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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 12:04

 

Dimanche 20 septembre aura lieu, sur le parvis du Mémorial de la Shoah à Paris, la cérémonie annuelle de commémoration dédiée aux victimes de la Shoah mortes sans sépulture.

Il est indiqué dans l'annonce de cette cérémonie que :"... Après une allocution de l’historien Pierre Nora, un kaddish  (prière pour les morts) sera récité par le rabbin Mévorah Zerbib."

Le discours commémoratif de ce moment important est ainsi confié à un historien tout à fait particulier et problématique.

En effet, Pierre Nora mène de longue date une bataille acharnée contre la reconnaissance du génocide des Arméniens.

Il a d'abord traité par le mépris l'existence même de ce génocide. Ainsi, interrogé le 12 octobre 2011 sur France-Inter au micro de Bernard Guetta, et répondant  à une  question initiale portant sur la qualification de génocide pour les Arméniens, l'historien a asséné cette phrase terrible: « ... Si vous écrasez trois mouches, on peut aussi vous parler d’un génocide ». Quelques minutes auparavant, il avait affirmé: « ... Que la Turquie fasse tout pour reconnaître éventuellement son passé, encore qu’historiquement, l’affaire est très, très compliquée, je n’en suis pas spécialiste. Mais elle n’est pas univoque ». Puis : « Les Arméniens ont été à la fois les immenses victimes mais pas seulement les immenses victimes » 

Ces propos ont été reproduits et condamnés à l'époque dans deux articles publiés sur le site Internet de la très officielle revue " L’Arche", organe du Fonds social Juif unifié, sous la signature de nos partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme). En revanche, ils ont été immédiatement  utilisés par les relais de la propagande négationniste turque.

 

Très récemment, le même Pierre Nora a été auditionné le 24 juin 2015 par la Commission de la Culture, de l'Éducation et de la Communication du Sénat, à propos de la réforme du collège.

Et à nouveau, ce jour là, il est revenu à son obsession, consistant à minimiser, voire à jeter le doute sur la place de ce génocide, dont on commémore actuellement le 100e anniversaire. Il déclare ainsi devant la commission: " ... Choisir de mettre l'accent sur le génocide arménien au sein du programme d'histoire consacré à la Première Guerre mondiale relève d'un choix idéologique et électoraliste..." 

Pierre Nora ne peut évidemment plus poursuivre sa ligne précédente des " trois mouches écrasées" car il reconnait lui-même devant la commission sénatoriale que l'existence du génocide des Arméniens constitue un fait avéré, sans toutefois revenir sur ses déclarations de 2011

Il choisit donc une autre cible, consistant à tenter de faire obstacle à l'enseignement de ce génocide en France. Puis, à la suite de ses arguments spécieux, Pierre Nora expose une fois encore son opposition de longue date à l'existence d'une loi pénalisant la négation du génocide arménien. Cette loi, maintes fois promise, a été votée non sans difficultés, y compris dans les rangs d'une partie de la gauche, en décembre  2011 à l'Assemblée nationale et en janvier 2012 au Sénat, mais elle a été censurée avant sa promulgation par le Conseil Constitutionnel en février 2012. Une nouvelle loi a été promise par F. Hollande, mais elle est sans cesse repoussée aux calendes grecques.

Alors qu'il est supposé commenter devant la Commission la réforme des collèges, Pierre Nora choisit plutôt de se prononcer sur un projet législatif qu'il craint de voir réapparaitre; l'éminent professeur est ainsi totalement totalement hors-sujet.

Par ailleurs, son principal argument contre la loi de pénalisation du génocide arménien est qu'il n'existe pas d'hostilité exprimée contre les Arméniens d'aujourd'hui, à la différence des Juifs; il déclare ainsi"La loi Gayssot (qui pénalise la négation de la Shoah) répondait à un antisémitisme ouvertement exprimé. Mais y a-t-il de l'antiarménisme? Je n'en ai jamais vu."  

Nora se moque ou il représente un monument d'ignorance. L’État turc mène en permanence, avec les puissants moyens dont dispose un appareil étatique, une campagne négationniste mondiale, à base de manipulations de presse, de procès faits à des universitaires et chercheurs, de répression en Turquie même, afin d'empêcher l'utilisation du terme de "génocide". Il est prêt à des concessions tactiques et à des ruses de langage pourvu que n'apparaisse pas ce terme de génocide, qui en effet signe l'"intentionnalité" de ceux qui l'ont organisé.

La commémoration du 100e anniversaire a ainsi constitué une leçon de choses, puisque le président turc Erdogan a choisi d'organiser du 23 au 25 avril dernier - et donc le 24 avril, date officielle de commémoration du génocide arménien en souvenir du 24 avril 1915 qui vit le début des arrestations d'Arméniens à Istanbul - une cérémonie internationale, glorifiant la bataille des Dardanelles. Ce faisant, Erdogan avait pour but de faire ombrage au centenaire du génocide arménien commémoré au même moment dans la capitale arménienne, Erevan, en présence de plusieurs chefs d'États.

 

L’historien Pierre Vidal-Naquet, auquel P. Nora fait référence en raison de leur opposition convergente aux lois dites mémorielles, avait ainsi déclaré à propos de la Turquie, en référence à Faurisson, symbole du négationnisme de la Shoah « ... Le cas le plus douloureux peut-être est, dans ce domaine, le cas de l’historiographie turque du génocide arménien de 1915. (…) Mettons-nous à la place des minorités arméniennes un peu partout dans le monde. Imaginons Faurisson ministre, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson membre influent des Nations unies, Faurisson répondant dans la presse chaque fois qu’il est question du génocide des Juifs, bref un Faurisson d’État doublé d’un Faurisson international et, avec tout cela, Talaat-Himmler jouissant depuis 1943 d’un mausolée solennel dans la capitale (turque)" Précisons que le mausolée en question se trouve à Istanbul et non dans la capitale Ankara.   

 

Au passage, Nora se lance devant la Commission sénatoriale dans une interprétation toute personnelle de ce qui définit un génocide, et s'en prend au génocide des Tutsi au Rwanda. Il déclare ainsi: "... Car si nous nous référons à la définition qui a été donnée en 1945 (erreur car la Convention de l'ONU à ce sujet date de 1948 NDLR ) , celle-ci suppose une intentionnalité - or, il y a une quantité de génocides, par exemple au Rwanda, où vous ne retrouvez pas l'ordre initial comme vous pouvez le faire pour d'autres...

Nora fait ainsi une confusion totale (volontairement ou par ignorance) entre l'intentionnalité génocidaire, parfaitement  documentée et démontrée dans le cas des Tutsi du Rwanda, des Arméniens et de la Shoah et l'existence d'un mythique "ordre initial". Celui-ci n'est d'ailleurs pas plus "retrouvé" dans le cas de la Shoah, car les chefs nazis ont, comme tous les génocidaires, pris la précaution de ne pas formuler par écrit un ordre d'extermination.

 

A quelques mètres de l'endroit où Pierre Nora prononcera son allocution, si elle est maintenue, se déroule en ce moment même au sein du Mémorial de la Shoah (et jusqu'en janvier 2016) une exposition intitulée " Le génocide des Arméniens de l'Empire ottoman, stigmatiser, détruire, exclure" (voir l'illustration en début de l'article)

 

Est-il concevable que deux discours aussi contradictoires cohabitent: d'un côté la volonté du Mémorial de la Shoah de faire toute leur place aux différents génocides du 20e siècle et ainsi de tisser des liens de fraternité entre les victimes de ces génocides et, du côté de Pierre Nora, un mépris affiché pour les " trois mouches écrasées" du génocide des Arméniens et le doute jeté sur l'"ordre initial" du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 ?

 

Il est encore temps pour Pierre Nora de se désister, tant son allocution claquerait comme une gifle infligée aux victimes arméniennes, juives, tutsi, qui ont subi une même volonté de les "stigmatiser, détruire, exclure".

 

MEMORIAL 98

 

Memorial 98, qui lutte contre tous les négationnismes, a publié de nombreux articles à ce sujet ici même, dont récemment http://www.memorial98.org/2015/04/rwanda-armenie-la-memoire-contre-les-negationnismes.html, ainsi que sur son fil d'actualités, l'Info Antiraciste, dont récemment http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/06/le-centenaire-du-genocide-des-armeniens.html.

 

Nous incluons dans ce combat, la mémoire du génocide des Musulmans de Srebrenica, dernier génocide du 20e siècle, dont le 20e anniversiare a eu lieu en juillet dernier.

 

Nous participons depuis plusieurs années à la journée de sensibilisation aux génocides et de lutte contre les négationnismes à l'initiative de nos partenaires du Collectif VAN.

 

 

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Published by memorial98
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