant de couvrir. son approche avec des gaz et des grenades lacrymogènes. Le suspect a été tué par la police, qui a riposté. Au Nevada, des militants anti-gouvernementaux auraient ont tiré sur deux policiers dans un restaurant, puis placé un drapeau "Ne marchez pas sur moi" sur leur corps. Un extrémiste anti-gouvernement en Pennsylvanie a été arrêté, soupçonné d'avoir tiré sur deux policiers , en tuant un, arrestation survenue au terme d'une chasse à l'homme de 48 heures. Au Texas , un militant d'extrême-droite a été interpellé , soupçonné d'être l'auteur d'une attaque de fourgon blindé destinée à se procurer des armes . Ces individus d'extrême-droite inquiètent de plus en plus les responsables de l'application de la loi.

Désormais, les services de police à travers le pays font suivre à leurs officiers des formations destinées à reconnaître les signes de l'extrémisme anti-gouvernement et à faire preuve d'attention à aux indices potentiels d'interaction avec des mouvements d'extrême-droite lors des contrôles routiers , des enquêtes criminelles et autres i. "La menace est réelle", dit le document d'un programme de formation parrainé par le ministère de la Justice. Depuis 2000, 25 membres des forces de sécurité ont été tués par des extrémistes de droite, qui partagent un discours fondé sur la «peur que le gouvernement confisque les armes à feu» et une «croyance dans l'effondrement proche du gouvernement et de l'économie."

Malgré l'anxiété du public concernant les extrémistes inspirés par Al-Qaïda et l'Etat islamique, le nombre de faits de violence commis par ces individus est resté très faible. Depuis le 9/11, une moyenne de neuf musulmans américains par an ont été impliqués dans une moyenne de six actions liées au terrorisme contre des cibles aux États-Unis. La plupart ont été empêchés, mais les 20 actions effectivement mises en œuvre ont tué 50 personnes au cours des 13 dernières années et demie.

 

En revanche, les extrémistes de droite ont mené en moyenne 337 attaques par an dans la décennie suivant les attaques du 11 septembre 2001, provoquant un total de 254 décès, selon une étude réalisée par Arie Perliger, chercheur spécialisé sur la lutte contre le terrorisme du Centre de l'Académie militaire des États-Unis. Le bilan a augmenté depuis l'étude publiée en 2012.

D'autres ensembles de données, utilisant différentes définitions de la violence politique, dressent un tableau comparable. La base de données Global Terrorism du Start Center de l'Université du Maryland recense 65 attaques aux États-Unis associées avec les idéologies de droite et 24 par des extrémistes musulmans depuis le 9/11. Le Programme de sécurité internationale de la New America Foundation identifie 39 décès dus à des extrémistes maison « non-djihadistes » et 26 décès dus à des extrémistes "djihadistes".

Dans le même temps, le terrorisme sous toutes ses formes a représenté une petite proportion de la violence en Amérique. Il y a eu plus de 215.000 meurtres aux États-Unis depuis 9/11. Pour chaque personne tuée par des extrémistes musulmans, il ya eu 4.300 homicides d'autres sources.

Les débats publics sur le terrorisme se concentrent intensément sur les musulmans. Mais cette orientation ne cadre pas avec le faible nombre d'attaques aux États-Unis commises par des musulmans, et la focalisation sur un groupe minoritaire aggrave sa situation , alors qu'il souffre dejà d'une opinion publique de plus en plus hostile. Comme les services de police provinciaux et locaux nous le rappellent, de l'extrémisme anti-gouvernement d'extrême-droite est la principale source de la violence idéologique en Amérique.

 

Charles Kurzman enseigne la sociologie à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. David Schanzer est directeur du Centre de Triangle sur le terrorisme et la sécurité intérieure à l'Université Duke.

 

Note: hormis dans le titre, nous avons gardé la traduction littérale : le terme " right wing terrorism " a été le plus souvent traduit par terrorisme de droite bien qu'il désigne ce que nous appelons ici l'extrême-droite, tout comme l'expression " extrémisme anti-gouvernement": une des thématiques favorites des néo-nazis et suprémacistes américains est en effet historiquement l'opposition au gouvernement fédéral accusé d'être le centre du "complot", le plus souvent juif pour " exterminer les vrais patriotes".

 

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 11:09

Dans le cadre de l'immense scandale de corruption qui secoue le monde du football professionnel, un des principaux mis en cause, Jack Warner, accusait dès 2011,  les "sionistes", terme à peine codé pour désigner les Juifs, comme responsables de sa chute. Aujourd'hui Poutine défend la direction corrompue de la Fédération internationale de football (FIFA) et met en cause la justice américaine. L'antisémitisme peut servir à couvrir toutes les turpitudes. On peut être certain que cette "information" sur les "sionistes" et l'implication de la situation au Moyen-Orient se retrouvera très rapidement sur tous les sites complotistes et antisémites de la planète. Elle repoussera aussi au second plan l'autre scandale de la FIFA qui concerne les conditions désastreuses de travail et de vie des ouvriers immigrés qui préparent la Coupe du Monde 2022 au Qatar.

 

C'est l'occasion de rappeler que les instances internationales du sport olympique ont beaucoup pactisé avec le nazisme et les dictatures. C'est le cas aussi pour les fédérations de course automobile, qui ont été longtemps dirigées par des fascistes avérés. Quant au football, on connait la fréquence des incidents antisémites et racistes provoqués par des supporters. Certains clubs européens se distinguent d'ailleurs par la virulence antisémite et néo-nazie de leurs "ultras: Lazio de Rome, Legia Varsovie, West Ham (GB), Chelsea (GB), Kaiserlautern (Allemagne), FC Lucerne en Suisse avec un incident grave récent, PSG en son temps...

 

Au plan international, le symbole historique de la complaisance envers le nazisme trouve une expression particulière lors des Jeux Olympiques d’hiver de 1936, qui eurent lieu du 6 au 16 février, dans la ville allemande de Garmisch-Partenkirchen.

Ces Jeux, désirés par Hitler, arrivé au pouvoir trois ans auparavant (1933), furent organisés afin de lui servir de vitrine par Goebbels, Ministre de la Propagande du Troisième Reich. C'est le belge Henri de Baillet-Latour, antisémite notoire, qui était alors le président, depuis 1925, du Comité international olympique (CIO).

Un célèbre cliché photographique le montre entouré, lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux d’hiver de 1936, de Adolf Hitler et de Rudolf Hess, dauphin du Führer. Lorsque Baillet-Latour mourut en 1942, Hitler lui fit envoyer, portées par une garde d’honneur composée de soldats allemands, plusieurs couronnes de fleurs, dont une en son nom personnel et une aux couleurs du Troisième Reich, le tout assorti de rubans à croix gammées.

Et puis il y eut à Berlin 1936, du 1er au 16 août les "Jeux de la honte".

Le fondateur de l'olympisme moderne président d’honneur à vie du CIO, Pierre de Coubertin, qui admirait « intensément » Hitler, fut plus dithyrambique encore à leur égard : « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir. (…). Cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’elles (les Olympiades) ont connu ! » Hitler, qui n’en demandait pas tant pour vanter son régime aux yeux du monde, le proposa, pour le remercier, comme lauréat du prix Nobel de la paix,  ce que à quoi l’Académie d’Oslo se refusa d’acquiescer.

Il existe aussi, à ce sujet, une photo, tout aussi compromettante, reproduite ci-dessus,  de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin en 1936, où l’on voit Adolf Hitler, arborant la croix gammée, saluer le drapeau olympique en faisant le salut nazi.

Ainsi est-ce en 1936 que les premières persécutions antisémites apparaîtront, en Allemagne, au grand jour. Pas moins de 114 lois anti-juives y seront édictées pendant le seule période s’étalant entre les Jeux Olympiques d’hiver, à Garmisch-Partenkirchen, et ceux d’été, à Berlin, tandis que tous les athlètes juifs de l’équipe nationale allemande en seront exclus. Le 16 juillet 1936, deux semaines avant l’ouverture de ces JO d’été, 800 Tziganes et Roms résidant à Berlin furent arrêtés lors d’une rafle orchestrée par la police allemande, puis internés dans un camp sous la garde des SS de Himmler. Ce fut là le premier camp de concentration de l’histoire nazie spécialement aménagé à cet effet, celui de Marzahn, quartier situé dans l’est de Berlin. La plupart de ces prisonniers-là, dont beaucoup y furent exécutés sommairement, n’en sortiront jamais plus.

Sur ce premier crime de guerre commis par le Troisième Reich, en plein Jeux Olympiques, ni le président du CIO, Henri de Baillet-Latour, ni son président d’honneur, Pierre de Coubertin, ne pipèrent mot, le couvrant ainsi  du haut de leur prestige international

Pire encore, le président du Comité National Olympique Américain d’alors, Avery Brundage, antisémite chevronné, nazi convaincu et membre actif de deux associations ultra racistes outre-Atlantique, relativement secrètes et toutes deux proches du « Ku Klux Klan », convainquit les États-Unis d’Amérique de ne pas boycotter ces Jeux de Berlin, sous prétexte que « les Juifs étaient bien traités par le Reich »,

Brundage, disciple d’Hitler et que Göring recevait régulièrement en grande pompe, fut nommé, en 1952, président du CIO, puis, en 1972, « président d’honneur à vie » lui aussi.

Il existe là encore une photo de l’entrée triomphale d’Adolf Hitler, entouré des principaux membres du CIO, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin.

Une autre date marquante est le 18 novembre 1936, à peine trois mois après la clôture des Jeux de Berlin.

C’est ce jour-là, en effet, qu’eut lieu le départ des aviateurs allemands de la légion « Condor », unité de la « Luftwaffe » alors placée sous les ordres de Göring, pour aller combattre en Espagne, contre les républicains, aux côtés des fascistes de Franco. Au premier rang de ceux-ci émergeait alors, un certain Juan Antonio Samaranch, qui militait déjà, en ce temps-là, dans les rangs des pro-hitlériennes « Phalange Espagnole Traditionnaliste » (FET) et autres « Juntes Offensives National-Syndicalistes (JONS). Après avoir été nommé par Franco lui-même, en 1967, « Secrétaire aux Sports » dans le gouvernement espagnol (lequel favorisa de grands criminels nazis), deviendra de 1980 à 2001, le nouvel et inamovible président du CIO.

 

Le CIO n'a à ce jour pas présenté d'excuses pour la tenue de ces Jeux de 1936, malgré les nombreuses demandes dans ce sens. Il reste donc marqué par sa collaboration avec le régime nazi.

 

Dans le "sport" automobile, autre énorme machine à profits, 2 dirigeants marqués par le nazisme, dont un fut le premier SS français, se sont succédé à la tête de la Fédération internationale du sport automobile (FISA) pendant 30 ans, de 1978 à 2009. Il s'agit de Jean-Marie Ballestre (France, de 1978 à 1991) et Max Mosley (Grande-Bretagne, de 1991 à 2009) .

Ballestre adhère dès 1940 aux organisations d'extrême droite « Jeunes du Maréchal » puis « Jeune Front ». Il y fait la rencontre de Robert Hersant, futur magnat de la presse française,  qui en est l'un des dirigeants. Dès l'été 1940, on le trouve impliqué dans des violences antisémites en compagnie de Robert Hersant.

Il s'engage en 1942 dans le NSKK, unité nazie des forces motorisées. Il lance en novembre 1942 le journal Jeune Force de France et collabore à Devenir, le journal des SS français. Il écrira à cette occasion : « Nous le pensons et nous l'affirmons : le salut ne nous viendra que du combat. L'heure des hommes virils a sonné. Il faut choisir entre le national-socialisme et la juiverie ». Le 17 mai 1943, il entre en fonction à l'Erstaztcommando de la SS française avec le grade de deuxième classe à Paris. Il est ainsi le premier français admis dans les SS. Tombé aux mains de l'armée américaine en avril 1945, il revient en France est dénoncé comme ancien SS par les membres de la communauté juive. Mais un non-lieu est rendu le 16 mai 1947 et Ballestre fait carrière dans les instances automobiles nationales puis internationales.

Son successeur Max Mosley est le fils du fondateur du mouvement fasciste en Grande-Bretagne, Oswald Mosley, ami et allié de Mussolini, Hitler et Franco. Max Mosley lui-même a été très longtemps fort actif dans ce mouvement. En 1961, alors secrétaire de l'Oxford union society, une association de débats sur la société Mosley y fait campagne sous le slogan « liberté d'expression pour les fascistes ». Parallèlement, il milite au sein de l'Union Movement, le parti créé par leur père après la Seconde Guerre mondiale. Puis il devient pilote de course et dirigeant de ce secteur, sans que son engagement fasciste ne constitue une quelconque entrave. En 2008 une vidéo fait scandale. On y voit Mosley en compagnie de cinq jeunes femmes, dont certaines apparaissent vêtues d'un uniforme rayé de prisonnier des camps nazis. Selon le "Times" , qui parle d'une «orgie nazie», Mosley s'exprime en allemand et joue tour à tour le rôle d'un détenu et d'un gardien de camp de concentration. Ces révélations ne l'empêchent pas de poursuivre sa présidence jusqu'en 2009.

 

On constate à quel point les structures de direction du sport-spectacle et du sport-business s’accommodent de la présence à leur tête de fascistes et de racistes connus et de la collaboration avec les pires régimes. Le sport, transformé en exaltation du nationalisme et source de profit, devient ainsi un rouage de la barbarie.

 

 

MEMORIAL 98

 

 

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 23:27

 

Déclaration de l'association Memorial 98 (www.memorial98.org) qui lutte contre tous les racismes et tous les négationnismes

 

L'attaque d'une synagogue à Copenhague et le meurtre d'une des personnes présentes sur place constituent un crime raciste et antisémite de plus. Il s'inscrit dans la lignée des actes de Merah, Nemmouche et Coulibaly qui ont tué des personnes parce que celles-ci étaient juives.

 

Il s’inscrit également dans le cadre de la résurgence massive de l’antisémitisme européen : encouragé par certains gouvernements comme ceux de la Russie et de  la Hongrie, les antisémites de toutes tendances sévissent impunément. Le négationnisme, les théories du complot juif, la désignation de personnalités comme faisant partie de ce prétendu complot ne sont pas l’apanage des sectes intégristes meurtrières se réclamant de l’islam. 

L’offensive culturelle est massive, elle émane aussi bien d’une extrême-droite à la tête de médias de masse, que de personnalités politiques de tous bords qui ne cachent plus leurs idées. La dernière déclaration de Roland Dumas concernant Valls qui serait « probablement » sous influence juive en témoigne. De même pour la réhabilitation du régime de Vichy par Eric Zemmour. Dumas s'est d’ailleurs rangé depuis très longtemps du côté de Dieudonné et de la famille Le Pen ; en décembre 2006 il était déjà présent au Zénith pour applaudir le négationniste Faurisson, invité par Dieudonné. Il y côtoyait amicalement tout le gratin du FN ainsi que Soral.

 La mondialisation de la haine antisémite est indéniable. Aujourd’hui, l’Internationale antisémite se matérialise notamment, en France, par la proximité du FN avec la Syrie de Bachar El Assad, terre d’accueil de criminels de guerre nazis, plaque tournante des réseaux antisémites depuis des dizaines d’années et dictature tout aussi sanguinaire que Daech, dont elle a encouragé le développement.

Cet exemple de proximité entre un parti d’extrême-droite violemment raciste et islamophobe, et un dictateur antisémite qui accueille notamment l’un des leaders de la haine conspirationniste européenne, Thierry Meyssan,  devrait nous alerter sur le danger des thèses et des initiatives visant à opposer lutte contre l’antisémitisme et lutte contre le racisme, à dresser les victimes les unes contre les autres. Le refus de regarder la réalité en face n’est pas du côté de celles et ceux qui continuent à affirmer que tous les racismes sont liés, que tous les fascismes et les intégrismes s’alimentent les uns les autres, dans une guerre de tous contre tous qui les nourrit.

 Nous saluons la mémoire de toutes les victimes et réaffirmons nôtre volonté de lutter contre tous les racismes.  Nous rappelons la protection des Juifs danois pendant la guerre, à lire sur le site Memorial 98: "... Et surtout, le gouvernement danois refuse tout au long de l’occupation les mesures anti-juives. En 1943 le Danemark est déclaré pays ennemi, le gouvernement est destitué par les nazis, ceux-ci entreprennent de déporter les juifs danois. Mais seuls 450 d’entre eux seront arrêtés, car l’information ayant filtré, les Juifs sont prévenus et peuvent se cacher, en attendant d’être transportés en bateau jusqu’en Suède, pays neutre et synonyme de sécurité." La différence avec le régime de Pétain est flagrante.

 

Le lendemain de l’attaque de Copenhague, une profanation antisémite, conduisant à la destruction de centaines de tombes du cimetière juif et à la dégradation du monument consacré aux victimes de la barbarie était réalisée par un groupe de cinq jeunes dans la petite ville alsacienne de Sarre-Union

Dans cette région,  de nombreuses profanations de tombes juives et musulmanes et d'autres actes racistes ont été commises durant ces quinze dernières années par des membres de groupes néo-nazis. Un des cas les plus connus est le saccage du cimetière juif d'Herrlisheim en 2004.

 Pourtant dès que l’identité des jeunes de Sarre-Union a été connue,  écartant la possibilité  d’un quelconque lien avec les attaques terroristes, le procureur jugeait nécessaire de s’interroger sur le caractère antisémite de la profanation. Il a aussi expliqué que ces jeunes « sans antécédents judiciaires » ne venaient pas de « familles à problèmes », mais étaient tous « originaires de la région », et qu’ils ne se « rendaient pas compte de la gravité de leurs actes ». Certains médias comme TV5 Monde n’hésiteront pas à parler d’ « emballement médiatique ».

 Pourtant, rien, à part la parole des auteurs, ne laissait penser qu’il ne s’agissait pas d’un acte antisémite, et pour cause : détruire plusieurs centaines de tombes prend plusieurs heures et ne laisse aucune place à la spontanéité, où à l’ignorance de ce qu’elles étaient.

Que cette parole soit prise au sérieux lorsqu’il s’agit d’actes de cette gravité, en dit long sur la complaisance politique, judiciaire et médiatique vis-à-vis de certaines formes d’antisémitisme , d’autant plus lorsque 24 heures plus tard, ce même procureur, ces mêmes médias, devront s’incliner devant l’évidence des preuves. Les jeunes en effet avaient manifesté leurs sympathies antisémites par des saluts nazis et des propos sans ambiguité.

 

Cette complaisance contraste évidemment avec la vague répressive qui a suivi les attentats de janvier à Paris. Une vague qui a conduit des enfants de huit ou dix ans au commissariat. On a vu aussi  des malades mentaux et des personnes en état d’ébriété condamnées à plusieurs années de prison  après des procédures expéditives, et pour des propos même pas forcément prouvés. Dans l’immense majorité des cas, ces personnes étaient musulmanes ou issues de l’immigration.

 

Force est de constater que la lutte réelle contre l’antisémitisme se cantonne à une catégorie d’auteurs précis et épargne globalement l’extrême-droite française et toutes celles et ceux qui pourraient avoir un lien avec elle. Dès lors que l’on n’est pas en présence d’un antisémitisme que l’on puisse rattacher à l’islam ou à l’immigration, les Juifs sont alors sommés, comme les musulmans et les autres victimes de racisme de « ne pas s’emballer ».

 

Pourtant, ces dernières semaines, c’est bien une campagne de propagande néo-nazie nationale qui émerge sur les murs de la France entière : à Challand, des dizaines de croix gammées en une nuit dans toute la ville, près de Castelnaudary un foyer entièrement recouvert de ces mêmes croix gammées et slogans nazis, un lycée à Nevers où plusieurs vagues de dégradations néo-nazies ont eu lieu, à Elbeuf les dégradations ont été faites directement sur la synagogue. A Issoudun des inscriptions comme «  Les Juifs dans les chambres à gaz » sur un gymnase portant le nom d’un industriel d’origine juive, à Blois des croix gammées dans la rue des Juifs.

Et durant tout le mois de janvier, beaucoup des mosquées attaquées étaient aussi couvertes d’inscriptions néo-nazies.

Or cette vague d’attaques est minimisée, dépolitisée, alors que le lien est évident avec les tueries antisémites mais aussi avec les 70 ans de la libération des camps nazis.  Même confrontés à ces faits, beaucoup aujourd’hui affirment «  oui, mais l’extrême-droite européenne ne tue pas ».

Amnésie terrifiante en ce qu’elle occulte une actualité très récente : l’assassinat par Anton Breivik de 77 personnes lors de deux attaques ayant fait de plus 151 blessés. Le meurtre d’au moins dix personnes par un groupe de néo-nazis allemands également soupçonnés d’avoir tué un rabbin en Suisse, et leur totale impunité pendant des années de tueries. Le meurtre de deux personnes sénégalaises et trois autres grièvement blessées en 2011 par un militant négationniste de l’organisation Casapound en Italie. Les meurtres et les pogroms commis par le parti néo-nazi grec Aube Dorée, qui a encore remporté 7% des voix lors des récentes élections. Le meurtre de Clément Méric par des néo-nazis français. Quant aux agressions racistes, antisémites ou islamophobes ou visant des antifascistes, aux profanations de cimetières ou de lieux de culte, aux incendies de locaux de gauche, aux pressions et aux intimidations quotidiennes, elles sont innombrables, et le plus souvent impunies. Rappelons, par exemple, qu’après sept ans d’enquête, et bien que la profanation néo-nazie de 148 tombes  du cimetière musulman de Notre Dame de Lorette ait à l’époque suscité la réaction de Sarkozy en personne, les deux néo-nazis inculpés ont finalement été relaxés au tribunal d’Arras ce 8 février.

 

Il est donc absurde et dangereux de prétendre que l’extrême-droite européenne néo-nazie serait simplement composée de jeunes qui font des graffitis ou de groupuscules sans influence réelle. Mais ceux-là ne sont jamais nommés « terroristes », ceux-là ne sont jamais présentés dans la globalité de leur actes meurtriers, contre ceux-là, nul appel à une mobilisation exemplaire et massive. Au plan judiciaire on assiste à des condamnations euphémisantes, au cas par cas.   

 

Ce n’est évidemment pas de cette manière qu’on fera reculer la haine raciste sous toutes ses formes : nier l’existence du terreau fasciste européen et caractériser le seul péril comme « islamo-fasciste », c’est reprendre l’optique développée par l’extrême-droite , jusque dans sa composante antisémite la plus affirmée, celle qui, à l’instar d’Alain Soral , dénonce les « islamo-racailles » depuis des années.

 

Or devant la puissance, la renommée et l’adhésion que suscitent justement Dieudonné et Soral dans une partie de la jeunesse, comment ne pas s’interroger sur le rôle qu’ils peuvent jouer dans la radicalisation ultra-rapide de beaucoup de jeunes, qui épousent les thèses et la cause des intégristes de Daech et d’Al Qaeda, en quelques mois, en quelques semaines ? Pour qu’une graine pousse à vitesse accélérée, il lui faut un terreau fertile : et force est de constater que la culture pathologiquement antisémite propagée par l’extrême-droite française depuis des années, culture devenue massive et populaire dans toutes les couches sociales de la jeunesse est bien le terreau idéal et commun.

 

Tout comme l’est la banalisation globale de la violence raciste et antisémite : à l’heure où beaucoup dénoncent les « communautarismes », les actes antisémites et racistes ne déclenchent malheureusement qu’une seule mobilisation : celle des victimes directes.

 

Cette année, comme les précédentes, les organisations de gauche et du mouvement social n’ont pas appelé à rendre hommage à Ilan Halimi lors de l'anniversaire de sa mort le 13 février, alors que les assassinats antisémites de janvier rendaient plus que jamais nécessaire cet hommage. Au plus fort de la vague islamophobe de janvier, seules des initiatives isolées ont essaimé localement, le plus souvent portées par des associations musulmanes.

 

Pire, aucune initiative universaliste, appelant à la fois à dénoncer l’antisémitisme, le racisme, et l’islamophobie n’est proposée à celles et ceux qui refusent de diviser et d’affaiblir le combat antiraciste, à celles et ceux qui veulent lutter ensemble contre une haine qui les vise tous. En cette période, où beaucoup confondent progressisme et affirmation d’une « fierté athée » abstraite, à la limite du virilisme revanchard , c’est pourtant sous la bannière « Coexister » inspirée par des collectifs de dialogue inter-religieux qu’ont défilé des centaines de jeunes lycéens et lycéennes après la profanation antisémite de Sarre Union. Ceci devrait faire réfléchir toutes celles et ceux qui, à gauche, désertent la mobilisation de rue universaliste depuis des années sous prétexte d'une difficulté à mobiliser et d'un échec annoncé.

 

La lutte contre le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie constituent un enjeu décisif pour toutes celles et ceux qui vivent en Europe. Elle ne se divise pas, faute de devenir une caricature stérile et impuissante.

 

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Memorial 98

 

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 16:43

mosquee-castres.jpgIl y a les dépêches d'actu, vite lues et vite oubliées qui reconnaissent, en passant, une "vague" d'actes islamophobes consécutive aux attentats du 7 et 9 janvier dernier. Mais d'où viennent-elles ces vagues subites ? D'un océan de vieilles haines bien vivantes qui alimentent en permanence la rubrique "Faits divers" de certains coins de France, alors qu'elles devraient depuis des dizaines d'années occuper la première page de la rubrique " Politique", si l'Etat français voulait vraiment y mettre un terme.

 

Le 23 janvier dernier (2015), l'ancien para Stéphane Richardot a quitté son village en annonçant à un élu son intention de faire sauter la mosquée de Carcassonne, près de laquelle il était finalement interpellé, avant d'être interné. Interrogé à son sujet, son ex-commandant du 3èmeRPIMA dans les années 1990, déclarait que c'était déjà à l'époque un individu  «  déséquilibré  », qui «  posait des problèmes  ».

 

Au 3ème RPIMA (acronyme de régiment parachutiste d'infanterie de marine)  de Carcassone dans les années 90, Stéphane Richardot n'était pas le seul à «  poser des problèmes  » aux personnes d'origine immigrée et/ou musulmane. De graves problèmes, même.

Un soir de novembre 1990 , par exemple, une cinquantaine de paras, cagoulés et armés avaient effectué une ratonnade en règle, profitant d'une veillée funéraire dans un immeuble de la cité HLM du Viguier. A cette époque, déjà, l'actualité faisait office de justification puisque l'un d'entre avait dit avant de frapper «On ne casse pas d'arabes dans le Golfe, on va en casser ici». Dans la région, un autre régiment de paras avait les mêmes habitudes de violence raciste, jusqu'au meurtre. Le 19 novembre 1987, Snoussi Bouchiba, père de 3 enfants, fut ainsi égorgé rue Théron-Périé par deux paras ivres du 8ème RPIMA de Castres.

 

Le 8ème et le 3ème, Castres, Carcassonne : les mêmes ratonnades dans les années 80 et 90, et aujourd'hui, la même ambiance, faite d'expéditions punitives, de dégradations racistes contre les mosquées, les kebabs, les cimetières. Exagération ? Vu de loin, de l'article de presse sur lequel on tombe par hasard et qui relate UNE agression, UN «  coup de folie  », UNE dégradation raciste parmi d'autres, on peut voir seulement des «  actes isolés  », «  conséquences de l'actualité  » qui n'empêchent pas la majorité des musulmans et des personnes d'origine immigrée de vivre tranquilles.

 

Mais la réalité est toute autre.

 

A Carcassone, Castres et dans leurs environs, ces dix dernières années, les actes racistes et islamophobes n'ont jamais cessé : parfois il s'agit de «  simples  » dégradations racistes sur une mosquée, comme en septembre 2006, où celle de Carcassonne est recouverte d'inscriptions «La France aux Français», «Les bougnouls dehors» ou «Mort à l'islam».

 

Mais un an et demi plus tard, en avril 2008, la mosquée de Colomiers brûle. Ce sont des jeunes paras, issus du 3ème RPIMA de Carcassonne et du 8ème RPIMA de Castres qui l'ont incendiée ensemble, pour «  fêter  » l'anniversaire de naissance d'Adolf Hitler, qui a lieu le 20 avril. Un acte prémédité qui témoigne non seulement de la présence de néo-nazis dans ces deux régiments, mais également de leur coordination. On retrouvera Viktor Lenta chef de ce groupe, quelques années plus tard en Ukraine, aux cotés des fascistes pro-russes. Là bas, l'ex-para et membre du Bloc Identitaire mène sa guerre sainte avec les "compétences" acquises au sein de l'armée française.

 

L'arrestation de ces jeunes gens n'endigue absolument pas la vague d'actes racistes et islamophobes à Castres et à Carcassonne.

 

En décembre 2009 la mosquée de Castres est recouverte de croix gammées, des oreilles de cochon sont agrafées sur la porte. En mars 2010, une descente a lieu au bar l'Aigle d'Or, fréquenté par de nombreuses personnes d'origine maghrébine. C'est une ratonnade extrêmement violente, pendant laquelle les victimes sont frappées à coup de barres de fer, et de bouteilles brisées. Les témoins de la scène attestent des slogans néo-nazis qui ont accompagné les faits. Qui sont ceux qui les profèrent et qui ont ratonné ? De jeunes paras du 3e RPIMA ; leur hiérarchie, embarrassée, affirmera qu'ils se sont énervés après des « jets de bouteille » de la part de « jeunes ».

 

Un an plus tard, en juin 2011, ce sont deux kebabs qui sont attaqués en pleine nuit dans la même ville : des vitrines sont brisées ou recouvertes d'inscriptions racistes et d'autocollants ou de slogans du Bloc Identitaire, plusieurs témoins décrivent des « jeunes hommes au crâne rasé ». Suivent en septembre puis en décembre de la même année, deux profanations massives du cimetière musulman : à chaque fois, les tombes sont recouvertes de croix gammées, et de slogans comme « Mort aux Arabes, Mort aux Juifs », « La France aux Français, les arabes, dégagez ».

 

A Castres, une profanation du carré musulman avait également eu lieu plus tôt dans l'année en janvier  2011: l'auteur des faits, interpellé quelques mois plus tard était un ex-militaire du 8ème RPIMA de 48 ans, militant du Front National.

 

C'est dans le contexte de cette vague d'attaques racistes et islamophobes, que les médias nationaux notamment télévisés, évoquent pour une fois, en juillet 2011 l'ambiance qui règne dans ce petit coin de France. Il s'agit pour eux d'incriminer les « jeunes des cités » qui sont venus devant la caserne du 8ème RPIMA de Castres et s'y sont battus avec de jeunes militaires. La droite pousse les hauts cris devant cette « attaque contre l'Etat français et ses soldats ». Bien peu de télés reprendront le déroulement exact des évènements, relatés uniquement par les journaux locaux : la « descente » des « jeunes arabes » à la caserne faisait suite à une autre descente, celle de militaires cagoulés, hurlant des slogans racistes qui ont matraqué dans un bar fréquenté par les dits « jeunes arabes ». Il s’agit d’une reproduction exacte de la scène qui s'est déroulée en mars 2010 à Carcassonne. Seul le numéro du régiment change, ainsi que le traitement médiatique : à Carcassonne, aucun militaire n'avait été blessé suite à la ratonnade, il n'y avait eu que des victimes du racisme, cela n'avait pas intéressé les médias nationaux.

 

Par contre en juillet 2014, quand de jeunes militaires du 3ème RPIMA de Carcassonne se battent avec des jeunes qui fêtent la victoire de l'Algérie pendant la Coupe du Monde, la couverture médiatique des faits est très importante ; de jeunes militaires ont effectivement été blessés. Il n'y a évidemment pas de raisons de ne pas en parler. Le problème c'est d'en parler sans faire référence à la réalité de la violence islamophobe et raciste dans la région, aux ratonnades qui ont eu lieu précédemment, et à l'implication récurrente de militaires ou d'ex-militaires des régiments de paras dans diverses attaques qui ont bien souvent une coloration néo-nazie assumée.

 

De même, les médias seront beaucoup plus discrets et peu interprétatifs sur la marche de nuit célébrant la victoire de l'Allemagne contre l'Algérie le 30 juin dernier lors de cette même Coupe du monde. Il s’agit alors d’ une marche des jeunes paras dans les rues de Carcassonne, en pleine nuit.. Elle revêt le caractère d’un défilé officiel, puisque des gradés sont là et « encadrent » cette marche. La vidéo retraçant ce défilé nocturne se retrouvera quelques heures plus tard, sur les comptes Twitter ou Facebook de nombreux membres du Bloc Identitaire.

 

C'est toujours ainsi que ça se passe : l'existence d'une imprégnation néo-nazie au sein du 3ème et du 8ème RPIMA affleure parfois à la surface des dépêches de presse, comme en décembre 2012, lorsque la photo d'un soldat français au Mali arborant l'insigne d'une division SS française fait le tour du net. L'armée reconnaît qu'une dizaine de militaires au moins arboraient cet écusson, et qu'au minimum l'un d'eux est un para du 8ème RPIMA. Bien sûr une « enquête » est promise, mais les gradés interrogés par la presse ont ces phrases pour le moins ambigües, évoquant une « vieille tradition idiote ». C'est une manière de voir le néo-nazisme, effectivement, mais aucun média n'est allé vérifier certaines conséquences de cette « vieille tradition idiote » dans la région de résidence de ce régiment ; aucun n'a évoqué les faits dont nous avons parlé ci-dessus, qui jettent un éclairage plutôt sinistre sur ce que sont les « traditions potaches » de certains paras.

 

Pourtant, il existe une amicale du 3ème RPIMA, qui anime un site extrêmement complet sur l'histoire et la tradition de ce régiment. Le site évoque son origine, les guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et son plus célèbre officier, le tortionnaire Marcel Bigeard en personne. L'amicale du 3ème, animée par ses retraités, manifeste un attachement très fort à une certaine tradition algérienne, celle des colons et des militaires pro-OAS. La sous-rubrique « Chants militaires » de la rubrique « Tradition » met en tube phare une chanson de Jean Pax Mefret, intitulée « Vieux Soldat  ».

Ce Jean Pax Méfret est un chanteur à thème, et ses thèmes sont ceux de l'extrême-droite raciste, à commencer par la défense de l'Algérie Française, à laquelle cet ancien journaliste de Minute a également consacré quelques ouvrages dont une biographie élogieuse de Bastien-Thiry, l'un des chefs de l'OAS. A l'amicale du 8ème RPIMA à Castres on partage cette passion pour Méfret : le 21 avril 2011, jour anniversaire du putsch militaire à Alger pendant la guerre, l'artiste se produit dans la commune, l'amicale assurant l'animation et le service d’ordre.

 

Face à cet historique, évidemment, le para retraité qui a voulu « faire sauter » la mosquée de Carcassonne n'apparaît plus comme le « fou » isolé qu'on nous a présenté dans les médias. Il s'agit en fait d'un de ces nombreux paras, jeunes ou moins jeunes qui basculent dans la violence. Ils ont été  bercés doublement par la petite musique de haine historique que leur régiment appelle « tradition » et par une extrême-droite dont les liens avec l'armée ne sont plus à prouver, même si évidemment tous les actes racistes et islamophobes commis dans ces villes ne sont pas du fait de militaires ou d'ex-militaires.

Finalement, l'  « actualité » apparaît de bien peu d'importance dans son acte : car pour certains, dans ce coin de France comme tant d'autres, la guerre d'Algérie ne s'est pas terminée en 1962, l'Ennemi est toujours là, le Bougnoule ou l'Islamiste, c'est d'ailleurs la même chose.

 

Lorsqu'une partie des gens se croit en guerre contre un "ennemi intérieur" et entend réellement mener cette guerre, même de basse intensité, il n'est pas  étonnant que la partie de la population qui est désignée comme "ennemie" se sente en permanence étrangère là où elle vit. Il n'est pas étonnant non plus qu'elle ait une perception particulière du territoire, divisé entre les espaces où elle peut se sentir, sinon à l'abri, du moins, moins exposée. Pas étonnant non plus que d'autres espaces, ceux où elle est vue comme l'élément étranger et ennemi, lui semblent faire partie d'une autre société. Le repli sur soi et le communautarisme tant décriés, tant reprochés représentent avant tout une réaction logique face à un danger réel. A Castres comme à Carcassonne, faire l'erreur d'entrer ou de passer trop près de certains bars, comme être le seul arabo/musulman dans certains coins peut coûter très cher. Et dans le même temps, les lieux de culte, de loisir, voire même les sépultures de ses proches font sans cesse l'objet d'attaques.

 

Une chose pourrait mettre fin à tout cela : une action énergique de l'Etat, au sein de son armée, mais aussi dans les milieux d'extrême-droite, qui depuis la fin de la guerre d'Algérie transmettent de génération en génération le racisme et la nostalgie coloniale.

 

Mais l'Etat ne le fait pas, et n'intervient que sporadiquement, quand la violence a été trop forte pour pouvoir rester dissimulée. Dans ces cas là, on vire un ou deux jeunes des régiments, on frappe un petit coup sur un groupuscule d'extrême-droite, mais ça ne va jamais plus loin.

 

Beaucoup d'analystes bondissent lorsqu'on prononce le mot « néo-colonialisme », comme s'il était exagéré. Pourtant dans certains coins de France, il n'y a pas de terme plus exact que celui-là pour décrire les évènements. Et même la réaction de bonne foi à cette description est néo-coloniale : «  ah, ça c'est le Midi », « Ah, les régiments de paras, c'est comme ça ». Au temps des colonies, aussi, beaucoup d'hommes politiques et de partis progressistes étaient totalement indifférents aux atteintes aux droits de l'Homme commises là-bas, alors que le dixième de ces exactions commises dans les métropoles les aurait indignés au plus haut point.

 

Mais les colonies et les métropoles n'ont jamais été étanches. Et de la même manière aujourd'hui, la France entière vit désormais de plus en plus souvent au rythme de ces îlots de non-droit : désormais, c'est un peu partout que des mosquées sont attaquées, que la chasse aux femmes voilées ou aux migrants se banalise.

La lutte contre la violence raciste ne peut pas se fragmenter. Soit elle intègre l'ensemble des discriminations et des actes de violence, soit elle  constitue une caricature.

 

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MEMORIAL 98

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 00:17

Nous publions un article rédigé pour Memorial 98 par Bernard Schmid, militant antifasciste allemand qui partage nos combats. Il a récemment pris la parole lors de la commémoration  que nous avons organisé le 9 Novembre dernier pour l'anniversaire de la "Nuit de Cristal" nazie de 1938.

 

Les incendiaires habituels de la mouvance « Riposte Laïque », ont tenté d’organiser un rassemblement, dimanche 18 janvier 2015 à Paris, sous le titre « Islamistes hors de France ! »

Face aux protestation des associations et à une pétition signée par des dizaines de milliers de personnes, la Préfecture de Police de Paris a fort heureusement interdit cette manifestation.   

Pour les mouvances d’extrême droite qui appelaient à ce rassemblement, il s’agissait d’exploiter la vague d’émotion suscitée par les attentats de  « Charlie Hebdo », et de l’épicerie cacher à la porte de Vincennes. Ces crimes ont été perpétrés par trois activistes djihadistes endurcis, ayant noué des contacts avec Al-Quaïda et Daech. Ils n’ont rien à voir avec l’immense majorité des musulmans et musulmanes vivant en France, Mais ceux qui organisaient ledit rassemblement englobent depuis toujours dans leur dénonciation du « danger islamique » toute trace de présence musulmane sur le sol français, il s’agit bien pour eux d’attaquer les  musulmans en tant que tels. Il en de même des attaques et agressions islamophobes qui se multiplient actuellement. Les actes islamophobes recensés ont augmenté de 110 % depuis les attentats, par rapport à l'ensemble du mois de janvier 2014.

On compte au moins une arrestation juste avant une attaque à l'explosif et une autre juste avant une tentative de meurtre à l'arme blanche.

Ces actes ne sont que les actes recensés, c'est à dire ceux pour lesquels les victimes ont signalé ou porté plainte. Le comptage est donc forcément en dessous, voire très en dessous de la réalité, d'autant qu'une partie des victimes ont anticipé notamment les agressions verbales, considérant qu'elles étaient de toute façon inévitables et qu'il n'y avait rien à faire contre elles. 

 

Une mouvance réduite mais qui influence le FN

 

Il était peu probable, avant même son interdiction, que ce rassemblement connaisse une réussite en termes de nombre de participants. La mouvance « Riposte Laïque » est avant tout une sorte de secte[1], qui n’est pas en capacité de  mobiliser beaucoup de monde dans la rue. Les manifestations sur la voie publique qu’elle a organisé dans le passé, le 10 novembre 2012 « contre le fascisme islamiste » à laquelle appelaient formellement « 34 associations », et une partie de la mouvance « identitaire » parcourue par des divisions n’ont rassemblé que quelques centaines de participant-e-s. Son plus grand succès de mobilisation a été sans doute la préparation des « Assises contre l’islamisation de nos pays », réunion publique en salle co-organisée par le Bloc identitaire, le 18 décembre 2010, avec environ mille participants[2]. La mouvance identitaire, quant à elle, est aujourd’hui  divisée entre le « Bloc » de Fabrice Robert, le « réseau Identités » de Richard Roudier et d’autres composantes.  Elle constitue plutôt un mouvement d’extrême droite activiste dont les principaux succès sont constitués par des « coups » médiatiques,   plus qu’un mouvement de masse.

Si ces mouvances ont une importance à l’échelle de la société française, c’est parce qu’elles ont influencé et influencent toujours (de l’extérieur et partiellement de l’intérieur) le Front national, parti dominant de l’extrême droite.


Locomotive allemande

 

Pour pallier leurs faiblesses, les mouvements organisateurs du rassemblement du 18 janvier misent sur un modèle étranger, censé leur servir de « locomotive » pour démarrer le moteur de la mobilisation. Il s’agit du mouvement « contre l’islamisation » qui a parcouru l’Allemagne, ces trois derniers mois, et qui a connu des succès de mobilisation surtout dans une région de l’Est du pays, la Saxe. Dans cet Etat-région (Land) allemand, il est surtout connu sous le nom de PEGIDA, sigle pour Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlands ou « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident », appellation locale qui a été créée en octobre 2014 à Dresde. Ailleurs, le nom a connu de nombreuses déclinaisons locales, englobant souvent le nom de la ville, telles que DÜGIDA (à Düsseldorf), BOGIDA (à Bonn, ancienne capitale fédérale d’avant 1989), KAGIDA (à Kassel). Ou plus récemment LEGIDA (à Leipzig, ville elle-même située en Saxe mais rivalisant depuis toujours avec la capitale régionale, Dresde).


Depuis l’Allemagne, la mouvance « Riposte Laïque » avait  invité une oratrice pour le rassemblement de dimanche, en la personne de Melanie DITTMER. Celle-ci est d’ailleurs annoncée sur le site Internet de « Résistance Républicaine » (de Christine Tasin) comme « Mélanie Dimmler »; . Ce n’est pas son nom, mais les organisateurs d’extrême droite ont sans doute pensé à Heinrich Himmler, dirigeant nazi.


Qui est Melanie Dittmer ? ­Agée de 36 ans, elle milite depuis bientôt vingt ans à l’extrême droite. À 18 ans elle avait  fait l’objet d’un reportage de la  télévision publique allemande diffusé en 1996, où on la voit proférer des propos violents demandant notamment l’ouverture de « camps de travail ». Des camps dans lesquels on mettrait « des assassins, des dealers et des ennemis du peuple/parasites » (en original : Volksschädlinge, le terme Schädling signifiant « nuisible » ou « parasite », et Volk signifiant « peuple » ou « nation ») ; voir http://www.spiegel.de/panorama/gesellschaft/bogida-initiatorin-dittmer-mit-brauner-vergangenheit-a-1009832.html

Jusqu’il y a quelques années, Dittmer faisait figure de cadre de l’extrême droite pro-nazie. Elle était alors dirigeante des JN (Junge Nationaldemokraten), les jeunesses du parti néonazi NPD – un parti fondé en 1964, actuellement doté d’un siège au parlement européen. En parallèle, elle écrivait dans des publications de la mouvance néonazie, à l’instar du « Ruhrstürmer » («  L’assaillant de la Ruhr »)[3].

Aujourd’hui, Melanie Dittmer, tout en mettant en cause récemment l’existence de la Shoah[4], a choisi de militer dans une branche de l’extrême droite qui se veut plus institutionnelle et prend officiellement ses distances avec les mouvements néonazis. Elle est en effet membre de la direction du parti régional d’extrême droite « Pro NRW », NRW étant l’abréviation de la région Nordrhein-Westfalen (Rhénanie du Nord Westphalie), Etat-région le plus peuplé d’Allemagne avec 18 millions d’habitant-e-s . « Pro NRW » est un parti qui a souvent occupé les médias, mais est resté au stade groupusculaire, sauf sa branche locale à Cologne : « Pro Köln ». Celle-ci a disposé pendant dix ans d’un groupe au Conseil municipal de Cologne. En 2004 et 2009, elle avait en effet obtenu deux fois des résultats situés autour de cinq pour cent des voix, mais a perdu la moitié de son électorat au dernier scrutin municipal de mai 2014. Elle n’a obtenu alors plus que 2,6 %, alors que le parti souverainiste AfD (Alternative für Deutschland, « Alternative pour l’Allemagne »), fondé en 2013 et qui a actuellement le vent en poupe, lui est passé devant. Ce dernier a obtenu 3,6 % à Cologne, sur le plan local, ce qui reste inférieur à ses moyennes sur le plan fédéral/national : aux élections européennes tenues le même jour, AfD a réalisé à Cologne un score de 7 %, dans sa moyenne nationale. Au Conseil municipal de Cologne, ni « Pro Köln » ni AfD n’ont actuellement un groupe constitué, mais chacun dispose de conseillers municipaux siégeant parmi les non-inscrits.

 

Un mouvement à ancrage territorial inégal

 

Cologne fait partie, avec Bonn (ville voisine où réside Melanie Dittmer) et Düsseldorf, la capitale régionale distante de quarante kilomètres,  des villes où la dynamique du mouvement « PEGIDA et associés » n’a pas vraiment pris.

A Cologne, une première manifestation du mouvement (ici appelé « KÖGIDA »), annoncée comme importante, a été organisée lundi 05 janvier 2015 au soir. Mais 500 partisans du mouvement « contre l’islamisation de l’Occident » firent alors face à plus de 10.000 contre-manifestants, et ne purent pas marcher sur le trajet prévu. A la même occasion, la célèbre cathédrale de la ville ainsi que la mairie ont été plongées dans le noir, sur ordre respectivement de l’évêque et des autorités municipales. Voir http://www.zeit.de/gesellschaft/zeitgeschehen/2015-01/pegida-baergida-koegida-dresden-berlin-koeln  et http://taz.de/Pegida-in-Koeln-und-Berlin/!152286/

Le lendemain, le cercle des organisateurs de la manifestation raciste s’est divisé en deux. Ensuite, il a été annoncé qu’il n’y aura plus, dans un proche avenir, de manifestations du mouvement ni à Bonn (où les participations étaient autour de 200 lors des tentatives qu’il y a eues), ni à Cologne. Sur le plan régional, la mobilisation va désormais se concentrer sur Düsseldorf, la capitale de la Rhénanie du Nord Westphalie, où le principal organisateur s’appelle Sebastian Nobile. Il s’agit d’un ancien cadre de la « German Defence League », une tentative d’importer en Allemagne le modèle de la « English Defence League » (EDL, « Ligue de défense anglaise »). Ce mouvement a réussi à mobiliser en Grande-Bretagne,    à partir de 2009, des supporteurs de football et hooligans ainsi que d’autres milieux, pour des manifestations de rue régulières. Ceci sous prétexte de s’opposer à l’islamisme radical. Actuellement, ce mouvement britannique est plutôt sur le déclin, et la tentative de la transposer à l’Allemagne – et d’autres pays en Europe de l’Ouest – n’a pas donné de grands résultats.

Néanmoins, à l’automne 2014, un mouvement similaire semblait se former en Allemagne, sur de nouvelles bases. Là aussi sous prétexte de s’opposer aux djihadistes et autres islamistes radicaux, des militants issus du milieu hooligan raciste ont construit un mouvement sous le sigle de HOGESA, pour Hooligans gegen Salafistes (« Hooligans contre les salafistes »). Après que 400 islamistes radicaux appartenant au courant salafiste ont  attaqué, en septembre 2014 à Hambourg avec des couteaux et d’autres armes, des manifestants kurdes, les médias avaient largement rendu compte de cette agression. Celle-ci se déroulait sur fond d’opposition entre islamistes radicaux et Kurdes  à propos de l’ « Etat islamique » proclamé en Syrie et en Irak (l’organisation Daech), et à propos de la résistance des Kurdes à Kobanê contre cette structure mortifère. Suite à cette agression très médiatisée, la légitimité semblait tout trouver pour un mouvement anti-musulman, qui s’appuierait sur le prétexte de s’opposer aux islamistes radicaux et agressifs.

Environ 4.500 participants ont ainsi pu être mobilisés pour le 26 octobre 2014 à Cologne, au nom de « HOGESA ». Le nombre de contremanifestant-e-s, quelques centaines, a alors été nettement inférieur, la gauche antifasciste ayant été totalement surprise par l’ampleur de la mobilisation. La police ayant été elle aussi débordée, le public médusé à assisté à des scènes d’une extrême violence, des hooligans ayant entre autres démoli un restaurant chinois du centre-ville de Cologne. Mais cette éruption extrême a aussi précédé de peu la fin de la mobilisation de masse sous le sigle de « HOGESA ». Son succès reposait avant tout sur les structures d’anciens activistes de la mouvance nationaliste et raciste, politisés dans les stades de football dans les années 1980 ou 1990, aujourd’hui âgés de 45 ans et plus mais disposant encore de leurs réseaux. L’absence de nouvelles structures d’appui, portées par des membres des plus jeunes générations, mais aussi les images de violence ont limité la portée du mouvement. Début novembre 2014 des tentatives de porter le mouvement à Berlin et Hambourg se sont soldé par des échecs : à Berlin, il y a eu interdiction, et à Hambourg, celui qui était allé négocier l’autorisation du parcours avec la police s’est fait sérieusement « cuisiner » et menacer de poursuites. Il a préféré annuler… Une dernière manifestation a pu avoir lieu à Hanovre, réunissant environ 2.000 à 3.000 personnes, mais la dynamique était désormais brisée. Même si les hooligans sont cette fois-ci restés non-violents (tout en se faisant attaquer par des anarcho-autonomes), la manifestation du 15 novembre n’a pas créé un effet « positif » pour d’autres mobilisations.

À la même période, un autre mouvement commençait cependant à monter, celui qui a été intitulé PEGIDA (à prononcer avec la voyelle longue sur le « i »), à partir de la ville de Dresde. Ici, cela avait débuté à petite échelle avec 300 manifestants réunis le lundi 20 octobre 2014  sous le slogan « Nous sommes le peuple », piratantcelui de l’opposition en Allemagne de l’Est en 1989. Puis, le mouvement allait grandir chaque lundi, franchissant la barre des 10.000 manifestants début décembre de la même année, avant de réunir 17.500 personnes le 22 décembre pour la dernière manifestation avant la trêve de Noël. Respectivement 5.000 et 4.000 contremanifestant-e-s leur firent alors face. Dans cette capitale de la région de Saxe, l’une des clés du succès résidait probablement dans le fait que les premiers organisateurs du mouvement ne venaient pas d’un milieu déjà connu et politiquement catalogué. Alors qu’à Bonn, Cologne ou Düsseldorf, les animateurs des mouvements locaux « contre l’islamisation » sont, jusqu’à aujourd’hui, clairement connotés d’extrême droite et de longue date.

Le principal protagoniste à Dresde est ainsi devenu Lutz Bachmann (âgé de 41 ans), jusqu’ici plutôt connu comme membre des milieux du proxénétisme et de la petite criminalité, qui avait passé trois ans et demi en prison. Un aventurier qui n’avait pas encore fait l’expérience du militantisme en politique, mais sentait la montée d’une dynamique sur laquelle il pourrait surfer.

Dans une interview donnée début décembre 2014 (voir http://www.bild.de/regional/dresden/demonstrationen/pegida-erfinder-im-interview-38780422.bild.html ), Lutz Bachmann a déclaré que lui et ses compagnons avaient été motivés à manifester, initialement, par la vision d’une manifestation qui s’était déroulée le 10 octobre dernier à Dresde. À cette occasion, plusieurs centaines de Kurdes, ensemble avec des jeunes antifascistes allemands, avaient manifesté pour la résistance contre les islamistes de « l’Etat du califat » à Kobanê. Lutz Bachmann et les siens n’y ont vu qu’un « danger étranger », le risque de voir « des conflits étrangers sur le sol allemand ». Ce qui tend à démontrer ce qu’il faut penser de leur positionnement officiel, qui proclame que « nous ne sommes pas opposés aux musulmans en tant quels mais au danger islamiste, et pas opposés aux immigrés en tant que tel mais aux abus de l’immigration et du système d’asile ». C’est en effet une pure hypocrisie, et si l’opposition au djihadisme agressif était vraiment leur « cause » première, ils auraient soutenu les manifestants qui demandaient des armes et des moyens pour les Kurdes luttant à Kobanê contre l’ « Etat islamique ».

Jusqu’ici, Dresde est resté le fief absolu du mouvement, qui a su – la plupart du temps – garder l’hégémonie dans la rue, opposant presque toujours un nombre supérieur de participants aux contre-manifestations organisées en face. Seule heureuse exception : le samedi 10 janvier, l’opposition à PEGIDA a réussi cette fois-ci à mobiliser très fortement, en faisant descendre 35.000 personnes dans les rues de Dresde en mobilisant au-delà des frontières de la ville, comme  PEGIDA. Mais le lundi soir suivant, 12 janvier 2015, le mouvement PEGIDA a lui aussi pu augmenter le nombre de ses manifestants, en mobilisant 25.000 personnes.

Cette fois-ci, PEGIDA avait tenté de bénéficier de l’émotion crée par le choc des attentats de Paris, contre « Charlie Hebdo » puis au supermarché juif Hyper Cacher. Les organisateurs avaient demandé à leurs partisan-e-s de venir vêtus de noir ou en portant des signes de deuil. Certains ont reproché au mouvement une récupération « en flétrissant les cadavres », voir http://www.neues-deutschland.de/artikel/957806.politische-leichenschaendung.html  Mais avant les manifestant-e-s « contre l’islamisation » réunis le lundi 12 janvier, c’était déjà les contre-manifestants-e-s du samedi précédent qui avaient dénoncé les crimes commis à Paris. Ils et elles avaient porté le deuil des victimes et repris le slogan français « Je suis Charlie ». Cela a contribué à atténuer l’ampleur de la récupération que pouvait effectuer PEGIDA.

 

Pourquoi la Saxe ?

 

Les disparités régionales sont importantes, en ce qui concerne l’ampleur de ces mobilisations. La mobilisation est forte surtout à Dresde, et depuis peu elle a aussi commencé à Leipzig, sous le nom de « Legida » : environ 5.000 personnes y ont manifesté pour la première fois, mercredi 14 janvier 15. Mais presque partout ailleurs, les contre-manifestations dépassent jusqu’ici en nombre celui des participant-e-s aux rassemblements des alliés de PEGIDA. A Munich, à Stuttgart et ailleurs, les maires de plusieurs grandes villes (appartenant au SPD dans le premier, aux Verts dans le second cas) se sont joints aux contre-manifestations, fin décembre 14 et début janvier 15.

Les rythmes politiques en Saxe ne sont en effet pas les mêmes. Au temps de la RDA d’avant 1989, cette région passait pour assez contestatrice car elle était désavantagée au niveau de l’approvisionnement.  Mais  elle était aussi – en ce qui concerne la région de Dresde - relativement déconnectée des débats et informations qui avaient cours ailleurs. En effet, la partie orientale de la Saxe (dominée par Dresde, alors que la partie occidentale est dominée par Leipzig) était nommée ironiquement« das Tal der Ahnungslosen » (« la vallée des ignorants ») au temps de la RDA. En effet, c’était la seule région de l’ancienne RDA où l’on ne pouvait pas capter, dans les foyers, la télévision ouest-allemande. Lors de la chute du mur et de la réunification, cela aura eu pour effet que les attentes et les illusions, portant sur la future vie dans « le paradis capitaliste », étaient plus fortes ici qu’ailleurs.En effet, dans d’autres parties de la RDA, les citoyen-ne-s étaient plus informés de l’existence du chômage et de problèmes sociaux en Allemagne de l’Ouest, dont sa télévision faisait état, alors que certains habitants en Saxe ont pu croire que tout cela relevait « de la propagande du régime communiste ».

La Saxe a été, après la réunification, une région où les partis d’extrême droite ont obtenu des scores importants. Surtout c’était la région où le NPD (parti néonazi) a réalisé ses résultat les plus élevés, montant jusqu’à 9,2 % des suffrages lors du scrutin régional du 29 septembre 2004. Nulle part ailleurs en Allemagne, ce parti ouvertement fasciste et violent – qui n’est guère préoccupé de « stratégies de dédiabolisation » n’avait obtenu de tels succès. Aujourd’hui, depuis l’élection régionale du 30 août 2014, le NPD a disparu du Parlement régional (ratant de 0,05 % des voix la barre des 5 % des voix requises), mais il a été supplanté par une  forte section régionale du parti souverainiste AfD     (9,7 %).

Par ailleurs, l’invocation d’une crainte d’ « islamisation » (qui menaceraient sous l’effet de l’immigration) est encore plus absurde en Saxe qu’ailleurs. 2,2 % de la population de la région (et 4,7 % de celle de sa capitale Dresde) sont de nationalité étrangère, un taux très faible, et parmi eux ont trouve seulement… 0,2 % de musulman-e-s. Par ailleurs, l’invocation de « valeurs chrétiennes » qui seraient menacées par l’avancée de l’islam – alors que PEGIDA a fait entonner des chants de Noël chrétiens aux manifestants, réunis le 22 décembre au centre-ville de Dresde – est elle aussi particulièrement hypocrite en Saxe. 80 % de ses habitant-e-s ne sont membres d’aucune confession chrétienne, le nombre de baptêmes ayant été faible à l’époque de la RDA. En réalité, c’est une peur diffuse du déclassement social, dans une Allemagne jusqu’ici relativement épargnée par « la crise ,  mais dont une partie s’enfonce dans la pauvreté (et entourée de pays en crise), qui explique bien davantage cette mobilisation. Une peur de déclassement qui est surtout celle de personnes « ayant quelque chose à perdre », puisque les mobilisations sont majoritairement portées par des membres ses classes moyennes, cf. http://www.heise.de/tp/artikel/43/43857/1.html  - En Saxe, il s’agit plus spécifiquement d’une peur de personnes ayant cru qu’elles étaient enfin parvenues là où elles avaient rêve d’arriver : dans une Allemagne idéalisée (en tant qu’Etat-nation réunifié) et imaginée comme un « paradis capitaliste ». Alors qu’aujourd’hui, les élites invoquent la construction européenne et que la réalité sociale est peu attrayante et menace de l’être de moins et moins, ces personnes se cramponnent à leur volonté de « sauver ce qu’ils peuvent sauver ».

 

L’opposition à « PEGIDA »

 

Ailleurs en Allemagne, le mouvement est aussi endigué parce que les partis dominants, les grandes forces politiques, les élites gouvernementales, mais aussi le patronat mettent leur poids dans la balance pour freiner cette dynamique. Les Eglises chrétiennes oeuvrent dans le même sens, tout comme le Zentralrat der Juden, l’organe de représentation (« Conseil central ») des Juifs en Allemagne qui a clairement condamné l’islamophobie.

Ce qui fait d’ailleurs écrire à Jürgen Elsässer, représentant très en vue de la mouvance rouge-brun qui est un ancien militant d’extrême gauche ayant glissé vers le nationalisme autoritaro-populiste et soutien le mouvement PEGIDA : « Ce qui ne plaît pas au Conseil central des juifs, au gouvernement des Etats-Unis et au régime de Nétanyahou, c’est qu’à Dresde, pour la première fois, un mouvement s’est puissamment exprimé qui veut re-constituer l’Allemagne comme un Etat souverain. » Il désigne ainsi l’organe de représentation des Juifs en Allemagne comme un ennemi intérieur. Le rôle des « rouge- brun »consiste surtout à tenter de manipuler les lambeaux d’un mouvement pacifiste, anciennement puissant mais aujourd’hui en état de décomposition avancé et dont il pousse les résidus vers une orientation pro-Poutine, au nom de la résistance contre un « danger de guerre » qui émanerait de l’Ukraine – avec les mouvements de « PEGIDA » et alliés. Avec un certain succès, en influençant les restes du mouvement pacifiste dans un sens neutraliste, nationaliste (« maintenons nous en dehors des conflits étrangers ») et autoritaire. Les grandes pancartes portant l’inscription « La paix avec la Russie » (Frieden mit Russland), visibles sur des photos des manifestations de Dresde publiées par la presse française, témoignent de cette influence d’Elsässer et son magazine mensuel, COMPACT. La thématique antisémite ne fait pas consensus, à ce jour, au sein des mouvements actuels. Elle est  certestrès présente dans les milieux du NPD, mais ceux-ci, s’ils participent également au mouvement, ne sont pas en mesure de le dominer.

 

Vingt ans et une réelle différence

 

La dernière manifestation de cette volonté des responsables politiques de contrer le mouvement Pegida a été la mobilisation, mardi 13 janvier 2015, d’environ dix mille personnes à Berlin, manifestant « pour la tolérance » et contre le racisme anti-musulman. Elles se sont rassemblées avec la chancelière Angela Merkel et le président fédéral Joachim Gauck en personne. Auparavant, en période de Noël, toute la presse conservatrice et libérale avait largement ouvert ses colonnes aux messages des deux Eglises chrétiennes, rappelant le nécessairement « secours au prochain » à apporter y compris aux réfugiés. Lors de se vœux pour la nouvelle année 2015, prononcés le 31 décembre dernier, la chancelière Merkel avait embrayé sur ces dénonciations, et mis en garde contre les manifestations du type PEGIDA.

 

 Ce paysage se démarque radicalement de celui d’il y a une vingtaine d’années, quand des centaines d’attaques racistes ont eu lieu, culminant en 1992 à 18.000 crimes, délits et contraventions à connotation raciste (de l’injure raciale jusqu’à l’homicide) dans l’année. À l’époque, les vannes de cette dynamique avaient été largement ouvertes par l’ « establishment » lui-même. Les deux principales forces politiques, la CDU/CSU conservatrice et le SPD social-démocrate, avaient alors mené le tristement célèbre « Asyldebatte », le débat sur la « nécessaire restriction du droit d’asile ». Ce débat a culminé dans l’acceptation par le SPD, lors d’un congrès extraordinaire tenu en août 1992 au Petersberg, d’une modification de la Constitution,  puis dans le vote de cette modification au Bundestag (Parlement fédéral). Le 26 mai 1993, ce dernier a fortement restreint le droit d’asile, pourtant constitutionnellement garanti.

Cet objectif était alors présenté comme une nécessité impérative, face à « une invasion » faisant suite à la disparition des frontières fortifiées (de l’ex-bloc soviétique) à l’Est, par toutes les grandes forces politiques établies. La campagne raciste, dont la tonalité principale était « Le navire (allemand) est plein », n’a duré que peu de temps après le vote du Bundestag. Trois jours après, le 29 mai 1993, un attentat raciste commis à Solingen tua cinq femmes et enfants de nationalité turque . Ce crime raciste entraîna une importante mobilisation sociale, comportant notamment des chaînes humaines de protestation à travers le pays. Il engendra aussi  de sérieux problèmes diplomatiques (la Turquie étant un pays membre de l’OTAN et du Conseil de l’Europe) et une camapgne de presse négative au plan international. Les pouvoirs publics ont alors pris des mesures pour stopper la mobilisation raciste, à laquelle ils avaient jusque-là largement lâché le brides, et ont prononcé de premières interdictions de groupes néonazis.

Aujourd’hui, la situation a fondamentalement changé. A l’époque, la campagne raciste a aussi servi à « souder » les deux parties de l’Allemagne fraîchement réunifiée (depuis le 03 octobre 1990), et de mettre les questions sociales qui allaient inévitablement se poser au second rang. Mais l’un des produits de cette mobilisation, pendant toute la période 1990 à 1994, a été la constitution de noyaux durs de la mouvance néonazie, dont certains allaient former ensuite des groupes violents allant jusqu’au terrorisme. A partir de 1998, les fractions les plus endurcies de cette mouvance ont engendré le NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, « Clandestinité national-socialiste »), groupe officiellement constitué de trois membres… mais en réalité formé par des centaines de soutiens logistiques et des militants de l’étape, qui fait actuellement l’objet d’un procès à Munich, en cours depuis juin 2013. Tout n’est pas encore connu, loin s’en faut, ni sur les ramifications du réseau, ni sur les soutiens dont il a pu bénéficier au sein de certains appareils policiers.

 

Aujourd’hui, l’Etat allemand n’accepte pas de courir les risques de voir s’envenimer cette plaie, et de voir des fractions de la mouvance d’extrême droite reprendre la lutte violente voire armée. Déjà une première vague d’attaques contre des futurs foyers de demandeurs d’asile pas encore peuplés  encore a eu lieu à l’automne 2014. Les élites allemandes, qui savent que l’économie de leur pays est avant tout tirée par le moteur des exportations, sont plutôt préoccupées de l’image internationale que reflète leur Etat. Par ailleurs, alors que 17 millions d’habitant-e-s de la RDA venaient d’intégrer les marchés de l’emploi et de la consommation au début des années 1990, l’Allemagne est aujourd’hui fortement marquée par le déclin démographique. Pour des raisons de difficultés à concilier travail salarié et vie familiale, depuis des décennies, les femmes ouest-allemandes rechignaient à avoir des enfants ; les choses étaient différentes en RDA, mais la natalité a là aussi brusquement chuté au début des années 1990. Le patronat est avant tout préoccupé, s’agissant des réfugiés et migrants d’aujourd’hui, de « lever les obstacles bureaucratiques » pour pouvoir les embaucher ou mettre en formation rapidement.


Tout danger n’est cependant pas absent, en ce qui concerne la future dynamique du mouvement de PEGIDA et alliés. D’abord,le public potentiel  paraît important. Un sondage effectué par l’hebdomadaire « Die Zeit » a été publié, à la mi-décembre 2014, sous le titre sensationnaliste : « Un Allemand sur deux déclare des sympathies pour PEGIDA » ; voir ici : http://www.zeit.de/politik/deutschland/2014-12/islam-pegida-fluechtlinge-deutschland-umfrage - En réalité, le sondage ne disait pas cela, la question posée ayant été : « Comprenez-vous qu’il y ait des manifestations contre l’,Etat islamique’ et contre l’,islamisation de l’Occident’ dans des villes allemandes ? » Vu que la question ouvrait sur l’ « Etat islamique » (l’organisation Daech), beaucoup de réponses ont pu être induites par cette référence à la sinistre organisation terroriste, placée en début de phrase.

 

Dans un autre sondage, publié autour du 1er janvier 2015, 29 % des Allemands interrogés qui exprimaient une sympathie pour le mouvement ; v. ici : http://www.heise.de/tp/artikel/43/43745/1.html Selon ce même sondage, 13 % des sondés se déclareraient prêts à se mobiliser ; ils et elles seraient 45 % parmi l’électorat du parti de droite souverainiste AfD, mais aussi 26 % dans l’électorat du parti DIE LINKE.

Ce parti, dont le nom signifie « La gauche », est de très loin comparable au « Front de gauche » en France mais ni son histoire ni sa base sociale ne sont identiques. En ex-Allemagne de l’Est, où une importe partie de cette formation est issue (après 1989) de l’ancien parti d’Etat, la base électorale de DIE LINKE se détermine peu selon un clivage gauche/droite. Le clivage est souvent  régionaliste : on vote pour le parti de « ceux de l’Est », contre une « domination par ceux de l’Ouest qui désavantages toujours les habitants de l’ex-RDA ». La présence forte, au niveau régional, de DIE LINKE (et de son prédécesseur, le PDS)  dans les régions situées à l’Est a heureusement empêché, depuis les années 1990, l’émergence d’une force électorale d’extrême droite importante : DIE LINKE absorbe l’électorat qui pourrait aussi être tentée par cette dernière. Mais une partie de la base sociale oscille entre les deux orientations ; lorsqu’en avril 1996, un parti d’extrême droite (la DVU, disparue depuis et absorbée par le NPD) avait réalisé un score important de 13 % en Saxe-Anhalt, ceci était nettement observable. Comme les électeurs allemands ont deux voix – une pour la liste d’un parti, l’autre pour élire une personnalité parmi les candidat-e-s -, 25 % des électeurs de la DVU lors de ce vote avait donné leur « autre » voix à des candidats du PDS. Ainsi, il n’est pas totalement surprenant que la tentation de sympathiser avec PEGIDA puisse exister parmi des électeurs du parti DE LINKE…

 

Le parti souverainiste AfD, créé en 2013 et actuellement en proie à des conflits de direction intenses, semble de son côté avoir choisi de s’allier au mouvement. Voir http://www.spiegel.de/politik/deutschland/pegida-afd-trifft-organisatoren-am-mittwoch-im-saechsischen-landtag-a-1010987.html et aussi http://www.neues-deutschland.de/artikel/957816.afd-und-pegida-ziehen-an-einem-strang.html.  Suite à une rencontre officielle entre les deux structures, le parti AfD et PEGIDA ont déclaré vouloir continuer à se rapprocher, voir aussi http://www.heise.de/tp/artikel/43/43804/1.html. Pour l’AfD, il s’agit essentiellement de se ressourcer chez PEGIDA et alliés, qui pourraient former une future base sociale « extra-parlementaire » dans la rue.

 

 

PEGIDA – AfD – CDU ?

 

 

Or, qui pense à l’AfD doit aussi penser à l’hypothèse de possibles futures alliances à droite. Au sein de la CDU (au gouvernement), le débat sur le positionnement vis-à-vis de ce parti a commencé. En août 2014, le comité directeur du parti avait décidé le refus net de toute coopération avec l’AfD, la CDU devant garder une orientation pro-Union européenne. Lors du congrès de Cologne de début décembre 2014, Angela Merkel a même fait miroiter une alliance éventuelle avec les Verts (en lieu et place de la « Grande coalition » actuelle avec les sociaux-démocrates), regrettant à la tribune du congrès que les Verts aient interrompu les négociations sur la formation d’un gouvernement en 2013.

 

Sous Angela Merkel, qui passe plutôt pour la représentante d’un « pragmatisme » assez « désidéologisé » et surtout orienté par le maintien du pouvoir, une partie des bases du bloc conservateur fait sentir un « manque de repères idéologiques ». Elle lorgne d’autant plus vers l’AfD, qui a réalisé quelques percées électorales en 2014, allant jusqu’à 13 % dans des scrutins régionaux tenus en août puis en septembre derniers. Par ailleurs, une partie des stratèges de l’aile droite de la CDU – ou de sa sœur bavaroise, la CSU – invoque aujourd’hui l’émergence du mouvement PEGIDA, pour reprocher à Angela Merkel de ne pas avoir été assez à droite : selon eux, avec une orientation correcte, cela ne serait pas arrivé…  Voir http://www.heise.de/tp/news/Ist-Merkel-mit-verantwortlich-fuer-die-Pegida-Bewegung-2506952.html

 

Juste avant le congrès de Cologne, le débat sur la position de la CDU vis-à-vis du parti sur sa droite a d’ailleurs redémarré. Le chef du groupe CDU au parlement régional de Thuringe, Mike Mohring, a ainsi accepté les voix des élus AfD pour sa candidature au poste de ministre-président (chef de l’exécutif régional), suite à plusieurs réunions avec le parti souverainiste. Cela est justifié par un effet-miroir avec la gauche. Les sociaux-démocrates et les Verts ont accepté, en Thuringe, de s’allier avec le parti DIE LINKE (équivalent lointain du Front de gauche) pour gouverner la région. Cette alliance ne semble pas marquer une profonde rupture à gauche. Le nouveau ministre-président Bodo Ramelov a été le négociateur syndical « pragmatique » des années 1990 qui a discuté de l’accompagnement social d’immenses vagues de licenciement en ex-Allemagne de l’Est. Mais par un prétendu effet-miroir, une partie de la droite justifie par là le fait de lorgner vers l’extrême droite. Lors de manifestations , en novembre 2014 à Erfurt, capitale de la Thuringe, contre le « gouvernement néo communiste » qui ont attiré jusqu’à 4.000 personnes, des militants CDU et AfD ont côtoyé des néonazis. Cette dynamique-là est vite retombée à l’époque, mais elle pourrait éventuellement préfigurer (partiellement) quelques futures alliances.

 

 

Antennes internationales ?


Des tentatives d’imiter PEGIDA ont été enregistrées pendant la dernière période, par exemple en Norvège http://www.heise.de/tp/artikel/43/43844/1.html ainsi qu’en Espagne . Mais  il n’est pas sûr que la transposition d’un mouvement à d’autres pays puisse fonctionner.


En ce qui concerne la France, c’est au mouvement antiraciste et à toutes les forces de gauche de combattre vigoureusement toute tentative d’implanter un tel mouvement. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé dimanche 18 janvier notamment à Montpellier. Les "Pegidistes" locaux rassemblés par la Ligue du Midi, ont du faire face à une mobilisation de plusieurs centaines de personnes, bien déterminées à ne pas laisser s'installer un Pegida à la française.

 

Bernard Schmid pour

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[1] L’un des maires FN élus en mars 2014, Fabien Engelmann élu à Hayange (Moselle), est fortement influencé par cette mouvance, et c’est à travers elle qu’il est passé en 2010 de à l’extrême droite. Cependant, à l’heure où le maire d’Hayange connaît de grandes difficultés – ses comptes de campagne ayant été invalidés par le Tribunal administratif (TA) de  Strasbourg en décembre 2014, il a fait appel devant le Conseil d’Etat -, son étoile a décliné au sein du parti de Marine Le Pen.

[2] Deux des orateurs, l’écrivain Renaud Camus et Luc Roche alias « Jacques Philarcheïn », ont été condamnés en première instance en avril 2014, sur plainte du MRAP, pour le délit d’Incitation à la haine raciale. Ils ont fait appel de la décision. Renaud Camus, idéologue qui professe la « Théorie du grand remplacement » (il y aurait un plan diabolique visant délibérément à subsister des populations immigrées aux populations autochtones), s’est aussi illustré dans le passé par des propos visant les juifs. Le 21 avril 2000,  son livre « La campagne de France » avait dû être retiré par son éditeur (Fayard) parce qu’il comportait des passages ciblant les juifs. Et notamment leur trop grand nombre participant à des émissions de « France Culture », alors qu’en raison de leurs origines, ils ne représenteraient pas la culture autochtone française.

[3] Voir sur elle et sa carrière les documents suivants :

 

https://linksunten.indymedia.org/en/node/122743

 

https://linksunten.indymedia.org/node/113014

 

https://linksunten.indymedia.org/de/node/123957

[4] V. l’article http://www.spiegel.de/panorama/gesellschaft/bogida-initiatorin-dittmer-mit-brauner-vergangenheit-a-1009832.html , où elle est citée par ces mots : « La question de savoir si l’Holocauste a existé n’a aucune importante pour moi, puisque ça remonte à 70 ans ! Est-ce qu’on questionne toujours les Français sur Napoléon…  ?»

 

 


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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 22:16

"Les Français, tous collabos ? La réponse est non mais le phénomène est d’ampleur. Cette exposition montre en tout cas pourquoi cette histoire du passé s’est conjuguée aussi au présent. Jusqu’à aujourd’hui. »

Ces phrases concluent le texte d’introduction de l’exposition  « La collaboration – 1940-1945 » qui se tient jusqu’au 2 mars 2015, dans les locaux des Archives Nationales à Paris (lien vers la visite virtuelle en fin d’article)

 

La tentative de réhabilitation de Pétain par Zemmour renforce l’actualité de l’étude de cette période.

 

Le thème est celui de la collaboration avec le régime nazi, et l’exposition s’ouvre sur une présentation des « acteurs de la collaboration », regroupés en 3 catégories : le régime de Vichy, les collaborationnistes parisiens et les différents représentants de l’Allemagne nazie.

Il est donc rappelé quelques caractéristiques du régime de Vichy, basé sur la « révolution nationale », les valeurs « Travail, Famille, Patrie », le culte du chef, l’absence de démocratie politique, le combat contre l’ « Anti-France » qui regroupe Juifs, communistes, Francs-maçons, Tziganes et étrangers.

Il aurait été intéressant de souligner une spécificité de la situation française dans l’Europe sous domination nazie : c’est le seul pays qui a conservé non pas seulement une administration gérant les affaires courantes, mais un régime politique disposant d’une part d’autonomie, et ayant la volonté de collaborer avec les nazis. Hitler ne tenait d’ailleurs  pas particulièrement à cette forme d’association, même si concrètement elle a bien arrangé les intérêts du IIIe Reich.

Rappelons que le terme  de collaboration implique une notion de travail en commun entre partenaires à égalité. On notera le dévoiement que pratiquent les entreprises d’aujourd’hui qui prétendent ne plus avoir plus des salariés mais des « collaborateurs »…

 

Les documents présentés sont d’un grand intérêt : affiches du régime de Vichy ou de partis ou organisations fascistes (PPF de Doriot, Légion des volontaires français LVF…), périodiques de l’époque, journaux personnels, directives officielles, photos, …

Dans la salle concernant les « ennemis communs », on peut voir les boîtes du « fichier parisien des personnes juives », les piles de dossiers des entreprises juives spoliées, la publication dans un journal d’une liste nominative de francs-maçons. Ces documents montrent l’ampleur et la minutie de ce travail de persécution. Ils  donnent aussi une idée de l’implication quotidienne dans ces politiques de fonctionnaires, d’administrateurs économiques, de propagandistes travaillant dans la presse et les médias.

 

L’exposition ne traite pas de Vichy et des administrations et organisations de la zone occupée comme  de simples satellites des nazis. Néanmoins, on peut regretter que ne soit pas mis en valeur ce qui relève des décisions propres de l’Etat français et ce qui est demandé ou imposé par les occupants. Bien sûr le choix de collaborer des autorités françaises est en soi révélateur de réelles convergences idéologiques avec le nazisme. La comparaison avec d’autres pays est éclairante

En Belgique, le gouvernement part en exil à Londres, tout comme celui des Pays-Bas, en Grèce, c’est Hitler qui nomme un Premier ministre, en Norvège l’occupation débute par une administration militaire directe,

Le Danemark représente un cas différent. Il y a une première période de « protectorat » : le gouvernement reste en place, le Parlement et les autres institutions continuent de fonctionner, mais il n’y a pas de collaboration telle qu’on l’a connu en France. Certes, le Danemark n’était pas en guerre contre l’Allemagne au moment de l’invasion nazie, et les enjeux étaient différents notamment par le fait que les nazis concevaient les Danois comme membres d’un peuple frère aryen. Le petit parti nazi danois ainsi que le parti communiste  étaient exclus du gouvernement d’union nationale. Et surtout, le gouvernement danois refuse tout au long de l’occupation les mesures anti-juives. En 1943 le Danemark est déclaré pays ennemi le gouvernement est destitué par les nazis, ceux-ci entreprennent de déporter les juifs danois. Mais seuls 450 d’entre eux seront arrêtés, car l’information ayant filtré, les Juifs sont prévenus et peuvent se cacher, en attendant d’être transportés en bateau jusqu’en Suède, pays neutre et synonyme de sécurité.

 

Au vu de cette rapide comparaison ouest-européenne, on saisit mieux la spécificité de la situation de la France pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Le régime de Vichy est issu des institutions de la IIIe République, même si bien sûr on ne peut le qualifier de démocratique. Le choix de collaborer plutôt que de partir en exil ou de s’opposer est révélateur des courants idéologiques et d’une bonne partie des choix des sommets de l’appareil d’Etat, dès l’avant-guerre.

C’est à juste titre que l’exposition débute par la retransmission d’extraits du discours de Pétain du 30 Octobre 1940, après sa rencontre avec Hitler, dans lequel  est évoquée pour la première fois la collaboration. On notera que dans ce discours Pétain utilise le terme nazi de « Führer » quand il mentionne Hitler. 

A cette date du 30 octobre, le régime de Vichy a déjà promulgué plusieurs lois très orientées. Il s’agit de la possibilité de déchoir de sa nationalité un Français naturalisé (16 juillet),  de l’abrogation du décret Marchandeau du 21 avril 1939 pénalisant le délit d’injure ou de diffamation raciale et amnistie des faits commis depuis cette date ( 27 août ), le premier statut discriminatoire des Juifs du 3 octobre (publié le 18 octobre ), l’ abrogation du décret Crémieux de 1870 (qui accordait la nationalité française aux Juifs d’Algérie) le 7 octobre…

 

 

L’exposition montre de nombreux exemples de propagande de haine: expositions anti-communiste, anti-maçonnique et anti-juives, affiches, brochures, livres, caricatures. Le vocabulaire mortifère de l’hebdomadaire antisémite «  Au Pilori »  fait résonner avec encore plus de violence les diatribes actuelles de Soral, Dieudonné et Faurisson . Une vitrine expose un certain nombre de livres qui ont influencé l’idéologie de Vichy, dont certains publiés bien avant la guerre, comme la « France Juive » d’Edouard Drumont, que la maison d’édition d’Alain Soral, Kontre Kulture a réédité récemment.

 

Un livret d’accompagnement (disponible à l’entrée) fournit des informations sur la plupart des documents présentés, ainsi que sur leurs auteurs. On peut ainsi apprendre que le caricaturiste antisémite Ralph Soupault, qui a débuté dans le quotidien du PCF «  l’Humanité avant de se rapprocher des partisans de Maurras poursuite sa carrière dans les journaux nationalistes et antisémites l’Action Française, Charivari, Gringoire. Il se rallie au PPF de Doriot  dès avant guerre et collabore à « Je suis partout » de Brasillach. Condamné en 1947, il est libéré  dès1950 et reprend son activité dans l’hebdomadaire d’extrême-droite Rivarol. De même pour Lucien Rebatet, dont le livre « Les décombres » a été un des grands succès littéraires de cette période : condamné à mort à la Libération, sa peine est commuée aux travaux forcés à perpétuité en 1947. Il est libéré en 1952, et lui aussi reprend son activité de journaliste à Rivarol et Valeurs actuelles. Autre destin similaire : Emile Bougère, ouvrier aux usines Renault de Boulogne-Billancourt qui débute une carrière de journaliste dans l’Humanité. Il est exclu du PCF en 1932 et rejoint le PPF en 1936. On peut consulter un article dans lequel  il dénonce le maire de Saint Maurice (94) pour avoir conservé les bustes de Marianne. Condamné à 20 ans de travaux forcés en 1945, il est libéré dès 1951.

 

Une salle est d’ailleurs consacrée au thème « la culture et les médias aux ordres ». Et tous les supports y sont utilisés pour la propagande : littérature, presse, radio, cinéma, théâtre et cabaret…  Cette propagande est d’autant plus efficace qu’elle utilise des moyens novateurs, modernes, attrayants : on découvre ainsi le journal Le Téméraire, destiné à la jeunesse, avec des pages en couleurs, des bandes dessinées, des récits de science-fiction ; ou le magazine antisémite Revivre, sous-titré « grand magazine illustré de la race », avec des photos de couverture graphiquement séduisantes.

 

Outre les aspects politiques, policiers, culturels, la collaboration économique et  militaire n’est pas oubliée, comme vous le verrez par vous-même en allant visiter l’exposition ou en consultant son catalogue.

 

À la fin de l’exposition, on peut  visionner une courte interview vidéo des deux commissaires de l’exposition, Denis Peschanski et Thomas Fontaine, autour de cette question « Français, tous collabos ? » qui ouvre l’exposition. Denis Peschanski y réfute la version « noire » (tous collabos) comme la version « rose » (tous résistants) de l’attitude des Français pendant cette période. Il est Interrogé sur les pratiques dites  « d’accommodation »  incluant des chefs d’entreprise continuant leur activité, quitte à produire pour le Reich et l’obéissance des fonctionnaires, Peschanski répond par la « résilience » de la population. Ce terme évoque la capacité à revenir à son état initial après une perturbation, et plus particulièrement en psychologie, le phénomène qui permet à un individu de surmonter un traumatisme, de se construire malgré une situation affective et matérielle difficile. Le concept a été largement popularisé en France par le psychiatre Boris Cyrulnik, (qui a lui-même échappé à une rafle nazie à l’âge de 7 ans)  avec lequel Peschanski a travaillé. Il évoque les manifestations de mécontentement, les critiques, les oppositions qui se diffusent et participent à la reconstruction individuelle et collective. Cet entretien, dont la brièveté n’aide sans doute pas, peut laisser perplexe, parce qu’on ne peut pas considérer que les traumatismes de cette période aient été bien gérés ou surmontés tant individuellement  que collectivement. Le propos de Peschanski apparaït donc bien imprécis.  L’exposition se conclut sur les suites de la collaboration: les 300 000 dossiers individuels ouverts, toutes juridictions confondues, après guerre, montrent l’ampleur et la diversité de la collaboration. Mais ce chiffre global n’indique pas le nombre et la nature des condamnations, dont beaucoup ont d’ailleurs été revues quelques années après. Il n’indique pas non plus s’il a permis de toucher une proportion significative  des collaborateurs ; la carrière d’un Maurice Papon  montre plutôt l’inverse.

 

 

L’exposition ne revient pas sur l’évolution au fil du temps des connaissances historiques sur cette période, sur la difficile prise de conscience de ce qu’a été, au-delà de la collaboration, le régime de Vichy, sur la lente et imparfaite prise en compte par les autorités publiques de ce que représente l’ « Etat français » et les politiques qu’il a menées.

Bien sûr, une exposition ne peut pas tout à elle seule : elle a un thème qui limite son périmètre, des moyens limités (espace physique, temps de préparation, …). Les manques qu’elle révèle, les insatisfactions qu’elle suscite sont autant de moteurs pour continuer à avancer.

On peut en tout cas se féliciter de l’ouverture, de la part du Ministère de la Justice et par anticipation, de fonds documentaires issus des institutions liées à la politique d’épuration, et notamment des juridictions instaurées dans le second semestre 1944. C’est cet accès qui a permis la réalisation de l’exposition, dont nous recommandons vivement la visite.

Memorial 98

 

 

Coordonnées de l'exposition et programme des conférences: http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/web/guest/la_collaboration

Horaires :

Du lundi au vendredi de 10h00 à 17h30

Samedi et dimanche de 14h00 à 17h30

Fermé les jours fériés.

Tarifs :

Plein tarif: 6 euros

Tarif réduit: 4 euros

 Visite virtuelle:http://www.dailymotion.com/video/x2b1q7v_visite-virtuelle-la-collaboration-1940-1945-aux-archives-nationales-a-paris_news

 

 

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:13

dieudonne-la-guerre-c-est-la-paix.jpgDieudonné banni des médias ? Etrange légende dont la diffusion croît parallèlement à son audience dans les mêmes médias.

Existe-­­t­-il aujourd'hui beaucoup d'hommes politiques, beaucoup de partis qui ont la possibilité d'avoir leur communiqué de presse intégralement repris, sur un sujet qu'ils ont eux­même choisi, et le jour où ils ont choisi d'en parler ?

Dieudonné jouit de ce privilège.

 

Ainsi il proclame aujourd'hui, par l'intermédiaire de ses avocats qu'il a décidé de « faire la paix » avec un ennemi qu'il a lui même constitué et circonscrit : « certains représentants de la communauté juive » et certaines « associations antiracistes ». Il entend convoquer une séance de négociations sous l'égide du Ministre de l'Intérieur, rien de moins.

 

Que font les médias face à cette grossière manoeuvre ? Ils publient la nouvelle, et pour certains, comme I­Télé, produisent l'intégralité du texte de propagande du politicien. Non contents de lui avoir gracieusement offert une tribune, ils s'en vont benoîtement jouer les émissaires : puisque Dieudonné avait notamment initié une pétition pour la dissolution de la LICRA, ils  somment la LICRA de répondre sur la « proposition de paix » de Dieudonné.

 

Dans cette affaire, ce n'est pas l'attitude de Dieudonné qui est surprenante. Sur le fond, le courrier présenté par ses avocats est la reprise de son discours halluciné habituel : il serait une victime, les Juifs et les antiracistes seraient les bourreaux tout puissants qui s'acharnent sur sa personne et à travers lui, sur la pauvre France. L'antisémitisme explose en France, le racisme également, l'homophobie tout autant, et la mouvance dieudonniste compte parmi les responsables premiers de cette explosion. Mais renverser la réalité est une des caractéristiques premières de la rhétorique raciste et antisémite.

 

Quant à la raison objective de ce courrier, elle est évidente : Dieudonné lance une nouvelle tournée de spectacles. Or depuis au moins dix ans, jamais sa promotion n'a reposé sur autre chose que le scandale médiatique orchestré par des initiatives immondes mais stratégiquement adaptées au fonctionnement de ces mêmes médias. Après avoir sciemment déclaré souhaiter l'envoi de personnalités publiques dans les chambres à gaz lors des premières représentations de son dernier spectacle, le néo­nazi pouvait difficilement aller plus loin dans l'ignominie au premier degré, d'autant qu'il avait déjà utilisé l'invitation d'un négationniste connu sur scène lors de sa tournée en 2009. De plus, l'appel au meurtre et l'apologie ouverte du génocide commis par les nazis avaient pour une fois déclenché une réaction des pouvoirs publics, l'interdiction de quelques uns de ces spectacles, qu'il avait d'ailleurs très vite contourné en en changeant l'intitulé et en se cantonnant ensuite à un antisémitisme violent, mais banalisé.

 

Parce qu'il est sans nul doute, un des meilleurs communicants du moment, et sans nul doute aussi aidé et soutenu par d'autres talentueux propagateurs de haine, il joue donc une autre carte, celle du retournement victimaire. Il appelle ça une « quenelle ». Contrairement à ce que disent certains, la quenelle n'est pas un salut nazi inversé : c'est un salut néo­nazi tout court, et la différence avec le salut nazi classique réside avant tout dans le regard de la société qui le reçoit. Or aujourd'hui, une partie de notre société ne reçoit plus l'antisémitisme comme tel : il lui faut une croix gammée, un appel ouvert à mettre les gens dans les chambres à gaz, une référence appuyée au nazisme historique, pour avoir encore un minimum de réaction.

 

Il suffit donc au néo­nazi moderne de se déclarer non ­antisémite, pour que les médias s'interrogent et en fassent même un événement. Il y a quelques mois à peine, Dieudonné, dans une vidéo , proposait à la mère d'Ilan Halimi, une « rencontre » pour « faire la paix » et dans cette même vidéo, il parlait en riant du cadavre d'Ilan Halimi et de son exhumation éventuelle. Il y a quelques semaines, à peine, Dieudonné diffusait une autre vidéo de quelques dizaines de secondes, tenant des propos négationnistes en présence de son plus jeune fils, un gamin qui n'a même pas dix ans, en comparant la non-existence du père Noël et celle des chambres à gaz. Il y a quinze jours, avec Alain Soral, il prenait prétexte de la création d'un potentiel parti politique pour étaler sa haine antisémite pendant plus d'une heure.

 

Mais peu importe, il lui suffit de déclarer aujourd'hui vouloir faire la paix avec « la communauté juive » et les « antiracistes » pour éveiller l'intérêt des journalistes, qui trouvent parfaitement normal, dans ces conditions d'aller chercher quelques « représentants juifs » et des « antiracistes » pour les sommer de répondre.

 

Ce faisant, ils dessinent en filigrane la représentation du monde que Dieudonné souhaite imposer. Celui­ci serait un problème uniquement pour les Juifs et « certains antiracistes», il s'agirait là d'une « guerre » entre deux parties bien identifiées, bien circonscrites, et les médias, chargés d'informer l'ensemble de la société, devraient simplement rendre compte de ce « conflit » entre deux entités.

 

Et comme chacun le sait, dans les guerres, les deux camps sont toujours un peu responsables, et chacun doit faire des efforts à la table des « négociations ». Monsieur Dieudonné a fait le premier pas, les « Juifs » et les « antiracistes » ne se devraient­ils pas de faire le second ?

 

L'on voit la puissance de cette représentation du monde proposée par Dieudonné à la réaction hallucinante de la direction de la LICRA : sur la défensive, son président déclare attendre de voir "quelle va être la démarche volontariste de Dieudonné pour reconstruire ce qui a été déconstruit" et comment l'humoriste controversé "compte panser les plaies". Il s’interroge sur la sincérité de cette "proposition de paix" de la part du comédien .

 

Il n'y avait qu'une chose à répondre aux journalistes : libre à eux de reproduire les provocations de ce néo­nazi, libre à nous de n'avoir rien à répondre aux néo­nazis, seulement à les combattre.

 

Mais la montée des idéologues fascistes se voit aussi aux signes de peur grandissante qui envahissent ses cibles, persuadées qu'elles sont de ne pas être soutenues par le reste de la population, obsédées par l'idée de déjouer les préjugés à leur égard. L'année dernière, l'interdiction des spectacles de Dieudonné a été combattue comme un remède bien plus mauvais que le mal, même par une partie du camp progressiste. Presque aucune organisation antiraciste n'a osé dire que les déboires d'un néo­nazi ne la dérangeaient pas, bien au contraire, il s'est trouvé beaucoup de voix pour dire qu'empêcher l'appel au meurtre des Juifs constituait un énorme problème.

 

Aujourd'hui, quand Dieudonné agresse et provoque, certaines de ces cibles directes ont donc peur... de passer pour les agresseurs en se défendant, et creusent leur tombe en entrant dans le jeu pervers d'un fasciste.

En réalité, il n'y a pour le moment, pas de guerre contre Dieudonné. Il y a au mieux des restes de résistance passive , comme l'interdiction de quelques uns de ses meetings, après qu'il ait volontairement franchi les bornes au delà desquelles le pouvoir politique était bien obligé d'intervenir. Il y a aussi, le simple respect des lois, notamment en matière de paiement des impôts ou d'amendes prononcées par des juges : celles ­ci passent pour une action offensive et concertée uniquement parce qu'auparavant, le pouvoir politique n'a pas agi à son égard comme il l'aurait fait vis à vis de n'importe quel contribuable ordinaire. Il y a ça et là, quelques condamnations pour un propos raciste ou antisémite sur 100 prononcés, alors qu'en réalité, la quasi ­totalité des productions de sa mouvance pourraient tomber sous le coup des lois antiracistes.

En réalité, il est grand temps de mener la guerre contre Dieudonné et ses troupes. Il est grand temps que se forme un camp adverse, celui d'un antiracisme universaliste, unitaire, déterminé, face à un politicien promu par les médias, soutenu par un nombre croissant de personnalités artistiques ou sportives, accueilli par tous les grands réseaux de salles de spectacles privées mais aussi publiques (1), dont les produits sont vendus à la FNAC et dans tous les grands magasins.

 

Memorial 98



(1) Dans le Douaisis, son spectacle se tiendra dans une salle dont le propriétaire est la communauté d'agglomération

 

Voir également:

 

L’escalade antisémite de Dieudonné : décryptage

Le Pen et Dieudonné, la grande famille des antisémites

La Dieudosphère, bien plus vaste qu'elle n'en a l'air

 

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 21:10

-StopZwartePiet.jpgLe 19 octobre dernier, Theo Francken, nouveau secrétaire d’Etat  belge aux Migrations, issu de l’extrême-droite , postait sur Twitter  « "Zut, même quand on a bu la Zwarte Piet, il reste noir"

Le politicien raciste faisait référence au personnage du Père Fouettard, en l’occurrence reproduit sur une bouteille de bière. Ce personnage est un homme d’origine africaine dans les représentations néerlandaises et flamandes depuis le milieu du 19ème siècle .

Son rôle aux côtés de Saint Nicolas est double. Domestique du bon père blanc, il incarne également le méchant censé punir les enfants qui n’ont pas été sages : selon les variations qu’a connue la tradition, au fil du temps, il peut aussi bien les frapper à coup de martinet que les enfermer dans un sac …pour les emmener en Espagne, terre des envahisseurs Maures.

L’origine du personnage est sans doute aussi liée à une partie de la légende de Saint Nicolas : il serait le boucher qui a tué des enfants avant de les enfermer dans un saloir, où Saint Nicolas les trouve et les ressuscite. Zwarte Piet pourrait être ce boucher condamné ensuite à servir le Saint.

Depuis plusieurs années, aux Pays Bas, les processions traditionnelles organisées en novembre et décembre et qui mettent en scène ce personnage noir sont contestées, notamment par les Néerlandais issus de l’immigration, pour qui il est évidemment humiliant et insupportable d’être associés à cette caricature de bourreau d’enfants, à la fois barbare et ridicule.

Mais aux Pays Bas comme ici, l’ambiance politique est à la défense des « traditions » prétendument constitutives d’une « identité nationale », qui se définit surtout par ceux et celles qu’elle exclut. La défense du Zwarte Piet s’étend bien au-delà de l’extrême-droite, avec des arguments assez classiques : il faut cesser de voir le mal partout et ne pas faire d’histoires pour rien, faute de « créer plus de racisme en combattant des choses sans importance ». Pour beaucoup que nombre d’enfants grandissent en étant identifiés au méchant ridicule d’une légende, c’est beaucoup moins grave que renoncer à un aspect de cette légende, renoncement qui ne gâcherait en rien la fête pour tous les enfants.

Le 15 novembre à Gouda, plusieurs organisations antiracistes avaient décidé de manifester pacifiquement lors du passage de la procession. Parmi elles, Doorbrak,  un regroupement national de collectifs investis notamment dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. 90 personnes ont été arrêtées et brutalisées, pendant que des groupes d’extrême-droite multipliaient les provocations racistes et applaudissaient la répression policière (voir la vidéo ci-dessous). Des contrôles et des fouilles au faciès étaient pratiquées partout aux abord de la procession uniquement contre les personnes noires, seules ou en groupe.

Beaucoup de médias ont présenté ces actions antiracistes comme une agression intolérable, et insisté sur la volonté des manifestantEs de gâcher la fête, et donc d’en priver les enfants…Toutes celles et ceux qui sont contre le Zwarte Piet sont des Père Fouettard en somme .

Face à ce front raciste pour maintenir une tradition coloniale, les camarades néerlandais en appellent à la solidarité internationale.

Memorial 98 s’associe évidemment à leur campagne !

 

* Diffusons massivement la vidéo en anglais qui montre la parade raciste de saint Nicolas dans la ville de Gouda le 15 novembre 2014 et les arrestations de 90 camarades qui avaient mis en place une action de protestation non violente

 * Ecrivons à l’ambassade (par@minbuza.nl ) ou à l’ambassadeur, M. Ed Kronenburg, Ambassade des Pays-Bas, 7-9, rue Eblé 75007 Paris, pour manifester notre indignation contre cette parade et cette fête populaire racistes

* Fabriquons des T-shirts dénonçant cette mascarade qui inculque des stéréotypes racistes aux Néerlandais dès leur plus jeune âge, alors que des milliers de Blancs se griment en « Noirs » sous prétexte d’amuser les enfants

* Envoyons des messages au hashtag suivant (#StopZwartePiet) avec le slogan « Zwarte Piet c’est du racisme ! » ou « Non à Zwarte Piet ! »

* Envoyons des communiqués de presse aux journaux et aux médias

* Et informons les camarades néerlandais de nos initiatives : KOzwartepiet@gmail.com

 

 De nombreux textes traduits du néerlandais sur la campagne #StopZwartePiet sont disponibles sur le site Ni Patrie Ni Frontières 

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MEMORIAL 98

 

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 19:15

DSCF7128.JPGDans la nuit du samedi au dimanche 9 novembre, une partie du  boulevard Raspail à Paris a été recouvert d'inscriptions néo-nazies, disséminées sur les murs, les véhicules et les stations Vélib. Il y a donc désormais dans la capitale, des néo-nazis suffisamment fanatiques pour vouloir commémorer publiquement  le pogrom de la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938 et le putsch d'Hitler du 9 novembre 1923.

 

Anecdotique ?

L'incident le serait sans doute s'il était isolé. Mais  trois fois par semaine le négationniste Dieudonné réunit, dans son théâtre de la Main d'Or, des centaines de personnes venues applaudir ses insanités antisémites et racistes et sa réhabilitation du nazisme et du régime de Vichy .

 

Cette apologie ne se cantonne d'ailleurs plus à l'extrême-droite officielle: aujourd'hui, Jean Marie Le Pen n'a plus besoin d'éructer ses apologies du fascisme et des collaborateurs, il lui suffit de féliciter Eric Zemmour, qui prétend désormais dans les talk show du samedi soir que Petain a sauvé des Juifs.

 

Commémorer le pogrom de la Nuit de Cristal devant le gymnase Japy nous a donc paru nécessaire. C'est en effet dans ce lieu du 11e arrondissement que furent parquées des milliers de personnes juives, lors des rafles de 1941 et 1942. Elles étaient gardées uniquement par des gendarmes français avant d'être envoyées dans des camps d'internement eux aussi gardés par la police française, puis au camp d'exermination d'Auschwitz.

 

Certes deux plaques officielles évoquent ces rafles sur le mur du gymnase. Comme partout dans Paris, les lieux de mémoire du génocide commis par les nazis et rendu possible en France grâce au régime de Vichy témoignent d'un "passé qui ne passe pas" . Mais que représentent des plaques face au déferlement de la propagande antisémite de ces dernières années ?

 

C'est la raison pour laquelle Memorial 98 a souhaité commémorer cette année la Nuit de Cristal, en espérant bien sûr que cette initiative se renouvelle et s'amplifie. Trop longtemps, une partie de la gauche a relégué la lutte contre l'antisémitisme au rang des nécessités passées, trop longtemps chacun s'est reposé sur les acquis, issus de durs combats pour faire reconnaître la spécificité du génocide contre les Juifs. Les cérémonies officielles et l'enseignement scolaire n'ont pas à suffi à prévenir le retour du fascisme antisémite.

 

Infiltrés dans nos propres rangs, des leaders antisémites comme Dieudonné ont essaimé et pris des forces pour constituer ensuite une mouvance puissante et malheureusement écoutée. Une mouvance qui a utilisé les failles de nos luttes en ce qui concernait l'antisémitisme pour se développer sur cette base, puis afficher ouvertement aussi d'autres racismes et faire la ramasse pour le Front National.

 

 Il faut bien constater la faiblesse des réactions politiques à tout cela: les antisémites peuvent bien jouer les persécutés devant les rodomontades de quelque ministre, mais leur commerce de haine ne s'est jamais aussi bien porté. Devenu le symbole prétendu des atteintes à la liberté d'expression, Dieudonné s'exprime en réalité en toute liberté, tout comme Alain Soral ou Robert Faurisson . Les quelques condamnations dont ils sont l'objet constituent l'exception qui confirme la règle d'une haine proférée en toute quiétude chaque jour sur leurs sites ou sur scène. Ce ne sont pas les seuls, puisque la récente condamnation, pour une fois pas seulement symbolique d'Anne Sophie Leclere, candidate Front National qui avait comparé Taubira à un singe a donné lieu à un tonnerre d'indignations à droite et même d'interrogations à gauche, preuve s'il en était besoin que l'application des lois antiracistes est une chose suffisamment rare pour choquer.

 

nuitdecristal2C'est pourquoi nous avons voulu, lors de cette commémoration, rappeler aussi l'universalisme des enseignements de la lutte contre l'antisémitisme et le négationnisme. La rhétorique antisémite est une matrice féconde et recyclable pour tous les discours visant à stigmatiser et à oppresser des minorités. Les thèmes du complot, de la double allégeance, de l'invasion, la dénonciation du métissage comme destruction de la civilisation et décadence morale qui ont structuré le discours nazi et justifié la violence abjecte des pogroms puis le génocide sont utilisés aussi bien contre les musulmans que contre les Roms, dans le discours de toutes les extrêmes-droite.

Les enregistrements ci-dessous restituent une partie du contenu de cette cérémonie destinée à alerter et mobiliser.

 

MEMORIAL 98

 

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Le groupe Facebook est le prolongement de ce site et rend compte de l'activité antiraciste et antifasciste.

 

L'intervention du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le Négationnisme)

 

Le contexte historique et le déroulement du pogrom.

Par Albert Herszkowicz.

 

Analyse de Bernard Schmid, militant antifasciste allemand. 

 

De Dieudonné à Zemmour, combattre le retour de l'antisémitisme et du racisme 

 

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