Communiqué publié par le Collectif de Lutte Antifasciste contre le Racisme et l'Antisémitisme (CLARA) lundi 20 juillet 2026
Défendre la liberté artistique et refuser l'antisémitisme
Le 18 juillet 2026, lors du festival Cabaret Frappé à Grenoble, le concert de Barbara Butch a été interrompu au bout d'une vingtaine de minutes par une centaine de militant·es pro-palestinien·nes, avec le soutien affiché de responsables de la section locale de La France insoumise, dont l'élu Allan Brunon. Ce dernier avait menacé le 24 mars dernier un commerçant, lui intimant de sortir et l’insultant à plusieurs reprises avec les termes violemment homophobes de « sale tapette » et « petite tapette ».
Présentée comme une action de « boycott culturel », cette interruption constitue une atteinte grave à la liberté artistique. Ces désaccords politiques ne sauraient justifier la censure d'une artiste ou sa liberté d'expression.
Nous condamnons sans ambiguïté cette action, qui participe d'une dérive préoccupante : faire d'artistes juifs et juives de la diaspora des symboles d'un conflit dont ils et elles ne sont ni les responsables ni les représentant·es.
Une campagne fondée sur des amalgames
Les organisateurs de cette action invoquent principalement trois raisons :
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La signature par Barbara Butch d'une tribune soutenant la Loi Yadan publiée dans Le Point en mars 2026 et dénonçant l'antisémitisme en France. Loi à laquelle, par ailleurs, notre association, CLARA s’est opposée. Barbara Butch a pourtant clairement expliqué sa démarche : « J'ai signé une tribune pour dénoncer l'antisémitisme en France, que je subis au quotidien et depuis mon enfance. Il y a des choses à redire sur cette loi, mais moi je ne suis ni juriste ni politologue. Mon métier, c'est de faire danser les gens. »
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Sa participation, en juin 2025, à un événement organisé par l'ambassade de France à Tel-Aviv dans le cadre du mois des fiertés LGBTQIA+. En réalité, elle a simplement mixé lors d'un événement diplomatique organisé par l'ambassade de France.
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Un projet d’animation de la Pride de Tel-Aviv en 2025 : or, elle n'a jamais participé à la Pride de Tel-Aviv en 2025.
Aucun de ces faits ne saurait justifier qu'une artiste soit empêchée de se produire.
Une artiste déjà ciblée par l'extrême droite
Barbara Butch n'est pas devenue une cible avec les événements de Grenoble, elle est déjà la cible privilégiée de l'extrême droite
Depuis plusieurs années, elle fait l'objet de campagnes de haine menées par l'extrême droite en raison de son engagement féministe, LGBTQIA+, de sa lutte contre la grossophobie et de sa judéité.
Après sa prestation lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, elle a subi une vague massive de cyberharcèlement mêlant insultes antisémites, lesbophobes, sexistes, grossophobes et menaces de mort. Plusieurs auteurs ont été condamnés par la justice.
En 2026, sa nomination à la direction artistique de la Nuit Blanche a également déclenché de nouvelles attaques :
- Des éditorialistes, comme Mathieu Bock-Côté sur CNews, ont dénoncé son choix ;
- Le Journal du dimanche a entretenu la polémique autour de sa présence aux Jeux olympiques ;
- Civitas, mouvement d'extrême droite intégriste, a appelé à perturber l'événement, en ciblant explicitement son engagement LGBTQIA+ et sa qualité de femme juive ;
- Plusieurs médias de la mouvance catholique intégriste ont relayé ces campagnes.
Ainsi, l’extrême droite attaque Barbara Butch depuis des mois pour :
- Son militantisme LGBTQI+ (Civitas la qualifie de «militante LGBT »).
- Sa judéité et son apparence physique (les insultes pullulent sur les réseaux : « juiverie », « grosse truie sioniste », « dégoûtant rond-point juif ».
- Son rôle dans la cérémonie des JO (accusée de « blasphème » par les milieux catholiques intégristes).
Une convergence préoccupante des méthodes
C'est précisément pour cette raison que les événements de Grenoble sont particulièrement ignobles et inquiétants. On y retrouve plusieurs mécanismes déjà utilisés contre elle par l'extrême droite :
- Personnalisation des attaques contre une artiste ;
- Diffusion ou reprise d'informations inexactes concernant sa présence en Israël ;
- Confusion entre identité juive, soutien supposé au gouvernement israélien et responsabilité politique ;
- Volonté d'empêcher une représentation artistique.
Ces convergences de méthode doivent être interrogées avec sérieux, sans en déduire une équivalence entre les projets politiques qu'elles servent.
Refuser les amalgames
Critiquer le gouvernement israélien est parfaitement légitime.
Défendre les droits du peuple palestinien est parfaitement légitime.
En revanche, rendre des artistes juifs·ves responsables de la politique d'un État, ou exiger d'elleux une forme de justification permanente de leur rapport à Israël pour pouvoir exercer leur métier, ne l'est pas.
Confondre systématiquement judaïsme, identité juive, sionisme et politique du gouvernement israélien contribue à la stigmatisation des Juifs·ves de la diaspora.
Une lutte antiraciste cohérente repose sur ce principe de base : aucune personne ne doit être tenue pour responsable des actes d'un État en raison de son origine, de sa religion ou de son identité.
Nous réaffirmons que :
- La liberté artistique doit être protégée, quelles que soient les opinions politiques ;
- Aucun·e artiste ne doit être empêché·e de se produire en raison de son identité ou de ses supposées appartenances ;
- Les attaques visant Barbara Butch, qu'elles proviennent de l'extrême droite ou d'une partie de militant·es se réclamant de la solidarité avec la Palestine, doivent être condamnées avec la même fermeté.
Nous appelons :
- À combattre toute confusion entre identité juive et politique israélienne ;
- À protéger les artistes contre les campagnes de haine, les intimidations et les tentatives de censure ;
- À faire vivre une solidarité avec le peuple palestinien qui ne se construise jamais au détriment des principes fondamentaux de l'antiracisme, de la liberté d'expression et de la lutte contre l'antisémitisme.
La défense des droits du peuple palestinien et la lutte contre l'antisémitisme ne sont pas incompatibles.
Elles exigent au contraire la même exigence de justice, le même refus des discriminations et la même vigilance face à toutes les formes de racisme et de haine.
Sur RTL, deux ans après le 7 octobre, alors que les actes antisémites ont bondi de 1 000 % et que certaines personnes de confession juive en sont réduites à cacher leur nom sur les boîtes à lettres ou à le modifier lors de commandes, Manuel Bompard a jugé cette situation « inacceptable ». Il déclarait :
« Je les soutiens totalement. L’antisémitisme, comme toutes les formes de racisme, n’a rien à faire dans la politique française. Les Juifs de France ne sont pas comptables de la politique du gouvernement de M. Netanyahu, qui, elle, est insupportable et inacceptable, et qu’il faut condamner. Mais je n’en rends évidemment pas responsable ou comptable les Juifs de France, et si des personnes dans notre pays le font, ils se trompent. »
Dans le prolongement concret de cette prise de position, nous exigeons solennellement que la direction de La France insoumise condamne sans ambiguïté l'acte antisémite perpétré à Grenoble contre Barbara Butch, avec le soutien et la complicité d'Allan Brunon, conseiller municipal LFI de Grenoble, et qu'elle prenne les mesures appropriées à l'encontre d'un élu déjà mis en cause pour des propos homophobes.