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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 15:21
#NousSommesSyriens: 4 années de lutte contre les tyrannies de Bachar Al Assad et de Daech

Depuis quatre ans, les grandes puissances ont contemplé sans réagir les bombes chimiques, les bombes incendiaires tomber sur des centaines de milliers de civils. Ils ont laissé écraser les mains de caricaturistes syriens. Ils ont  laissé torturer et violer des femmes libres. Cet abandon a entraîné  des conséquences négatives dans l'ensemble de la société. Nous avons arrêté de compter le nombre des victimes, et laissé défiler sur nos fils d’actualité les corps sanglants des victimes. Nous les avons anonymisés, confondus dans un vague ensemble qu’on a désigné comme « la complexe tragédie syrienne ».

Et puis il y a deux mois, la tragédie a frappé ici en France puis au Danemark , quand les morts étaient à côté de nous, comme nous, alors, brusquement, nous avons jeté la complexité aux orties.

Il y avait une « situation géopolitique inextricable » , aujourd’hui il reste un acronyme Daech.

Et nous tombons d’erreur en erreur.

La situation en Syrie, il y a quatre ans n’était pas si compliquée que cela : il y avait une révolution démocratique contre un dictateur. Un formidable et héroïque élan contre l’héritier d’une dynastie d’oppresseurs sanglants, tenant d’une main de fer et depuis des dizaines d’années un pays tout entier dans la terreur. Il y avait,  et il y a toujours  des démocrates, des féministes, des défenseurs acharnés des droits de l’homme à soutenir de toutes nos forces contre un appareil d’Etat ancien, expérimenté, et implacable. Contre une dictature qui a hébergé des criminels nazis sur son sol dès les années 1950 et a depuis alimenté et financé de nombreux réseaux d’extrême-droite antisémite, le dernier en date étant celui de la mouvance dieudonniste.

La solution en Syrie, aujourd’hui, n’est certes pas aussi simple qu’un baril de bombes à jeter sur quelques milliers de terroristes fanatiques. La dictature d’Assad et Daech se renforcent mutuellement, les crimes de l’un permettent les crimes des autres. Les deux ont les mêmes fins et les mêmes moyens. Il s'agit pour eux de construire ou de perpétuer un Etat totalitaire, en persécutant les minorités, en commettant les pires crimes contre l’humanité, en éradiquant consciencieusement et physiquement toutes les voix qui osent s’élever contre la barbarie.

Depuis quatre ans, la solidarité avec la révolution syrienne est combattue simultanément avec des mensonges jumeaux : d’un côté, ceux qui cachent leur soutien  à Assad derrière  "la lutte contre le terrorisme". Ils cherchent à nous faire croire qu’une prétendue « guerre des civilisations » nécessiterait l’alliance avec un dictateur décrété « laïque » seul à même de contenir le « danger islamiste ». De l’autre, ceux qui motivent le même soutien à Assad au nom de la lutte contre l’ « impérialisme occidental ». Ils prétendent que tout soutien concret aux démocrates syriens,toute réaction de la communauté internationale contre le dictateur serait forcément au service des intérêts économiques des gouvernements occidentaux.

Les auteurs de ces mensonges sont présents dans tout le champ politique . Nous avons d’un côté Ménard maire de Béziers qui inaugurait dès cet automne les visites officielles d’élus aux dignitaires du régime syrien. Il a été suivi depuis  par plusieurs députés de l’UMP et du PS. De l’autre Dieudonné, Soral et leur mouvance, mais aussi une partie du Front de Gauche qui n’a pas hésité à manifester aux côtés de l’extrême-droite « contre la guerre impérialiste en Syrie » au moment où Assad venait d’utiliser l’arme chimique contre les civils syriens.

Depuis quatre ans, ces mensonges ont empêché le développement du soutien aux démocrates syriens, eux que les propagandistes des deux camps assassinent une deuxième fois en niant leur existence.

L’islamophobie et l’antisémitisme qui grandissent dans notre pays ont contribué à populariser ces mensonges. Pour beaucoup, il n’y avait que des « barbares islamistes » à défendre en Syrie, et pour beaucoup d’autres, l’opposition à Assad ne représentait qu’une manoeuvre du "grand complot sioniste". Et puis de toute façon la Syrie, c’était loin, et les Français avaient d’autres chats à fouetter. Jusqu’à ce que la Syrie, ce soit ici. Jusqu’à ce que les marées du sang versé par le dictateur et ses alter-ego de Daech nous engloutissent à notre tour.

C'est alors que nous nous sommes retrouvés pris au piège des renoncements que nous dénonçons. Depuis quatre ans, en laissant commettre le massacre de la révolution syrienne, les Etats ont montré leur indifférence au respect de la vie humaine. Aujourd’hui les bourreaux ricanants de Daech nous renvoient en pleine face notre indifférence : lorsqu’ils mettent en scène leurs crimes atroces, ils nous rappellent qu’ils n’ont pas peur de notre réaction, car nous nous ne sommes pas mobilisés face à tant d’autres crimes atroces commis par Assad. Et que nous voulions l’admettre ou non, nos appels à la solidarité de tous les démocrates, de tous les défenseurs des droits humains, nous les lançons aussi devant les tombes de démocrates et de défenseurs de droits humains qu'on a laissé mourir seuls.

Nous pouvons continuer comme ça, ou décider d’être un autre "nous" : celui de l’espoir, de la lutte contre toutes les dictatures, celle d’Assad et de l’Etat Islamique.

Ce samedi, dans le monde entier, auront lieu des manifestations de solidarité avec la révolution syrienne, pour que cesse le flot de sang déversé sur toute une population qui a eu le courage de se révolter.

Samedi et tous les autres jours #NousSommesSyriens, pour l’espoir, pour la démocratie et pour la vie.

 

MEMORIAL 98

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 23:15

Ce matin de septembre 2016, c’est la rentrée dans un collège d’un quartier populaire du département.

Comme beaucoup, il a piètre allure: les fondations d’un bâtiment et un trou béant voisinent avec un préfabriqué aux parois fissurées. Les travaux de réfection ont été déprogrammés. Dans un autre établissement de cette commune populaire, fenêtres brisées et grilles rouillées donnent une drôle d’impression d’abandon. Le Conseil Général avait prévenu, plus question de réparer quoi que ce soit, ça apprendra le civisme aux familles. Mais des affichettes pimpantes avec un cochon souriant détaillent le menu de la cantine. Elle propose charcuterie et plats à base de porc au moins deux fois par semaine, et rappelle que toute absence répétée sera due : l’élève contrevenant sera exclu du bénéfice de la cantine.

Par contre, les collèges privés ont fière allure depuis que leurs financements départementaux ont été doublés.

 

À la crèche, tout a changé, depuis que l’ancienne directrice a quitté son poste, et que le nouveau directeur a pris les rênes. Dans la cour, des tables à langer rose bonbon voisinent avec des voitures à pédale bleu azur et les puéricultrices veillent à ce que petits garçons et petites filles jouent bien avec l’un ou l’autre. Bien sûr, tout n’est pas allé de soi et des parents inquiets ont bien protesté quand leurs petites filles se faisaient rabrouer lorsqu’elles voulaient conduire la voiture. Mais une place en crèche est difficile à obtenir, et bien d’autres soucis accaparent les familles modestes.

 

Plus question en effet d’obtenir une quelconque aide pour un retard de loyer ou une facture EDF trop lourde. Les conditions d’accès au Fond Solidarité Logement ont été restreintes, le Conseil Général considérant qu’ « il ne faut pas encourager les gens à vivre au-dessus de leurs moyens ». Ces prestations ne représentaient déjà pas grand-chose, désormais, elle sont quasi-impossibles à obtenir. De même, les financements des organismes caritatifs ont été drastiquement réduits : les anciennes structures, jugées trop généreuses et pas assez sélectives ont vu leurs financements supprimés. Désormais les colis alimentaires sont distribués après constitution de dossiers complexes et chaque association doit faire valider sa liste d’attributaires par une commission où siègent les élus du Conseil Général. Un fichier central des demandeurs croise les informations des services chargés du RSA, de ceux de l’Aide Sociale à l’Enfance et de la CAF pour évaluer le degré d’assistanat des personnes. Par ailleurs, pour que seuls ceux qui ont vraiment besoin de ces colis en bénéficient, la seule structure d’accueil financée par le Département se situe dans le chef-lieu. Quand on vraiment besoin, on se déplace.

 

D’ailleurs les financements ont aussi été coupés pour la prévention contre le SIDA ou la tuberculose, et la plupart des dispensaires encore existants sont fermés : le nouveau Conseil Général prône une politique d’ « autonomisation des individus face au risque santé ».

 

C’est également ce qui a conduit le Département à revoir totalement les modes d’attribution du RSA. La pression était déjà très forte auparavant sur les précaires, mais cela ne suffisait pas. Désormais, ceux-ci sont contraints d’accepter toute offre d’emploi, à temps plein ou partiel, dans n’importe quel domaine et n’importe où dans le département. Sinon, ils voient leur allocation retirée, et c’est désormais appliqué de manière automatisée. Ces offres sont de plus en plus précaires, de plus en plus souvent bien au-dessous du SMIC mensuel. Le Conseil Général responsable de la gestion des personnels territoriaux ne remplace plus aucun départ à la retraite. Il recrute quasi uniquement par le biais des contrats précaires d’insertion dont le salaire est financé par l'Etat. C’est pratique, et pas cher. Même pour des postes exigeant certaines qualifications précises, on trouve toujours quelqu’un dans le vivier des chômeurs n’ayant plus rien pour vivre s’ils refusent. Plus pratique encore, le recours à des sous-traitants privés ; de nombreuses entreprises d’insertion ont été montées par des amiEs du président du Conseil Général. Elles assurent des prestations de nettoyage, de bâtiment, d’entretien des espaces verts, des tâches administratives pour le compte du département en employant uniquement des CDD à temps partiel. Elles sont en lien direct avec les structures chargées de surveiller les allocataires du RSA. Elles ont donc toujours à disposition un vivier de précaires, sommés d’accepter les offres sous peine de radiation immédiate.

 

Bien sûr, la révolte gronde, mais elle s’exprime difficilement. Ceux qui protestent risquent gros, car tout se sait, et la moindre faille d’une vie est vite exploitée. On ne s’en rendait pas compte avant, mais après vingt ans de lois créant divers fichiers, et élargissant les personnes autorisées à y accéder ainsi que le délai de conservation des données, c’est fou tout ce qu’un élu de Conseil Général peut savoir sur vous. Les traces d’une hospitalisation en psychiatrie conservées dans le dossier social, un problème rencontré avec une assistante sociale de l’Aide Sociale à l’Enfance à qui l’on a un jour demandé une aide financière, une interpellation par la police municipale d’une mairie amie… .Tout cela ressort vite pour appuyer une décision de placement des enfants, une procédure d’expulsion du bailleur HLM contrôlé par le département pour « troubles de voisinage », une procédure de licenciement, un contrôle de la CAF et/ou une radiation définitive du RSA ou de l’Allocation Parent Isolé.

 

Souvent, cela ne sort même pas du cadre strict de la légalité, car les lois votées depuis vingt ans permettent beaucoup de contrôles et de recoupement d’informations. Sous couvert de lutte contre « la fraude », elles donnent aux agents de contrôle un pouvoir de décision quasiment absolu. Les possibilités de recours ont complexes et peu susceptibles d’aboutir. Mais dans d’autres cas, les mesures prises ne respectent pas du tout la légalité. Simplement, tout le monde se connaît mieux qu’avant à la tête des structures sociales et des services administratifs divers gérés par le département ; tout le monde s’informe, puisque presque tout le monde appartient au même parti. Il y a eu beaucoup de démissions depuis avril 2015, dans les postes décisifs, et aussi quelques articles de plus en plus rares dans la presse locale sur des cas répétés de harcèlement moral destinés à faire partir ceux qui résistent. Il y a aussi beaucoup de nouveaux arrivés, parfois de l’autre bout du pays. L’écrasante majorité de ces nouveaux promus appartient au parti du président du Conseil Général. Et comme répond systématiquement ce Président du Conseil Général aux quelques médias nationaux qui viennent parfois enquêter dans le coin, « allez voir la Ligue des Droits de l’Homme si vous n’êtes pas contents, on se tiendra au courant ». Cette petite blague est une référence aux photos en gros plan sur le dernier rassemblement organisé par la LDH devant le Conseil Général, photos publiées dans le journal de la collectivité territoriale, assorties de commentaires choisis sur certains manifestants.

 

Bien sûr le Conseil Général ne contrôle pas tout dans le département, et bien des mairies y sont gérées par des adversaires politiques du nouveau Président. Mais il y a peu de conflits ; les élus municipaux des différentes communes préfèrent ne pas trop parler de la politique départementale. Ceux qui s’y sont risqués ont en effet eu quelques problèmes : la fermeture d’un centre de sécurité incendie sous prétexte d’optimisation des moyens, le refus de réfection d’une route départementale défoncée, la suppression d’arrêts de bus essentiels, un refus de financement pour des travaux sur une station d’épuration d’eau.

 

Bref, il y a comme une chape de plomb pesante sur la vie quotidienne, dans tous ses aspects. D’autant que bien des services ont disparu ; on pouvait les trouver insuffisants, mais on n’aurait quand même pas imaginé la disparition ou la totale transformation. Le Planning familial a fermé, la moitié des bibliothèques départementales va fermer aussi. On n’ira jamais au Musée de la Résistance que l’on comptait bien visiter un jour, il a fermé, et sera remplacé par un "Musée de la Résistance Nationale", qui intègrera des salles consacrées à l’héritage social de Vichy et aux drames de l’Épuration dans le département.

 

Brutalité feutrée est sans doute le terme le plus adapté à la situation. La vie quotidienne des classes populaires est devenue encore plus difficile qu’avant. La délation, accompagnée de l’habituelle peur sourde qui va avec, constitue le lot ordinaire. Mais personne ne semble trouver les mots pour décrire le changement. En effet ce qui se passe ne repose pas sur de nouvelles lois, sur un bouleversement visible des institutions. Les catégories sociales qui sont attaquées avec une violence redoublée ne sont pas de celles dont les médias et les politiques se solidarisent habituellement. Le discours anti-immigration, anti-jeunes des quartiers populaires, anti-chômeurs n’est pas l’apanage du président du Conseil Général. Les lois et règlements qui permettent d’exercer une pression accrue sur les gens n’ont pas été créés par son parti.

 

Pour les autres partis, se livrer à une critique approfondie et crédible de la politique menée dans le département nécessiterait de remettre en cause en profondeur leur propre logiciel politique.

Personne ne l’envisage vraiment dans ces partis. Alors, la plupart du temps, leurs responsables se contentent de dénoncer quelques « dérapages » repris par les médias, mais ce terme même de « dérapage » accrédite l’idée que la politique menée par le Président du Conseil Général serait globalement « normale ».

 

D’ailleurs en ce mois de septembre 2016, le Front National au pouvoir, c’est déjà presque normal. Il gère une dizaine de mairies depuis 2014, il a des députés européens, des députés à l’Assemblée, des sénateurs, et depuis les cantonales de 2015, il est à la tête de certains départements. Sa présence au gouvernement en 2017 aussi apparaît aussi comme une anticipation possible .

Comme l’est le texte qui précède ; nous sommes en réalité en mars 2015, la perspective de la prise de départements par le FN aux cantonales est probable, comme celle de voir une partie des notables locaux de l’UMP faire alliance avec l’extrême-droite pour remporter ces départements.

 

Le sentiment dominant n’est pas l’enthousiasme, mais le fatalisme devant le fascisme, un fatalisme qui imprègne désormais la vision de la vie de beaucoup d’entre nous : « tout est de pire en pire, mais pourquoi s’en préoccuper puisqu’on n’y peut rien ? ».

En arrière plan, s’impose aussi l’idée que le Front National au fond sera dans la continuité du pire déjà existant, sans plus. C’est ce qu’ont très bien compris les dirigeants du FN, qui dès leurs victoires aux élections municipales ont donné des consignes claires à leurs maires. Ils doivent s’appuyer sur les législations existantes, prendre des mesures stigmatisantes déjà appliquées ailleurs par d’autres maires. Cela va de l’armement de la police municipale, à l’inauguration de places consacrées à des partisans de l’Algérie Française, en passant par les couvre-feux pour les mineurs ou l’exclusion de la garderie pour les enfants de chômeurs.

Dans toutes les mairies FN, on accentue les politiques racistes, anti-sociales et sécuritaires, on ne les invente pas, mais on va plus vite et beaucoup plus fort.

 

La stratégie est intelligente. De toute façon, tant que le pouvoir de faire la loi n’est pas du côté des fascistes, des mesures illégales seraient attaquées en justice, pleinement médiatisées et inapplicables. De même des excès de violence dans les villes gérées par le FN, perpétrées par les milices qui lui sont liées, pourraient porter préjudice à l’ascension du vote fasciste. Elles choqueraient notamment l’électorat de droite, qui déteste tout ce qu’il perçoit comme désordre. C’est la raison pour laquelle des membres du GUD ou du Bloc Identitaire sont intégrés dans les équipes municipales, mais n’interviennent pas avec leurs troupes dans les villes concernées. C’est évidemment aussi la raison pour laquelle Marine Le Pen « suspend » certains petits candidats qui sont allés trop loin dans la franchise concernant leur programme politique réel. Le moment n’est pas encore venu.

 

Au vu des politiques anti-sociales, teintées d’un racisme structurel menées par la majorité gouvernementale actuelle, l’intérêt de cette stratégie « lisse » du FN est aussi d’encourager la démobilisation abstentionniste de celles et ceux, qui, demain, seront les premières cibles en cas de victoire frontiste. Il s’agit notamment des chômeurs, des précaires, des populations issues de l’immigration

 

Les véritables abstentionnistes de gauche sont ceux qui nous gouvernent, ceux qui nous somment de renoncer à tout progrès social. Ils s’abstiennent de mener la politique pour laquelle ils ont été élus. On conçoit dès lors que leurs injonctions soient si mal reçues.

 

Les abstentionnistes issus des classes populaires n’ont pas de raison de culpabiliser pour leur seule abstention électorale : la colère contre le gouvernement actuel est légitime, la méfiance totale vis-à-vis de forces de gauche qui ne font rien une fois arrivées au pouvoir et aggravent même la situation aussi. En revanche, nous avons toutes les raisons de remettre en cause notre abstention politique globale, qu’il s’agisse du vote antifasciste ou de la mobilisation antifasciste. De fait, nous avons tout à perdre dans l’abstention et la non-mobilisation. L’absence de rapport de force sur des valeurs progressistes entraîne à la fois l’ascension vers le pouvoir des fascistes et la poursuite des politiques antisociales des autres partis. Laisser passer le FN aux échéances électorales, c’est aussi laisser entendre qu’un parti peut nous condamner ouvertement au pire sans que nous réagissions. Dans ces conditions, comment la gauche au pouvoir pourrait-elle ressentir la moindre pression pour avancer en quoi que ce soit sur un programme social et antiraciste ? L’abstention, dans le contexte actuel est avant tout une sanction contre nous-même. Depuis des années, chaque soir d’élection, quel que soit le niveau d’abstention, c’est bien le score du FN qui sert de prétexte aux responsables politiques pour reprendre ses discours et appliquer une partie de son programme.

Notre démobilisation arrange beaucoup de monde.

Ne restons pas les bras croisés à regarder se creuser notre propre tombe.

 

MEMORIAL 98

 

 

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Published by memorial98 - dans Lutte contre le FN
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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 23:27

 

Déclaration de l'association Memorial 98 (www.memorial98.org) qui lutte contre tous les racismes et tous les négationnismes

 

L'attaque d'une synagogue à Copenhague et le meurtre d'une des personnes présentes sur place constituent un crime raciste et antisémite de plus. Il s'inscrit dans la lignée des actes de Merah, Nemmouche et Coulibaly qui ont tué des personnes parce que celles-ci étaient juives.

 

Il s’inscrit également dans le cadre de la résurgence massive de l’antisémitisme européen : encouragé par certains gouvernements comme ceux de la Russie et de  la Hongrie, les antisémites de toutes tendances sévissent impunément. Le négationnisme, les théories du complot juif, la désignation de personnalités comme faisant partie de ce prétendu complot ne sont pas l’apanage des sectes intégristes meurtrières se réclamant de l’islam. 

L’offensive culturelle est massive, elle émane aussi bien d’une extrême-droite à la tête de médias de masse, que de personnalités politiques de tous bords qui ne cachent plus leurs idées. La dernière déclaration de Roland Dumas concernant Valls qui serait « probablement » sous influence juive en témoigne. De même pour la réhabilitation du régime de Vichy par Eric Zemmour. Dumas s'est d’ailleurs rangé depuis très longtemps du côté de Dieudonné et de la famille Le Pen ; en décembre 2006 il était déjà présent au Zénith pour applaudir le négationniste Faurisson, invité par Dieudonné. Il y côtoyait amicalement tout le gratin du FN ainsi que Soral.

 La mondialisation de la haine antisémite est indéniable. Aujourd’hui, l’Internationale antisémite se matérialise notamment, en France, par la proximité du FN avec la Syrie de Bachar El Assad, terre d’accueil de criminels de guerre nazis, plaque tournante des réseaux antisémites depuis des dizaines d’années et dictature tout aussi sanguinaire que Daech, dont elle a encouragé le développement.

Cet exemple de proximité entre un parti d’extrême-droite violemment raciste et islamophobe, et un dictateur antisémite qui accueille notamment l’un des leaders de la haine conspirationniste européenne, Thierry Meyssan,  devrait nous alerter sur le danger des thèses et des initiatives visant à opposer lutte contre l’antisémitisme et lutte contre le racisme, à dresser les victimes les unes contre les autres. Le refus de regarder la réalité en face n’est pas du côté de celles et ceux qui continuent à affirmer que tous les racismes sont liés, que tous les fascismes et les intégrismes s’alimentent les uns les autres, dans une guerre de tous contre tous qui les nourrit.

 Nous saluons la mémoire de toutes les victimes et réaffirmons nôtre volonté de lutter contre tous les racismes.  Nous rappelons la protection des Juifs danois pendant la guerre, à lire sur le site Memorial 98: "... Et surtout, le gouvernement danois refuse tout au long de l’occupation les mesures anti-juives. En 1943 le Danemark est déclaré pays ennemi, le gouvernement est destitué par les nazis, ceux-ci entreprennent de déporter les juifs danois. Mais seuls 450 d’entre eux seront arrêtés, car l’information ayant filtré, les Juifs sont prévenus et peuvent se cacher, en attendant d’être transportés en bateau jusqu’en Suède, pays neutre et synonyme de sécurité." La différence avec le régime de Pétain est flagrante.

 

Le lendemain de l’attaque de Copenhague, une profanation antisémite, conduisant à la destruction de centaines de tombes du cimetière juif et à la dégradation du monument consacré aux victimes de la barbarie était réalisée par un groupe de cinq jeunes dans la petite ville alsacienne de Sarre-Union

Dans cette région,  de nombreuses profanations de tombes juives et musulmanes et d'autres actes racistes ont été commises durant ces quinze dernières années par des membres de groupes néo-nazis. Un des cas les plus connus est le saccage du cimetière juif d'Herrlisheim en 2004.

 Pourtant dès que l’identité des jeunes de Sarre-Union a été connue,  écartant la possibilité  d’un quelconque lien avec les attaques terroristes, le procureur jugeait nécessaire de s’interroger sur le caractère antisémite de la profanation. Il a aussi expliqué que ces jeunes « sans antécédents judiciaires » ne venaient pas de « familles à problèmes », mais étaient tous « originaires de la région », et qu’ils ne se « rendaient pas compte de la gravité de leurs actes ». Certains médias comme TV5 Monde n’hésiteront pas à parler d’ « emballement médiatique ».

 Pourtant, rien, à part la parole des auteurs, ne laissait penser qu’il ne s’agissait pas d’un acte antisémite, et pour cause : détruire plusieurs centaines de tombes prend plusieurs heures et ne laisse aucune place à la spontanéité, où à l’ignorance de ce qu’elles étaient.

Que cette parole soit prise au sérieux lorsqu’il s’agit d’actes de cette gravité, en dit long sur la complaisance politique, judiciaire et médiatique vis-à-vis de certaines formes d’antisémitisme , d’autant plus lorsque 24 heures plus tard, ce même procureur, ces mêmes médias, devront s’incliner devant l’évidence des preuves. Les jeunes en effet avaient manifesté leurs sympathies antisémites par des saluts nazis et des propos sans ambiguité.

 

Cette complaisance contraste évidemment avec la vague répressive qui a suivi les attentats de janvier à Paris. Une vague qui a conduit des enfants de huit ou dix ans au commissariat. On a vu aussi  des malades mentaux et des personnes en état d’ébriété condamnées à plusieurs années de prison  après des procédures expéditives, et pour des propos même pas forcément prouvés. Dans l’immense majorité des cas, ces personnes étaient musulmanes ou issues de l’immigration.

 

Force est de constater que la lutte réelle contre l’antisémitisme se cantonne à une catégorie d’auteurs précis et épargne globalement l’extrême-droite française et toutes celles et ceux qui pourraient avoir un lien avec elle. Dès lors que l’on n’est pas en présence d’un antisémitisme que l’on puisse rattacher à l’islam ou à l’immigration, les Juifs sont alors sommés, comme les musulmans et les autres victimes de racisme de « ne pas s’emballer ».

 

Pourtant, ces dernières semaines, c’est bien une campagne de propagande néo-nazie nationale qui émerge sur les murs de la France entière : à Challand, des dizaines de croix gammées en une nuit dans toute la ville, près de Castelnaudary un foyer entièrement recouvert de ces mêmes croix gammées et slogans nazis, un lycée à Nevers où plusieurs vagues de dégradations néo-nazies ont eu lieu, à Elbeuf les dégradations ont été faites directement sur la synagogue. A Issoudun des inscriptions comme «  Les Juifs dans les chambres à gaz » sur un gymnase portant le nom d’un industriel d’origine juive, à Blois des croix gammées dans la rue des Juifs.

Et durant tout le mois de janvier, beaucoup des mosquées attaquées étaient aussi couvertes d’inscriptions néo-nazies.

Or cette vague d’attaques est minimisée, dépolitisée, alors que le lien est évident avec les tueries antisémites mais aussi avec les 70 ans de la libération des camps nazis.  Même confrontés à ces faits, beaucoup aujourd’hui affirment «  oui, mais l’extrême-droite européenne ne tue pas ».

Amnésie terrifiante en ce qu’elle occulte une actualité très récente : l’assassinat par Anton Breivik de 77 personnes lors de deux attaques ayant fait de plus 151 blessés. Le meurtre d’au moins dix personnes par un groupe de néo-nazis allemands également soupçonnés d’avoir tué un rabbin en Suisse, et leur totale impunité pendant des années de tueries. Le meurtre de deux personnes sénégalaises et trois autres grièvement blessées en 2011 par un militant négationniste de l’organisation Casapound en Italie. Les meurtres et les pogroms commis par le parti néo-nazi grec Aube Dorée, qui a encore remporté 7% des voix lors des récentes élections. Le meurtre de Clément Méric par des néo-nazis français. Quant aux agressions racistes, antisémites ou islamophobes ou visant des antifascistes, aux profanations de cimetières ou de lieux de culte, aux incendies de locaux de gauche, aux pressions et aux intimidations quotidiennes, elles sont innombrables, et le plus souvent impunies. Rappelons, par exemple, qu’après sept ans d’enquête, et bien que la profanation néo-nazie de 148 tombes  du cimetière musulman de Notre Dame de Lorette ait à l’époque suscité la réaction de Sarkozy en personne, les deux néo-nazis inculpés ont finalement été relaxés au tribunal d’Arras ce 8 février.

 

Il est donc absurde et dangereux de prétendre que l’extrême-droite européenne néo-nazie serait simplement composée de jeunes qui font des graffitis ou de groupuscules sans influence réelle. Mais ceux-là ne sont jamais nommés « terroristes », ceux-là ne sont jamais présentés dans la globalité de leur actes meurtriers, contre ceux-là, nul appel à une mobilisation exemplaire et massive. Au plan judiciaire on assiste à des condamnations euphémisantes, au cas par cas.   

 

Ce n’est évidemment pas de cette manière qu’on fera reculer la haine raciste sous toutes ses formes : nier l’existence du terreau fasciste européen et caractériser le seul péril comme « islamo-fasciste », c’est reprendre l’optique développée par l’extrême-droite , jusque dans sa composante antisémite la plus affirmée, celle qui, à l’instar d’Alain Soral , dénonce les « islamo-racailles » depuis des années.

 

Or devant la puissance, la renommée et l’adhésion que suscitent justement Dieudonné et Soral dans une partie de la jeunesse, comment ne pas s’interroger sur le rôle qu’ils peuvent jouer dans la radicalisation ultra-rapide de beaucoup de jeunes, qui épousent les thèses et la cause des intégristes de Daech et d’Al Qaeda, en quelques mois, en quelques semaines ? Pour qu’une graine pousse à vitesse accélérée, il lui faut un terreau fertile : et force est de constater que la culture pathologiquement antisémite propagée par l’extrême-droite française depuis des années, culture devenue massive et populaire dans toutes les couches sociales de la jeunesse est bien le terreau idéal et commun.

 

Tout comme l’est la banalisation globale de la violence raciste et antisémite : à l’heure où beaucoup dénoncent les « communautarismes », les actes antisémites et racistes ne déclenchent malheureusement qu’une seule mobilisation : celle des victimes directes.

 

Cette année, comme les précédentes, les organisations de gauche et du mouvement social n’ont pas appelé à rendre hommage à Ilan Halimi lors de l'anniversaire de sa mort le 13 février, alors que les assassinats antisémites de janvier rendaient plus que jamais nécessaire cet hommage. Au plus fort de la vague islamophobe de janvier, seules des initiatives isolées ont essaimé localement, le plus souvent portées par des associations musulmanes.

 

Pire, aucune initiative universaliste, appelant à la fois à dénoncer l’antisémitisme, le racisme, et l’islamophobie n’est proposée à celles et ceux qui refusent de diviser et d’affaiblir le combat antiraciste, à celles et ceux qui veulent lutter ensemble contre une haine qui les vise tous. En cette période, où beaucoup confondent progressisme et affirmation d’une « fierté athée » abstraite, à la limite du virilisme revanchard , c’est pourtant sous la bannière « Coexister » inspirée par des collectifs de dialogue inter-religieux qu’ont défilé des centaines de jeunes lycéens et lycéennes après la profanation antisémite de Sarre Union. Ceci devrait faire réfléchir toutes celles et ceux qui, à gauche, désertent la mobilisation de rue universaliste depuis des années sous prétexte d'une difficulté à mobiliser et d'un échec annoncé.

 

La lutte contre le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie constituent un enjeu décisif pour toutes celles et ceux qui vivent en Europe. Elle ne se divise pas, faute de devenir une caricature stérile et impuissante.

 

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 16:43

mosquee-castres.jpgIl y a les dépêches d'actu, vite lues et vite oubliées qui reconnaissent, en passant, une "vague" d'actes islamophobes consécutive aux attentats du 7 et 9 janvier dernier. Mais d'où viennent-elles ces vagues subites ? D'un océan de vieilles haines bien vivantes qui alimentent en permanence la rubrique "Faits divers" de certains coins de France, alors qu'elles devraient depuis des dizaines d'années occuper la première page de la rubrique " Politique", si l'Etat français voulait vraiment y mettre un terme.

 

Le 23 janvier dernier (2015), l'ancien para Stéphane Richardot a quitté son village en annonçant à un élu son intention de faire sauter la mosquée de Carcassonne, près de laquelle il était finalement interpellé, avant d'être interné. Interrogé à son sujet, son ex-commandant du 3èmeRPIMA dans les années 1990, déclarait que c'était déjà à l'époque un individu  «  déséquilibré  », qui «  posait des problèmes  ».

 

Au 3ème RPIMA (acronyme de régiment parachutiste d'infanterie de marine)  de Carcassone dans les années 90, Stéphane Richardot n'était pas le seul à «  poser des problèmes  » aux personnes d'origine immigrée et/ou musulmane. De graves problèmes, même.

Un soir de novembre 1990 , par exemple, une cinquantaine de paras, cagoulés et armés avaient effectué une ratonnade en règle, profitant d'une veillée funéraire dans un immeuble de la cité HLM du Viguier. A cette époque, déjà, l'actualité faisait office de justification puisque l'un d'entre avait dit avant de frapper «On ne casse pas d'arabes dans le Golfe, on va en casser ici». Dans la région, un autre régiment de paras avait les mêmes habitudes de violence raciste, jusqu'au meurtre. Le 19 novembre 1987, Snoussi Bouchiba, père de 3 enfants, fut ainsi égorgé rue Théron-Périé par deux paras ivres du 8ème RPIMA de Castres.

 

Le 8ème et le 3ème, Castres, Carcassonne : les mêmes ratonnades dans les années 80 et 90, et aujourd'hui, la même ambiance, faite d'expéditions punitives, de dégradations racistes contre les mosquées, les kebabs, les cimetières. Exagération ? Vu de loin, de l'article de presse sur lequel on tombe par hasard et qui relate UNE agression, UN «  coup de folie  », UNE dégradation raciste parmi d'autres, on peut voir seulement des «  actes isolés  », «  conséquences de l'actualité  » qui n'empêchent pas la majorité des musulmans et des personnes d'origine immigrée de vivre tranquilles.

 

Mais la réalité est toute autre.

 

A Carcassone, Castres et dans leurs environs, ces dix dernières années, les actes racistes et islamophobes n'ont jamais cessé : parfois il s'agit de «  simples  » dégradations racistes sur une mosquée, comme en septembre 2006, où celle de Carcassonne est recouverte d'inscriptions «La France aux Français», «Les bougnouls dehors» ou «Mort à l'islam».

 

Mais un an et demi plus tard, en avril 2008, la mosquée de Colomiers brûle. Ce sont des jeunes paras, issus du 3ème RPIMA de Carcassonne et du 8ème RPIMA de Castres qui l'ont incendiée ensemble, pour «  fêter  » l'anniversaire de naissance d'Adolf Hitler, qui a lieu le 20 avril. Un acte prémédité qui témoigne non seulement de la présence de néo-nazis dans ces deux régiments, mais également de leur coordination. On retrouvera Viktor Lenta chef de ce groupe, quelques années plus tard en Ukraine, aux cotés des fascistes pro-russes. Là bas, l'ex-para et membre du Bloc Identitaire mène sa guerre sainte avec les "compétences" acquises au sein de l'armée française.

 

L'arrestation de ces jeunes gens n'endigue absolument pas la vague d'actes racistes et islamophobes à Castres et à Carcassonne.

 

En décembre 2009 la mosquée de Castres est recouverte de croix gammées, des oreilles de cochon sont agrafées sur la porte. En mars 2010, une descente a lieu au bar l'Aigle d'Or, fréquenté par de nombreuses personnes d'origine maghrébine. C'est une ratonnade extrêmement violente, pendant laquelle les victimes sont frappées à coup de barres de fer, et de bouteilles brisées. Les témoins de la scène attestent des slogans néo-nazis qui ont accompagné les faits. Qui sont ceux qui les profèrent et qui ont ratonné ? De jeunes paras du 3e RPIMA ; leur hiérarchie, embarrassée, affirmera qu'ils se sont énervés après des « jets de bouteille » de la part de « jeunes ».

 

Un an plus tard, en juin 2011, ce sont deux kebabs qui sont attaqués en pleine nuit dans la même ville : des vitrines sont brisées ou recouvertes d'inscriptions racistes et d'autocollants ou de slogans du Bloc Identitaire, plusieurs témoins décrivent des « jeunes hommes au crâne rasé ». Suivent en septembre puis en décembre de la même année, deux profanations massives du cimetière musulman : à chaque fois, les tombes sont recouvertes de croix gammées, et de slogans comme « Mort aux Arabes, Mort aux Juifs », « La France aux Français, les arabes, dégagez ».

 

A Castres, une profanation du carré musulman avait également eu lieu plus tôt dans l'année en janvier  2011: l'auteur des faits, interpellé quelques mois plus tard était un ex-militaire du 8ème RPIMA de 48 ans, militant du Front National.

 

C'est dans le contexte de cette vague d'attaques racistes et islamophobes, que les médias nationaux notamment télévisés, évoquent pour une fois, en juillet 2011 l'ambiance qui règne dans ce petit coin de France. Il s'agit pour eux d'incriminer les « jeunes des cités » qui sont venus devant la caserne du 8ème RPIMA de Castres et s'y sont battus avec de jeunes militaires. La droite pousse les hauts cris devant cette « attaque contre l'Etat français et ses soldats ». Bien peu de télés reprendront le déroulement exact des évènements, relatés uniquement par les journaux locaux : la « descente » des « jeunes arabes » à la caserne faisait suite à une autre descente, celle de militaires cagoulés, hurlant des slogans racistes qui ont matraqué dans un bar fréquenté par les dits « jeunes arabes ». Il s’agit d’une reproduction exacte de la scène qui s'est déroulée en mars 2010 à Carcassonne. Seul le numéro du régiment change, ainsi que le traitement médiatique : à Carcassonne, aucun militaire n'avait été blessé suite à la ratonnade, il n'y avait eu que des victimes du racisme, cela n'avait pas intéressé les médias nationaux.

 

Par contre en juillet 2014, quand de jeunes militaires du 3ème RPIMA de Carcassonne se battent avec des jeunes qui fêtent la victoire de l'Algérie pendant la Coupe du Monde, la couverture médiatique des faits est très importante ; de jeunes militaires ont effectivement été blessés. Il n'y a évidemment pas de raisons de ne pas en parler. Le problème c'est d'en parler sans faire référence à la réalité de la violence islamophobe et raciste dans la région, aux ratonnades qui ont eu lieu précédemment, et à l'implication récurrente de militaires ou d'ex-militaires des régiments de paras dans diverses attaques qui ont bien souvent une coloration néo-nazie assumée.

 

De même, les médias seront beaucoup plus discrets et peu interprétatifs sur la marche de nuit célébrant la victoire de l'Allemagne contre l'Algérie le 30 juin dernier lors de cette même Coupe du monde. Il s’agit alors d’ une marche des jeunes paras dans les rues de Carcassonne, en pleine nuit.. Elle revêt le caractère d’un défilé officiel, puisque des gradés sont là et « encadrent » cette marche. La vidéo retraçant ce défilé nocturne se retrouvera quelques heures plus tard, sur les comptes Twitter ou Facebook de nombreux membres du Bloc Identitaire.

 

C'est toujours ainsi que ça se passe : l'existence d'une imprégnation néo-nazie au sein du 3ème et du 8ème RPIMA affleure parfois à la surface des dépêches de presse, comme en décembre 2012, lorsque la photo d'un soldat français au Mali arborant l'insigne d'une division SS française fait le tour du net. L'armée reconnaît qu'une dizaine de militaires au moins arboraient cet écusson, et qu'au minimum l'un d'eux est un para du 8ème RPIMA. Bien sûr une « enquête » est promise, mais les gradés interrogés par la presse ont ces phrases pour le moins ambigües, évoquant une « vieille tradition idiote ». C'est une manière de voir le néo-nazisme, effectivement, mais aucun média n'est allé vérifier certaines conséquences de cette « vieille tradition idiote » dans la région de résidence de ce régiment ; aucun n'a évoqué les faits dont nous avons parlé ci-dessus, qui jettent un éclairage plutôt sinistre sur ce que sont les « traditions potaches » de certains paras.

 

Pourtant, il existe une amicale du 3ème RPIMA, qui anime un site extrêmement complet sur l'histoire et la tradition de ce régiment. Le site évoque son origine, les guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et son plus célèbre officier, le tortionnaire Marcel Bigeard en personne. L'amicale du 3ème, animée par ses retraités, manifeste un attachement très fort à une certaine tradition algérienne, celle des colons et des militaires pro-OAS. La sous-rubrique « Chants militaires » de la rubrique « Tradition » met en tube phare une chanson de Jean Pax Mefret, intitulée « Vieux Soldat  ».

Ce Jean Pax Méfret est un chanteur à thème, et ses thèmes sont ceux de l'extrême-droite raciste, à commencer par la défense de l'Algérie Française, à laquelle cet ancien journaliste de Minute a également consacré quelques ouvrages dont une biographie élogieuse de Bastien-Thiry, l'un des chefs de l'OAS. A l'amicale du 8ème RPIMA à Castres on partage cette passion pour Méfret : le 21 avril 2011, jour anniversaire du putsch militaire à Alger pendant la guerre, l'artiste se produit dans la commune, l'amicale assurant l'animation et le service d’ordre.

 

Face à cet historique, évidemment, le para retraité qui a voulu « faire sauter » la mosquée de Carcassonne n'apparaît plus comme le « fou » isolé qu'on nous a présenté dans les médias. Il s'agit en fait d'un de ces nombreux paras, jeunes ou moins jeunes qui basculent dans la violence. Ils ont été  bercés doublement par la petite musique de haine historique que leur régiment appelle « tradition » et par une extrême-droite dont les liens avec l'armée ne sont plus à prouver, même si évidemment tous les actes racistes et islamophobes commis dans ces villes ne sont pas du fait de militaires ou d'ex-militaires.

Finalement, l'  « actualité » apparaît de bien peu d'importance dans son acte : car pour certains, dans ce coin de France comme tant d'autres, la guerre d'Algérie ne s'est pas terminée en 1962, l'Ennemi est toujours là, le Bougnoule ou l'Islamiste, c'est d'ailleurs la même chose.

 

Lorsqu'une partie des gens se croit en guerre contre un "ennemi intérieur" et entend réellement mener cette guerre, même de basse intensité, il n'est pas  étonnant que la partie de la population qui est désignée comme "ennemie" se sente en permanence étrangère là où elle vit. Il n'est pas étonnant non plus qu'elle ait une perception particulière du territoire, divisé entre les espaces où elle peut se sentir, sinon à l'abri, du moins, moins exposée. Pas étonnant non plus que d'autres espaces, ceux où elle est vue comme l'élément étranger et ennemi, lui semblent faire partie d'une autre société. Le repli sur soi et le communautarisme tant décriés, tant reprochés représentent avant tout une réaction logique face à un danger réel. A Castres comme à Carcassonne, faire l'erreur d'entrer ou de passer trop près de certains bars, comme être le seul arabo/musulman dans certains coins peut coûter très cher. Et dans le même temps, les lieux de culte, de loisir, voire même les sépultures de ses proches font sans cesse l'objet d'attaques.

 

Une chose pourrait mettre fin à tout cela : une action énergique de l'Etat, au sein de son armée, mais aussi dans les milieux d'extrême-droite, qui depuis la fin de la guerre d'Algérie transmettent de génération en génération le racisme et la nostalgie coloniale.

 

Mais l'Etat ne le fait pas, et n'intervient que sporadiquement, quand la violence a été trop forte pour pouvoir rester dissimulée. Dans ces cas là, on vire un ou deux jeunes des régiments, on frappe un petit coup sur un groupuscule d'extrême-droite, mais ça ne va jamais plus loin.

 

Beaucoup d'analystes bondissent lorsqu'on prononce le mot « néo-colonialisme », comme s'il était exagéré. Pourtant dans certains coins de France, il n'y a pas de terme plus exact que celui-là pour décrire les évènements. Et même la réaction de bonne foi à cette description est néo-coloniale : «  ah, ça c'est le Midi », « Ah, les régiments de paras, c'est comme ça ». Au temps des colonies, aussi, beaucoup d'hommes politiques et de partis progressistes étaient totalement indifférents aux atteintes aux droits de l'Homme commises là-bas, alors que le dixième de ces exactions commises dans les métropoles les aurait indignés au plus haut point.

 

Mais les colonies et les métropoles n'ont jamais été étanches. Et de la même manière aujourd'hui, la France entière vit désormais de plus en plus souvent au rythme de ces îlots de non-droit : désormais, c'est un peu partout que des mosquées sont attaquées, que la chasse aux femmes voilées ou aux migrants se banalise.

La lutte contre la violence raciste ne peut pas se fragmenter. Soit elle intègre l'ensemble des discriminations et des actes de violence, soit elle  constitue une caricature.

 

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 14:47

maidanek.pngEffacer les traces du génocide au moment où il est perpétré, nier l'Histoire alors même qu'on est en train d'en écrire des pages atroces. "Sonderaktion 1005" (action spéciale 1005), tel était le nom donné par les nazis à l'entreprise négationniste qu'ils ont lancé dès le mois de mai 1942. La Sonderaktion 1005 recouvre toutes les opérations de destruction des preuves des massacres de masse qui constituent la "Shoah par balles", puis la destruction de certains camps d'extermination comme Sobibor et Belzec, ainsi que toutes les tentatives inachevées du même genre à Maidanek, Auschwitz et dans bien d'autres lieux.

 

L'exposition d'une partie des archives filmées des Soviétiques qui a lieu en ce moment au Mémorial de la Shoah à Paris reflète d'abord une victoire sur les premiers faussaires de l'Histoire, les nazis eux-même : nous nous sommes habitués malheureusement aux images des milliers de cadavres, des entassements de squelettes démembrés, à celle des survivantEs exsangues des camps d'extermination. Mais là, les images sont accompagnées du contexte dans lequel elles ont été filmée. On prend ainsi conscience qu'à quelques jours près, si la ligne de front avait avancé un tout petit peu moins vite, les nazis auraient fait en sorte qu'il n'y ait plus rien à filmer, ni morts, ni vivants.

 

Car l'exposition commence par un vide d'images et une parole. Il n'y a aucune image des exécutions perpétrées au gaz dans des camions mobiles par les "Einsatzgruppen" lors de l'offensive allemande sur la Russie. Lorsque l'Armée Rouge parvient sur les lieux de certains massacres par balles, seules des fosses immenses et vides restent sur place. Et il y a une parole, celles des témoins de ces massacres, de cette première partie du génocide, qui se pressent pour raconter aux cinéastes de l'Armée Rouge, non seulement les assassinats barbares, mais aussi l'entreprise d'effacement des nazis. Ceux-ci ont contraint les populations locales à déterrer les centaines, les milliers de morts, à les brûler, à concasser les os et ont aussi, souvent, tué les exécutants contraints.

 

Au regard du développement du négationnisme après guerre et de ses ignobles mensonges, la parole de ces témoins, qui nous parvient au travers d'enregistrements souvent de très mauvaise qualité, qui pour cette raison n'ont souvent pas été diffusés par les Soviétiques, prend à la gorge. Ces témoignages rapellent que la parole négationniste est en premier lieu une insulte à celles des témoins qui seraient tous des menteurs intéressés. Ces premiers témoignages, faits souvent par des populations non juives qui ont connu elles aussi des souffrances terribles, constituent un moment de très grande humanité. Ce moment pris pour raconter ce qu'ont vécu ceux que les bourreaux voulaient exclure de l'humanité à tout jamais, pour en dire l'horrible spécificité, marque la défaite des nazis, et dit déjà que le génocide ne sera pas oublié.

 

C'est une autre leçon de cette exposition : aussi horrible que cela puisse paraître, la spécificité du génocide commis contre les Juifs aurait pu ne pas être vue. La guerre totale, apocalyptique, qui détruit tout, les hommes mais aussi les paysages, voilà . Ce que filment les cinéastes de l'Armée Rouge est constitué de villes en ruine, de bâtiments incendiés, d'étendues désolées où des planches noircies sont les dernières traces d'un village. La mort et la désolation, des populations affamées, c'est ce que les nazis laissent derrière eux. C'est au sein de cette horreur qu'a eu lieu l'horreur particulière du génocide des Juifs.

 

Mais pour les hommes de l'Armée Rouge qui arrivent en 1944 à Maïdanek ou à Auschwitz, pour ceux qui sont arrivés avant sur les lieux des grands massacres comme le ravin de Babi Yar en Ukraine, pour ces premiers observateurs des traces du génocide, la signification précise de celui-ci n'est pas construite. D'abord parce que le pouvoir soviétique est tout sauf univoque sur la question de l'antisémitisme. Certes, pour effacer des esprits le pacte germano-soviétique, Staline et les siens ont voulu après l'invasion de l'URSS, redevenir l'avant-garde mondiale de l'antifascisme. Ils ont autorisé la création du "Comité Juif antifasciste" qui, dès 1942, alerte sur l'extermination en cours et mobilise l'opinion publique et les communautés juives sur le continent américain. Ils vont aussi, dès la découverte des premiers charniers, diffuser une partie des images et les envoyer à l'Ouest.

 

Mais dans le même temps, comme tous les Alliés, les dirigeants de l'Union Soviétique souhaitent relayer l'image d'une nation soudée en guerre contre l'ennemi. Le thème de la "Grande Guerre Patriotique" laisse peu de place aux persécutions spécifiques du génocide contre une population que Staline, déjà, montre du doigt, lui , qui dès 1944, dénonce le « chauvinisme Juif ».

 

Les reportages, soigneusement montés déjà, parlent alors des « camps de la mort », et évoquent pêle-mêle toutes les victimes de tous les camps. C'est le cas notamment pour Auschwitz qui fut aussi un camp de concentration et un camp de travail, et dont seule une partie constituait le camp d'extermination. Les « camps de la mort » expriment une vision de l'Histoire qui aura cours longtemps après-guerre non seulement à l'Est mais aussi à l'Ouest. La réalité de l'entreprise concentrationnaire, effectivement au cœur du système politique construit par les nazis, masque en partie une autre réalité, celle de l'extermination des Juifs, pensée et assumée. Au delà de la volonté politique, cette réalité là n'est pas forcément visible pour les Soviétiques qui découvrent l'immense complexe d'Auschwitz. Dans cet immense complexe même Birkenau et ce qui reste de ses installations de mort n'exprime pas la réalité totale de l'extermination. Elle ne prend pas en compte celle de la majorité des victimes qui descendaient des trains pour être traînées directement par les SS vers les chambres à gaz sans passer par le camp. Ce fut notamment le cas de centaines de milliers de Juifs hongrois déportés vers Auschwitz à partir de mai 1944. 

 

A cela s'ajoute l'antisémitisme qui n'était pas seulement nazi, malheureusement, dans l'Europe de ce temps. L'exposition présente les premiers films sur Auschwitz et montre surtout les images qui ont été coupées : celle par exemple, des cérémonies religieuses juives organisées par les rares survivantEs, tandis que les cérémonies chrétiennes sont gardées au montage. Alors que la guerre n'est pas finie, alors qu'il s'agit de dresser tous les Européens contre le nazisme, on sent cette arrière pensée, qui était aussi présente dans la Résistance à l'Ouest : parler des Juifs ne suscitera pas autant de compassion que parler indistinctement de toutes les victimes.

 

Cette pensée là, qui ne constitue pas seulement une  machiavélisme politique, mais également le reflet d'une part sombre de toutes les sociétés européennes, ne finit pas avec la guerre. Les archives filmées du procès de Nuremberg, comme les films tournés plus tard sur les lieux du génocide dans les pays baltes occulteront de plus en plus souvent la spécificité du projet d'extermination contre les Juifs.

 

Les hommes de la dictature stalinienne ont organisé consciemment cette occultation, qui va évidemment s'accentuer à partir du moment où Staline lance la phase meurtrière de ses campagnes antisémites. Alors que les intellectuels du Comité antifasciste Juif sont systématiquement assassinés, alors que la presse se déchaîne contre le « complot sioniste », il devient nécessaire d'effacer des mémoires ce que fut réellement l'entreprise nazie.  Ainsi quelques années après la Shoah, l'antisémitisme devient une composante du discours et de la pratique soviétique.

 

Mais ce qui est troublant, c'est qu'à cette entreprise d'effacement, volontaire dans la dictature stalinienne, fait écho l'absence de la spécificité du génocide dans la majorité des discours tenus après-guerre dans les démocraties de l'Ouest. Ce qui est troublant dans l'occultation de ces films des années 50 et 60 tournés en Union Soviétique, c'est qu'ils ne sont pas si différents de ceux qui étaient tournés dans nos pays, où à l'époque, on évoque les « déportés » sans beaucoup plus de précision. A cette époque, beaucoup de survivants des camps d'extermination ne racontaient pas leur histoire, parce qu'elle ne trouvait pas sa place dans l'Histoire qui faisait sens pour leurs contemporains.

 

Cette semaine, il y aura soixante-dix ans qu'Auschwitz aura été libéré, que ces images auront été tournées. Bien sûr, les combats pour la mémoire ont été gagnés, et les commémorations officielles ne manqueront pas.

 

Mais cette semaine, comme toutes les autres, les vidéos négationnistes seront vues des milliers de fois, témoignant bien d'un intérêt morbide et dangereux pour le travestissement de l'Histoire, pour une idéologie qui affirme avant tout «le génocide des Juifs n'a pas eu lieu, et c'est pourquoi nous sommes légitimes à les persécuter de nouveau ».

 

A l'inverse, et il faut le constater pour le combattre, bien peu de nos contemporains trouveront utile et nécessaire pour leur propre compréhension du monde , d'aller voir ces vieilles images. «  C'est bon on connaît » se diront,  sans penser à mal , une partie des élèves qu'un professeur emmènera là.

 

 

Mais non , on neKlooga--Estonia--Survivors-beside-burnt-bodies--September-1.jpg connaît pas. Ainsi on ne connaît pas Klooga, ce « petit » camp d'Estonie. Là, entre le 19 et le 22 septembre 1944, les SS s'acharnèrent à massacrer au plus vite les Juifs encore vivants, par dizaines, par centaines, et à brûler les corps, alors que l'Armée Rouge approchait. A Klooga, il restait quatre-vingt survivantEs quand le camp fut libéré. Si les SS avaient disposé de deux jours de plus, il ne serait resté personne et tous les corps des suppliciés auraient été brûlés.

 

Connaître les derniers jours du camp de Klooga, c'est percevoir une Histoire qui n'est jamais écrite d'avance. C'est avoir la conscience de tout ce qu'on peut éviter, jusqu'à l'horreur absolue des génocides et de tout ce qu'on peut laisser faire, jusqu'à l'horreur absolue des génocides. Connaître les derniers jours du camp de Klooga, c'est savoir qu'il n'est jamais trop tard pour dire non à la barbarie et sauver des vies.

 

Les images tremblantes, en noir et blanc, de Klooga comme d'Auschwitz, comme la voix lointaine des premiers témoins peuvent sembler banales et surannées, dans une époque où les corps décapités, torturés, bombardés s'affichent quotidiennement sur les fils d'actualité de nos profils et comptes de réseaux sociaux, en couleur et en instantané.

 

Pourtant ces images ont bien quelque chose à nous dire. Parce que les nazis ne voulaient pas qu'elles existent. C'est pourquoi dès le début de l'extermination ils ont engagé des moyens considérables pour faire disparaître les traces de ce même génocide. Ils ne l'auraient pas fait, avant même que ne leur vienne la conscience de la défaite probable, s'ils n'avaient pas eu peur du regard du monde sur ces images, et surtout de la réaction qu'elles allaient entraîner. Les bourreaux qui voulaient nier l'humanité des Juifs avaient peur de l'humanisme, de l'universalisme dont ils savaient le réveil possible, même lorsqu'ils dominaient sans partage.

 

Aujourd'hui partout d'autres bourreaux, d'autres dictateurs, d'autres milices démentes torturent, violent, massacrent et assassinent, et au Rwanda, entre autres, les images du génocide en cours n'ont pas réveillé les consciences des Etats et des institutions internationales. Il semble que les bourreaux contemporains  aient moins peur des gens qui regardent les images de leurs crimes, peut-être parce que nous ne regardons pas vraiment, parce que nous nous contentons de voir, et de nous dire que nous n'y pouvons rien.

 

Au Memorial de la Shoah, actuellement, on entre avec difficulté, comme dans un fort , parce qu'à nouveau, en France, des Juifs sont tués parce qu'ils sont Juifs. Mais justement, il faut y entrer et se réapproprier cette Histoire arrachée aux génocidaires qui voulaient l'effacer. Cette Histoire qui est une arme contre tous les bourreaux, une arme pour nous tous.

 Le site de l'exposition, dont l'entrée est libre se trouve ici

 

 

 

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Published by memorial98 - dans Négationnisme
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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 00:17

Nous publions un article rédigé pour Memorial 98 par Bernard Schmid, militant antifasciste allemand qui partage nos combats. Il a récemment pris la parole lors de la commémoration  que nous avons organisé le 9 Novembre dernier pour l'anniversaire de la "Nuit de Cristal" nazie de 1938.

 

Les incendiaires habituels de la mouvance « Riposte Laïque », ont tenté d’organiser un rassemblement, dimanche 18 janvier 2015 à Paris, sous le titre « Islamistes hors de France ! »

Face aux protestation des associations et à une pétition signée par des dizaines de milliers de personnes, la Préfecture de Police de Paris a fort heureusement interdit cette manifestation.   

Pour les mouvances d’extrême droite qui appelaient à ce rassemblement, il s’agissait d’exploiter la vague d’émotion suscitée par les attentats de  « Charlie Hebdo », et de l’épicerie cacher à la porte de Vincennes. Ces crimes ont été perpétrés par trois activistes djihadistes endurcis, ayant noué des contacts avec Al-Quaïda et Daech. Ils n’ont rien à voir avec l’immense majorité des musulmans et musulmanes vivant en France, Mais ceux qui organisaient ledit rassemblement englobent depuis toujours dans leur dénonciation du « danger islamique » toute trace de présence musulmane sur le sol français, il s’agit bien pour eux d’attaquer les  musulmans en tant que tels. Il en de même des attaques et agressions islamophobes qui se multiplient actuellement. Les actes islamophobes recensés ont augmenté de 110 % depuis les attentats, par rapport à l'ensemble du mois de janvier 2014.

On compte au moins une arrestation juste avant une attaque à l'explosif et une autre juste avant une tentative de meurtre à l'arme blanche.

Ces actes ne sont que les actes recensés, c'est à dire ceux pour lesquels les victimes ont signalé ou porté plainte. Le comptage est donc forcément en dessous, voire très en dessous de la réalité, d'autant qu'une partie des victimes ont anticipé notamment les agressions verbales, considérant qu'elles étaient de toute façon inévitables et qu'il n'y avait rien à faire contre elles. 

 

Une mouvance réduite mais qui influence le FN

 

Il était peu probable, avant même son interdiction, que ce rassemblement connaisse une réussite en termes de nombre de participants. La mouvance « Riposte Laïque » est avant tout une sorte de secte[1], qui n’est pas en capacité de  mobiliser beaucoup de monde dans la rue. Les manifestations sur la voie publique qu’elle a organisé dans le passé, le 10 novembre 2012 « contre le fascisme islamiste » à laquelle appelaient formellement « 34 associations », et une partie de la mouvance « identitaire » parcourue par des divisions n’ont rassemblé que quelques centaines de participant-e-s. Son plus grand succès de mobilisation a été sans doute la préparation des « Assises contre l’islamisation de nos pays », réunion publique en salle co-organisée par le Bloc identitaire, le 18 décembre 2010, avec environ mille participants[2]. La mouvance identitaire, quant à elle, est aujourd’hui  divisée entre le « Bloc » de Fabrice Robert, le « réseau Identités » de Richard Roudier et d’autres composantes.  Elle constitue plutôt un mouvement d’extrême droite activiste dont les principaux succès sont constitués par des « coups » médiatiques,   plus qu’un mouvement de masse.

Si ces mouvances ont une importance à l’échelle de la société française, c’est parce qu’elles ont influencé et influencent toujours (de l’extérieur et partiellement de l’intérieur) le Front national, parti dominant de l’extrême droite.


Locomotive allemande

 

Pour pallier leurs faiblesses, les mouvements organisateurs du rassemblement du 18 janvier misent sur un modèle étranger, censé leur servir de « locomotive » pour démarrer le moteur de la mobilisation. Il s’agit du mouvement « contre l’islamisation » qui a parcouru l’Allemagne, ces trois derniers mois, et qui a connu des succès de mobilisation surtout dans une région de l’Est du pays, la Saxe. Dans cet Etat-région (Land) allemand, il est surtout connu sous le nom de PEGIDA, sigle pour Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlands ou « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident », appellation locale qui a été créée en octobre 2014 à Dresde. Ailleurs, le nom a connu de nombreuses déclinaisons locales, englobant souvent le nom de la ville, telles que DÜGIDA (à Düsseldorf), BOGIDA (à Bonn, ancienne capitale fédérale d’avant 1989), KAGIDA (à Kassel). Ou plus récemment LEGIDA (à Leipzig, ville elle-même située en Saxe mais rivalisant depuis toujours avec la capitale régionale, Dresde).


Depuis l’Allemagne, la mouvance « Riposte Laïque » avait  invité une oratrice pour le rassemblement de dimanche, en la personne de Melanie DITTMER. Celle-ci est d’ailleurs annoncée sur le site Internet de « Résistance Républicaine » (de Christine Tasin) comme « Mélanie Dimmler »; . Ce n’est pas son nom, mais les organisateurs d’extrême droite ont sans doute pensé à Heinrich Himmler, dirigeant nazi.


Qui est Melanie Dittmer ? ­Agée de 36 ans, elle milite depuis bientôt vingt ans à l’extrême droite. À 18 ans elle avait  fait l’objet d’un reportage de la  télévision publique allemande diffusé en 1996, où on la voit proférer des propos violents demandant notamment l’ouverture de « camps de travail ». Des camps dans lesquels on mettrait « des assassins, des dealers et des ennemis du peuple/parasites » (en original : Volksschädlinge, le terme Schädling signifiant « nuisible » ou « parasite », et Volk signifiant « peuple » ou « nation ») ; voir http://www.spiegel.de/panorama/gesellschaft/bogida-initiatorin-dittmer-mit-brauner-vergangenheit-a-1009832.html

Jusqu’il y a quelques années, Dittmer faisait figure de cadre de l’extrême droite pro-nazie. Elle était alors dirigeante des JN (Junge Nationaldemokraten), les jeunesses du parti néonazi NPD – un parti fondé en 1964, actuellement doté d’un siège au parlement européen. En parallèle, elle écrivait dans des publications de la mouvance néonazie, à l’instar du « Ruhrstürmer » («  L’assaillant de la Ruhr »)[3].

Aujourd’hui, Melanie Dittmer, tout en mettant en cause récemment l’existence de la Shoah[4], a choisi de militer dans une branche de l’extrême droite qui se veut plus institutionnelle et prend officiellement ses distances avec les mouvements néonazis. Elle est en effet membre de la direction du parti régional d’extrême droite « Pro NRW », NRW étant l’abréviation de la région Nordrhein-Westfalen (Rhénanie du Nord Westphalie), Etat-région le plus peuplé d’Allemagne avec 18 millions d’habitant-e-s . « Pro NRW » est un parti qui a souvent occupé les médias, mais est resté au stade groupusculaire, sauf sa branche locale à Cologne : « Pro Köln ». Celle-ci a disposé pendant dix ans d’un groupe au Conseil municipal de Cologne. En 2004 et 2009, elle avait en effet obtenu deux fois des résultats situés autour de cinq pour cent des voix, mais a perdu la moitié de son électorat au dernier scrutin municipal de mai 2014. Elle n’a obtenu alors plus que 2,6 %, alors que le parti souverainiste AfD (Alternative für Deutschland, « Alternative pour l’Allemagne »), fondé en 2013 et qui a actuellement le vent en poupe, lui est passé devant. Ce dernier a obtenu 3,6 % à Cologne, sur le plan local, ce qui reste inférieur à ses moyennes sur le plan fédéral/national : aux élections européennes tenues le même jour, AfD a réalisé à Cologne un score de 7 %, dans sa moyenne nationale. Au Conseil municipal de Cologne, ni « Pro Köln » ni AfD n’ont actuellement un groupe constitué, mais chacun dispose de conseillers municipaux siégeant parmi les non-inscrits.

 

Un mouvement à ancrage territorial inégal

 

Cologne fait partie, avec Bonn (ville voisine où réside Melanie Dittmer) et Düsseldorf, la capitale régionale distante de quarante kilomètres,  des villes où la dynamique du mouvement « PEGIDA et associés » n’a pas vraiment pris.

A Cologne, une première manifestation du mouvement (ici appelé « KÖGIDA »), annoncée comme importante, a été organisée lundi 05 janvier 2015 au soir. Mais 500 partisans du mouvement « contre l’islamisation de l’Occident » firent alors face à plus de 10.000 contre-manifestants, et ne purent pas marcher sur le trajet prévu. A la même occasion, la célèbre cathédrale de la ville ainsi que la mairie ont été plongées dans le noir, sur ordre respectivement de l’évêque et des autorités municipales. Voir http://www.zeit.de/gesellschaft/zeitgeschehen/2015-01/pegida-baergida-koegida-dresden-berlin-koeln  et http://taz.de/Pegida-in-Koeln-und-Berlin/!152286/

Le lendemain, le cercle des organisateurs de la manifestation raciste s’est divisé en deux. Ensuite, il a été annoncé qu’il n’y aura plus, dans un proche avenir, de manifestations du mouvement ni à Bonn (où les participations étaient autour de 200 lors des tentatives qu’il y a eues), ni à Cologne. Sur le plan régional, la mobilisation va désormais se concentrer sur Düsseldorf, la capitale de la Rhénanie du Nord Westphalie, où le principal organisateur s’appelle Sebastian Nobile. Il s’agit d’un ancien cadre de la « German Defence League », une tentative d’importer en Allemagne le modèle de la « English Defence League » (EDL, « Ligue de défense anglaise »). Ce mouvement a réussi à mobiliser en Grande-Bretagne,    à partir de 2009, des supporteurs de football et hooligans ainsi que d’autres milieux, pour des manifestations de rue régulières. Ceci sous prétexte de s’opposer à l’islamisme radical. Actuellement, ce mouvement britannique est plutôt sur le déclin, et la tentative de la transposer à l’Allemagne – et d’autres pays en Europe de l’Ouest – n’a pas donné de grands résultats.

Néanmoins, à l’automne 2014, un mouvement similaire semblait se former en Allemagne, sur de nouvelles bases. Là aussi sous prétexte de s’opposer aux djihadistes et autres islamistes radicaux, des militants issus du milieu hooligan raciste ont construit un mouvement sous le sigle de HOGESA, pour Hooligans gegen Salafistes (« Hooligans contre les salafistes »). Après que 400 islamistes radicaux appartenant au courant salafiste ont  attaqué, en septembre 2014 à Hambourg avec des couteaux et d’autres armes, des manifestants kurdes, les médias avaient largement rendu compte de cette agression. Celle-ci se déroulait sur fond d’opposition entre islamistes radicaux et Kurdes  à propos de l’ « Etat islamique » proclamé en Syrie et en Irak (l’organisation Daech), et à propos de la résistance des Kurdes à Kobanê contre cette structure mortifère. Suite à cette agression très médiatisée, la légitimité semblait tout trouver pour un mouvement anti-musulman, qui s’appuierait sur le prétexte de s’opposer aux islamistes radicaux et agressifs.

Environ 4.500 participants ont ainsi pu être mobilisés pour le 26 octobre 2014 à Cologne, au nom de « HOGESA ». Le nombre de contremanifestant-e-s, quelques centaines, a alors été nettement inférieur, la gauche antifasciste ayant été totalement surprise par l’ampleur de la mobilisation. La police ayant été elle aussi débordée, le public médusé à assisté à des scènes d’une extrême violence, des hooligans ayant entre autres démoli un restaurant chinois du centre-ville de Cologne. Mais cette éruption extrême a aussi précédé de peu la fin de la mobilisation de masse sous le sigle de « HOGESA ». Son succès reposait avant tout sur les structures d’anciens activistes de la mouvance nationaliste et raciste, politisés dans les stades de football dans les années 1980 ou 1990, aujourd’hui âgés de 45 ans et plus mais disposant encore de leurs réseaux. L’absence de nouvelles structures d’appui, portées par des membres des plus jeunes générations, mais aussi les images de violence ont limité la portée du mouvement. Début novembre 2014 des tentatives de porter le mouvement à Berlin et Hambourg se sont soldé par des échecs : à Berlin, il y a eu interdiction, et à Hambourg, celui qui était allé négocier l’autorisation du parcours avec la police s’est fait sérieusement « cuisiner » et menacer de poursuites. Il a préféré annuler… Une dernière manifestation a pu avoir lieu à Hanovre, réunissant environ 2.000 à 3.000 personnes, mais la dynamique était désormais brisée. Même si les hooligans sont cette fois-ci restés non-violents (tout en se faisant attaquer par des anarcho-autonomes), la manifestation du 15 novembre n’a pas créé un effet « positif » pour d’autres mobilisations.

À la même période, un autre mouvement commençait cependant à monter, celui qui a été intitulé PEGIDA (à prononcer avec la voyelle longue sur le « i »), à partir de la ville de Dresde. Ici, cela avait débuté à petite échelle avec 300 manifestants réunis le lundi 20 octobre 2014  sous le slogan « Nous sommes le peuple », piratantcelui de l’opposition en Allemagne de l’Est en 1989. Puis, le mouvement allait grandir chaque lundi, franchissant la barre des 10.000 manifestants début décembre de la même année, avant de réunir 17.500 personnes le 22 décembre pour la dernière manifestation avant la trêve de Noël. Respectivement 5.000 et 4.000 contremanifestant-e-s leur firent alors face. Dans cette capitale de la région de Saxe, l’une des clés du succès résidait probablement dans le fait que les premiers organisateurs du mouvement ne venaient pas d’un milieu déjà connu et politiquement catalogué. Alors qu’à Bonn, Cologne ou Düsseldorf, les animateurs des mouvements locaux « contre l’islamisation » sont, jusqu’à aujourd’hui, clairement connotés d’extrême droite et de longue date.

Le principal protagoniste à Dresde est ainsi devenu Lutz Bachmann (âgé de 41 ans), jusqu’ici plutôt connu comme membre des milieux du proxénétisme et de la petite criminalité, qui avait passé trois ans et demi en prison. Un aventurier qui n’avait pas encore fait l’expérience du militantisme en politique, mais sentait la montée d’une dynamique sur laquelle il pourrait surfer.

Dans une interview donnée début décembre 2014 (voir http://www.bild.de/regional/dresden/demonstrationen/pegida-erfinder-im-interview-38780422.bild.html ), Lutz Bachmann a déclaré que lui et ses compagnons avaient été motivés à manifester, initialement, par la vision d’une manifestation qui s’était déroulée le 10 octobre dernier à Dresde. À cette occasion, plusieurs centaines de Kurdes, ensemble avec des jeunes antifascistes allemands, avaient manifesté pour la résistance contre les islamistes de « l’Etat du califat » à Kobanê. Lutz Bachmann et les siens n’y ont vu qu’un « danger étranger », le risque de voir « des conflits étrangers sur le sol allemand ». Ce qui tend à démontrer ce qu’il faut penser de leur positionnement officiel, qui proclame que « nous ne sommes pas opposés aux musulmans en tant quels mais au danger islamiste, et pas opposés aux immigrés en tant que tel mais aux abus de l’immigration et du système d’asile ». C’est en effet une pure hypocrisie, et si l’opposition au djihadisme agressif était vraiment leur « cause » première, ils auraient soutenu les manifestants qui demandaient des armes et des moyens pour les Kurdes luttant à Kobanê contre l’ « Etat islamique ».

Jusqu’ici, Dresde est resté le fief absolu du mouvement, qui a su – la plupart du temps – garder l’hégémonie dans la rue, opposant presque toujours un nombre supérieur de participants aux contre-manifestations organisées en face. Seule heureuse exception : le samedi 10 janvier, l’opposition à PEGIDA a réussi cette fois-ci à mobiliser très fortement, en faisant descendre 35.000 personnes dans les rues de Dresde en mobilisant au-delà des frontières de la ville, comme  PEGIDA. Mais le lundi soir suivant, 12 janvier 2015, le mouvement PEGIDA a lui aussi pu augmenter le nombre de ses manifestants, en mobilisant 25.000 personnes.

Cette fois-ci, PEGIDA avait tenté de bénéficier de l’émotion crée par le choc des attentats de Paris, contre « Charlie Hebdo » puis au supermarché juif Hyper Cacher. Les organisateurs avaient demandé à leurs partisan-e-s de venir vêtus de noir ou en portant des signes de deuil. Certains ont reproché au mouvement une récupération « en flétrissant les cadavres », voir http://www.neues-deutschland.de/artikel/957806.politische-leichenschaendung.html  Mais avant les manifestant-e-s « contre l’islamisation » réunis le lundi 12 janvier, c’était déjà les contre-manifestants-e-s du samedi précédent qui avaient dénoncé les crimes commis à Paris. Ils et elles avaient porté le deuil des victimes et repris le slogan français « Je suis Charlie ». Cela a contribué à atténuer l’ampleur de la récupération que pouvait effectuer PEGIDA.

 

Pourquoi la Saxe ?

 

Les disparités régionales sont importantes, en ce qui concerne l’ampleur de ces mobilisations. La mobilisation est forte surtout à Dresde, et depuis peu elle a aussi commencé à Leipzig, sous le nom de « Legida » : environ 5.000 personnes y ont manifesté pour la première fois, mercredi 14 janvier 15. Mais presque partout ailleurs, les contre-manifestations dépassent jusqu’ici en nombre celui des participant-e-s aux rassemblements des alliés de PEGIDA. A Munich, à Stuttgart et ailleurs, les maires de plusieurs grandes villes (appartenant au SPD dans le premier, aux Verts dans le second cas) se sont joints aux contre-manifestations, fin décembre 14 et début janvier 15.

Les rythmes politiques en Saxe ne sont en effet pas les mêmes. Au temps de la RDA d’avant 1989, cette région passait pour assez contestatrice car elle était désavantagée au niveau de l’approvisionnement.  Mais  elle était aussi – en ce qui concerne la région de Dresde - relativement déconnectée des débats et informations qui avaient cours ailleurs. En effet, la partie orientale de la Saxe (dominée par Dresde, alors que la partie occidentale est dominée par Leipzig) était nommée ironiquement« das Tal der Ahnungslosen » (« la vallée des ignorants ») au temps de la RDA. En effet, c’était la seule région de l’ancienne RDA où l’on ne pouvait pas capter, dans les foyers, la télévision ouest-allemande. Lors de la chute du mur et de la réunification, cela aura eu pour effet que les attentes et les illusions, portant sur la future vie dans « le paradis capitaliste », étaient plus fortes ici qu’ailleurs.En effet, dans d’autres parties de la RDA, les citoyen-ne-s étaient plus informés de l’existence du chômage et de problèmes sociaux en Allemagne de l’Ouest, dont sa télévision faisait état, alors que certains habitants en Saxe ont pu croire que tout cela relevait « de la propagande du régime communiste ».

La Saxe a été, après la réunification, une région où les partis d’extrême droite ont obtenu des scores importants. Surtout c’était la région où le NPD (parti néonazi) a réalisé ses résultat les plus élevés, montant jusqu’à 9,2 % des suffrages lors du scrutin régional du 29 septembre 2004. Nulle part ailleurs en Allemagne, ce parti ouvertement fasciste et violent – qui n’est guère préoccupé de « stratégies de dédiabolisation » n’avait obtenu de tels succès. Aujourd’hui, depuis l’élection régionale du 30 août 2014, le NPD a disparu du Parlement régional (ratant de 0,05 % des voix la barre des 5 % des voix requises), mais il a été supplanté par une  forte section régionale du parti souverainiste AfD     (9,7 %).

Par ailleurs, l’invocation d’une crainte d’ « islamisation » (qui menaceraient sous l’effet de l’immigration) est encore plus absurde en Saxe qu’ailleurs. 2,2 % de la population de la région (et 4,7 % de celle de sa capitale Dresde) sont de nationalité étrangère, un taux très faible, et parmi eux ont trouve seulement… 0,2 % de musulman-e-s. Par ailleurs, l’invocation de « valeurs chrétiennes » qui seraient menacées par l’avancée de l’islam – alors que PEGIDA a fait entonner des chants de Noël chrétiens aux manifestants, réunis le 22 décembre au centre-ville de Dresde – est elle aussi particulièrement hypocrite en Saxe. 80 % de ses habitant-e-s ne sont membres d’aucune confession chrétienne, le nombre de baptêmes ayant été faible à l’époque de la RDA. En réalité, c’est une peur diffuse du déclassement social, dans une Allemagne jusqu’ici relativement épargnée par « la crise ,  mais dont une partie s’enfonce dans la pauvreté (et entourée de pays en crise), qui explique bien davantage cette mobilisation. Une peur de déclassement qui est surtout celle de personnes « ayant quelque chose à perdre », puisque les mobilisations sont majoritairement portées par des membres ses classes moyennes, cf. http://www.heise.de/tp/artikel/43/43857/1.html  - En Saxe, il s’agit plus spécifiquement d’une peur de personnes ayant cru qu’elles étaient enfin parvenues là où elles avaient rêve d’arriver : dans une Allemagne idéalisée (en tant qu’Etat-nation réunifié) et imaginée comme un « paradis capitaliste ». Alors qu’aujourd’hui, les élites invoquent la construction européenne et que la réalité sociale est peu attrayante et menace de l’être de moins et moins, ces personnes se cramponnent à leur volonté de « sauver ce qu’ils peuvent sauver ».

 

L’opposition à « PEGIDA »

 

Ailleurs en Allemagne, le mouvement est aussi endigué parce que les partis dominants, les grandes forces politiques, les élites gouvernementales, mais aussi le patronat mettent leur poids dans la balance pour freiner cette dynamique. Les Eglises chrétiennes oeuvrent dans le même sens, tout comme le Zentralrat der Juden, l’organe de représentation (« Conseil central ») des Juifs en Allemagne qui a clairement condamné l’islamophobie.

Ce qui fait d’ailleurs écrire à Jürgen Elsässer, représentant très en vue de la mouvance rouge-brun qui est un ancien militant d’extrême gauche ayant glissé vers le nationalisme autoritaro-populiste et soutien le mouvement PEGIDA : « Ce qui ne plaît pas au Conseil central des juifs, au gouvernement des Etats-Unis et au régime de Nétanyahou, c’est qu’à Dresde, pour la première fois, un mouvement s’est puissamment exprimé qui veut re-constituer l’Allemagne comme un Etat souverain. » Il désigne ainsi l’organe de représentation des Juifs en Allemagne comme un ennemi intérieur. Le rôle des « rouge- brun »consiste surtout à tenter de manipuler les lambeaux d’un mouvement pacifiste, anciennement puissant mais aujourd’hui en état de décomposition avancé et dont il pousse les résidus vers une orientation pro-Poutine, au nom de la résistance contre un « danger de guerre » qui émanerait de l’Ukraine – avec les mouvements de « PEGIDA » et alliés. Avec un certain succès, en influençant les restes du mouvement pacifiste dans un sens neutraliste, nationaliste (« maintenons nous en dehors des conflits étrangers ») et autoritaire. Les grandes pancartes portant l’inscription « La paix avec la Russie » (Frieden mit Russland), visibles sur des photos des manifestations de Dresde publiées par la presse française, témoignent de cette influence d’Elsässer et son magazine mensuel, COMPACT. La thématique antisémite ne fait pas consensus, à ce jour, au sein des mouvements actuels. Elle est  certestrès présente dans les milieux du NPD, mais ceux-ci, s’ils participent également au mouvement, ne sont pas en mesure de le dominer.

 

Vingt ans et une réelle différence

 

La dernière manifestation de cette volonté des responsables politiques de contrer le mouvement Pegida a été la mobilisation, mardi 13 janvier 2015, d’environ dix mille personnes à Berlin, manifestant « pour la tolérance » et contre le racisme anti-musulman. Elles se sont rassemblées avec la chancelière Angela Merkel et le président fédéral Joachim Gauck en personne. Auparavant, en période de Noël, toute la presse conservatrice et libérale avait largement ouvert ses colonnes aux messages des deux Eglises chrétiennes, rappelant le nécessairement « secours au prochain » à apporter y compris aux réfugiés. Lors de se vœux pour la nouvelle année 2015, prononcés le 31 décembre dernier, la chancelière Merkel avait embrayé sur ces dénonciations, et mis en garde contre les manifestations du type PEGIDA.

 

 Ce paysage se démarque radicalement de celui d’il y a une vingtaine d’années, quand des centaines d’attaques racistes ont eu lieu, culminant en 1992 à 18.000 crimes, délits et contraventions à connotation raciste (de l’injure raciale jusqu’à l’homicide) dans l’année. À l’époque, les vannes de cette dynamique avaient été largement ouvertes par l’ « establishment » lui-même. Les deux principales forces politiques, la CDU/CSU conservatrice et le SPD social-démocrate, avaient alors mené le tristement célèbre « Asyldebatte », le débat sur la « nécessaire restriction du droit d’asile ». Ce débat a culminé dans l’acceptation par le SPD, lors d’un congrès extraordinaire tenu en août 1992 au Petersberg, d’une modification de la Constitution,  puis dans le vote de cette modification au Bundestag (Parlement fédéral). Le 26 mai 1993, ce dernier a fortement restreint le droit d’asile, pourtant constitutionnellement garanti.

Cet objectif était alors présenté comme une nécessité impérative, face à « une invasion » faisant suite à la disparition des frontières fortifiées (de l’ex-bloc soviétique) à l’Est, par toutes les grandes forces politiques établies. La campagne raciste, dont la tonalité principale était « Le navire (allemand) est plein », n’a duré que peu de temps après le vote du Bundestag. Trois jours après, le 29 mai 1993, un attentat raciste commis à Solingen tua cinq femmes et enfants de nationalité turque . Ce crime raciste entraîna une importante mobilisation sociale, comportant notamment des chaînes humaines de protestation à travers le pays. Il engendra aussi  de sérieux problèmes diplomatiques (la Turquie étant un pays membre de l’OTAN et du Conseil de l’Europe) et une camapgne de presse négative au plan international. Les pouvoirs publics ont alors pris des mesures pour stopper la mobilisation raciste, à laquelle ils avaient jusque-là largement lâché le brides, et ont prononcé de premières interdictions de groupes néonazis.

Aujourd’hui, la situation a fondamentalement changé. A l’époque, la campagne raciste a aussi servi à « souder » les deux parties de l’Allemagne fraîchement réunifiée (depuis le 03 octobre 1990), et de mettre les questions sociales qui allaient inévitablement se poser au second rang. Mais l’un des produits de cette mobilisation, pendant toute la période 1990 à 1994, a été la constitution de noyaux durs de la mouvance néonazie, dont certains allaient former ensuite des groupes violents allant jusqu’au terrorisme. A partir de 1998, les fractions les plus endurcies de cette mouvance ont engendré le NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, « Clandestinité national-socialiste »), groupe officiellement constitué de trois membres… mais en réalité formé par des centaines de soutiens logistiques et des militants de l’étape, qui fait actuellement l’objet d’un procès à Munich, en cours depuis juin 2013. Tout n’est pas encore connu, loin s’en faut, ni sur les ramifications du réseau, ni sur les soutiens dont il a pu bénéficier au sein de certains appareils policiers.

 

Aujourd’hui, l’Etat allemand n’accepte pas de courir les risques de voir s’envenimer cette plaie, et de voir des fractions de la mouvance d’extrême droite reprendre la lutte violente voire armée. Déjà une première vague d’attaques contre des futurs foyers de demandeurs d’asile pas encore peuplés  encore a eu lieu à l’automne 2014. Les élites allemandes, qui savent que l’économie de leur pays est avant tout tirée par le moteur des exportations, sont plutôt préoccupées de l’image internationale que reflète leur Etat. Par ailleurs, alors que 17 millions d’habitant-e-s de la RDA venaient d’intégrer les marchés de l’emploi et de la consommation au début des années 1990, l’Allemagne est aujourd’hui fortement marquée par le déclin démographique. Pour des raisons de difficultés à concilier travail salarié et vie familiale, depuis des décennies, les femmes ouest-allemandes rechignaient à avoir des enfants ; les choses étaient différentes en RDA, mais la natalité a là aussi brusquement chuté au début des années 1990. Le patronat est avant tout préoccupé, s’agissant des réfugiés et migrants d’aujourd’hui, de « lever les obstacles bureaucratiques » pour pouvoir les embaucher ou mettre en formation rapidement.


Tout danger n’est cependant pas absent, en ce qui concerne la future dynamique du mouvement de PEGIDA et alliés. D’abord,le public potentiel  paraît important. Un sondage effectué par l’hebdomadaire « Die Zeit » a été publié, à la mi-décembre 2014, sous le titre sensationnaliste : « Un Allemand sur deux déclare des sympathies pour PEGIDA » ; voir ici : http://www.zeit.de/politik/deutschland/2014-12/islam-pegida-fluechtlinge-deutschland-umfrage - En réalité, le sondage ne disait pas cela, la question posée ayant été : « Comprenez-vous qu’il y ait des manifestations contre l’,Etat islamique’ et contre l’,islamisation de l’Occident’ dans des villes allemandes ? » Vu que la question ouvrait sur l’ « Etat islamique » (l’organisation Daech), beaucoup de réponses ont pu être induites par cette référence à la sinistre organisation terroriste, placée en début de phrase.

 

Dans un autre sondage, publié autour du 1er janvier 2015, 29 % des Allemands interrogés qui exprimaient une sympathie pour le mouvement ; v. ici : http://www.heise.de/tp/artikel/43/43745/1.html Selon ce même sondage, 13 % des sondés se déclareraient prêts à se mobiliser ; ils et elles seraient 45 % parmi l’électorat du parti de droite souverainiste AfD, mais aussi 26 % dans l’électorat du parti DIE LINKE.

Ce parti, dont le nom signifie « La gauche », est de très loin comparable au « Front de gauche » en France mais ni son histoire ni sa base sociale ne sont identiques. En ex-Allemagne de l’Est, où une importe partie de cette formation est issue (après 1989) de l’ancien parti d’Etat, la base électorale de DIE LINKE se détermine peu selon un clivage gauche/droite. Le clivage est souvent  régionaliste : on vote pour le parti de « ceux de l’Est », contre une « domination par ceux de l’Ouest qui désavantages toujours les habitants de l’ex-RDA ». La présence forte, au niveau régional, de DIE LINKE (et de son prédécesseur, le PDS)  dans les régions situées à l’Est a heureusement empêché, depuis les années 1990, l’émergence d’une force électorale d’extrême droite importante : DIE LINKE absorbe l’électorat qui pourrait aussi être tentée par cette dernière. Mais une partie de la base sociale oscille entre les deux orientations ; lorsqu’en avril 1996, un parti d’extrême droite (la DVU, disparue depuis et absorbée par le NPD) avait réalisé un score important de 13 % en Saxe-Anhalt, ceci était nettement observable. Comme les électeurs allemands ont deux voix – une pour la liste d’un parti, l’autre pour élire une personnalité parmi les candidat-e-s -, 25 % des électeurs de la DVU lors de ce vote avait donné leur « autre » voix à des candidats du PDS. Ainsi, il n’est pas totalement surprenant que la tentation de sympathiser avec PEGIDA puisse exister parmi des électeurs du parti DE LINKE…

 

Le parti souverainiste AfD, créé en 2013 et actuellement en proie à des conflits de direction intenses, semble de son côté avoir choisi de s’allier au mouvement. Voir http://www.spiegel.de/politik/deutschland/pegida-afd-trifft-organisatoren-am-mittwoch-im-saechsischen-landtag-a-1010987.html et aussi http://www.neues-deutschland.de/artikel/957816.afd-und-pegida-ziehen-an-einem-strang.html.  Suite à une rencontre officielle entre les deux structures, le parti AfD et PEGIDA ont déclaré vouloir continuer à se rapprocher, voir aussi http://www.heise.de/tp/artikel/43/43804/1.html. Pour l’AfD, il s’agit essentiellement de se ressourcer chez PEGIDA et alliés, qui pourraient former une future base sociale « extra-parlementaire » dans la rue.

 

 

PEGIDA – AfD – CDU ?

 

 

Or, qui pense à l’AfD doit aussi penser à l’hypothèse de possibles futures alliances à droite. Au sein de la CDU (au gouvernement), le débat sur le positionnement vis-à-vis de ce parti a commencé. En août 2014, le comité directeur du parti avait décidé le refus net de toute coopération avec l’AfD, la CDU devant garder une orientation pro-Union européenne. Lors du congrès de Cologne de début décembre 2014, Angela Merkel a même fait miroiter une alliance éventuelle avec les Verts (en lieu et place de la « Grande coalition » actuelle avec les sociaux-démocrates), regrettant à la tribune du congrès que les Verts aient interrompu les négociations sur la formation d’un gouvernement en 2013.

 

Sous Angela Merkel, qui passe plutôt pour la représentante d’un « pragmatisme » assez « désidéologisé » et surtout orienté par le maintien du pouvoir, une partie des bases du bloc conservateur fait sentir un « manque de repères idéologiques ». Elle lorgne d’autant plus vers l’AfD, qui a réalisé quelques percées électorales en 2014, allant jusqu’à 13 % dans des scrutins régionaux tenus en août puis en septembre derniers. Par ailleurs, une partie des stratèges de l’aile droite de la CDU – ou de sa sœur bavaroise, la CSU – invoque aujourd’hui l’émergence du mouvement PEGIDA, pour reprocher à Angela Merkel de ne pas avoir été assez à droite : selon eux, avec une orientation correcte, cela ne serait pas arrivé…  Voir http://www.heise.de/tp/news/Ist-Merkel-mit-verantwortlich-fuer-die-Pegida-Bewegung-2506952.html

 

Juste avant le congrès de Cologne, le débat sur la position de la CDU vis-à-vis du parti sur sa droite a d’ailleurs redémarré. Le chef du groupe CDU au parlement régional de Thuringe, Mike Mohring, a ainsi accepté les voix des élus AfD pour sa candidature au poste de ministre-président (chef de l’exécutif régional), suite à plusieurs réunions avec le parti souverainiste. Cela est justifié par un effet-miroir avec la gauche. Les sociaux-démocrates et les Verts ont accepté, en Thuringe, de s’allier avec le parti DIE LINKE (équivalent lointain du Front de gauche) pour gouverner la région. Cette alliance ne semble pas marquer une profonde rupture à gauche. Le nouveau ministre-président Bodo Ramelov a été le négociateur syndical « pragmatique » des années 1990 qui a discuté de l’accompagnement social d’immenses vagues de licenciement en ex-Allemagne de l’Est. Mais par un prétendu effet-miroir, une partie de la droite justifie par là le fait de lorgner vers l’extrême droite. Lors de manifestations , en novembre 2014 à Erfurt, capitale de la Thuringe, contre le « gouvernement néo communiste » qui ont attiré jusqu’à 4.000 personnes, des militants CDU et AfD ont côtoyé des néonazis. Cette dynamique-là est vite retombée à l’époque, mais elle pourrait éventuellement préfigurer (partiellement) quelques futures alliances.

 

 

Antennes internationales ?


Des tentatives d’imiter PEGIDA ont été enregistrées pendant la dernière période, par exemple en Norvège http://www.heise.de/tp/artikel/43/43844/1.html ainsi qu’en Espagne . Mais  il n’est pas sûr que la transposition d’un mouvement à d’autres pays puisse fonctionner.


En ce qui concerne la France, c’est au mouvement antiraciste et à toutes les forces de gauche de combattre vigoureusement toute tentative d’implanter un tel mouvement. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé dimanche 18 janvier notamment à Montpellier. Les "Pegidistes" locaux rassemblés par la Ligue du Midi, ont du faire face à une mobilisation de plusieurs centaines de personnes, bien déterminées à ne pas laisser s'installer un Pegida à la française.

 

Bernard Schmid pour

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[1] L’un des maires FN élus en mars 2014, Fabien Engelmann élu à Hayange (Moselle), est fortement influencé par cette mouvance, et c’est à travers elle qu’il est passé en 2010 de à l’extrême droite. Cependant, à l’heure où le maire d’Hayange connaît de grandes difficultés – ses comptes de campagne ayant été invalidés par le Tribunal administratif (TA) de  Strasbourg en décembre 2014, il a fait appel devant le Conseil d’Etat -, son étoile a décliné au sein du parti de Marine Le Pen.

[2] Deux des orateurs, l’écrivain Renaud Camus et Luc Roche alias « Jacques Philarcheïn », ont été condamnés en première instance en avril 2014, sur plainte du MRAP, pour le délit d’Incitation à la haine raciale. Ils ont fait appel de la décision. Renaud Camus, idéologue qui professe la « Théorie du grand remplacement » (il y aurait un plan diabolique visant délibérément à subsister des populations immigrées aux populations autochtones), s’est aussi illustré dans le passé par des propos visant les juifs. Le 21 avril 2000,  son livre « La campagne de France » avait dû être retiré par son éditeur (Fayard) parce qu’il comportait des passages ciblant les juifs. Et notamment leur trop grand nombre participant à des émissions de « France Culture », alors qu’en raison de leurs origines, ils ne représenteraient pas la culture autochtone française.

[3] Voir sur elle et sa carrière les documents suivants :

 

https://linksunten.indymedia.org/en/node/122743

 

https://linksunten.indymedia.org/node/113014

 

https://linksunten.indymedia.org/de/node/123957

[4] V. l’article http://www.spiegel.de/panorama/gesellschaft/bogida-initiatorin-dittmer-mit-brauner-vergangenheit-a-1009832.html , où elle est citée par ces mots : « La question de savoir si l’Holocauste a existé n’a aucune importante pour moi, puisque ça remonte à 70 ans ! Est-ce qu’on questionne toujours les Français sur Napoléon…  ?»

 

 


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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 22:16

"Les Français, tous collabos ? La réponse est non mais le phénomène est d’ampleur. Cette exposition montre en tout cas pourquoi cette histoire du passé s’est conjuguée aussi au présent. Jusqu’à aujourd’hui. »

Ces phrases concluent le texte d’introduction de l’exposition  « La collaboration – 1940-1945 » qui se tient jusqu’au 2 mars 2015, dans les locaux des Archives Nationales à Paris (lien vers la visite virtuelle en fin d’article)

 

La tentative de réhabilitation de Pétain par Zemmour renforce l’actualité de l’étude de cette période.

 

Le thème est celui de la collaboration avec le régime nazi, et l’exposition s’ouvre sur une présentation des « acteurs de la collaboration », regroupés en 3 catégories : le régime de Vichy, les collaborationnistes parisiens et les différents représentants de l’Allemagne nazie.

Il est donc rappelé quelques caractéristiques du régime de Vichy, basé sur la « révolution nationale », les valeurs « Travail, Famille, Patrie », le culte du chef, l’absence de démocratie politique, le combat contre l’ « Anti-France » qui regroupe Juifs, communistes, Francs-maçons, Tziganes et étrangers.

Il aurait été intéressant de souligner une spécificité de la situation française dans l’Europe sous domination nazie : c’est le seul pays qui a conservé non pas seulement une administration gérant les affaires courantes, mais un régime politique disposant d’une part d’autonomie, et ayant la volonté de collaborer avec les nazis. Hitler ne tenait d’ailleurs  pas particulièrement à cette forme d’association, même si concrètement elle a bien arrangé les intérêts du IIIe Reich.

Rappelons que le terme  de collaboration implique une notion de travail en commun entre partenaires à égalité. On notera le dévoiement que pratiquent les entreprises d’aujourd’hui qui prétendent ne plus avoir plus des salariés mais des « collaborateurs »…

 

Les documents présentés sont d’un grand intérêt : affiches du régime de Vichy ou de partis ou organisations fascistes (PPF de Doriot, Légion des volontaires français LVF…), périodiques de l’époque, journaux personnels, directives officielles, photos, …

Dans la salle concernant les « ennemis communs », on peut voir les boîtes du « fichier parisien des personnes juives », les piles de dossiers des entreprises juives spoliées, la publication dans un journal d’une liste nominative de francs-maçons. Ces documents montrent l’ampleur et la minutie de ce travail de persécution. Ils  donnent aussi une idée de l’implication quotidienne dans ces politiques de fonctionnaires, d’administrateurs économiques, de propagandistes travaillant dans la presse et les médias.

 

L’exposition ne traite pas de Vichy et des administrations et organisations de la zone occupée comme  de simples satellites des nazis. Néanmoins, on peut regretter que ne soit pas mis en valeur ce qui relève des décisions propres de l’Etat français et ce qui est demandé ou imposé par les occupants. Bien sûr le choix de collaborer des autorités françaises est en soi révélateur de réelles convergences idéologiques avec le nazisme. La comparaison avec d’autres pays est éclairante

En Belgique, le gouvernement part en exil à Londres, tout comme celui des Pays-Bas, en Grèce, c’est Hitler qui nomme un Premier ministre, en Norvège l’occupation débute par une administration militaire directe,

Le Danemark représente un cas différent. Il y a une première période de « protectorat » : le gouvernement reste en place, le Parlement et les autres institutions continuent de fonctionner, mais il n’y a pas de collaboration telle qu’on l’a connu en France. Certes, le Danemark n’était pas en guerre contre l’Allemagne au moment de l’invasion nazie, et les enjeux étaient différents notamment par le fait que les nazis concevaient les Danois comme membres d’un peuple frère aryen. Le petit parti nazi danois ainsi que le parti communiste  étaient exclus du gouvernement d’union nationale. Et surtout, le gouvernement danois refuse tout au long de l’occupation les mesures anti-juives. En 1943 le Danemark est déclaré pays ennemi le gouvernement est destitué par les nazis, ceux-ci entreprennent de déporter les juifs danois. Mais seuls 450 d’entre eux seront arrêtés, car l’information ayant filtré, les Juifs sont prévenus et peuvent se cacher, en attendant d’être transportés en bateau jusqu’en Suède, pays neutre et synonyme de sécurité.

 

Au vu de cette rapide comparaison ouest-européenne, on saisit mieux la spécificité de la situation de la France pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Le régime de Vichy est issu des institutions de la IIIe République, même si bien sûr on ne peut le qualifier de démocratique. Le choix de collaborer plutôt que de partir en exil ou de s’opposer est révélateur des courants idéologiques et d’une bonne partie des choix des sommets de l’appareil d’Etat, dès l’avant-guerre.

C’est à juste titre que l’exposition débute par la retransmission d’extraits du discours de Pétain du 30 Octobre 1940, après sa rencontre avec Hitler, dans lequel  est évoquée pour la première fois la collaboration. On notera que dans ce discours Pétain utilise le terme nazi de « Führer » quand il mentionne Hitler. 

A cette date du 30 octobre, le régime de Vichy a déjà promulgué plusieurs lois très orientées. Il s’agit de la possibilité de déchoir de sa nationalité un Français naturalisé (16 juillet),  de l’abrogation du décret Marchandeau du 21 avril 1939 pénalisant le délit d’injure ou de diffamation raciale et amnistie des faits commis depuis cette date ( 27 août ), le premier statut discriminatoire des Juifs du 3 octobre (publié le 18 octobre ), l’ abrogation du décret Crémieux de 1870 (qui accordait la nationalité française aux Juifs d’Algérie) le 7 octobre…

 

 

L’exposition montre de nombreux exemples de propagande de haine: expositions anti-communiste, anti-maçonnique et anti-juives, affiches, brochures, livres, caricatures. Le vocabulaire mortifère de l’hebdomadaire antisémite «  Au Pilori »  fait résonner avec encore plus de violence les diatribes actuelles de Soral, Dieudonné et Faurisson . Une vitrine expose un certain nombre de livres qui ont influencé l’idéologie de Vichy, dont certains publiés bien avant la guerre, comme la « France Juive » d’Edouard Drumont, que la maison d’édition d’Alain Soral, Kontre Kulture a réédité récemment.

 

Un livret d’accompagnement (disponible à l’entrée) fournit des informations sur la plupart des documents présentés, ainsi que sur leurs auteurs. On peut ainsi apprendre que le caricaturiste antisémite Ralph Soupault, qui a débuté dans le quotidien du PCF «  l’Humanité avant de se rapprocher des partisans de Maurras poursuite sa carrière dans les journaux nationalistes et antisémites l’Action Française, Charivari, Gringoire. Il se rallie au PPF de Doriot  dès avant guerre et collabore à « Je suis partout » de Brasillach. Condamné en 1947, il est libéré  dès1950 et reprend son activité dans l’hebdomadaire d’extrême-droite Rivarol. De même pour Lucien Rebatet, dont le livre « Les décombres » a été un des grands succès littéraires de cette période : condamné à mort à la Libération, sa peine est commuée aux travaux forcés à perpétuité en 1947. Il est libéré en 1952, et lui aussi reprend son activité de journaliste à Rivarol et Valeurs actuelles. Autre destin similaire : Emile Bougère, ouvrier aux usines Renault de Boulogne-Billancourt qui débute une carrière de journaliste dans l’Humanité. Il est exclu du PCF en 1932 et rejoint le PPF en 1936. On peut consulter un article dans lequel  il dénonce le maire de Saint Maurice (94) pour avoir conservé les bustes de Marianne. Condamné à 20 ans de travaux forcés en 1945, il est libéré dès 1951.

 

Une salle est d’ailleurs consacrée au thème « la culture et les médias aux ordres ». Et tous les supports y sont utilisés pour la propagande : littérature, presse, radio, cinéma, théâtre et cabaret…  Cette propagande est d’autant plus efficace qu’elle utilise des moyens novateurs, modernes, attrayants : on découvre ainsi le journal Le Téméraire, destiné à la jeunesse, avec des pages en couleurs, des bandes dessinées, des récits de science-fiction ; ou le magazine antisémite Revivre, sous-titré « grand magazine illustré de la race », avec des photos de couverture graphiquement séduisantes.

 

Outre les aspects politiques, policiers, culturels, la collaboration économique et  militaire n’est pas oubliée, comme vous le verrez par vous-même en allant visiter l’exposition ou en consultant son catalogue.

 

À la fin de l’exposition, on peut  visionner une courte interview vidéo des deux commissaires de l’exposition, Denis Peschanski et Thomas Fontaine, autour de cette question « Français, tous collabos ? » qui ouvre l’exposition. Denis Peschanski y réfute la version « noire » (tous collabos) comme la version « rose » (tous résistants) de l’attitude des Français pendant cette période. Il est Interrogé sur les pratiques dites  « d’accommodation »  incluant des chefs d’entreprise continuant leur activité, quitte à produire pour le Reich et l’obéissance des fonctionnaires, Peschanski répond par la « résilience » de la population. Ce terme évoque la capacité à revenir à son état initial après une perturbation, et plus particulièrement en psychologie, le phénomène qui permet à un individu de surmonter un traumatisme, de se construire malgré une situation affective et matérielle difficile. Le concept a été largement popularisé en France par le psychiatre Boris Cyrulnik, (qui a lui-même échappé à une rafle nazie à l’âge de 7 ans)  avec lequel Peschanski a travaillé. Il évoque les manifestations de mécontentement, les critiques, les oppositions qui se diffusent et participent à la reconstruction individuelle et collective. Cet entretien, dont la brièveté n’aide sans doute pas, peut laisser perplexe, parce qu’on ne peut pas considérer que les traumatismes de cette période aient été bien gérés ou surmontés tant individuellement  que collectivement. Le propos de Peschanski apparaït donc bien imprécis.  L’exposition se conclut sur les suites de la collaboration: les 300 000 dossiers individuels ouverts, toutes juridictions confondues, après guerre, montrent l’ampleur et la diversité de la collaboration. Mais ce chiffre global n’indique pas le nombre et la nature des condamnations, dont beaucoup ont d’ailleurs été revues quelques années après. Il n’indique pas non plus s’il a permis de toucher une proportion significative  des collaborateurs ; la carrière d’un Maurice Papon  montre plutôt l’inverse.

 

 

L’exposition ne revient pas sur l’évolution au fil du temps des connaissances historiques sur cette période, sur la difficile prise de conscience de ce qu’a été, au-delà de la collaboration, le régime de Vichy, sur la lente et imparfaite prise en compte par les autorités publiques de ce que représente l’ « Etat français » et les politiques qu’il a menées.

Bien sûr, une exposition ne peut pas tout à elle seule : elle a un thème qui limite son périmètre, des moyens limités (espace physique, temps de préparation, …). Les manques qu’elle révèle, les insatisfactions qu’elle suscite sont autant de moteurs pour continuer à avancer.

On peut en tout cas se féliciter de l’ouverture, de la part du Ministère de la Justice et par anticipation, de fonds documentaires issus des institutions liées à la politique d’épuration, et notamment des juridictions instaurées dans le second semestre 1944. C’est cet accès qui a permis la réalisation de l’exposition, dont nous recommandons vivement la visite.

Memorial 98

 

 

Coordonnées de l'exposition et programme des conférences: http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/web/guest/la_collaboration

Horaires :

Du lundi au vendredi de 10h00 à 17h30

Samedi et dimanche de 14h00 à 17h30

Fermé les jours fériés.

Tarifs :

Plein tarif: 6 euros

Tarif réduit: 4 euros

 Visite virtuelle:http://www.dailymotion.com/video/x2b1q7v_visite-virtuelle-la-collaboration-1940-1945-aux-archives-nationales-a-paris_news

 

 

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:13

dieudonne-la-guerre-c-est-la-paix.jpgDieudonné banni des médias ? Etrange légende dont la diffusion croît parallèlement à son audience dans les mêmes médias.

Existe-­­t­-il aujourd'hui beaucoup d'hommes politiques, beaucoup de partis qui ont la possibilité d'avoir leur communiqué de presse intégralement repris, sur un sujet qu'ils ont eux­même choisi, et le jour où ils ont choisi d'en parler ?

Dieudonné jouit de ce privilège.

 

Ainsi il proclame aujourd'hui, par l'intermédiaire de ses avocats qu'il a décidé de « faire la paix » avec un ennemi qu'il a lui même constitué et circonscrit : « certains représentants de la communauté juive » et certaines « associations antiracistes ». Il entend convoquer une séance de négociations sous l'égide du Ministre de l'Intérieur, rien de moins.

 

Que font les médias face à cette grossière manoeuvre ? Ils publient la nouvelle, et pour certains, comme I­Télé, produisent l'intégralité du texte de propagande du politicien. Non contents de lui avoir gracieusement offert une tribune, ils s'en vont benoîtement jouer les émissaires : puisque Dieudonné avait notamment initié une pétition pour la dissolution de la LICRA, ils  somment la LICRA de répondre sur la « proposition de paix » de Dieudonné.

 

Dans cette affaire, ce n'est pas l'attitude de Dieudonné qui est surprenante. Sur le fond, le courrier présenté par ses avocats est la reprise de son discours halluciné habituel : il serait une victime, les Juifs et les antiracistes seraient les bourreaux tout puissants qui s'acharnent sur sa personne et à travers lui, sur la pauvre France. L'antisémitisme explose en France, le racisme également, l'homophobie tout autant, et la mouvance dieudonniste compte parmi les responsables premiers de cette explosion. Mais renverser la réalité est une des caractéristiques premières de la rhétorique raciste et antisémite.

 

Quant à la raison objective de ce courrier, elle est évidente : Dieudonné lance une nouvelle tournée de spectacles. Or depuis au moins dix ans, jamais sa promotion n'a reposé sur autre chose que le scandale médiatique orchestré par des initiatives immondes mais stratégiquement adaptées au fonctionnement de ces mêmes médias. Après avoir sciemment déclaré souhaiter l'envoi de personnalités publiques dans les chambres à gaz lors des premières représentations de son dernier spectacle, le néo­nazi pouvait difficilement aller plus loin dans l'ignominie au premier degré, d'autant qu'il avait déjà utilisé l'invitation d'un négationniste connu sur scène lors de sa tournée en 2009. De plus, l'appel au meurtre et l'apologie ouverte du génocide commis par les nazis avaient pour une fois déclenché une réaction des pouvoirs publics, l'interdiction de quelques uns de ces spectacles, qu'il avait d'ailleurs très vite contourné en en changeant l'intitulé et en se cantonnant ensuite à un antisémitisme violent, mais banalisé.

 

Parce qu'il est sans nul doute, un des meilleurs communicants du moment, et sans nul doute aussi aidé et soutenu par d'autres talentueux propagateurs de haine, il joue donc une autre carte, celle du retournement victimaire. Il appelle ça une « quenelle ». Contrairement à ce que disent certains, la quenelle n'est pas un salut nazi inversé : c'est un salut néo­nazi tout court, et la différence avec le salut nazi classique réside avant tout dans le regard de la société qui le reçoit. Or aujourd'hui, une partie de notre société ne reçoit plus l'antisémitisme comme tel : il lui faut une croix gammée, un appel ouvert à mettre les gens dans les chambres à gaz, une référence appuyée au nazisme historique, pour avoir encore un minimum de réaction.

 

Il suffit donc au néo­nazi moderne de se déclarer non ­antisémite, pour que les médias s'interrogent et en fassent même un événement. Il y a quelques mois à peine, Dieudonné, dans une vidéo , proposait à la mère d'Ilan Halimi, une « rencontre » pour « faire la paix » et dans cette même vidéo, il parlait en riant du cadavre d'Ilan Halimi et de son exhumation éventuelle. Il y a quelques semaines, à peine, Dieudonné diffusait une autre vidéo de quelques dizaines de secondes, tenant des propos négationnistes en présence de son plus jeune fils, un gamin qui n'a même pas dix ans, en comparant la non-existence du père Noël et celle des chambres à gaz. Il y a quinze jours, avec Alain Soral, il prenait prétexte de la création d'un potentiel parti politique pour étaler sa haine antisémite pendant plus d'une heure.

 

Mais peu importe, il lui suffit de déclarer aujourd'hui vouloir faire la paix avec « la communauté juive » et les « antiracistes » pour éveiller l'intérêt des journalistes, qui trouvent parfaitement normal, dans ces conditions d'aller chercher quelques « représentants juifs » et des « antiracistes » pour les sommer de répondre.

 

Ce faisant, ils dessinent en filigrane la représentation du monde que Dieudonné souhaite imposer. Celui­ci serait un problème uniquement pour les Juifs et « certains antiracistes», il s'agirait là d'une « guerre » entre deux parties bien identifiées, bien circonscrites, et les médias, chargés d'informer l'ensemble de la société, devraient simplement rendre compte de ce « conflit » entre deux entités.

 

Et comme chacun le sait, dans les guerres, les deux camps sont toujours un peu responsables, et chacun doit faire des efforts à la table des « négociations ». Monsieur Dieudonné a fait le premier pas, les « Juifs » et les « antiracistes » ne se devraient­ils pas de faire le second ?

 

L'on voit la puissance de cette représentation du monde proposée par Dieudonné à la réaction hallucinante de la direction de la LICRA : sur la défensive, son président déclare attendre de voir "quelle va être la démarche volontariste de Dieudonné pour reconstruire ce qui a été déconstruit" et comment l'humoriste controversé "compte panser les plaies". Il s’interroge sur la sincérité de cette "proposition de paix" de la part du comédien .

 

Il n'y avait qu'une chose à répondre aux journalistes : libre à eux de reproduire les provocations de ce néo­nazi, libre à nous de n'avoir rien à répondre aux néo­nazis, seulement à les combattre.

 

Mais la montée des idéologues fascistes se voit aussi aux signes de peur grandissante qui envahissent ses cibles, persuadées qu'elles sont de ne pas être soutenues par le reste de la population, obsédées par l'idée de déjouer les préjugés à leur égard. L'année dernière, l'interdiction des spectacles de Dieudonné a été combattue comme un remède bien plus mauvais que le mal, même par une partie du camp progressiste. Presque aucune organisation antiraciste n'a osé dire que les déboires d'un néo­nazi ne la dérangeaient pas, bien au contraire, il s'est trouvé beaucoup de voix pour dire qu'empêcher l'appel au meurtre des Juifs constituait un énorme problème.

 

Aujourd'hui, quand Dieudonné agresse et provoque, certaines de ces cibles directes ont donc peur... de passer pour les agresseurs en se défendant, et creusent leur tombe en entrant dans le jeu pervers d'un fasciste.

En réalité, il n'y a pour le moment, pas de guerre contre Dieudonné. Il y a au mieux des restes de résistance passive , comme l'interdiction de quelques uns de ses meetings, après qu'il ait volontairement franchi les bornes au delà desquelles le pouvoir politique était bien obligé d'intervenir. Il y a aussi, le simple respect des lois, notamment en matière de paiement des impôts ou d'amendes prononcées par des juges : celles ­ci passent pour une action offensive et concertée uniquement parce qu'auparavant, le pouvoir politique n'a pas agi à son égard comme il l'aurait fait vis à vis de n'importe quel contribuable ordinaire. Il y a ça et là, quelques condamnations pour un propos raciste ou antisémite sur 100 prononcés, alors qu'en réalité, la quasi ­totalité des productions de sa mouvance pourraient tomber sous le coup des lois antiracistes.

En réalité, il est grand temps de mener la guerre contre Dieudonné et ses troupes. Il est grand temps que se forme un camp adverse, celui d'un antiracisme universaliste, unitaire, déterminé, face à un politicien promu par les médias, soutenu par un nombre croissant de personnalités artistiques ou sportives, accueilli par tous les grands réseaux de salles de spectacles privées mais aussi publiques (1), dont les produits sont vendus à la FNAC et dans tous les grands magasins.

 

Memorial 98



(1) Dans le Douaisis, son spectacle se tiendra dans une salle dont le propriétaire est la communauté d'agglomération

 

Voir également:

 

L’escalade antisémite de Dieudonné : décryptage

Le Pen et Dieudonné, la grande famille des antisémites

La Dieudosphère, bien plus vaste qu'elle n'en a l'air

 

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 21:10

-StopZwartePiet.jpgLe 19 octobre dernier, Theo Francken, nouveau secrétaire d’Etat  belge aux Migrations, issu de l’extrême-droite , postait sur Twitter  « "Zut, même quand on a bu la Zwarte Piet, il reste noir"

Le politicien raciste faisait référence au personnage du Père Fouettard, en l’occurrence reproduit sur une bouteille de bière. Ce personnage est un homme d’origine africaine dans les représentations néerlandaises et flamandes depuis le milieu du 19ème siècle .

Son rôle aux côtés de Saint Nicolas est double. Domestique du bon père blanc, il incarne également le méchant censé punir les enfants qui n’ont pas été sages : selon les variations qu’a connue la tradition, au fil du temps, il peut aussi bien les frapper à coup de martinet que les enfermer dans un sac …pour les emmener en Espagne, terre des envahisseurs Maures.

L’origine du personnage est sans doute aussi liée à une partie de la légende de Saint Nicolas : il serait le boucher qui a tué des enfants avant de les enfermer dans un saloir, où Saint Nicolas les trouve et les ressuscite. Zwarte Piet pourrait être ce boucher condamné ensuite à servir le Saint.

Depuis plusieurs années, aux Pays Bas, les processions traditionnelles organisées en novembre et décembre et qui mettent en scène ce personnage noir sont contestées, notamment par les Néerlandais issus de l’immigration, pour qui il est évidemment humiliant et insupportable d’être associés à cette caricature de bourreau d’enfants, à la fois barbare et ridicule.

Mais aux Pays Bas comme ici, l’ambiance politique est à la défense des « traditions » prétendument constitutives d’une « identité nationale », qui se définit surtout par ceux et celles qu’elle exclut. La défense du Zwarte Piet s’étend bien au-delà de l’extrême-droite, avec des arguments assez classiques : il faut cesser de voir le mal partout et ne pas faire d’histoires pour rien, faute de « créer plus de racisme en combattant des choses sans importance ». Pour beaucoup que nombre d’enfants grandissent en étant identifiés au méchant ridicule d’une légende, c’est beaucoup moins grave que renoncer à un aspect de cette légende, renoncement qui ne gâcherait en rien la fête pour tous les enfants.

Le 15 novembre à Gouda, plusieurs organisations antiracistes avaient décidé de manifester pacifiquement lors du passage de la procession. Parmi elles, Doorbrak,  un regroupement national de collectifs investis notamment dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. 90 personnes ont été arrêtées et brutalisées, pendant que des groupes d’extrême-droite multipliaient les provocations racistes et applaudissaient la répression policière (voir la vidéo ci-dessous). Des contrôles et des fouilles au faciès étaient pratiquées partout aux abord de la procession uniquement contre les personnes noires, seules ou en groupe.

Beaucoup de médias ont présenté ces actions antiracistes comme une agression intolérable, et insisté sur la volonté des manifestantEs de gâcher la fête, et donc d’en priver les enfants…Toutes celles et ceux qui sont contre le Zwarte Piet sont des Père Fouettard en somme .

Face à ce front raciste pour maintenir une tradition coloniale, les camarades néerlandais en appellent à la solidarité internationale.

Memorial 98 s’associe évidemment à leur campagne !

 

* Diffusons massivement la vidéo en anglais qui montre la parade raciste de saint Nicolas dans la ville de Gouda le 15 novembre 2014 et les arrestations de 90 camarades qui avaient mis en place une action de protestation non violente

 * Ecrivons à l’ambassade (par@minbuza.nl ) ou à l’ambassadeur, M. Ed Kronenburg, Ambassade des Pays-Bas, 7-9, rue Eblé 75007 Paris, pour manifester notre indignation contre cette parade et cette fête populaire racistes

* Fabriquons des T-shirts dénonçant cette mascarade qui inculque des stéréotypes racistes aux Néerlandais dès leur plus jeune âge, alors que des milliers de Blancs se griment en « Noirs » sous prétexte d’amuser les enfants

* Envoyons des messages au hashtag suivant (#StopZwartePiet) avec le slogan « Zwarte Piet c’est du racisme ! » ou « Non à Zwarte Piet ! »

* Envoyons des communiqués de presse aux journaux et aux médias

* Et informons les camarades néerlandais de nos initiatives : KOzwartepiet@gmail.com

 

 De nombreux textes traduits du néerlandais sur la campagne #StopZwartePiet sont disponibles sur le site Ni Patrie Ni Frontières 

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 00:16

 A mesure que s'approche le congrès du parti d'extrême-droite les 29 et 30 novembre à Lyon, la nervosité ne cesse de s’accroître dans ses sphères dirigeantes. Les révélations se multiplient sur les accointances néo-nazies et les saluts fascistes de proches de Marine Le Pen, sur son financement par une banque russe proche de Poutine, sur les batailles internes à l’appareil. C’est ce qui explique le refus d'accréditer certains médias comme Médiapart et le Petit Journal de Canal dont le FN craint qu’ils ne détectent et dévoilent sur place l’envers du décor de la  prétendue "dédiabolisation"

 La présidente du FN voulait faire de ce congrès une grande messe afin de faire  bénéficier son parti d’une image de "force tranquille", se dirigeant irrésistiblement vers le pouvoir à l’occasion des prochaines échéances électorales. C'est à cette stratégie que correspond l'appel à une "alliance des patriotes "avec le groupuscule de Dupont-Aignan et ce qui demeure du mouvement de Chevènement.

Mais le FN se révèle sans cesse pour ce qu'il est en réalité: une force brutale et xénophobe, très largement imbibée d'antisémitisme, dont les cadres "dédiabolisés" éructent la haine des étrangers, des musulmans, des juifs, des pauvres, des salariés organisés et de tant d'autres.

Le soi-disant tournant social du FN ne le fait pas dévier de sa matrice fasciste. Les fascistes n’hésitent  pas à puiser des thèmes au départ classés à gauche, en les pervertissant ; ils se réclament ainsi de la défense des travailleurs pauvres et du service public.

Mais les différences sont de taille: là où les revendications progressistes concernant les libertés individuelles et les droits sociaux exigent l’égalité, sans nier les différences, le fascisme se place dans le cadre d’une « communauté nationale » à laquelle chaque individu doit s’intégrer et s’identifier. Les éléments jugés extérieurs à la communauté nationale sont stigmatisés, pointés comme responsables des problèmes de la société et si le niveau de pouvoir atteint par l’extrême-droite le permet, carrément exclus et chassés comme des boucs- émissaires. C’est le cas bien sûr des étrangers ou minorités issues de l’immigration mais aussi  des nationaux jugés non conformes, comme les chômeurs et précaires, les défenseurs des libertés démocratiques, les membres de ce qu’ils qualifient d’« anti-France »

La politique menée dans les mairies tenues par le FN ou assimilés montre bien ce phénomène.

Le  Front National est sans conteste le principal danger qui menace la population de ce pays, dans sa diversité et dans ses acquis démocratiques

L'extrême-droite s'installe dans les institutions démocratiques. La violence fasciste s'installe dans l'espace public. Il faudrait de nombreuses pages pour détailler l'ensemble des actes racistes, islamophobes, antisémites, homophobes, transphobes survenus en France ces dernières années.

Les agressions physiques sont en hausse, synagogues et mosquées sont couvertes de croix gammées et assaillies de courriers de menace, tout comme les locaux de la gauche et du mouvement social, féministe ou LGBT. Les Roms subissent à la fois le racisme d'Etat et les attaques jusque sur les campements.

Retrouver l'espoir ici, c'est avant tout recouvrer la raison, face aux semeurs de haine et de discorde. Pour Clément Méric, pour Ilan Halimi, pour Brahim Bouarram, pour les victimes de Breivik et pour celles de Merah, pour les femmes voilées et les jeunes juifs agressés, pour les homosexuels tabassés, pour les migrants pourchassés, pour tous les autres qui sont tous les nôtres.

L'antiracisme universaliste est déclaré mort par toutes celles et ceux qui l'ont toujours combattu et craint, des rangs de l'extrême-droite à ceux de la gauche nationaliste. C'est la meilleure raison pour le faire vivre.

L'universalisme antiraciste, c'est aussi l'onde d'espoir et de colère mondiale, qui menace, même dans la douleur et dans le sang, tous les dictateurs, quelle que soit la nation ou la religion dont ils se réclament.

C'est ce  nous affirmerons au sein des manifestants antifascistes rassemblés à Lyon le 29 et 30 (journée de débats). Le collectif Memorial 98 participe à cette mobilisation et sera présent à Lyon avec les différents collectifs locaux (comité de vigilance 69) et  ceux venus des différentes régions.

Nous ne nous limiterons pas à une manifestation, aussi nécessaire soit-elle.

Notre perspective antifasciste est plus que jamais d’actualité: nous dénonçons inlassablement la nuisance des idées et des pratiques du Front National, telles qu’elles s’illustrent déjà dans les municipalités récemment passées sous la coupe de ce parti et de ses acolytes. Nous entendons mener des combats quotidiens contre la xénophobie et le racisme mais aussi construire des fronts unitaires de la gauche antiraciste. Nous ne reculerons pas d’un pouce face au vent de panique que veulent instiller les partis d’extrême-droite à travers l’Europe.

Nous appelons à lutter contre le vent de démoralisation, de repli sur soi, voire de crainte qui n’a pas cessé de progresser à mesure que la crise économique frappe durement.

 

Contre le Front National, rassemblons nous, à Lyon le 29 et 30 novembre et dans tous nos combats quotidiens !

 

Memorial 98

voir aussi:

Nuit de Cristal: commémorer le passé et lutter au présent.

9 Novembre: commémoration du 76ème anniversaire de la Nuit de Cristal

Zemmour réhabilite Pétain: pour qui, pourquoi?

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Contre le Front national: mobilisation générale.

Premier mai 2014: résister au Front National.

 

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