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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 21:25

« L’État Islamique est loin du viseur des bombardiers russes ». C’est le titre d’un article du journal Libération du 22 novembre, dans lequel Jean-Pierre Perrin[1] a relaté de quelle façon les missiles de V.Poutine ont pris le relais des barils d’explosifs largués par l’aviation de Bachar Al Assad. En témoignent les cartes et photos-satellites[2] montrant la position des impacts des tirs russes. Ceux-ci se sont concentrés sur les zones libérées, ces territoires qui se sont affranchis de la férule de la dictature et qui ont entrepris de créer une société civile dans la perspective d’une Syrie libre.

 

Les missiles russes visent des cibles dans le dessein de rendre ces territoires invivables et de faire échouer leur émancipation. C’est ainsi qu’ils ont fracassé un site "stratégique" dans le but manifeste d’affamer la population, à l’instar des bombes d’Assad : « La minoterie de Binin, une localité près d’Idlib, fournissait chaque jour quinze tonnes de farine et la boulangerie industrielle voisine 5500 sacs de pain. L’une et l’autre témoignaient que la vie, certes très difficile, était encore possible dans cette région contrôlée par la rébellion. Ce pain permettait aussi à des milliers de réfugiés du sud d’Alep et du nord de la grande ville de Hama de survivre et de ne pas prendre le chemin de l’exil. Mais le 12 novembre, à 17 h 20, les Sukhoï russes ont brusquement surgi et le bombardement a commencé. Les notables du conseil local ont compté dix raids, dont deux menés avec des bombes au phosphore. Dix personnes ont été tuées et la minoterie, édifiée grâce à des subventions de Paris et l’Union européenne, s’est écroulée sous les bombes, de même que la boulangerie industrielle »[3].

 

 

Le 25 novembre[4], après que V.Poutine ait démenti une nouvelle fois avoir ciblé les populations civiles des zones libérées, ses bombes larguées le matin-même ont encore pulvérisé une boulangerie. Celles du soir ont soufflé les bureaux d’une unité rebelle et les locaux d’une future université. À ceux qui persistent à tenir tête à son protégé, Bachar Al-Assad, Moscou a rappelé que cette audace se paie au prix fort.

 

 

L’offensive militaire de l’axe Assad-Poutine-Khameneï

Conçue en connivence avec le « guide suprême » iranien Ali Khameneï, cette offensive russe est secondée par les troupes terrestres des Forces Al-Qods des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran, par celles du Hezbollah libanais également armées par l’Iran, et par des milices irakiennes également instrumentalisées. Ces dernières s’inscrivent avec l’Iran dans la perspective d’un camp dit « chiite » symétriquement opposable à la structure autoproclamée par Daech sous la forme de l’Etat Islamique. Chacun des deux camps justifie ainsi son existence et ses exactions  par celles de l’autre ; la religion sert ici de prétexte à des luttes pour le pouvoir et l’appropriation des ressources. C’est d’ailleurs contre cette confessionnalisation que des centaines de milliers d’Irakiens ont manifesté ( cet été durant plusieurs semaines au cris de « Le confessionnalisme est mort », « Ni chiite, ni sunnite, mais laïque » et « Au nom de la religion, ils nous volent » : ce sont des slogans qu’on a pu lire sur des pancartes ou entendre scander par la foule réunie sur la place Tahrir de Bagdad pour exprimer son mécontentement face à la politique du gouvernement de Haïdar al-Abadi[5].

 

Selon le journal libanais l’Orient-Le-Jour[6] qui évoque ces milices irakiennes inféodées au régime iranien, « on en compte seulement entre 7 ou 8 réellement organisées, parmi lesquelles les Brigades de la paix (Saraya as-salam), l'Organisation Badr, les Brigades du Hezbollah (irakien), la Ligue des vertueux (Aassaïb Ahl al-haq), ou encore les Brigades de l'imam Ali ("Kataeb al-imam Ali") ». Notons que la Brigade Badr se définit comme « branche armée du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak », et qu’elle est « aussi bien liée au gouvernement irakien qu'à la République islamique voisine, puisque considérée comme une section des Gardiens de la révolution (iraniens) ».

 

C’est la déroute les troupes de l’armée syrienne face aux rebelles dans la province d’Idlib qui a conduit l’Iran à majorer son dispositif déjà pléthorique d’aide au régime Al Assad. Malgré ces renforts, les territoires rebelles résistent, comme l’indiquait Le Monde[7] du 19 octobre : « Pour l’instant, deux semaines après son démarrage, cette offensive n’a enregistré aucun succès marquant. Les combats se déroulent sur deux fronts parallèles. Le premier, qui s’étend sur plus de 100 kilomètres, court du nord de Hama jusqu’aux contreforts montagneux de la province de Lattaquié, sur la côte, en passant par la plaine du Ghab et le sud d’Idlib. Les forces loyalistes, appuyées par les frappes de l’aviation russe, cherchent notamment à reprendre aux rebelles le contrôle de l’autoroute M5, qui relie Homs à Alep. Dans cette zone, les pro-Assad rencontrent une très forte résistance ».

 

Le but avoué de l’axe Assad-Poutine-Khameneï est de neutraliser l’opposition syrienne et d’enfermer le pays dans l’alternative Assad / Daech dont l’immense majorité des Syriens ne veut pas.

 

L’offensive médiatique et diplomatique des pro-Assad

Un front médiatique se déploie depuis plusieurs mois pour ringardiser la position officielle de la France "ni Daech, ni Assad" au profit du thème "entre deux maux, il faut choisir le moindre". Il a ainsi été explicité par le numéro 2 du FN  Florian Philippot[8] dans son propos de septembre 2014 « moi je préfère les méchants aux très méchants », ajoutant « Je suis désolé de parler comme ça. On va parler à la George Bush, on est obligé d’en être là car le niveau de l’analyse diplomatique française s’est lui aussi effondré mais aujourd’hui c’est ça » et déclarant prôner « le "pragmatisme" plutôt que "l'utopie" » au motif que selon lui, « il n'existe pas d'alternative démocratique réelle à Bachar el-Assad. Le Front national assure en effet qu'il n'y a pas d'opposition à Bachar el-Assad autre que des groupes islamistes ».

 

Côté médias, l’émission de France Inter « Secrets d’info » de Jacques Monin du 20 novembre 2015 s’est inscrite dans la même veine en présentant comme une « enquête » les propos d’anciens collaborateurs de nos services secrets. L’émission n’a fait aucune référence aux nombreuses preuves des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par le régime, comme le Rapport César qui a révélé 11 000 morts sous la torture dans les seules prisons de Damas. Les "experts", journalistes ou barbouzes, rassemblés par cette émission ont prétendu que l’ALS (Armée Libre Syrienne) n’était plus aujourd’hui que « l’ombre d’elle-même » alors que la plupart des spécialistes et témoins travaillant sur la Syrie, l’évaluent aujourd’hui à environ 45 brigades pour un effectif de 60 000 combattants. Et ils en ont conclu que Assad était le seul interlocuteur.

 

Tout dernièrement,[9] François Fillon, ex-Premier ministre de Sarkozy et soutien affirmé de longue date de Poutine, a plaidé pour le choix d’une alliance avec Bachar Al Assad et ses alliés, incluant le Hezbollah libanais. Il a calomnié au passage l'opposition syrienne en l'accusant de ne pas lutter contre Daech. Or ce sont les bombardements de Poutine qui continuent à cibler l’opposition à Assad plutôt que Daech.

Mois après mois, cette offensive médiatique, sans scrupules sur la véracité des faits ni la réhabilitation d’un dictateur passible de la Cour Pénale Internationale, s’est amplifiée avec les visites intempestives à Damas de groupes de députés jouant les idiots utiles en se faisant photographier aux côtés de Bachar Al Assad.

 

Des tournées à Damas pour imposer une autre politique étrangère de la France

En février 2015, pour la première fois depuis que le régime Assad a été qualifié comme infréquentable en 2012  et comme le relate Le Monde[10], « une délégation parlementaire française s’est rendue en catimini dans la capitale syrienne. Elle y a rencontré le président Bachar Al-Assad, grand ordonnateur de la répression qui a fait des dizaines de milliers de morts depuis 2011 au grand dam du Quai d’Orsay, qui s’est nettement dissocié de cette initiative». Des élus français, au nombre de quatre, emmenés par Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne et président du groupe d’amitié France-Syrie à l’Assemblée nationale, ont rencontré le président Bachar Al Assad et se sont aussi entretenus avec le président du « Parlement » syrien Mohamed Jiham Laham ainsi qu’avec le mufti de la République, Ahmed Badreddin Hassoun, tous deux nommés par Assad et fidèles relais de sa propagande. « On a vu Bachar Al-Assad ce matin. Plus d’une heure. C’était très direct. Je vais faire passer les messages là où il faut, comme il le faut », a affirmé le député (UMP) Jacques Myard, membre de la délégation.

François Hollande a assuré ne pas avoir été prévenu de ce déplacement et a déploré une « rencontre entre des parlementaires français qui n’ont été mandatés que par eux-mêmes avec un dictateur qui est à l’origine d’une des plus graves guerres civiles de ces dernières années ».

 

En juillet 2015, c’est le député Jean-Frédéric Poisson[11], président du parti chrétien-démocrate fondé par Christine Boutin et affilié aux Républicains, qui s’est rendu à Damas pour déclarer « Une solution au conflit en Syrie doit passer par un dialogue avec Bachar al-Assad ». Il y est allé via le Liban avec Xavier Breton (LR) et Véronique Besse, élue d'un petit parti souverainiste, qui sont à la tête de groupes d'études sur le Vatican et sur les chrétiens d'Orient à l'Assemblée nationale. Parmi ses formules-choc : « Il n'appartient pas aux pays étrangers de décider qui doit diriger la Syrie, il appartient aux Syriens de décider », a-t-il martelé à l'issue d'une rencontre avec le même président du « Parlement » syrien. Au bout de 45 ans de dictature, voilà donc une trouvaille qui a étrangement échappé aux Syriens, la liberté de choisir leur destin ! Enfin, il a déclaré que l'intervention militaire russe en Syrie « permet de stabiliser pour le moment les choses et de faire reculer petit à petit le groupe État islamique ». On croirait lire un communiqué de l’agence syrienne officielle Sana.

 

Prenant goût aux voyages à Damas, le même Jean-Frédéric Poisson[12] a récidivé en rencontrant de nouveau le dictateur syrien le 27 octobre 2015, à nouveau sans le moindre mandat de l’exécutif français. Les lobbys pro-Assad ont aussitôt proféré des rumeurs disant que si ces parlementaires étaient partis de leur propre chef, ils avaient sans doute eu des contacts discrets avec le Quai d’Orsay.

 

Ces initiatives n’ont pas fait l’unanimité à droite et au centre. Ainsi a-t-on relevé les commentaires suivants dans le JDD[13] : « Le président du Modem, François Bayrou, désapprouve la visite des quatre parlementaires français à Bashar el-Assad en Syrie » en déclarant sur France Info : « C'est une démarche irréfléchie qui porte atteinte à toute la marche d'action qu'une diplomatie solide peut avoir ». Le JDD précise que sur son blog, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé refuse également toute alliance avec Assad : « Certains considèrent qu’il ne faut pas mélanger morale et géo-stratégie. C’est un point de vue. Ce n’est pas le mien », ajoutant : « C'est Assad qui a fait le lit de Daech ».

 

Assad et Poutine font aussi illusion à gauche

Le mirage du recours à la dictature pour contrer l’État Islamique n’est pas l’apanage de la droite dure. On l’entend aussi de la part de personnalités de la gauche. Ainsi le Figaro[14] a titré en septembre 2015 : « Védrine veut s'allier à Assad contre Daech, comme "il a fallu s'allier avec Staline" ». C’est la traduction des propos de l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine plaidant « pour un rétablissement des rapports avec Moscou, et donc d'un dialogue avec le régime de Bachar el-Assad en vue de contenir l'État islamique ».

 

De même, en mars 2015, Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, a estimé[15] « qu'il fallait renouer le dialogue avec le chef de l'Etat syrien Bachar el-Assad, alors que Paris a rompu ses relations diplomatiques avec Damas en mars 2012. Comme BFMTV et RMC lui demandaient s'il fallait parler avec lui, l'eurodéputé s'est exclamé : « Évidemment ! Avec qui voulez-vous parler ? », ajoutant : « La France et quelques pays ont retiré leurs représentations diplomatiques de Syrie, à quoi ça avance ? Qu'est-ce qu'on a fait bouger grâce à ça ? » et précisant : « On discute avec les gens qui sont en guerre, sinon ce n'est pas la peine d'essayer de faire la paix », et concédant que certes on a accusé le président syrien « de tout, et une partie était plus que vraie ». De même encore, selon L’Humanité[16] : « le ministère français des Affaires étrangères peut bien continuer à asséner que "la position de la France est constante, nous ne discutons pas avec Assad", il n’en reste pas moins qu’hier quatre parlementaires français en "mission personnelle" en Syrie ont rencontré à Damas le président syrien ».

 

Ses propos ont provoqué des remous au sein même du Front de Gauche ; ainsi une des autres composantes, le mouvement « Ensemble » se démarque de ces ralliements décomplexés ou résignés à une solution passant par la case dictature. Ensemble écrit : « Le régime syrien est-il, comme veulent le croire certains, l'ennemi de Daech ? (…) Le prétendre, c'est ne pas voir que les premiers djihadistes ont été libérés par lui de ses prisons, pour faire d'eux l'épouvantail justifiant un nécessaire soutien à son régime…Comment ne pas s'interroger sur une évidente coordination entre le régime et Daech ? ».

 

Conférence de Vienne[17] et pourparlers sous l’égide de l’ONU

Les réunions successives ont buté sur une divergence majeure concernant la présence ou non de Bachar Al Assad dans les scénarios projetés[18]. Les communiqués de novembre 2015 n’ont pas enregistré d’avancée significative par rapport au précédent qui avait mis le cap sur « l’instauration d’un cessez-le-feu dans toute la Syrie, la relance de négociations sous l’égide des Nations unies entre le gouvernement et l’opposition et  la tenue de nouvelles élections ». La problématique d’un solide contrôle international et d’un scrutin étendu à tous les Syriens, qu’ils soient dans le pays ou à l’extérieur (réfugiés notamment), a constitué une autre pierre d’achoppement.

 

Certes, le 25 novembre, le porte-parole de Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU,  a dit avoir finalement obtenu que des représentants du gouvernement syrien et de l'opposition se réunissent à Genève le 22 janvier pour tenter de trouver une solution politique à ce conflit après trente-deux mois de conflit, avec les attendus suivants : « Le secrétaire général des Nations unies réunira la conférence de Genève sur la Syrie le mercredi 22 janvier, amenant à la table des négociations à la fois le gouvernement syrien et l'opposition pour la première fois depuis le début du conflit ».

 

Le Monde précise que la Coalition nationale syrienne (CNS), représentant notamment l’opposition laïque,  envisage d’y participer sous réserve de prérequis. D’une part, elle indique : « Il faut que le régime laisse rentrer de l'aide humanitaire dans les quartiers qu'il assiège et qu'il libère des femmes et des enfants ». D’autre part, elle précise dans un communiqué mardi 22 novembre que Bachar Al-Assad et « tous les criminels responsables du meurtre du peuple syrien dans l'instance de pouvoir » ne devaient jouer aucun rôle dans la phase transitoire et dans « l'avenir politique de la Syrie ».

 

L’aventure d’une coalition étendue anti-Daech avec Assad et la Russie

Après les attentats du 13 novembre, l’opinion française est sommée de se rallier au projet d’une coalition de pays pour une campagne de frappes aériennes contre Daech. La Russie se fait prier et veut bien envisager une superstructure dès lors qu’elle ne remet pas en cause ses arrangements avec Bachar Al Assad. On se dirige alors vers la situation d’un ciel syrien sillonné par des dizaines d’aéronefs tant syriens, russes, européens, qu’américains, et d’un sol syrien fracassé par des centaines de missiles  au motif de neutraliser Daech. Certes, il est utile de pouvoir cibler ses dépôts de munitions et ses caravanes de camion-citerne charriant le pétrole vendu en contrebande. Mais le vaste périmètre de l’État autoproclamé n’est pas peuplé que de "Jihadistes". Maints habitants de ces territoires n’ont pas pu fuir et sont exposés à la foudre des pays de la coalition venue du ciel.

Cependant, sous les coups de boutoirs des différents ténors plaidant pour une grande coalition incluant la Russie et l’Iran, on est sommé d’en approuver le projet au nom des actuels périls.

 

Ainsi, Laurent Fabius a préconisé le 27 novembre, outre les bombardements, « des forces au sol qui ne peuvent pas être les nôtres, mais qui peuvent être à la fois des forces de l’Armée syrienne libre, des forces arabes sunnites, et pourquoi pas des forces du régime, et des Kurdes également bien sûr », ce qui lui a valu[19] un satisfecit du chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem. Le soir-même, il a nuancé son message en déclarant qu’une participation des forces du régime syrien ne pouvait être envisagée que « dans le cadre de la transition politique », et que le président Al-Assad ne pouvait pas « faire partie de l’avenir de la Syrie ».

 

Éradiquer Daech et mettre enfin le cap vers une Syrie libre

Comme l’explique le Pr Jean-Pierre Filiu interrogé par Le Monde[20] le 18 Novembre à propos de l’ascension de Daech : « … Pour ne parler que de la période la plus récente, trois décisions ou non-décisions internationales se sont traduites par une envolée du nombre des recrues de Daech. Il y a d’abord, en août 2013, le refus d’Obama d’intervenir après l’utilisation des armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad. Daech met alors des photos des enfants gazés sur tous ses sites en disant : « Voilà le monde et voilà ce qu’on fait aux musulmans dans le monde. Si vous êtes une bonne musulmane, un bon musulman… ». C’est la première fois que Daech recrute sur une base “humanitaire”.

 

Deuxième temps, août 2014, quand la coalition se contente de bombardements aériens : une situation idéale pour Daech. L’organisation compense très largement les pertes infligées par un recrutement accru.

Troisième temps, dont nous venons de payer le prix dans les rues de Paris, c’est l’entrée en jeu de Poutine et d’une forme renouvelée de la guerre sainte, avec sur le terrain des supplétifs iraniens et chiites. Il faut savoir que les avions militaires russes sont bénis par l’Église orthodoxe avant leurs missions ».

 

Lorsque Jean-Pierre Filiu annonce[21] dans Le Point que « le totalitarisme de Daech finira par céder », il se base sur l’analyse suivante : « je replace les évolutions en cours dans les tendances de longue durée. L'émergence de Daech est directement liée à la dynamique contre-révolutionnaire de régimes prêts à tout, en Syrie, au Yémen ou en Égypte, pour refuser la moindre concession. Or ce processus contre-révolutionnaire aboutit partout à une effroyable impasse en termes humains et financiers, aggravée par la chute spectaculaire des cours du pétrole. Le modèle contre-révolutionnaire n'est pas tenable et Daech entrera en crise avec lui. Comme tous les groupes totalitaires avant lui, Daech aura en outre à gérer le choc de la réalité (…). Ce sont les peuples arabes, et eux seuls, qui pourront défaire Daech. Il est grand temps de le comprendre dans les capitales occidentales et d'apporter le soutien indispensable à ces forces populaires, plutôt qu'à des dictatures condamnées à court ou moyen terme ».

 

De même, lorsqu’il pronostique dans Le Monde : « Contre Daech, le temps est désormais compté », il s’explique ainsi : « On peut gagner cette guerre. Daech, c’est 30 000 combattants, 5 000 Européens, et une idéologie qui peut se démonter en un recto verso. Simplement, il faut s’en donner les moyens. Il faut commencer par faire mentir les prophéties et donc leur infliger au plus vite une défaite carabinée. Sans s’allier pour autant avec les Russes – ni avec Bachar Al-Assad, qui n’apporte rien à la guerre contre Daech. On peut reprendre assez vite les territoires tenus en Syrie par Daech. Et il faut plus que jamais aider et soutenir les “révolutionnaires syriens” qui combattent à la fois Daech et l’armée de Bachar Al-Assad. Ce sont les seuls à pouvoir l’emporter sur le terrain. Envoyer des troupes occidentales serait tomber dans l’énorme piège que nous tend Daech ». Après dit-il, « il faut évidemment donner la parole aux victimes musulmanes, qui sont l’écrasante majorité, et aux dissidents de l’organisation qui ne peuvent renouer avec la vie qu’en dénonçant ce qu’ils ont vu. Et là, à mon avis, sur le plan militaire et sur le plan de la communication, on peut reprendre l’initiative assez vite, mais le temps est compté, parce que, pour l’instant, ce sont eux qui décident du calendrier, qui fixent les priorités et on voit bien qu’ils nous ont porté un coup terrible ».

 

L’urgence est en effet à ne pas échafauder de "solution" à l’insu des Syriens, mais au contraire à redonner l’initiative à ceux d’entre eux qui au Printemps 2011ont tracé des voies d’avenir.

 

Gérard Lauton pour Memorial 98

 

Articles précédents de Gérard Lauton pour Memorial 98:

 

http://www.memorial98.org/2015/10/poutine-et-assad-une-alliance-pour-massacrer-les-syriens.html

 

http://www.memorial98.org/2015/09/pour-les-refugies-syriens-et-pour-une-syrie-libre.html

 

http://www.memorial98.org/article-syrie-un-an-de-combat-et-de-debat-101451973.html

 

www.memorial98.org/article-syrie-quand-lhumanite-s-inquiete-pour-bachar-al-assad-124688465.html

 

Voir aussi, depuis le début de la mobilisation du peuple syrien en mars 2011, les nombreux articles de Memorial 98 concernant la  Syrie ici et sur le blog d'actualités "L'Info Antiraciste", dont :

 

www.memorial98.org/2015/03/noussommessyriens-4-annees-de-lutte-contre-les-tyrannies-de-bachar-al-assad-et-de-daech.html

 

 

info-antiraciste.blogspot.fr/2015/08/syrie-refugies-crimes-de-guerre-quand.html

 

 

 

 

[3] Idem.

[9] Billet du 25 novembre d’Albert Herszkowicz sur sa page Facebook.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 17:52

(ci-dessus Dieudonné avec le négationniste Faurisson et le fasciste Frédéric Chatillon, proche conseiller de Marine Le Pen)

 

C'est un véritable tournant judiciaire qui vient d'avoir lieu devant le tribunal correctionnel de Liège ce 25 novembre. Dieudonné a été reconnu coupable d’incitation à la haine ou à la violence à l’encontre des personnes handicapées, des homosexuels et de la communauté juive, de diffusion d’idées visant à attiser la haine ou prônant la supériorité raciale et de négationnisme. Il a écopé d’une peine de 2 mois de prison ferme et de 9000 euros d’amende. C'est la première fois que Dieudonné est condamné à une peine de prison sans sursis. Ce jugement fait suite à une plainte déposée par différentes associations après un "spectacle" à Herstal le 14 mars 2012

 

Mais ce sont surtout les attendus du jugement qui sont importants et qui marquent enfin, pour la première fois, la caractérisation judiciaire de Dieudonné dans le champ du "national-socialisme", c'est à dire du nazisme. En clair Dieudonné est un néo-nazi. Nous nous félicitons de cette décision qui intègre le jugement très récent de la cour européenne de justice à propos du même Dieudonné.

 

Pour notre part cela fait plusieurs années que nous caractérisons ainsi celui qui n'a cessé de radicaliser son propos depuis ses premières diatribes antisémites et de reprendre diverses horreurs en effet tirées de l'univers nazi, concernant les handicapés.

Cela fait aussi plusieurs années que nous bataillons contre l’indulgence et la complaisance dont bénéficie l'agitateur antisémite de la Main d'Or ainsi que contre la réticence à le désigner comme un néo-nazi.

 

Le juge Kuty du tribunal de Liège a détaillé chaque élément du jugement, expliquant à quel point les propos émis par Dieudonné à Herstal forment les éléments constitutifs des infractions pour lesquels il était poursuivi. Ce jugement sera publié in-extenso dans la presse, aux frais de Dieudonné.

Ainsi, le tribunal se dit « frappé par le fait que le prévenu fasse siennes diverses thèses national socialistes ». Dieudonné a ainsi évoqué la trisomie 21 en parlant d’un pseudo ami qui en serait atteint : « normalement on ne les laisse pas vivre mais lui, il est passé sur le côté », déclarait-il dans son show. Il estime donc que les personnes handicapées sont « indignes de vivre », conclut le tribunal, qui rappelle que le premier programme de meurtre du national socialisme était la suppression des handicapés mentaux.

Au sujet des homosexuels, Dieudonné, résume le tribunal, « tend à les présenter comme des personnes lubriques, dégénérées, n’ayant aucune pudeur ». Il tente aussi de dresser les personnes musulmanes contre les homosexuels, résume le tribunal, en expliquant que les musulmans qui doivent prier dehors parce que la mosquée est pleine sont réprimandés tandis que les pseudo « actes lubriques » des homosexuels en rue, en référence notamment à la gay pride, sont cautionnés. « Les homosexuels étaient envoyés dans les camps de concentration par le régime hitlérien », rappelle le jugement.

Enfin, en « utilisant un catalogue d’insultes et injures », le Français parle de la communauté juive, qualifiant notamment le Talmud de « merde », évoquant un « terrier à rats d’Israël », fustigeant l’attitude de diverses personnes d’origine juive « en utilisant une phraséologie évoquant sans ambiguïté de vieilles rengaines national- socialistes ».

Entendu au sujet des faits par le biais d’une commission rogatoire internationale, Dieudonné M’Bala M’Bala avait invoqué le "droit à l’humour". Il était absent à l’occasion de son procès, mais le juge lui a tout de même répondu que la Cour européenne de justice avait eu l’occasion, tout récemment le 10 novembre, de rappeler au prévenu que « la justification d’une politique pro-nazie ne peut bénéficier de la protection de l’article 10 de la convention européenne des droits de l'Homme » et que « une prise de position haineuse et antisémite caractérisée, travestie sous l’apparence d’une production artistique, est aussi dangereuse qu’une attaque frontale et abrupte ».

 

Un cap est maintenant franchi. Il faudra en tirer toutes les conséquences, car comme nous l'écrivions à propos de son acolyte Soral, tout aussi néo-nazi: "...L’année prochaine à la Main d’Or, donc, ou celle d’après, peu importe. Les vents mauvais finissent toujours par tourner, le compte des injures racistes sera un jour collectivement soldé..."

 

Il faut notamment se pencher sur l'influence, dans la dérive terroriste de certains, de la propagande complotiste, raciste, antisémite, néo-nazie, distillée depuis des années par Dieudonné et Soral.

8 juillet 2019: Dieudonné provoque à nouveau en Belgique

Dieudonné s'est produit en Belgique dimanche 7 juillet sur un terrain  de Morlanwelz (Hainaut), deux jours après avoir été condamné à deux ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris ( voir à ce sujet ici notre dossier sur notre site d'actualités) . Une autre représentation est annoncée à Liège le 14 juillet.

Or Dieudonné ne peut en principe plus se produire dans des salles de spectacle en Belgique depuis sa condamnation pour propos racistes par la cour d'appel de Liège en 2017 (voir ci-dessous)

La police s'est tout de même rendue discrètement sur les lieux de sa première prestation et a constaté une série d'infractions 

Selon les autorités communales, le propriétaire ayant autorisé l'organisation du spectacle de Dieudonné sur son terrain sera poursuivi car il n'a pas demandé les autorisations nécessaires auprès de la commune et de la police.

Les agents, en tenue civile, ont réalisé des enregistrements vidéo d'une partie du spectacle. Ils déplorent toutefois que les autorités françaises n'aient pas délivré de mandat d'arrêt international à l'encontre de Dieudonné, ce qui aurait permis son arrestation immédiate. Dieudonné est ainsi protégé de fait , comme son compère en néo-nazisme Soral condamné à un an de prison ferme et toujours en liberté, grâce au procureur de Paris. 

Ce n'est pas acceptable et ne doit pas être toléré, ni par la justice, ni par les antiracistes de Belgique .

7 juin 2017: 

Grande et excellente nouvelle: la Cour de Cassation de Belgique confirme le verdict du Tribunal de Liège et de la Cour d'appel. La condamnation est donc définitive.

Et une bonne nouvelle ne vient jamais seule: le négationniste français Robert Faurisson, inspirateur de Dieudonné et vedette particulière de ses "spectacles", vient d'être débouté d'une plainte pour diffamation, avec des attendus importants qui ouvrent de nouvelles perspectives dans le combat contre les négationnistes. 

 


Deux mois de prison ferme et 9 000 euros d’amende. La Cour de cassation belge a validé, mercredi 7 juin 2017, la condamnation de Dieudonné pour incitation à la haine et tenue de propos antisémites en 2012. 

Dieudonné avait saisi la plus haute juridiction belge après sa condamnation prononcée en janvier par la cour d’appel de Liège (voir ci-dessous). Mais la Cour de cassation a rejeté la « majeure partie » de ce pourvoi, ne cassant l’arrêt de la cour d’appel que sur un point portant sur la contribution de Dieudonné à un fonds d’aide aux victimes, a précisé l’agence de presse belge.

L’affaire ne sera dès lors pas renvoyée devant une autre cour et la condamnation à deux mois de prison ferme et à une amende de 9 000 euros prononcée en janvier reste donc « exécutoire », selon la même source.

Des propos tenus en 2012

 

Dieudonné était poursuivi pour des propos tenus lors d’un spectacle en mars 2012 à Herstal, dans la région de Liège, devant un millier de spectateurs, et qui avait été enregistré par la police. La condamnation en première instance avait été prononcée en novembre 2015 par le tribunal correctionnel de Liège, en l’absence du polémiste, qui avait fait appel.

A l’issue de son enquête sur les propos de l'antisémite français, la justice avait retenu plusieurs préventions, qui ont été retenues par la cour d’appel de Liège: incitation à la haine, tenue de propos antisémites et discriminatoires, diffusion d’idées à caractère raciste, « négationnisme » et « révisionnisme ».

 

C'est une décision particulièrement importante et positive car  le tribunal  de Liège avait  analysé en détail la continuité nazie de la propagande de Dieudonné. 

 

De son côté, le tribunal de grande instance de Paris a jugé, mardi 6 juin, qu’écrire que  Faurisson est « un menteur professionnel », un « falsificateur » et « un faussaire de l’histoire » est conforme à la vérité. Il a en conséquence relaxé la journaliste du Monde Ariane Chemin qui était poursuivie pour diffamation. L’homme, aujourd’hui âgé de 88 ans, attaquait cette dernière, pour la réédition, en septembre 2014, , d’un article publié le 21 août 2012.

Jusqu’ici, Robert Faurisson perdait ses procès en diffamation uniquement au bénéfice de la « bonne foi » de l’auteur des propos diffamatoires. Même Robert Badinter n’a été relaxé le 21 mai 2007 qu’au titre de cette condition prévue par loi de 1881 sur la presse. Il avait utilisé les termes de « faussaire de l’histoire » sur Arte, en 2006.

« Ce jour est à marquer d’une pierre blanche », affirme Catherine Cohen, l’avocate de Mme Chemin. La présidente de la 17e chambre correctionnelle de Paris, Fabienne Siredey-Garnier, signe un jugement extrêmement détaillé pour constater que « l’offre de preuve de la vérité des faits diffamatoires » apportée par la journaliste est « parfaite, complète et corrélative aux imputations dans toute leur portée ». Ce qui produit un « effet absolutoire », alors que les propos sont reconnus diffamatoires. 

Invité par le parquet, lors de l’audience du 9 mai, à ne pas prononcer une énième relaxe au titre de la bonne foi, le tribunal s’est livré à un examen minutieux des nombreuses condamnations de M. Faurisson pour « contestation de crimes contre l’humanité », et des non moins nombreux jugements qui le déboutaient de ses actions en diffamation. « Toutes ces décisions n’ont de cesse que de stigmatiser, en des termes particulièrement clairs, les manquements et les abus caractérisant ses méthodes », peut-on lire dans le jugement. Et de rappeler « l’absence de caractère scientifique de ses travaux ».

Memorial 98 qui place au cœur de son combat la lutte contre les négationnismes, se réjouit de ces deux décisions judiciaires.

 

 

 


Mise à jour du 20 janvier 2017: confirmation de la condamnation et que la quenelle est bien un salut nazi.

La justice belge confirme en appel la condamnation de Dieudonné à 2 mois de prison ferme et 9000 euros d'amende pour incitation à la haine et propos antisémites. Nous nous en félicitons. Dieudonné devra également publier la décision du tribunal (soit 20 pages très argumentées; voir ci-dessous) à ses frais dans les deux grands quotidiens francophones belges Le Soir et La Libre Belgique. C'est une décision particulièrement importante et positive car  le tribunal a analysé la continuité nazie du condamné

Il semble que Dieudonné ne devrait toutefois pas avoir à aller en prison. « En Belgique, on n’éxecute jamais les peines de deux mois de prison ferme », a expliqué MEric Lemmens, représentant des organisations juives de Belgique


 

En même temps Dieudonné vient de renoncer à faire appel de la décision de justice française concernant la caractérisation de la quenelle comme un salut nazi . En décembre 2013, le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), avait réagi  à la publication de photos de militaires français faisant une « quenelle », selon lui un « salut nazi inversé signifiant la sodomisation des victimes de la Shoah ».

 

 

Mise à jour du 22 juin 2016:

 

Dieudonné et ses acolytes ont été condamnés récemment en appel à propos de la "quenelle" néo-nazie et de la solidarité manifestée à l'égard du tueur antisémite de l'Hyper-Cacher, Coulibaly. Mais ces condamnations se limitent à des peines avec sursis et à des amendes, loin de la décision du tribunal de Liège (ci-dessous). 

 

Mise à jour du 9 mai 2016:

La volonté de profanation antisémite et négationniste se poursuit chez les adeptes de Dieudonné. Le 5 mai dernier, journée internationale de commémoration de la Shoah, trois hommes ont été arrêtés à Lyon alors qu’ils se prenaient en photo en train de faire une “quenelle” devant les tentes dressées pour la commémoration place des Terreaux. Ils suivaient ainsi l'exemple de Soral, acolyte de Dieudonné, qui est allé faire une "quenelle" au Mémorial de la Shoah à Berlin

Memorial 98

 

 

 

 

 

 

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 17:05

« Les conditions de la guerre permettent seulement de voir la face sombre de ce qu'il se passe. Mais il y a une face lumineuse et incroyable à tout cela. Ce sont les gens, les femmes et les hommes qui agissent en silence sur le terrain pour réaliser leurs rêves de liberté et de justice, améliorer le quotidien pour que rien - pas même nos plus de 100 000 morts ( NDLR: depuis le nombre de morts dépasse les 250 000) ou le difficile siège ou la trahison de la communauté internationale - ne puisse jamais annihiler la volonté du peuple qui a un rêve et une foi en l'avenir. J'exprime mon grand respect à toutes ces courageuses personnes. Continuons à travailler ensemble pour rendre leur vie plus supportable et rendre leur rêve plus accessible. Merci à tous de me donner l'opportunité de faire entendre mon message. »

 

Ces mots sont ceux du dernier message de Razan Zaitouneh, combattante syrienne des droits humains et de la démocratie, opposante à la dictature, enlevée par un groupe armé en 2013, alors qu'elle avait décidé ne pas quitter le pays, malgré la traque des bourreaux du régime et celle des groupes terroristes qui lui avaient publiquement donné le choix entre l'exil ou la mort.

 

Ces mots, universels d'espoir, d'amour et de résistance, nous les reprenons et les dédions à toutes les victimes de la terreur sanglante qui a frappé hier et à leurs proches.

 

Et aussi à toutes celles et ceux qui ont peur et qui ont mal. Et à toutes celles et ceux qui, malgré la peur et la douleur, gardent haut le flambeau de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, à celles et ceux qui ne renonceront à aucun de leurs combats pour les droits humains.

 

Nous savons ce que veulent les terroristes, pas seulement nous tuer physiquement, mais aussi et surtout tuer en nous, les valeurs du progressisme et de la raison, faire de nous, par la terreur, des doubles pétris de haine qui fassent écho à leur propre haine et renforcent sa puissance.

 

Antiracistes, nous savons bien qu'ils ont ici des alliés précieux parmi les charognards racistes, antisémites, négationnistes, de toutes obédiences, de toutes confessions, qui n'ont pas attendu la fin d'une nuit d'horreur pour répandre encore plus de ténèbres, qu'il s'agisse de diffuser les rumeurs conspirationnistes ou l'appel à la violence islamophobe.

 

Les révoltéEs syriennEs, pris sous les feux de toutes les barbaries, décimés par la dictature et par Daech nous apprennent pourtant chaque jour que nous n'avons pas à choisir entre la peste et le choléra, mais que le chemin de la liberté et de la fraternité humaine, aussi étroit soit-il, est toujours possible.

 

Que les antiracistes persévèrent, sereinement, car aujourd'hui, plus que jamais, nos voix comptent face aux diatribes de haines qui défigurent le monde et l'ensanglantent.

 

Paris le 14 novembre 2015

 

MEMORIAL 98

 

 

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 14:22

Parmi les persécutions du 6 et 7 novembre 1938, celles des SS de Baden Baden qui contraignent des Juifs à défiler sous les huées antisémites jusqu'à la synagogue où on les contraints à chanter des chants SS, avant de les tabasser puis d'organiser leur déportation à Dachau. Photo YadvashemLe 9 novembre, Memorial 98, avec ses partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme) et de l'association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda)  vous invite à commémorer la « Nuit de Cristal », pogrom d'Etat commis par les nazis le 9 novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche. Pour la 2e année consécutive, nous nous rassemblerons à Paris devant le gymnase Japy, lieu symbolique dans lequel furent parqués en 1942, les Juifs raflés par la police française au service des nazis.

 

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal représente un jalon important:  les nazis au pouvoir depuis 1933 franchissent une nouvelle étape dans la violence, celle de massacres antisémites commis au vu et au su de toute l'Europe. Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient être ignorées, et pourtant en France elles ne changèrent pas la situation: ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler.

 

Quelques mois plus tôt, en juillet 1938, s’était tenue la conférence internationale sur les réfugiés d'Évian de juillet 1938, dont le but affiché était de de trouver des lieux d'asile notamment pour les réfugiés juifs et qui se termina par un échec. Le gouvernement français y avait exposé sa position: la France n’accueillerait plus de réfugiés. Deux mois plus tard, lors des accords de Munich le 30 septembre de la même année, le gouvernement français cède aux exigences nazies. Une partie de la Tchécoslovaquie (la région des Sudètes) est annexée au Reich nazi, la paix est « sauvée ».

 

La France tourne ainsi ouvertement le dos à ses principes de pays de droits de l'homme, car le gouvernement recherche à tout prix l'apaisement avec son voisin allemand, notamment à travers  des négociations secrètes menées par Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères, depuis le 10 avril 1938. Bonnet ne veut pas que les évènements de la Nuit de Cristal compromettent sa politique. Il choisit d'ignorer le rapport de George Von, ambassadeur de France à Berlin, qui lui écrit ainsi au lendemain des évènements : "Le traitement infligé aux Juifs en Allemagne que les nazis tentent d'extirper complètement comme des bêtes malveillantes, éclaire la grande distance qui sépare la conception hitlérienne du monde du patrimoine spirituel des nations démocratiques". Bonnet sera ensuite pétainiste, membre du Conseil national de Vichy.


La France est ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.


De plus, le 12 novembre 1938, deux jours seulement après la Nuit de Cristal, une loi autorisait en France l'internement des "indésirables" dans des camps de concentration dont ceux des Milles et de Rivesaltes. Les réfugiés juifs allemands et autrichiens entrés non légalement en France étaient désormais directement menacés et seront internés puis plus tard livrés aux nazis.

 

Soixante-dix ans après la défaite du nazisme, rappeler que l'Europe est de nouveau en proie à « ses vieux démons » peut apparaître comme un cliché mais rend compte d’une réalité.

 

Ainsi, l'antisémitisme, que d'aucuns disaient « disparu » est bien là: les victimes de l'attentat de l'Hyper cacher de Vincennes ont été tuées par un assassin qui avait choisi un lieu d'attentat uniquement parce qu'il était fréquenté par des personnes juives. D'aucuns ont choisi de lier sa haine à la religion qu'il revendiquait, mais c'est bien dans le pays de Jean-Marie le Pen, Dieudonné Soral, et que le jeune tueur avait grandi, bercé par une haine diffusée par des médias fascistes extrêmement puissants. En témoigne l'adhésion très large aux théories du « complot juif » qui ont essaimé dès le lendemain des attentats de janvier et qui influencent toutes les couches de la population française.

 

Dans la bonne ville de Versailles, fortement marquée par l’extrême-droite et l’intégrisme catholique, l’œuvre d'art d'Anish Kapoor est dégradée à plusieurs reprises avec des inscriptions contre les « Juifs déviants » .

 

La violence pogromiste touche toutes les minorités: l'année 2015 aura aussi été marquée en France par les incendies contre les mosquées, les attaques menées contre les personnes musulmanes dans la rue où à leur domicile, le tout dans une atmosphère de surenchère islamophobe, à laquelle participent des voix venues de tout le champ politique. À Calais, des commandos agressent les migrants et les tabassent. Les Roms qui ont été victimes des génocidaires nazis sont particulièrement visés : dans toute la France, les bidonvilles où survivent les Roms, victimes du racisme d'Etat, sont ciblées aussi bien par des attaques individuelles que par des rassemblements de foules haineuses, très souvent entraînées par des élus d'extrême-droite et aussi de droite.

 

La cacophonie raciste et antisémite ne semble avoir aucune limite : les déclarations racistes des responsables politiques se multiplient si vite que leur dénonciation finit par paraître vaine. Apologie de la « race blanche », dénonciation de l’« invasion » des gens du voyage, éloge du fichage des enfants musulmans, chaque semaine apporte son lot d'excréments verbaux sortis des poubelles de l'Histoire.

 

Face à cette marée, un grand espoir s'est levé, dans cette Europe où presque partout l'extrême-droite parlementaire explose les compteurs électoraux, où les mouvements néo-nazis sont devenus une réalité quotidienne et de plus en plus représentée dans les exécutifs nationaux ou locaux.

 

Car l'année 2015 aura aussi été celle du mouvement de solidarité avec les migrants : partout en Europe, de Vienne à Londres, de Copenhague à Budapest, mais aussi dans de petites villes comme Sérent (Morbihan), des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues pour exiger accueil et solidarité. Partout, des gens ordinaires ont décidé de s'engager au quotidien, multipliant les initiatives, du simple don à l'accompagnement administratif en passant par les défenses collectives contre la répression malheureusement quotidienne des migrants à toutes les frontières européennes.

 

Une autre Europe a brusquement émergé, une Europe qui rêve d'égalité, d'ouverture, de coexistence. Une autre opinion publique a donné de la voix par les actes, ensemble des gens de cultures, de religions, de sensibilités différentes, ont répondu ensemble au fascisme montant, et commencé à construire enfin, l'idée d'un autre monde possible.

 

Nous ne sommes pas dans les années 30, mais il n'est jamais trop tôt pour dire « Plus jamais ça » aux héritiers nombreux des pogromistes de ces années-là.

Dans nos combats d’aujourd’hui, il n’est jamais trop tard pour faire de nos mémoires une arme .

 

Il y a cent ans, les logiques racistes de l'Etat turc conduisaient au génocide des Arméniens: le négationnisme maintenu de l’Etat turc se trouve renforcé par une décision récente de la cour européenne des droits de l’homme (CEDH) autorisant ce négationnisme à s'exprimer en toute liberté. En France, la loi pénalisant le déni du génocide des Arméniens est renvoyée aux calendes grecques. Nous serons là pour dire la vérité historique, parce que sans reconnaissance de cette vérité, les dérives autoritaires et oppressives en Turquie continueront contre la minorité kurde et contre tous les progressistes.

Il y a vingt et un ans, des rhétoriques similaires à celles développées par les nazis étaient utilisées pour préparer et exécuter le génocide contre les Tutsi au Rwanda. La justice n’est toujours pas réalisée: un génocidaire présumé vient d'être relaxé sans procès par la justice française, l’inauguration d’un lieu de mémoire à Dijon a été annulé par le maire et ancien ministre, alors que des députés ont fait pression pour qu'un colloque sur ce génocide n'ait pas lieu à l'Assemblée Nationale. Nous serons aux côtés des Rwandais qui se battent pour que les génocidaires ne restent pas impunis et pour que la responsabilité de l'Etat français soit enfin reconnue. Parce que cette reconnaissance est nécessaire pour que soit combattues toutes les complicités et les complaisances de notre Etat avec des dictateurs ou des tortionnaires, à l'heure où des avions de guerre sont vendus à la junte militaire égyptienne et des bateaux militaires à l'Arabie Saoudite qui décapite ses opposants.

 

Il y a 77 ans, les gouvernements européens refusaient de regarder la réalité nazie en face et fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide. Aujourd'hui, les discours prétendûment "réalistes" qui ont  laissé Bachar Al Assad massacrer sa propre population vont désormais jusqu'à prôner une alliance avec le dictateur sanguinaire ou au mieux, à le considérer comme un "moindre mal" et un "facteur de stabilité". Au nom du même prétendu "réalisme", l'Union européenne regarde avec indifférence l'un de ses membres, la Hongrie, basculer dans la persécution ouverte contre les migrants; elle refuse toute sanction contre un gouvernement de droite extrême qui favorise des milices racistes antisémites.

 

Mais le réalisme, c'est de regarder l'Histoire en face: celle du 20ème siècle nous a montré que les pogroms, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population dans une aire locale et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l'extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

 

Nous serons ces Européens qui n'oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l'oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux.

 

Retrouvons nous le 9 Novembre à 18 H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne)

 

Memorial 98

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 20:09

Cortège du MTLD le 14 juillet 1953

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour du 28 avril 2018:

C'est une excellente nouvelle: ils ont gagné et avec eux tous ceux et celles qui les ont soutenu dans leur combat contre le racisme et les discriminations.

Victoire définitive de la lutte des cheminots: la SNCF renonce à se pourvoir en cassation. Le jugement de la Cour d'appel s'applique donc. Elle leur accordait des dommages et intérêts pour préjudice moral, de carrière et de retraite pour un montant total estimé à près de 160 millions d'euros 

La direction de la SNCF persiste néanmoins à nier ses responsabilités 

« Nous ne reconnaissons pas la discrimination, mais souhaitons de l'apaisement vis-à-vis de ces travailleurs marocains »

Après plus de 12 ans de procédure pour certains, la quasi-totalité des plaignants avaient obtenu gain de cause devant les prud'hommes en septembre 2015. Mais l'entreprise avait fait appel de cette décision. 
Leur avocate a fait part de son « grand soulagement », trouvant cependant « dommage » que la SNCF « soit toujours dans le déni »« Je comprends ce renoncement comme une reconnaissance des discriminations qui ne dit pas son nom », a-t-elle ajouté

L'avocate a déjà commencé à distribuer des chèques à des clients, dont certains avaient « les larmes aux yeux » en le recevant. Elle en a fait de même auprès de veuves qui « n'osaient pas le toucher », affirmant « c'est mon mari qui aurait dû l'avoir »

Le Défenseur des droits avait pointé devant la cour d'appel une discrimination « organisée, statutaire », qui n'est pas sans lien avec « notre histoire coloniale ».

La cour d'appel avait rejeté les arguments du groupe public ferroviaire. Elle « a constaté la réalité des différences de traitement alléguées, alors que les salariés réalisaient les mêmes tâches que les cheminots;  la SNCF ne démontrait pas que cette différence de traitement était justifiée par des raisons objectives, et qu'en conséquence la discrimination était établie ».  La cour d'appel, contrairement aux Prud'hommes, avait  aussi reconnu un préjudice moral des salariés discriminés.

Le résultat de cette bataille extraordinaire doivent maintenant s'étendre à d'autres cas de discrimination raciste. 

MEMORIAL 98

 

 

Mise à jour du 31 janvier 2018:

Nouvelle et grande victoire judiciaire contre le racisme: ce jour condamnation en appel de la SNCF pour discrimination contre 849 cheminots marocains durant 40 ans. Hommage à la détermination de ces salariés et à ceux et celles qui se sont mobilisé.e.s avec eux . 

 

Memorial 98

Pour parler d'eux, la plupart des médias ont choisi le terme de Chibanis, plutôt que celui de « travailleurs immigrés ». Le mot se veut familier et évoque des « vieux », soit une affaire ancienne, détachée des réalités actuelles.

Pourtant, la victoire judiciaire des centaines de travailleurs marocains qui ont tenu bon pendant quinze ans de procédure face à la SNCF, un des fleurons de l'entreprise publique française, s'inscrit bien dans une histoire qui ne passe pas, parce que la discrimination organisée reste au cœur de notre société. Il ne s'agit pas seulement d'ailleurs d'une victoire matérielle, même si la somme globale dont devra s'acquitter la SNCF est importante, mais aussi d'une victoire symbolique immense, tant on pouvait penser perdu d'avance un combat mettant face à faces les travailleurs du bas de l'échelle avec une entreprise de cette puissance.

 

Il y a bien une continuité entre la lutte de ces salariés, main d'oeuvre amenée en France pour travailler le moins cher possible, et celle de ces milliers de sans-papiers qui ont, cet été dans les Yvelines, mené avec la CGT locale un combat exemplaire , contre les patrons de l'intérim qui connaissent parfaitement leur statut, et profitent pleinement de la précarité qu'il implique.

 

La part des étrangers dans la main d'oeuvre en France a toujours été importante, mais le montant de leur droit à la retraite reste  bien bas comparé à celui des "nationaux". Les médias n'ont pas fini de nous les présenter avec un regard paternaliste, des pauvres vieux qui galèrent avec quelques centaines d'euros par mois.

 

Dans ce domaine, beaucoup de facteurs discriminatoires interviennent. Les retraites actuelles correspondent en partie aux parcours terribles de ces salariés de la deuxième partie du 20ème siècle. Les Trente Glorieuses et leur cortège d'acquis sociaux n'ont que peu existé pour les travailleurs immigrés, cantonnés aux tâches les plus dures et aux salaires les plus bas. Aux morts précoces aussi, car ces salariés ont travaillé dans tous les secteurs les plus dangereux, les plus polluants , les plus usants, notamment dans les mines et le bâtiment. Lorsque le chômage a frappé, les immigrés en ont été les premières victimes, premières victimes aussi des statuts dérogatoires au Code du Travail et de la précarité montante.

 

L'affaire des cheminots marocains est d'ailleurs exemplaire à ce titre: ils ont expérimenté les premières formes de déréglementation devenus communs aujourd'hui, à une époque où les autres travailleurs de ce secteur bénéficiaient pleinement des statuts de de l'entreprise publique.  Leur passé est ainsi devenu notre présent, celui de la montée en force des statuts privés au sein même de la fonction publique, des contrats précaires et dérogatoires , des privatisations et de la sous-traitance.

 

Le racisme patronal et étatique des années 60 et 70 a bien été le laboratoire de la destruction du droit du travail survenue ensuite.

 

Et ce ne serait peut-être pas arrivé, si l'indifférence au racisme n'avait pas été une caractéristique assez répandue dans les organisations du mouvement ouvrier français : si aujourd'hui, tout le monde se réjouit de la « victoire des chibanis », force est de constater que la majorité des syndicats ne l'ont pas accompagnée, seul SUD-Rail était intervenant volontaire au procès.

 

Pourtant, historiquement, les travailleurs des colonies en métropole ont toujours été très actifs dans les luttes ouvrières : on l'a oublié aujourd'hui, mais dès les années 30, puis dans les années 50 les cortèges de l'"Etoile Nord Africaine" d'Algérie , puis ceux du PPA-MTLD sont toujours présents aux côtés des syndicats et notamment de la CGT;  beaucoup de futurs militants du FLN ont commencé à lutter dans ce syndicat.

 

 Le 14 juillet 1951, le cortège du MTLD à Paris regroupe 10 000 travailleurs, deux avant la répression sanglante qui frappera la manifestation de 1953  . Mais très vite après le début de l'insurrection algérienne en 1954, la direction de la CGT prend ses distances avec le mouvement qui va vers l'indépendance. Ses positions alignées sur celles du PCF et pour le moins frileuses, voire hostiles aux mouvements autonomes pour l'indépendance, amènent les travailleurs algériens à voler de leurs propres ailes

 

Dans les années 1970, après une participation massive des ouvriers immigrés à la grève générale de mai 68 ( à Renault-Billancourt, à l'époque, un tiers des ouvriers étaient des immigrés ), des mouvements éclatent à l'initiative des travailleurs eux même, notamment dans les usines dangereuses , comme celles de Penaroya qui exposent les travailleurs au plomb : elles aboutiront en 1977 à la reconnaissance du saturnisme comme maladie professionnelle.

 

La première grève générale contre le racisme est appelée en 1973 par le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) : modestement suivie, elle n'en est pas moins une  initiative antiraciste d'importance face aux crimes, aux violences et à une classe politique qui tient des discours féroces annonciateurs des politiques très dures qui vont être menées ensuite en matière d'immigration.

 

Face à ce racisme qui monte, les travailleurs immigrés ne peuvent pas toujours compter sur leurs syndicats. Les luttes  menées dans les usines automobiles Talbot au début des années 80 se feront contre les syndicats patronaux racistes, mais aussi sans le soutien de la CGT. Celle-ci considère que  les revendications des ouvriers trop dures et met en garde ( déjà ! ) contre l' « isolement » qui découlerait de pratiques trop autonomes et de la mise en avant de mots d'ordre spécifiques contre le racisme. C'est dans ce contexte que le premier ministre socialiste Pierre Mauroy dénonce les grévistes immigrés comme des "ayatollahs".

 

Par la suite, dans les années 80 et 90, l'antiracisme devient certes une réalité militante et sociale importante, mais c'est une nouvelle difficulté à laquelle les salariés immigrés et issus de l'immigration doivent faire face. Ils se heurtent à  l'effacement progressif de l'analyse antiraciste concrète au profit d'une dénonciation certes vigoureuse mais assez souvent abstraite de l'oppression. Le « racisme » est de plus en plus souvent décrit comme une idéologie ravageuse, émanant de l'extrême-droite ou de la droite dure. En revanche elle de moins en moins perçue comme un rapport social quotidien auxquels sont confrontés les racisés, dans toutes leurs interactions avec la société, et notamment au travail. La montée du chômage de masse, qui frappe en premier lieu les jeunes issus de l'immigration, affaiblit les luttes salariales mais crée aussi une rupture dans les mémoires : les luttes ouvrières sont peu à peu oubliées et s'impose aussi l'image d'Epinal de l'immigré de première génération , qui ne faisait que bosser durement sans piper mot.

 

Cette représentation est d'autant plus forte qu'elle est partagée par des catégories de population aux intérêts contraires. D'une part, elle est exploitée par les politiques qui développent le discours sécuritaire raciste, celui qui pointe du doigt la jeune génération issue de l'immigration, prétendûment délinquante et désoeuvrée en l'opposant à celle des parents qu'on décrète brusquement respectables, après les avoir traités toute leur vie comme une classe dangereuse,  mais « désarmés » et « perdus » face à la violence de leurs enfants.

 

Mais elle s'impose aussi indirectement dans le cadre de la révolte compréhensible  des jeunes des années 70 contre le modèle salarial qui a dominé globalement la période précédente. La formule " ne plus perdre sa vie à la gagner"   ne représente pas seulement un slogan étudiant, mais aussi la désafffection culturelle vis à vis de la figure de l'ouvrier qui réussira grâce à son travail et aussi à ses luttes. Le chômage de masse détruit la centralité de l'usine comme lieu de socialisation et aux yeux des jeunes générations l'absence de perspective d'ascension sociale rend encore plus insupportable la condition ouvrière. Dans ce contexte, l'incompréhension du modèle culturel parental amène aussi à l'oubli progressif des combats d'une génération qui n'a certes pas « bossé et fermé sa gueule » .

 

Bien au contraire, aujourd'hui, ces luttes apparaissent assez incroyablement modernes, au sens où la condition immigrée d'alors est aujourd'hui partagée par une part croissante des salariés, ceux qu'on appelle le précariat. La lutte des cheminots marocains pour obtenir l'égalité avec les cheminots français et la reconnaissance de la discrimination du statut spécial qui leur a été imposé, fait écho à celles des luttes de précaires de l'intérim , des vacataires de la fonction publique, qui aujourd'hui cherchent à sortir de la discrimination qui leur est imposée à travail égal. Et évidemment, il n'y a nul hasard dans le fait que les nouvelles générations issues de l'immigration soient exposées encore plus que les autres à ces formes de précarité.

 

D'ailleurs, on retrouve dans la politique de l'emploi appliquée aux publics des « quartiers populaires » , notamment les jeunes, et dans sa justification paternaliste, une survivance réactualisée du discours patronal de l'époque sur les travailleurs immigrés, ces gens à qui on « donnait » la chance d'avoir un travail qu'il n'auraient pas eus chez eux, et qui auraient donc été bien ingrats de se plaindre des conditions du contrat.

 

Aujourd'hui, c'est bien aussi au prétexte d' « offrir » un emploi aux « jeunes des quartiers » que tous les gouvernements ont multiplié les contrats précaires dérogatoires au Code du Travail, aux rémunérations extrêmement basses, aux possibilités de licenciement accrues, aux conditions les plus défavorables qui soient pour les salariés.

 

La victoire des salariés marocains de la SNCF ne clôt donc pas une période passée, dont les égarements discriminatoires seraient révolus, au contraire , elle ouvre beaucoup d'espoir pour la période actuelle, où le racisme est une réalité très quotidienne dans les entreprises. En premier lieu à la SNCF, où de nombreux salariéEs dénoncent  le harcèlement et les humiliations dont ils sont victimes de la part d'autres collègues ou de la hiérarchie, sans que la direction ne réagisse jamais. Ce n'est d'ailleurs pas la seule entreprise dans ce cas : dans cette période de montée de l'extrême-droite, l'égalité entre salariés n'existe pas vraiment. Une fois encore l'indifférence des structures traditionnelles du mouvement ouvrier au racisme quotidien n'est pas exceptionnelle, et se ligue avec la peur de «  déplaire » ou de « diviser » . Ceete attitude de déni contraint une nouvelle fois les salariés racisés à entreprendre leurs propres combats. L'affaire des caricatures et propos racistes dans l'entreprise Tango, où les salariés visés n'ont été que très peu soutenus par les syndicats, certains allant même soutenir les salariés racistes en est un bon exemple. Lorsque Memorial 98 a soutenu des syndicalistes de Chilly Mazarin ( 91) qui dénonçaient des caricatures islamophobes et racistes émanant d'une responsable de la CGT du département, nous avons reçu des témoignages de solidarité de militants de base, mais également des réactions plutôt négatives de militantEs syndicalistes ou de gauche nous reprochant d'avoir cautionné une démarche qui rendait public un "linge sale", qui aurait du se laver "en famille".

 

Quant à la discrimination patronale, elle ne joue pas seulement à l'embauche, et plusieurs décisions récentes des tribunaux en faveur des salariés montrent que de nombreux employeurs continuent à soumettre les racisés à un traitement de défaveur, en matière d'accès à la formation ou d'évolution de carrière.

 

Certes un changement majeur s'est produit: les combats des générations précédentes pour l'égalité ont conduit à l'émergence dans les nouvelles générations d'issus de l'immigration, de cadres, de membres des professions intellectuelles ou libérales, d'enseignants, de hauts fonctionnaires, de chefs d'entreprises petites ou moyennes,. Il y a bien aujourd'hui, malgré la discrimination , une classe moyenne issue de l'immigration. Le fait est que le racisme la ramène bien souvent à être avant tout « ça », c'est à dire racisée. Elle a développé et popularisé une forme d'antiracisme qui correspond à la situation spécifique d'oppression dont elle est victime, privilégiant la lutte contre la forme culturelle du racisme, qui s'incarne aujourd'hui dans l'islamophobie, et touche absolument toutes les couches sociales... et même les Ministres.

 

Ce n'est pas un hasard si la forme d'islamophobie la plus visible,   celle qui frappe les femmes voilées voit les résistances en retour s'accumuler au niveau du lycée et de l'université.  C'est là que se jouent les possibilités de promotion sociale, en tout cas dans l'imaginaire collectif républicain partagé très largement. Les discriminations dans ces lieux de savoir mais aussi d'accès au pouvoir sont donc particulièrement combattues, par celles qui la subissent. Elles sont en effet particulièrement ressenties comme un enjeu clé par l'ensemble des discriminés, et spécifiquement par les membres des classes moyennes supérieures qui ont suivi ce chemin pour en arriver à une position sociale supérieure à celle de leurs parents et grand-parents.

 

C'est évidemment très positif, dans le sens où ces luttes autour de l'égalité culturelle ont créé des axes de résistance et de reconnaissance, à un moment où l'antiracisme classique semble s'être épuisé.

 

Mais cela ne suffit pas, tant perdure et s'étend le racisme : pour les couches sociales basses, ouvriers, précaires, chômeurs, employés, celui-ci s'ajoute et se conjugue à une situation sociale de plus en plus dégradée. L'absence de grands mouvements sociaux inter-secteurs rend plus difficiles et plus limités les mouvements sectoriels. Et l'affaiblissement des mouvements sectoriels entraîne à son tour une moindre résistance au racisme comme division entre les salariés. L'extrême-droite aujourd'hui, est aussi une réalité dans l'entreprise, dont les transfuges syndicalistes vers le FN ne sont qu'un des symptômes. Les électeurs et électrices des partis mettant le racisme au cœur de leur idéologie sont aussi des collègues et, pire encore, des supérieurs hiérarchiques.

 

Avant les attentats de janvier 2015, on notait déjà une utilisation de l'islamophobie et de la peur du terrorisme par les patrons et l'Etat pour se débarasser de salariés un peu trop revendicatifs ou pour décourager la revendication.  C'est le cas notamment dans le secteur des aéroports où les « suspicions d'islamisme » ont entraîné sans preuve des licenciements ou des refus d'habilitation par la Préfecture. Après les attentats , on a vu des employeurs tenter de criminaliser leurs salariés par le biais d'accusations d' « apologie du terrorisme », parfois même fondées sur la délation de collègues mal intentionnés.

 

Dans tous les secteurs de l'économie, particulièrement où la réalité de l'exploitation est forte, celle-ci se trouve doublée par les discriminations légales. Les conditions de travail particulièrement difficiles des sans-papiers en sont un exemple, mais cela va bien au delà. L'importance de la possession d'un contrat de travail pour renouveler son titre de séjour ou demander la nationalité française, est  ainsi parfaitement connue par  les employeurs. Ils savent dès lors pouvoir imposer plus à celles et ceux qui sont menacés non seulement par le chômage mais aussi par la perte éventuelle du titre de séjour où le danger de ne pouvoir accéder à une carte de résident.

 

De la même manière, le durcissement des règles pour l'obtention des droits sociaux a lourdement pesé sur la condition salariale. Ainsi l'exclusion du bénéfice des allocations pour les enfants entrés hors regroupement familial, les conditions de séjour régulier pendant plusieurs années nécessaires pour l'obtention des minima sociaux  mais aussi l'impossibilité de percevoir les allocations chômage sans titre de séjour même lorsqu'on a cotisé, excluent une partie grandissante des salariés des filets de sécurité qui permettent aussi de mieux résister dans l'entreprise.

 

Et de manière encore plus vaste, les secteurs les plus durs, nettoyage, bâtiment, restauration, aide à la personne, voient se développer une politique extrêmement brutale qui allie l'utilisation de toutes les formes de précarité avec celle du racisme et des discriminations .

 

Mais comme dans les années 70 , ce sont aussi dans ces secteurs que se développent des luttes extrêmement combattives et souvent victorieuses, qui détonnent dans un paysage un peu amorphe. AInsi, les luttes des salariéEs de la restauration rapide,  du nettoyage dans les hôtels, des télé-opérateurs concernent par la force des choses, énormément de personnes issues de l'immigration qui s'emparent, souvent jeunes, d'un syndicalisme de combat délaissé par d'autres secteurs salariéEs.

 

La victoire des salariés marocains de la SNCF ne clôt donc nullement une époque révolue. Au contraire, elle s'inscrit dans la continuité d'un antiracisme de combat, conjugué au quotidien avec la lutte pour la défense des droits de tous les salariés, un antiracisme du quotidien, déterminé et autonome, malgré une invisibilisation sociale persistante. Un antiracisme d'avenir.

MEMORIAL 98

 

 

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 19:50

Après l’émotion suscitée par le drame des réfugiés syriens, les photos du « rapport Cesar » qui documentent les tortures et assassinats du régime Assad jettent une lumière crue sur les causes de l’exil des Syriens et motivent une action de la justice française contre Bachar Al Assad. En toile de fond, les affrontements à la tribune de l’ONU sur les issues du conflit et les opérations militaires de Poutine visant les villes qui aspirent à une Syrie libre. Son projet d’un maintien au pouvoir du tyran de Damas doit être démasqué et combattu.

La carte ci-dessus démontre que les bombardements russe ne s'en prennent pas à Daech mais aux zones de l'opposition à Assad, laquelle combat aussi Daech.

 

Un axe Russie – Iran – Hezbollah – Extrême-droite – …

Lors d’un rassemblement de soutien au soulèvement des Syriens, organisé à Paris le 25 juin 2011 devant le Panthéon, les Parisiens venus exprimer leur solidarité aux manifestants déjà massacrés à cette date avaient entendu le récit de la barbarie du régime Al Assad de la bouche de nos amis syriens.

Parmi leurs slogans, celui-ci avait suscité l’étonnement de participants en criant : « Honte à la Russie ! Honte à la Chine ! Honte à l’Iran ! Honte au Hezbollah ! ». Au cours des quatre terribles années de ce conflit, cet axe n’a cessé de montrer sa capacité de nuisance et chacun a vu qu’il faisait bloc avec l’extrême droite française, européenne, étasunienne même avec Donald Trump qui soutient Assad.

Grand fournisseur d’experts et d’armements au régime de Bachar Al-Assad, le gouvernement russe a une responsabilité  morale et  aussi très concrète dans les crimes commis envers le peuple syrien par sa présence militaire en Syrie avec ses bases à Tartous et à Lattaquié .

 

 

« Sauver la Syrie ou sauver Assad »

Une partie de l’opinion française s’inscrit, faute de mieux ou au nom d’une "real politik", dans un faux choix, celui qui exige de « choisir entre Assad et Daech ». C’est faire mine d’ignorer que Daech est la créature d’Assad et qu'il incarne l'alibi mis en avant par la dictature pour jouer les utilités, voire le "rempart contre le terrorisme"... et pour prétendre faire partie de "la solution".

Il en découle un positionnement pro-Assad qui est partagé par la droite dure avec Thierry Mariani, pivot du lobby pro-Poutine en France (Les Républicains), par le Front National avec Florian Philippot qui "préfère les méchants aux très méchants", par le Parti de Gauche qui se range à "la proposition russe faite par le ministre (des affaires étrangères de Poutine) S. Lavrov" ou par le Parti Communiste, quand Pierre Barbancey de l’Humanité  ne voit que "de la pure sémantique diplomatique" lorsque F. Hollande écarte un avenir de la Syrie passant par Bachar Al Assad.

 

 

Le peuple syrien et ses insurgés existent encore !

 

Le point commun à ces positionnements est qu’elles  traitent par le mépris absolu les acteurs essentiels : la population syrienne  – vue comme simple spectatrice – et les Syriens qui avec son soutien continuent de se battre avec héroïsme pour une Syrie libre face à la dictature .

Pour ces politiciens, les opposants "modérés" auraient disparu ou seraient devenus de simples jouets des monarchies du Golfe.

Comme si les aspirations à une société civile dans un État de droit, particulièrement dans la jeunesse, avaient disparu en Syrie. Une double peine pour ceux qui là-bas osent encore en rêver, dans l'indifférence de trop de politiciens occidentaux qui n'en ont cure.

Qu'ont-ils d'autre à leur proposer que de garder sine die leur bourreau sous tutelle russe et iranienne ? La déclaration officielle française devant l’ONU ne s’y résout pas, ce qui est très honorable. Tandis que certains voudraient cacher  sous la table les images des villes bombardées par le régime, des enfants coincés sous les décombres et des prisonniers suppliciés, les défenseurs des droits humains ont un  rôle capital à jouer. En qualité de citoyens du monde, on ne peut se borner à compter les points, tandis que là-bas on compte les morts, et que de sombres calculs en préparent beaucoup d'autres.

 

 

"Union sacrée" pour Assad autour de l’axe russo-iranien

 

Poutine lui est cohérent et il compte juste sur la naïveté des gogos pour qu'on le laisse atteindre ses objectifs expansionnistes. A-t-on si vite oublié ses atrocités en Tchétchénie, le nettoyage radical de la capitale Grozny et l’installation du pantin-dictateur Kadyrov? Celui-ci a fait assassiner de nombreux Tchétchènes ainsi que des journalistes et des membres d’ONG. Prétendument engagé dans un combat contre l'islamisme, il impose aux femmes le port de tenues dites islamiques et a contraint la population à participer à une manifestation contre Charlie, au lendemain des attentats de janvier dernier.

Si l'engagement militaire russe en Syrie est avéré de longue date, il vient de changer de dimension en se présentant comme une réponse légitime à l’appel au secours du régime syrien. Mieux, il s'inscrit dans le cadre d'une "guerre sainte" contre le terrorisme. Les chasseurs-bombardiers russes en partance pour une mission de frappes en Syrie n’ont-ils pas été bénis avant leur décollage par les chefs de l'Eglise orthodoxe russe ? Comme l’a déclaré son porte-parole : "Le combat contre le terrorisme est une guerre sainte et aujourd'hui, notre pays est peut-être celui qui le combat le plus activement", ajoutant avec aplomb que "cette décision est conforme au droit international, à la mentalité de notre peuple et au rôle particulier que notre pays a toujours joué au Moyen-Orient". Pour le patriarche orthodoxe Kirill, "La Russie a pris une décision responsable en utilisant ses forces armées pour défendre le peuple syrien frappé par le malheur".

Même soutien de la part du grand mufti musulman de Russie, Talgat Tadjouddine. On connaît les convergences nationalistes ainsi que les liens d’intérêt et de corruption entre ces différentes hiérarchies ecclésiastiques et l’État russe.

De fait, on observe, du côté de Lattaquié en Syrie, une arrivée massive de matériels et de troupes russes au sol. Dans le même temps, des centaines de soldats iraniens, regroupés à Téhéran pour une parade devant le mausolée de l’ayatollah Khomeini, ont été acheminés en Syrie. Tout indique l’imminence d’une intervention terrestre à grande échelle, principalement motivée par l’objectif de pérenniser le régime syrien et de garder la main sur son avenir.

 

 

Les révélations de César et les premières frappes russes

Les premiers bombardements russes n’ont pas visé les positions de Da’ech, mais des villes acquises à la cause d’une Syrie libre et divers autres groupes rebelles (voir la carte qui figure en haut). Pour qui en aurait douté, l'objectif de Poutine n’est pas de réduire à néant  Daech, mais bien de sauver le régime en l’aidant à neutraliser toute l’opposition. C’est un choc pour les gens qui croyaient sincèrement que la Russie jouerait une partition "loyale".

 

 

Dans le même temps, suite à une enquête éprouvante et minutieuse, les terribles photos des archives militaires sur la torture en prison, exfiltrées en 2013 de Syrie avec son auteur dit Cesar, ont resurgi avec la parution de l’ouvrage de Garance Le Caisne intitulé : « Opération César – au cœur de la machine de mort syrienne ». Prenant à témoin l’opinion, le Président François Hollande a confirmé le bien-fondé de sa position pour une solution politique ne passant pas par un maintien au pouvoir de Bachar Al Assad.

 

 

Dans le même esprit, les dirigeants français ont annoncé le lancement d’une action judiciaire contre les auteurs des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis sous les ordres du régime syrien. Ces éléments sont de nature à montrer aux Français le vrai visage du despotisme qui pousse la Syrie au fond du gouffre et menace le monde.

 

 

L’extrême-droite française vénère Assad et Poutine

Le député du Rassemblement Bleu Marine, l’avocat Gilbert Collard se dit prêt à défendre Bachar al-Assad s'il est un jour traduit devant un tribunal international pour « crimes contre l'humanité ». « Nous avons besoin impérativement de l'aide de Bachar el-Assad sur le plan des renseignements, des informations, de la logistique, et si on veut se débarrasser des nazis d'aujourd'hui, l'Etat islamique, on a besoin de lui», a-t-il déclaré.

 

Pour la présidente du FN, l'ouverture en France, par le parquet de Paris, d'une enquête préliminaire pour crimes contre l'humanité visant Assad n'est qu'une « opération pour éviter que la Russie prenne la pôle position en matière diplomatique ».

Enfin dernièrement, Nadine Morano et Marion Maréchal-Le Pen se sont rendues à Moscou avec une poignée de parlementaires français pour participer à une conférence de propagande du régime russe intitulée « Forum parlementaire international ». Depuis Moscou, Nadine Morano  a réitéré ses propos racistes, salué les bombardements russes en Syrie – qui visent l'opposition et des civils mais pas Da’ech – en voyant dans un retour à la "stabilité" en Syrie le gage d’un retour des réfugiés dans leur pays, et en qualifiant Bachar Al Assad de seul "interlocuteur crédible en Syrie" ! Elle a ainsi officialisé son entrée dans le club des relais de Poutine, y rejoignant le Front National, le député LR et raciste Thierry Mariani et l'ex-premier ministre Fillion.

 

 

Porter haut les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité

Face à une telle offensive des partisans d’un pouvoir musclé et d’une société d’exclusion, il est vital d’en décrypter les ressorts et de lancer des alertes à la hauteur des dangers. Elles peuvent rencontrer un écho tant cette offensive prend un tour caricatural et donne dans l’outrance.  Il est temps de développer l’exigence partagée d’une société inclusive et d’un monde affranchi de la loi du plus fort incarnée par les dictateurs en place. Aidons les Syriens à réaliser leur rêve d’une Syrie libre.

 

Gérard Lauton pour Memorial 98

 

Articles précédents de Gérard Lauton pour Memorial 98:

 

 

http://www.memorial98.org/2015/09/pour-les-refugies-syriens-et-pour-une-syrie-libre.html

 

http://www.memorial98.org/article-syrie-un-an-de-combat-et-de-debat-101451973.html

 

www.memorial98.org/article-syrie-quand-lhumanite-s-inquiete-pour-bachar-al-assad-124688465.html

 

Voir aussi, depuis le début de la mobilisation du peuple syrien en mars 2011 , les nombreux articles de Memorial 98 concernant la  Syrie ici et sur nôtre blog d'actualités "L'Info Antiraciste", dont :

 

www.memorial98.org/2015/03/noussommessyriens-4-annees-de-lutte-contre-les-tyrannies-de-bachar-al-assad-et-de-daech.html

 

 

info-antiraciste.blogspot.fr/2015/08/syrie-refugies-crimes-de-guerre-quand.html

 

 

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 12:04

 

Dimanche 20 septembre 2015 aura lieu, sur le parvis du Mémorial de la Shoah à Paris, la cérémonie annuelle de commémoration dédiée aux victimes de la Shoah mortes sans sépulture.

Il est indiqué dans l'annonce de cette cérémonie que :" Après une allocution de l’historien Pierre Nora, un kaddish  (prière pour les morts) sera récité par le rabbin Mévorah Zerbib."

Le discours commémoratif de ce moment important est ainsi confié à un historien tout à fait particulier et problématique.

En effet, Pierre Nora mène de longue date une bataille acharnée contre la reconnaissance du génocide des Arméniens.

 

Il a d'abord traité par le mépris l'existence même de ce génocide.

Ainsi, interrogé le 12 octobre 2011 sur France-Inter au micro de Bernard Guetta, et répondant  à une  question initiale portant sur la qualification de génocide pour les Arméniens, l'historien a asséné cette phrase terrible: « ... Si vous écrasez trois mouches, on peut aussi vous parler d’un génocide ». Quelques minutes auparavant, il avait affirmé: « ... Que la Turquie fasse tout pour reconnaître éventuellement son passé, encore qu’historiquement, l’affaire est très, très compliquée, je n’en suis pas spécialiste. Mais elle n’est pas univoque ». Puis : « Les Arméniens ont été à la fois les immenses victimes mais pas seulement les immenses victimes » 

Ces propos ont été reproduits et condamnés à l'époque dans deux articles publiés sur le site Internet de la très officielle revue " L’Arche", organe du Fonds social Juif unifié, sous la signature de nos partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme). En revanche, ils ont été immédiatement utilisés par les relais de la propagande négationniste turque.

 

Très récemment, le même Pierre Nora a été auditionné le 24 juin 2015 par la Commission de la Culture, de l'Éducation et de la Communication du Sénat, à propos de la réforme du collège.

Et à nouveau, ce jour là, il est revenu à son obsession, consistant à minimiser, voire à jeter le doute sur la place de ce génocide, dont on commémore actuellement le 100e anniversaire.

Il déclare ainsi devant la commission: " ... Choisir de mettre l'accent sur le génocide arménien au sein du programme d'histoire consacré à la Première Guerre mondiale relève d'un choix idéologique et électoraliste..." 

Pierre Nora ne peut évidemment plus poursuivre sa ligne précédente des " trois mouches écrasées" car il reconnait lui-même devant la commission sénatoriale que l'existence du génocide des Arméniens constitue un fait avéré, sans toutefois revenir sur ses déclarations de 2011

Il choisit donc une autre cible, consistant à tenter de faire obstacle à l'enseignement de ce génocide en France. Puis, à la suite de ses arguments spécieux, Pierre Nora expose une fois encore son opposition de longue date à l'existence d'une loi pénalisant la négation du génocide arménien.

Cette loi, maintes fois promise, a été votée non sans difficultés, y compris dans les rangs d'une partie de la gauche, en décembre  2011 à l'Assemblée nationale et en janvier 2012 au Sénat, mais elle a été censurée avant sa promulgation par le Conseil Constitutionnel en février 2012. Une nouvelle loi a été promise par François Hollande, mais elle est sans cesse repoussée aux calendes grecques.

Alors qu'il est supposé commenter devant la Commission la réforme des collèges, Pierre Nora choisit plutôt de se prononcer sur un projet législatif qu'il craint de voir réapparaitre. L'éminent professeur est ainsi totalement totalement hors-sujet.

Par ailleurs, son principal argument contre la loi de pénalisation du génocide arménien est qu'il n'existe pas d'hostilité exprimée contre les Arméniens d'aujourd'hui, à la différence des Juifs.  Il déclare ainsi"La loi Gayssot (qui pénalise la négation de la Shoah) répondait à un antisémitisme ouvertement exprimé. Mais y a-t-il de l'antiarménisme? Je n'en ai jamais vu."  

Nora se moque ou représente un monument d'ignorance.

L’État turc mène en permanence, avec les puissants moyens dont dispose un appareil étatique, une campagne négationniste mondiale, à base de manipulations de presse, de procès faits à des universitaires et chercheurs, de répression en Turquie même, afin d'empêcher l'utilisation du terme de "génocide".

Il est prêt à des concessions tactiques et à des ruses de langage pourvu que n'apparaisse pas ce terme de génocide, qui en effet signe l'"intentionnalité" de ceux qui l'ont organisé.

La commémoration du 100e anniversaire a ainsi constitué une leçon de choses, puisque le président turc Erdogan a choisi d'organiser du 23 au 25 avril dernier - et donc le 24 avril, date officielle de commémoration du génocide arménien en souvenir du 24 avril 1915 qui vit le début des arrestations d'Arméniens à Istanbul - une cérémonie internationale, glorifiant la bataille des Dardanelles. Ce faisant, Erdogan avait pour but de faire ombrage au centenaire du génocide arménien commémoré au même moment dans la capitale arménienne, Erevan, en présence de plusieurs chefs d'États.

 

L’historien Pierre Vidal-Naquet, auquel Nora fait référence en raison de leur opposition convergente aux lois dites "mémorielles" , avait ainsi déclaré à propos de la Turquie, en référence à Faurisson, symbole du négationnisme de la Shoah « ... Le cas le plus douloureux peut-être est, dans ce domaine, le cas de l’historiographie turque du génocide arménien de 1915. (…) Mettons-nous à la place des minorités arméniennes un peu partout dans le monde. Imaginons Faurisson ministre, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson membre influent des Nations unies, Faurisson répondant dans la presse chaque fois qu’il est question du génocide des Juifs, bref un Faurisson d’État doublé d’un Faurisson international et, avec tout cela, Talaat-Himmler jouissant depuis 1943 d’un mausolée solennel dans la capitale (turque)" Précisons que le mausolée en question se trouve à Istanbul et non dans la capitale Ankara.   

 

Au passage, Nora se lance devant la Commission sénatoriale dans une interprétation toute personnelle de ce qui définit un génocide, et s'en prend au génocide des Tutsi au Rwanda. Il déclare ainsi: "... Car si nous nous référons à la définition qui a été donnée en 1945 (erreur supplémentaire, car la Convention de l'ONU à ce sujet date de 1948 NDLR ) , celle-ci suppose une intentionnalité - or, il y a une quantité de génocides, par exemple au Rwanda, où vous ne retrouvez pas l'ordre initial comme vous pouvez le faire pour d'autres...

Nora fait ainsi une confusion totale (volontairement ou par ignorance) entre d'une part l'intentionnalité génocidaire, parfaitement documentée et démontrée dans le cas des Tutsi du Rwanda, des Arméniens et de la Shoah et d'autre part l'existence d'un mythique "ordre initial".

Celui-ci n'est d'ailleurs pas plus "retrouvé" dans le cas de la Shoah, car les chefs nazis ont, comme tous les génocidaires, pris la précaution de ne pas formuler par écrit un ordre d'extermination.

 

A quelques mètres de l'endroit où Pierre Nora prononcera son allocution, si elle est maintenue, se déroule en ce moment même au sein du Mémorial de la Shoah (et jusqu'en janvier 2016) une exposition intitulée " Le génocide des Arméniens de l'Empire ottoman, stigmatiser, détruire, exclure" (voir l'illustration en début de l'article)

 

Est-il concevable que deux discours aussi contradictoires cohabitent: d'un côté la volonté du Mémorial de la Shoah de faire toute leur place aux différents génocides du 20e siècle et ainsi de tisser des liens de fraternité entre les victimes de ces génocides et, du côté de Pierre Nora, un mépris affiché pour les " trois mouches écrasées" du génocide des Arméniens et le doute jeté sur l'"ordre initial" du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 ?

 

Il est encore temps pour Pierre Nora de se désister, tant son allocution claquerait comme une gifle infligée aux victimes arméniennes, juives, tutsi, qui ont subi une même volonté de les "stigmatiser, détruire, exclure".

 

MEMORIAL 98

 

Memorial 98, qui lutte contre tous les négationnismes, a publié de nombreux articles à ce sujet ici même, dont récemment http://www.memorial98.org/2015/04/rwanda-armenie-la-memoire-contre-les-negationnismes.html, ainsi que sur son fil d'actualités, l'Info Antiraciste, dont récemment http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/06/le-centenaire-du-genocide-des-armeniens.html.

Nous incluons dans ce combat, la mémoire du génocide des Musulmans de Srebrenica, dernier génocide du 20e siècle, dont le 20e anniversaire a eu lieu en juillet dernier.

Nous participons depuis plusieurs années à la journée de sensibilisation aux génocides et de lutte contre les négationnismes à l'initiative de nos partenaires du Collectif VAN.

 Mise à jour du 11 septembre 2021

Autres dossiers de Memorial 98 sur les négationnismes, accessibles sur ce site et sur notre site d'actualités http://info-antiraciste.blogspot.com/  :

http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/04/genocide-des-tutsi-1994-il-faut-obtenir.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2019/04/genocide-des-armeniens-un-combat.html

http://www.memorial98.org/2021/06/srebrenica-1995-le-dernier-genocide-xxe-siecle-encore-nie-malgre-les-condamnations.html

http://www.memorial98.org/2016/04/la-memoire-des-genocides-nourrit-nos-combats.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/07/shoah-etoile-jaune-rafle-du-vel-dhiv.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/05/le-genocide-des-herrero-et-nama-enfin.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2019/07/pierre-pean-mort-dun-negationniste.html

 

 

 

 

 

 

 

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 14:13

                "Voilà plusieurs jours que l’image d’un enfant syrien mort sur une plage crie vers nous. On sait déjà que la photo du petit Aylan (Kurdi) signera désormais le drame de ces populations qui fuient actuellement leur pays. Et particulièrement les Syriens qui forment le tout premier contingent de ces masses de réfugiés ». Ainsi s’exprime l’association SouriaHouria (« SyrieLiberté ») qui soutient la révolution syrienne depuis son début en mars 2011.

 

La catastrophe humanitaire propulsée au premier plan

 

Depuis les quatre terribles années du conflit syrien, on aura rarement autant parlé des Syriens dans les médias qu’en ce mois de septembre 2015. Malgré le lobbying actif des courants pro-Assad en France, notamment celui de Marine Le Pen, osant dire que « les migrants syriens ne sont pas persécutés », malgré aussi le mutisme chronique des grands médias de l’audiovisuel sur la terreur d’État du régime Al Assad, les échos de la catastrophe humanitaire qu’elle a entraînée finissent par être entendus.

C’est ainsi que deux ans après l’attaque chimique du 21 août 2013 (1400 morts), le chef de l’État a déclaré le 7 septembre 2015 : « Bachar Al Assad, est-ce que je dois-je le rappeler, c’est lui qui est responsable de la situation en Syrie. C'est lui, lorsqu'il y a eu des manifestations, qui a tiré sur son peuple, c'est lui qui a bombardé des populations civiles, c'est lui qui a utilisé des armes chimiques. C’est lui qui a refusé toute discussion avec ses opposants, quand ils n’étaient pas enfermés ou tués. La solution ne peut pas passer par le maintien de Bachar Al Assad à la tête de la Syrie. La solution, c’est la constitution d’un gouvernement d’union très large, sans bien sûr les groupes terroristes ».

 

Après avoir laissé se développer en Syrie la plus grave catastrophe humanitaire depuis le début de ce siècle, l’Union européenne entreprend un accueil organisé malgré le blocage de certains États. Si les pays nordiques et l’Allemagne ouvrent leurs portes avec bienveillance, les chiffres annoncés pour l’accueil de réfugiés en France restent très en deçà des besoins comme des possibilités.

 

Pourquoi bravent-ils les dangers et les barrages que l’Europe a mis pour se protéger de leur arrivée ? « La grande majorité d’entre eux parlent de leur maison détruite par les bombardements de l’aviation syrienne, par ces barils d’explosifs qui tombent du ciel tuant sans discrimination civils et combattants, faisant largement plus de victimes parmi les premiers. Ils parlent de la dictature et de la terreur des arrestations et des tortures. Ils évoquent un enfant mort, un frère arrêté, un parent tué, les maisons et les vies englouties, les quartiers entiers rasés, les disparus dont on est sans nouvelles, ils disent leur frayeur des snipers » comme l’expose SouriaHouria. C’est ainsi qu’ils quittent leur pays aimé mais devenu méconnaissable et surtout terriblement dangereux.

 

Réunir les conditions d’un accueil bienveillant

 

Jusqu’ici, les Syriens arrivés en France étaient exposés à la misère et à des tracasseries administratives. Après des années d’une politique frileuse et restrictive, l’émoi provoqué par les naufragés a conduit l’exécutif français à une ouverture, notamment sur le droit d’asile. Reste à obtenir que les pouvoirs publics aillent jusqu’au bout de la démarche en affectant les moyens d’un accueil digne en lien avec les décisions de l’UE. C’est indispensable pour que les associations, villes, départements et régions puissent mettre en œuvre des mesures concrètes d’un accueil bienveillant : démarches administratives et sociales, logement, scolarisation des enfants, santé, inscription des étudiants, insertion dans des activités professionnelles, lien social …).

 

Bachar al-Assad et Daesh sont les deux faces du même monstre

 

On entend souvent dire que les Syriens fuient surtout l’État islamique alors que le nombre prépondérant des victimes imputables au régime syrien est rarement cité. Par un tour de passe-passe incroyable, on en est venu à cette vision qui épargne Bachar Al Assad. Certes, les djihadistes participent largement au chaos du pays et au harcèlement de la population. Mais l’horreur qu’ils nous inspirent ne doit pas nous faire oublier qui est le premier responsable de cette situation : « C’est le régime syrien dirigé par Bachar Al Assad qui a fait plonger le pays dans la guerre en utilisant les armes contre son peuple et qui a largement favorisé et instrumentalisé les djihadistes qui se mettent aujourd’hui en scène sur nos écrans ».

Pour rappel, un "deal" a été conclu depuis 2011 par le régime avec les les djihadistes : libération massive de leurs prisonniers, aide à leur déploiement et engagement (tenu) à ne pas bombarder leurs positions, en échange d’une collaboration pour décimer les opposants aspirant à une Syrie libre, c'est-à-dire les combattants de la "rébellion modérée" dans le langage des médias.

Enfin, le régime syrien s’est allié à plusieurs états autoritaires : la Russie qui fournit avions de guerre, armements, experts et combattants, l’Iran qui agit comme puissance tutélaire et dont des gradés ont même pris le contrôle d’unités de l’armée syrienne, le Hezbollah libanais armé par l’Iran, des brigades chiites irakiennes et des soldats de Corée du Nord !

 

 Pourquoi tant de passion pour la Palestine et d'indifférence pour la Syrie ?

 

« La différence d'identification aux victimes des conflits israélo-palestinien et syrien s'enracine dans les lignes de fracture qui traversent l'opinion publique française. La propagande du régime syrien n'y est pas étrangère », selon Marie Peltier qui mène une action permanente pour le peuple syrien ; elle ajoute : « Assad a réussi brillamment à brouiller les pistes. En mobilisant à la fois un argumentaire profondément colonial (…) et une posture artificiellement "anti-impérialiste", se présentant comme (…) une victime du "grand complot mondial", Assad a rendu peu lisible un conflit politique dont la "complexité" découle essentiellement de manipulations – relayées abondamment par la gauche comme par la droite – qui ont semé la confusion, le doute et le désintérêt ».

De son côté, le regretté Wladimir Glasman, décédé récemment, animateur du blog « Un œil sur la Syrie », n’a cessé de livrer de précieuses clefs de déchiffrage de la propagande du régime Assad.

Malgré le tour caricatural d’un règne dynastique de 44 ans sans partage, un lobby très actif s’emploie toujours à la rendre respectable voire incontournable, y compris par la voix de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il déclare : « On commence par discuter avec ceux qui font la guerre, c’est-à-dire notamment avec Bachar al-Assad. L’attitude des Russes est beaucoup plus sensée que celle de n’importe qui ».

 

Un processus de transition sans Bachar Al Assad

 

Le 16 août 2015, on a déploré au moins 96 morts et des centaines de blessés suite aux raids des forces du régime sur un marché bondé à Douma. Le lendemain, les États-Unis et la Russie se sont entendus sur une « déclaration » au Conseil de Sécurité de l’ONU en vue d’un processus de transition politique aux contours ambigus. Sauf élément nouveau apportant de vraies garanties, cela ressemble au scénario d’août 2013 qui a permis de jeter le voile sur les crimes de Bachar El-Assad qui a utilisé des armes chimiques contre la population de la Ghouta, en faisant miroiter une solution qui n’est pas venue. Ce régime barbare peut ainsi se moquer impunément de la « ligne rouge » et des civils, et continuer d’offrir le meilleur contexte de recrutement pour les djihadistes.

 

Accueillir les réfugiés syriens, oui bien sûr ! Mais faute de mesures contraignant à un arrêt des bombardements, ce que demandent les Syriens et notamment une "zone d’exclusion aérienne" empêchant l’aviation du régime de semer la mort (no-fly-zone), l'horreur va se poursuivre et l’exode va s’intensifier.

Agir en ce sens relève du devoir d’ingérence pour faire respecter le droit humanitaire international et pour sauver les populations soumises depuis 4 années à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité.

 

Mais les bombardements prévus par la Coalition n'ont en fait rien à voir avec une « no-fly zone » : ses avions vont croiser ceux du régime Assad, libres de voler avec leurs cargaisons d’explosifs à larguer sur les quartiers. Quant aux victimes civiles faites par la coalition, elles sont déjà au nombre de 1500, car il est illusoire de prétendre bombarder Daech "chirurgicalement".

 

L’urgence commande de prendre des mesures permettant vraiment un coup d’arrêt aux massacres, condition pour ouvrir la voie à un processus de transition sous la conduite d’un gouvernement de large union, sans Bachar Al Assad, en vue de la paix et d’une Syrie libre et pluraliste.

 

Gérard Lauton pour Memorial 98

 

Articles précédents de Gérard Lauton pour Memorial 98:

 

http://www.memorial98.org/article-syrie-un-an-de-combat-et-de-debat-101451973.html

 

www.memorial98.org/article-syrie-quand-lhumanite-s-inquiete-pour-bachar-al-assad-124688465.html

 

Voir aussi, depuis mars 2011, les nombreux articles de Memorial 98 concernant la  Syrie ici et sur nôtre blog d'actualités "L'Info Antiraciste", dont :

 

www.memorial98.org/2015/03/noussommessyriens-4-annees-de-lutte-contre-les-tyrannies-de-bachar-al-assad-et-de-daech.html

 

 

info-antiraciste.blogspot.fr/2015/08/syrie-refugies-crimes-de-guerre-quand.html

 

 

 

 

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 13:53

Mise à jour du 2 janvier 2019 (voir les autres actualisations en fin d'article)

 

Honte: Houellebecq est promu chevalier de la Légion d'Honneur par Macron.

C'est ce dernier c'est qui l'a sélectionné et va lui remettre personnellement la décoration.

Cette cérémonie a été organisée en coopération avec le chef du magazine d'extrême-droite Valeurs Actuelles qui se nomme Geoffroy Lejeune.

Comme le raconte le journal Le Monde : "C’est aussi main dans la main que les deux hommes ( Lejeune et le porte-parole de Macron, Bruno Roger-Petit) ont imaginé puis organisé la remise de décoration à l’écrivain Michel Houellebecq dans les salons de l’Elysée, le 18 avril 2019. Le Prix Goncourt est devenu, avec Eric Zemmour et Marion Maréchal, un des héros de Valeurs actuelles. "

Ainsi est promu un raciste islamophobe qui voulait lancer un appel public à voter Le Pen et conseille à Wauquiez d'être encore plus "identitaire".

Il y a quelques jours il a également rendu hommage à Trump qu'il considère comme "un des meilleurs présidents américains

Houellebecq puise son inspiration chez les pires dont Céline et réhabilite l'antisémite Huysmans (voir ci-dessous )

Son nouveau livre "Sérotonine" bénéficie d'une intense campagne publicitaire et médiatique qui évacue et dissimule ses nombreuses prises de position racistes et sa vision d'une société française en déliquescence identitaire.

On apprend sans surprise que le parti d'extrême-droite allemand AfD apprécie particulièrement Houellebecq et notamment son livre précédent Soumission dont les références sont analysées ci-dessous

 

 

MEMORIAL 98

 

"La notoriété sécrète ses parasites; mépriser les parasites sous prétexte qu'on se sent supérieur à eux, ça ne marche simplement pas... Louis-Ferdinand Céline était médecin, et là-dessus il avait la même position que mon dermatologue".

Ces déclarations ont été faites par Michel Houellebecq, dans le cadre d'une attaque de l'écrivain contre le journal Le Monde, et spécifiquement à l'encontre de l'une de ses journalistes, Ariane Chemin, coupable de lui avoir consacré une série d'articles sans son accord.

Bien évidemment, l'appel à l'élimination des journalistes est transparent, comme on le pratique habituellement avec des "parasites". 

De plus le fait qu'il se fasse sous couvert d'une métaphore relevant de l'imagerie médicale est déjà en soi connoté politiquement. Y ajouter la référence à Céline, c'est s'assurer que les choses soient encore plus claires et  indiquer qu'on se réfère bien aux thèses d'extrême-droite les plus violentes.

 

D'autres que Houellebecq, moins célèbres, moins adulés, auraient sans doute fait l'objet d'une médiatisation un peu plus grande de leurs propos et de leur signification précise; nul doute que le caractère antisémite de cette déclaration eût au moins été questionné. Mais même dans sa réponse, Le Monde ne prononce pas ce mot là et n'évoque d'ailleurs même pas la référence célinienne.

 

Or, il n'est pas très compliqué de trouver quelques exemples de la prose de Céline et du contexte dans lequel celui-ci emploie le terme parasite.

 

Dans "Bagatelles pour un massacre", par exemple, son pamphlet antisémite le plus célèbre, publié en 1937: :« Les Juifs hybrides afro-asiatiques, quart, demi-nègres et proche-orientaux, fornicateurs déchaînés, n'ont rien à faire dans ce pays. Ils doivent foutre le camp. Ce sont nos parasites inassimilables, ruineux, désastreux, à tous égards, biologiquement, moralement, socialement, suçons pourrisseurs. Les Juifs sont ici pour notre malheur. Ils ne nous apporteront que du malheur […] Nous nous débarrasserons des Juifs, ou bien nous crèverons des Juifs, par guerres, hybridations burlesques, négrifications mortelles. Le problème racial domine, efface, oblitère tous les autres. ».

 

Il est vrai que le terme parasite,  marqué par le racisme biologique délirant de Céline, désigne plus globalement  ce dont le Juif est pour lui l'émanation la plus dangereuse, le métis: ainsi, dans un autre extrait où il développe l'idée que le cinéma est totalement contrôlé par les Juifs, on trouve ce paragraphe, encore une fois typique de son obsession biologique, qui est aussi celle des nazis:

  « Zone Sud, zone peuplée de bâtards méditerranéens, dégénérés, de nervis, félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord. Au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infects métissages négrifiés. ».

 

Les défenseurs de Houellebecq répondront sans doute que celui-ci ne peut pas être accusé de faire référence à ces textes précis, et qu'apprécier Céline ne signifie pas que l'on cautionne sa prose antisémite. Mais, même s'il n'a jamais été mis en cause pour cela, Michel Houellebecq a bien explicitement cautionné la prose antisémite de Céline. C'était en 2011, dans un entretien aux Inrockuptibles: interrogé sur Bagatelles pour un massacre , Houellebecq répond: " Ca m'avait bien plu. Sans plus".

L'écrivain en profitait au passage pour mettre en doute l'antisémitisme réel de Céline, l'attribuant à un "opportunisme" destiné à s'arroger les bonnes grâces des autorités d'occupation. Ce faisant, il déforme la réalité historique, puisque le pamphlet antisémite "Bagatelles pour un massacre", pour ne citer que celui-ci, est publié en 1937, date à laquelle il n'y avait aucune autorité d'occupation à flatter.

 

Cette appréciation positive sur les affirmations  antisémites et pro-nazies de Céline n'a pas à l'époque embarrassé les journalistes des Inrockuptibles. Il est vrai que Houellebecq est coutumier de ce flirt littéraire avec des écrivains violemment racistes et antisémites.

 

L'un de ses premiers opus est ainsi consacré à H-P Lovecraft et intitulé " Contre le monde, contre la vie".

Certes, dans cet essai, il ne fait pas l'impasse sur le racisme et l'antisémitisme de l'auteur fantastique, bien au contraire, il le condamne, assez formellement cependant. Car pour lui, Lovecraft est au fond un personnage tout à fait dans la lignée de ceux qu'il créera dans ses propres romans. Déjà il développe les "bonnes" raisons que Lovecraft aurait d'être raciste: une misanthropie globale accentuée par le monde moderne et son ultra-libéralisme. En affirmant dans cet essai que Lovecraft a écrit ses plus belles pages après être devenu raciste, Houellebecq annonçait au fond la couleur de ses ouvrages postérieurs et l'orientation qu'il leur donnerait.

 

Plus récemment, la plupart des critiques littéraires ont salué la "remise au gôut du jour " par Houellebecq de l'écrivain Joris Karl Huysmans.  Dans "Soumission", le héros est en effet un universitaire spécialiste de l'auteur d'"A Rebours". Certes ce n'est pas en lisant ces critiques qu'on reliera cet hommage à un quelconque antisémitisme;  la dépêche AFP consacrée à Houellebecq et Huysmans en janvier dernier, dépêche reprise par les rubriques littéraires du Point, de l'Obs ou du Huffington Post, évoque un "dandy sulfureux et provocateur" "décadent et desespéré", "converti au catholicisme".

 

"Sulfureux" dans le langage de certains commentateurs est décidément devenu l'euphémisme le plus répandu pour "antisémite violent". Huysmans (1) en effet, fut un contributeur régulier de la "Libre Parole", le journal de Drumont voué à la dénonciation des Juifs. Il y pourfend Émile Zola comme un  dreyfusard qui se serait incliné devant la puissance juive suite à la publication de "J'accuse" en janvier 1898. Il donnera ensuite de nombreux articles au même journal.  Il y développe un racisme biologique marqué, accompagné de thèses très classiques sur les "complots juifs et franc-maçons" qui dirigent la terrible marche du monde vers l'horrible modernité, celle des villes industrielles et des socialistes apatrides, en détruisant la tradition européenne catholique.

 

Anecdote significative de la parenté effective de Huysmans et de Houellebcq, l'antisémitisme du premier, avant d'être exposé publiquement, se retrouve d'abord dans sa correspondance privée, notamment... contre des directeurs de journaux ou des collègues, qu'il a tôt fait de traiter de "youtres" ou de "youpins ", dès lors qu'ils lui refusent un article ou émettent un jugement qui ne lui plait pas sur ses oeuvres.

 

La cohérence des références littéraires de Houellebecq est donc sans ambiguïté  et se porte vers des auteurs racistes, antisémites, réactionnaires et/ou fascistes et pro-nazis. Que ces références correspondent à une vague culturelle plus large actuellement en France, et donc beaucoup mieux tolérée, ne change rien aux faits. Bien au contraire, c'est cette tolérance et cet engouement qui expliquent aussi le succès de l'écrivain: la trame et les héros de ses romans n'ont en effet rien de très original au regard de ses prédécesseurs.

Ses héros, cyniques, décadents, misogynes, revenus de tout, détestant la modernité font écho à la fois à celui d'"A Rebours", ou à ceux de Drieu La Rochelle. Quant au nihilisme prétendu de Houellebecq, il aboutit, en réalité, comme chez Huysmans, à une réhabilitation nostalgique de la réaction catholique et de la "vieille" Europe. En effet, l'homme sans Dieu et sans tradition est décrit comme faible, en comparaison avec les hommes du passé, et donc à la merci de n'importe quel "conquérant idéologique", ce qui constitue aussi la trame de "Soumission". D'ailleurs Houellebecq lève définitivement les ambiguïtés sur ce sujet, en déclarant en janvier 2015 non seulement qu'il n'est plus athée, mais également en vantant les bienfaits d'une religion forte, avec un clergé fort, ce qui selon lui manque à l'islam.

Houellebecq se situe pleinement dans la tradition réactionnaire et fasciste française, dans la veine littéraire des prédécesseurs dont il se réclame, une veine littéraire où l'antisémitisme est une composante majeure.

Le Juif y est tout à la fois l'apatride, l'envahisseur, le financier sans scrupules, le socialiste ou le libéral destructeur des valeurs sacrées des sociétés traditionnelles. Notons qu'il y est aussi, notamment chez Huysmans, un Oriental de part sa race et de par sa culture, et l'incarnation de l'ennemi de l'intérieur, le germe corrupteur et invasif plus dangereux que les hordes de barbares des temps passés, parce qu'il est présent d'emblée au sein des nations chrétiennes.

 

Dans l’œuvre de Houellebecq, on retrouve également cet archétype: mais désormais il s'incarne tout simplement  dans le musulman né en France, .

Et comme on l'a vu, ceci n'exclut pas la référence décomplexée à l'antisémitisme, dès lors qu'il s'agit d'exprimer les frustrations d'un ego démesuré contre des journalistes qui ont eu le tort de ne pas s'incliner devant le maître.

D'ailleurs si la référence est aussi décomplexée, c'est que Houellebecq sait vivre avec son temps: un temps où une  manière de distiller tranquillement le poison de l'antisémitisme européen peut consister à se prétendre "ami des Juifs", cette "amitié" se résumant uniquement au fait de les utiliser pour dénoncer le "nouvel antisémitisme", qui ne serait plus que celui des arabo-musulmans.

Ainsi dans "Soumission", le personnage principal a une liaison avec Myriam, une femme juive qui le quitte pour partir en Israël à cause de la montée de l'antisémitisme, déclenchée par l'arrivée au pouvoir d'un parti musulman. Comme le dit Houellebecq lui même "si Myriam est juive, c’est d’abord pour des raisons dramatiques : j’avais besoin de la faire partir, et dans le roman, c’était une bonne raison pour Myriam de quitter la France, d’être juive".

Les "raisons dramatiques" lui permettent ainsi de laisser libre cours à bon compte à ses fantasmes misogynes et racistes; Myriam est en effet réduite à "sa chatte qui s'étire à volonté", exactement comme les jeunes femmes maghrébines avec qui le narrateur décrit ses rapports sexuels en glosant sur leur "caractère soumis". D'ailleurs là encore, on retrouve un classique du racisme et de l'antisémitisme; la fascination dominatrice pour la femme de la "race ", qu'on honnit par ailleurs, se trouve au centre de nombreuses pages du "Gilles" de Drieu La Rochelle.

 

Comme Eric Zemmour, mais en mode littéraire, Houellebecq est un bon exemple d'une des fonctions de l'islamophobie la plus décomplexée. La hargne vengeresse et très populaire contre le musulman constitue  le moyen le plus sûr de jouir soi-même des turpitudes sociales dont on accuse les autres. AInsi l'islamophobe Houellebecq peut-il, tout comme Zemmour qui réhabilite Pétain, se permettre la pire des misogynies, comme les références sans ambiguité à l'antisémitisme le plus décomplexé, tout en jouissant de la plus totale impunité critique, et en connaissant un succès immense

MEMORIAL 98

 

 

(1) A lire Huysmans un antisémite fin de siècle, de Jean Marie Seillan, étude sourcée par de nombreuses citations et dont sont tirées les informations de notre article,

Mise à jour du 17 juin 2018

Laurent Wauquiez, président facho du parti Les Républicains reçoit des conseils de "radicalisation identitaire" de de la part de Houellebecq. 

Ils se sont rencontrés le 31 mai dans l'Ouest parisien, pour parler politique. L'auteur de Soumission  y aurait donné des conseils au leader de la droite. Lequel lui aurait confié être obnubilé par Marion Maréchal, incarnation du fascisme new-look 

 

 

Selon des publications de presse, Houellebecq estime que Laurent Wauquiez doit se montrer encore plus «transgressif sur le fond» , c'est à dire encore plus tourné vers le racisme et l’islamophobie. Un conseil auquel Wauquiez se serait montré particulièrement réceptif, allant jusqu'à promettre qu'il assumerait «un peu plus la ligne identitaire».

Actualisation du 8 septembre 2016 :

Double claque pour Houellebecq et démonstration supplémentaire de ses convictions islamophobes et d'extrême-droite.
 

D'abord une bonne nouvelle judiciaire: il a perdu, ce 8 septembre, le procès qu’il avait intenté au journal Le Monde, à qui il reprochait d’avoir publié un mot écrit qu’il avait fait passer à son avocat lors de son procès en 2002 et dans lequel il avait griffonné : « Ma décision est irrévocable : les médias, pour moi, c’est fini. »

Le 20 août 2015, dans le cadre d’une série d’articles consacrés à l’écrivain, le quotidien était revenu sur son procès en 2002. Houellebecq était alors poursuivi pour avoir déclaré notamment que « la religion la plus con, c’est quand même l’islam ».

A travers ce procès Houellebecq entendait interdire aux journalistes d'écrire librement à son sujet.

 

Le même jour, l'universitaire écossais Gavin Bowd, ami de longue date de l'écrivain français et traducteur de Soumission, indique dans son dernier livre Mémoire d'outre-France  que Michel Houellebecq a déclaré devant lui en 2013 vouloir appeler à voter Marine Le Pen.
Présents ce soir-là dans un appartement du XIIIème arrondissement parisien : une étudiante de la Sorbonne, Michel Houellebecq et Gavin Bowd. Michel Houellebecq aurait lancé : "Je vais donner une interview où j'appellerai à une guerre civile pour éliminer l'islam de France". Avant d'ajouter cette phrase : "Je vais appeler à voter pour Marine Le Pen"
Et de poursuivre, devant les protestations de l'étudiante en affirmant que "le Front national n'est pas un parti d'extrême droite."

 

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 10:05

 

 

 

La mise à mort symbolique de Jean-Marie Le Pen, maintes fois mise en scéne depuis des mois, prend cette fois la forme d'une décision d'exclusion du FN. Mais derrière ces meurtres symboliques à répétition, en mode psychanalyse de bazar prompte à séduire les médias, les enjeux politiques sont-ils vraiment la naissance d'un parti qui aurait rompu avec le "passé fasciste" ?

 

Au printemps 2015, lorsque Marine Le Pen décide de priver son père du poste de président d'honneur du parti qu’il a fondé, les analystes sont quasi-unanimes : la marginalisation de Jean-Marie Le Pen signe la fin définitive de l' « ancien » FN et parachève la normalisation d'un parti qui aurait enfin accompli sa mue, laissant derrière lui la « vieille » extrême-droite pour devenir « simplement populiste ».

Les médias présentent alors la crise comme réglée d'avance et reprennent ainsi les éléments de langage de la faction de Marine Le Pen, censée incarner la rupture et la modération.

 

Mais, moins d’un mois après l'entretien à Rivarol de Jean-Marie Le Pen qui a accéléré la confrontation au sein du Front, le défilé frontiste 1er mai fait voler en éclat ces interprétations. Son déroulement heurté,  avec journalistes agressés et frappés, tentative de lynchage des Femen par le DPS sous les acclamations et les appels au meurtre de la foule, discours de la présidente centré sur des attaques racistes contre l'immigration et la « cinquième colonne » des musulmans français, font apparaître la réalité immuable du Front National.

 

Immédiatement après cet épisode, ce sont les notables du FN, installés dans plusieurs mairies qui, tout en s'opposant formellement à Jean-Marie Le Pen, lancent des signaux extrêmement clairs en s'inscrivant comme ses héritiers idéologiques. Robert Ménard affirme ainsi qu'il a constitué un fichier des enfants musulmans dans sa commune. Le ciblage d'enfants, comme la revendication de pratiques extra-légales rompt avec la politique d'affichage gestionnaire pratiquée jusque là par les maires FN. Elle renvoit clairement à la précédente vague de mairies conquises par le FN dans les années 90; les élus se targuent alors de violer la loi et d'instaurer des mesures ouvertement discriminatoires.

Béziers n'est pas la seule commune à connaître une accélération des mesures racistes et anti-sociales, qui sont toutes mises en œuvre très ouvertement et assumées. A Beaucaire le maire prend des arrêtés de fermeture des snacks et commerces après 22H spécifiquement dans des zones où les commerçants issus de l'immigration sont nombreux. A Mantes la Ville, le maire accentue sa communication contre la construction de la mosquée, tandis que le Bloc Identitaire lui prête main forte avec un campagne de « terrain » qui tombe à pic. A Marseille, au mois de juin, le maire FN du 7e arrondissement Ravier envoie de nouveau une circulaire interdisant aux salariés municipaux de parler arabe : dans ce cas précis, l'objectif de propagande pure et de communication est parfaitement clair, puisque cette circulaire avait déjà été éditée l'année précédente. A Hayange, lors des cérémonies du 8 mai, Fabien Engelmann insulte publiquement le représentant de la CGT présent, une manière d'insulter aussi la mémoire de la Résistance, notamment communiste.

 

Durant tout le printemps et l'été on va également assister à une nette diversification des cibles municipales : dans la première année de leurs mandats, les maires FN s'étaient ainsi concentrés sur des associations connues nationalement comme la LDH , en terme de coupes dans les budgets et de mesures punitives : désormais, les élus multiplient dans leurs  nouveaux budgets les suppressions de financements pour les centres sociaux ou d'animation, et s'attaquent également aux artistes, encore une fois de manière volontairement ostensible .

 

De la même manière, là où les analystes médiatiques évoquaient la disparition du discours antisémite et la rupture des liens avec la mouvance étiquetée comme telle, il apparaît que  la mise au ban de Jean Marie Le Pen entraîne au contraire des positions publiques témoignant d'un réajustement et d'une réactivation du logiciel antisémite sous de nouvelles formes. Ainsi certains élus FN, comme Djamel Boumaaz, n° 2 du FN à Montpellier, diffusent-ils des communiqués spéciaux pour annoncer leur participation  aux spectacles de Dieudonné. Marion Maréchal Le Pen, en condamnant son grand-père concernant la réitération de ses propos sur le « détail des chambres à gaz », prend le soin de minimiser elle-même l'ampleur des victimes du génocide en France. Dans Valeurs Actuelles, elle déclare  " je n’oublie pas que le régime nazi et ses alliés ont mis mon pays à feu et à sang, que des milliers de mes compatriotes sont morts dans des conditions atroces, certains de confession juive victimes d’une politique raciste qui aura fait date dans l’histoire".

Or ce ne sont pas "des milliers " de Juifs qui sont morts dans les camps d'extermination: en réalité, entre le printemps 1942 et la Libération de 1944, 76 000 Juifs sont déportés vers les camps d'extermination, en 79 convois. 2 500 seulement reviendront. Un tiers sont des Juifs français, et deux tiers des Juifs étrangers. 14 % avaient moins de dix-huit ans et 12 % plus de soixante ans.

 

La mobilisation de la direction du FN autour de l'animateur du site Fdesouche, mis en garde à vue et perquisitionné (enfin ! ) fin juillet pour l'une des multiples plaintes dont il fait l'objet depuis des années, sans avoir jamais été condamné, va révéler indirectement l'unité réelle de l'extrême-droite, autour du racisme ET de l'antisémitisme.

Sautarel, alias « François de Souche » est en effet mis en cause pour avoir relayé le site Panamza. Or Panamza est un site qui prétend entre autres absurdités conspirationnistes que les attentats contre Charlie Hedo sont un « false flag » israélien et va jusqu'à désigner des commerces juifs du 19ème arrondissement comme des annexes du Mossad.

Panamza fait partie des sites ordinairement mis en avant par Egalité et Réconciliation (Soral) depuis des années. Pas très étonnant, puisque Icham Hamza l'animateur du site, est un propagandiste antisémite. Lors du procès de Youssouf Fofana, assassin d’Ilan Halimi, il réalise un « documentaire » qui consiste surtout à laisser Coutant-Peyre ( avocate de Carlos ) et les autres avocats de Fofana se livrer à des discours sur le « lobby » et le « chantage à l'antisémitisme », ou à la défense de Kemi Seba .

 

Présenté comme un parti qui a tranché avec l'extrême-droite radicale, le FN dans cette affaire s'inscrit pourtant bien dans un front commun à la fois avec Fdesouche, qu ne cache pas sa proximité idéologique directe avec Le Bloc Identitaire et avec la sphère antisémite la plus assumée.

 

Concernant la mouvance identitaire, celle-ci est officiellement intégrée à la liste de Marion Maréchal Le Pen dès le début de l'été , confirmant ainsi une tendance de fond inaugurée aux départementales où plusieurs militantEs proches de Vardon et de Nissa Rebela avaient déjà été incorporées aux listes FN. A Fréjus, David Rachline le maire soutient l'invitation du groupe néo-nazi In Memoriam aux Arènes  de la ville.

 

Au plan européen, le FN sous l’impulsion de Marine Le Pen  s'allie début juin aussi bien avec le très antisémite KNP polonais qu'avec le FPÖ , créé par d'anciens nazis afin de constituer un groupe commun au Parlement européen.

 

Bref, rien ne ressemble autant à l'ancien FN que le « nouveau » FN. Il ne s'agit pas pour autant d'éluder la réelle confrontation entre des tendances qui se déchirent tout autant pour le partage du pouvoir que sur le fond de la méthode à adopter pour le conquérir.

 

Sur le fond, et notamment sur l'antisémitisme, celui-ci demeure une matrice essentielle du fascisme.  La divergence porte sur la manière de l'exprimer. Ce qui est reproché à Jean-Marie Le Pen, dans toute la communication des marinistes, ce n'est pas tellement le sens de ce qu'il dit, mais la forme utilisée et la « répétition ». Même dans la convocation adressée au président d'honneur pour le bureau du 4 août, parmi ses nombreuses réitérations sur le « détail », seule lui est reprochée celle d'avril 2015. Ceci sur quinze chefs d'accusation, où tous les autres propos, hormis sa déclaration sur l'Europe blanche à Rivarol, sont des propos dirigés contre Marine Le Pen, Florian Philipot ou Marion Maréchal Le Pen. On ne saurait mieux dire que les déclarations antisémites sur le « détail » constituent elles-mêmes un détail dans l'affrontement en cours au FN, malgré la communication médiatique.

 

Un détail d'expression : Jean Marie Le Pen parle comme un fasciste des années 60, alors que la direction du FN souhaite utiliser le langage du racisme et l'antisémitisme du 21ème siècle, celui qui au fond est parfaitement toléré socialement.

Lorsque Marion Maréchal Le Pen parle de l'Occupation et de Vichy, elle ne relativise pas plus les choses qu'Eric Zemmour, l'omniprésent commentateur raciste. En promouvant les artistes antisémites comme Dieudonné ou "In Mémoriam" au nom de la « liberté d'expression » (Marine Le Pen n'avait-elle pas qualifié son père de « punk » lorsque celui-ci prenait la défense de Dieudonné ? ), les élus FN expriment l'antisémitisme de la manière la plus populaire aujourd'hui.

 

D'ailleurs, contrairement à ce qui avait été dit un peu partout à l'été 2014 et interprété comme l'avènement d'une ligne «  pro-israélienne » et anti-soralienne, la promotion d'Aymeric Chauprade aura fait long feu. Le théoricien violemment islamophobe et en guerre ouverte avec la mouvance Dieudonné-Soral aura été assez rapidement écarté de la direction du FN.

Jean-Marie Le Pen représente donc finalement un obstacle , non pas à l'avènement d'une ligne « modérée, » mais bien au contraire à la perpétuation d'une ligne classique d'extrême-droite  au logiciel propagandiste renouvelé en toute tranquillité médiatique.

 

La meilleure preuve  en est sans doute représentée par l’attitude des  principaux concurrents du FN, les Républicains et leur président Nicolas Sarkozy. Dans la course à la démagogie raciste brutale , à la dénonciation des étrangers ou des pauvres, à la défense des dictatures de par le monde, la séquence politique actuelle laisse une impression tenace: lorsque Marine Le Pen n'est pas sur les plateaux, Nicolas Sarkozy la remplace parfaitement et il arrive même que les élèves « républicains » dépassent le maître frontiste.

De pétitions contre l'islam qui voudrait s'accaparer nos églises en pétitions contre les menus de substitution à la cantine ( même végétariens ), les Républicains rivalisent avec le Front de campagnes de propagande stigmatisantes. Nombre de ses élus partagent désormais ouvertement des contenus directement repris sur les sites d'extrême-droite.

Tandis que l'ex-président français déplore une non-alliance avec Poutine, ses élus multiplient les voyages à Damas pour lécher les bottes du dictateur syrien, soit exactement la ligne frontiste depuis des années.

 

Nicolas Sarkozy comme Estrosi et Ciotti ne cachent pas leur course de vitesse assumée pour «  prendre ses électeurs au FN ». Ils savent qu'ils ont un avantage, celui de n'avoir pas comme président d'honneur Jean Marie Le Pen, ce symbole d'un demi-siècle d'extrême-droite, et du lien avec les fascismes originels européens,. Ceci leur permet évidemment une liberté d'expression et d'action plus grande sans encourir le risque d'être ramenés à un passé historique précis.

 

Bien loin d'affaiblir durablement  le camp raciste et antisémite, l'affrontement actuel au FN révèle le cadre d'une crise de croissance plus globale, d'une reconfiguration politique historique française. La domination culturelle des thématiques d'extrême-droite atteint en effet un point culminant dans le champ politique ;  toute une partie de la droite est désormais acquise aux thématiques et aux stratégies frontistes, tandis que le Front National a construit des bastions municipaux, une représentation importante au Parlement européen, une surface médiatique énorme. L'extrême-droite dans son ensemble dispose d'un vivier activiste et propagandiste très important : nul ne peut plus nier aujourd'hui sa capacité à imposer l'actualité même en partant de faits divers. La violence extra-légale, antisémite, islamophobe, contre les migrants, contre les Roms se banalise au fur et à mesure que des élus locaux n'hésitent pas à prendre des positions volontairement incendiaires.

 

Comme tout autre espace politique, celui du racisme, de l'antisémitisme et des idéologies de la haine attise les convoitises et les affrontements au fur et à mesure qu'il s'élargit. On se bat plus volontiers pour le pouvoir lorsqu'il est à portée de main que lorsqu'il est un rêve lointain et improbable.

 

On ne saurait d'ailleurs dans ce domaine ignorer l'importance des convoitises financières. Alors que des grands patrons comme Charles Beigdeber affichent ouvertement leurs sympathies frontistes, alors que les bénéfices des victoires électorales gonflent les caisses du FN, chaque tendance frontiste en veut sa part, tout comme beaucoup de fidèles partisans de Dieudonné ou Soral ont récemment rompu avec eux, en  en raison de griefs relatifs à la répartition des revenus de la rente antisémite.

 

Pour autant, il n’y pas lieu d’en rester à un fatalisme passif : les affrontements internes à un camp politique l'affaiblissent toujours, ne serait-ce que par ses effets sur sa base. La guerre des chefs au FN comme celle qui se mène dans les sphères dieudonnistes affaiblit et désoriente des militanTes fascistes d'autant plus éprouvé(e)s par cette configuration que leur idéologie défend la primauté d'un chef incontesté comme la clef de voûte de la réussite politique.

Au moins 10 % des élus frontistes aux dernières municipales ont déjà quitté le FN ou déserté leur poste. Dieudonné et Soral  ne sont plus aussi populaires et incontestés qu'il l'a été , beaucoup de ses fidèles de base ayant échoué à comprendre les affrontements successifs avec d'autres figures historiques du mouvement, de Moualek à Mathias Cardet en passant par Farida Belghoul.  


L'avenir de cet affaiblissement dépend aussi de la capacité à créer un contre champ-politique, à reconquérir l'espace. En ce sens, la solidarité émergente avec les migrants, en Europe et en France constitue un bon exemple des transformations profondes du débat politique qui pourraient survenir si la gauche antiraciste osait redevenir elle-même, intransigeante contre chacune et toutes  les formes de racisme et d'antisémitisme, même celles qui se font sous couvert d'antisionisme ou de défense de la laïcité.

Il faut surtout  être capable de proposer une offensive pour l'égalité réelle qui attaque non seulement l'extrême-droite mais aussi le racisme structurel qui gangrène une société  dans laquelle toute une partie de la population subit de plein fouet  les effets quotidiens d'e discriminations sans cesse renouvelées.

 

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