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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations,

pour toute question : 

contact@memorial98.org

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 19:00

Le 9 novembre, Memorial 98, avec ses partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme) et de l'association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda)  vous invite à participer à la  commémoration de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche.

 

 

Pour la quatrième année consécutive, nous nous rassemblerons à Paris, à partir de 19h, devant le gymnase Japy, lieu symbolique dans lequel furent parqués en 1942, les Juifs raflés par la police française au service des nazis.

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal représente un jalon important: les nazis, au pouvoir depuis 1933 franchissent alors une nouvelle étape dans la violence, celle de massacres antisémites commis au vu et au su de toute l'Europe.

Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées. 

Pourtant, en France elles ne changèrent pas la situation: ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler. La France fut ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.

 

 

 

Soixante-dix neuf ans après la Nuit de Cristal et soixante-douze ans après la défaite du nazisme, rappeler que l'Europe et le monde entier sont de nouveau en proie aux « vieux démons » peut apparaître comme un cliché, mais rend compte d’une réalité.

 

En ce moment même, les Rohyngia de Birmanie sont victimes d’une épuration ethnique et d’un crime contre l’humanité. Les institutions internationales, dont l’ONU se montrent une fois de plus démissionnaires et incapables de mettre en œuvre une réelle intervention afin de sauver cette population. Nos pensées vont vers ces hommes, femmes et enfants traqués et massacrés. 

La population syrienne subit toujours les massacres et tortures du régime Assad qui a accueilli l'adjoint de Adolf Eichmann, Aloïs Brunner et lui a confié l'organisation de ses méthodes de torture.  

 

En Europe c'est d'abord le cas en Allemagne avec la poussée électorale récente du parti AfD, anti-migrants, mais aussi largement imprégné d'antisémitisme et de négationnisme. Un des ses principaux dirigeants déclare ainsi " nous avons le droit d'être fiers des performances des soldats allemands durant la Deuxième Guerre Mondiale"  et s'oppose à l'exclusion des négationnistes. 

Manifestation contre l'AfD à Berlin le 22 octobre 2017

 

L'Autriche voisine fut directement concernée par la Nuit de Cristal, qui y prit un caractère particulièrement violent. Le parti d'extrême-droite FpÖ vient d' y remporter une double victoire. Il s'agit de son score de 26% des suffrages, mais aussi de la reprise de ses thèmes racistes par le parti de droite conservateur avec lequel il va sans doute gouverner.

 

En France, l'antisémitisme a refait ouvertement surface lors de la campagne présidentielle. Les dirigeants du FN ont choisi d’ouvrir une polémique sur la rafle du Vel d’Hiv’. Marine Le Pen a ainsi déclaré à deux semaines du premier tour de la présidentielle de 2017 : « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv’ ». Il s’agissait manifestement d'un choix stratégique, car elle redoublait ainsi les propos identiques du « dédiabolisé » Florian Philippot tenus quelques jours avant elle. Cette sortie provocatrice ponctuait une campagne au cours de laquelle l’antisémitisme et le négationnisme du FN ont été plusieurs fois révélés.       

 

 

En Pologne , en Hongrie, en Slovaquie, en Tchéquie depuis les élections du  21 octobre, l'extrême-droite gouverne. 

 

Aux Etats-Unis la campagne de Trump a encouragé les néo-nazis qui l'ont massivement soutenu et qui ont droit à toute son indulgence. Depuis ils paradent et n'hésitent pas à tuer, comme à Charlottesville  le 12 août dernier.

Au Japon, le premier ministre négationniste, Abe, qui minimise la responsabilité du Japon impérial dans les crimes de la 2e guerre mondiale vient de remporter une nouvelle victoire électorale.

 

Les génocides du vingtième siècle restent victimes d’offensives négationnistes, parfois dirigés par un Etat puissant et autoritaire. Le génocide des Arméniens reste  ainsi contesté par les autorités turques qui mènent une offensive mondiale dans ce domaine. Mais c’est aussi le cas du génocide des Tutsi, de celui des Musulmans bosniaques de Srebrenica ainsi que premier génocide du 20e siècle à l’encontre des Herrero et Nama d’Afrique australe

 

                                L'incendie de la gande synagogue de Berlin

 

Nuit de Cristal: un faux mouvement populaire 

 

Une polémique a récemment éclaté à propos du rôle de la "rue " dans l'avènement et la chute du nazisme 

Suite à la déclaration historiquement fausse de Jean-Luc Mélenchon selon laquelle la rue avait abattu le nazisme, on a vu fleurir de nombreuses répliques prétendant qu'au contraire, la « rue » avait porté Hitler au pouvoir et qu’elle était responsable des violences antisémites de la Nuit de Cristal.

Ces deux affirmations sont erronées: dans ce dernier cas c’est exactement ce que les nazis ont prétendu et mis en scène, en ordonnant aux troupes de combat SA et SS d’accomplir leurs exactions sans porter leur uniforme.

 

Mais la propagande antisémite avait aussi porté ses fruits après cinq années de règne nazi. Les réactions de soutien aux Juifs ont donc été faibles.

Nuit de Cristal: les SA, les SS et la Gestapo en action

Les nazis guettaient une occasion pour lancer une étape supplémentaire de ce qui deviendra, selon leur terminologie, la « solution finale du problème juif en Europe».

Le premier acte en sera un vaste pogrom organisé dans tous les territoires sous domination allemande, destiné à terroriser les populations juives et à les forcer à émigrer.

L'attentat à Paris contre le conseiller d’ambassade allemand Vom Rath leur offre un prétexte idéal.

Herschel Grynzspan était un jeune Juif polonais qui, le 7 novembre 1938, dans un geste de protestation contre le sort des Juifs en Allemagne et l'expulsion de milliers d'entre eux vers la Pologne, avait abattu à Paris le conseiller d'ambassade Vom Rath.

Hitler prépare alors une mise en scène destinée à démontrer que les Allemands du Grand Reich sont menacés par les Juifs. Le quotidien officiel du parti nazi, le "Völkischer Beobatcher", dirigé par  Goebbels, écrit ainsi le 8 novembre, alors que Vom Rath est encore vivant :

 "… Il est clair que le peuple allemand tirera les conclusions de cette nouvelle action. On ne peut plus tolérer que des centaines de Juifs règnent encore à l'intérieur de nos frontières sur des rues entières de magasins, qu'ils peuplent nos lieux de distractions, que des propriétaires étrangers empochent l'argent des locataires allemands tandis que leurs frères de race incitent au-dehors à la guerre contre l'Allemagne et tuent des fonctionnaires allemands"

Parallèlement, dès le 8 novembre, les nazis prennent la précaution de confisquer chez les Juifs  tout objet que ceux-ci pourraient utiliser pour se défendre.

Lorsque Vom Rath décède, le 9 novembre, l’organisation de la terreur est en place.

Au moment où la nouvelle parvient à Hitler, ce dernier se trouve à Munich, avec la « vieille garde » des Sections d’assaut du parti nazi (SA). Ils sont réunis comme chaque année pour commémorer la tentative de putsch nazi de 1923.

 Hitler quitte l'assemblée sans prononcer de discours et déclare:

"Il faut laisser le champ libre aux SA (Sections d'Assaut)"

C'est Goebbels, ministre de la Propagande, qui se charge d'annoncer publiquement le décès de Vom Rath devant l'assemblée des SA, et également d'inciter au pogrom.

Les principaux chefs nazis quittent ensuite la réunion  et téléphonent des instructions à leurs sections régionales.

Pour les troupes nazies, il s'agit d’abord  d'incendier les synagogues, sans laisser les pompiers intervenir, de détruire les magasins juifs et d’y apposer des pancartes "Mort à la juiverie internationale", ainsi que de tuer sur place les Juifs trouvés en possession d'une arme.

Dans le même temps, un message secret est diffusé depuis la direction de la Gestapo (police secrète d’Etat) de Berlin.

 Pour la Gestapo, il s'agit d'incendier les synagogues, mais d'empêcher les pillages, de mettre en lieu sûr les archives trouvées dans les synagogues, de préparer l'arrestation de 20 à 30 000 Juifs parmi les plus fortunés, de traiter avec une « extrême rigueur » les Juifs trouvés avec des armes.

Dans son Journal, Goebbels confirme qu'il présente un rapport sur la situation à Hitler; ce dernier décide de laisser les manifestations se poursuivre et donc de faire retirer la police.

Goebbels commente : « Les Juifs doivent sentir pour une fois la colère du peuple. »

Il décrit ensuite précisément son action, motive les indécis. Il est ovationné par les dirigeants du parti. Tous se précipitent sur leurs téléphones. Le bataillon des SA « Hitler » part attaquer les Juifs de  Munich.

Selon les directives de Goebbels, la seule réserve est de ne pas apparaître en tant qu'organisation officielle. La fiction de la « réaction populaire » doit être maintenue.

Aussi, les SA et les SS s'habillent en civil et passent à l'acte dès 1 heure de matin.

Du nord au sud de l'Allemagne, incluant l'Autriche annexée, synagogues, maisons communautaires, asiles de vieillards, hôpitaux juifs, maisons d'enfants, logements privés et magasins juifs subissent l'assaut.

Les synagogues sont pillées, saccagées, détruites, incendiées, sans que les pompiers n'interviennent, se contentant d'empêcher la propagation des incendies aux maisons alentour. Des groupes de SA attaquent les magasins juifs qui sont facilement reconnaissables, depuis qu'une ordonnance nazie a exigé que le nom du propriétaire soit peint sur la vitrine en grandes lettres.

La teneur des messages des chefs de SA et de celui de la Gestapo montre  l'existence d'un véritable plan d'ensemble, dont l'instigateur est Hitler lui-même.

 Le silence officiel de Hitler et Goebbels lors des événements des 7 et 8 novembre confirme ce plan : officiellement, il ne s’agit pas d’une action organisée par l’Etat  nazi mais d’une explosion de colère populaire contre les Juifs.

 Dans son journal, Goebbels écrit à propos de l'attentat, lorsqu'il relate la journée du 8 novembre : « A Paris, un juif polonais du nom de Grynzspan a tiré dans l'ambassade sur un diplomate allemand Vom Rath, le blessant grièvement ... En Hesse, grandes manifestations antisémites. On brûle des synagogues. Si seulement on pouvait déchaîner la colère du peuple ».

 

Pour la mémoire et la mobilisation contre les fascismes 

Il y a 78 ans, les gouvernements européens, pourtant dument avertis, refusaient de regarder la réalité nazie en face.

Ils fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide. 

L'Histoire nous montre sans cesse que les violences, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l'extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

Nous serons ces témoins qui n'oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l'oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux. 

La mémoire des génocides nourrit nos combats contre le racisme et le fascisme 

 

 

Retrouvons nous le 9 Novembre 2017 à 19 H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne) afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal et de tous les génocides.

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

 

Vous êtes aussi invités à aider à financer les frais liés à l'organisation de la commémoration, en participant à la souscription "Pot Commun" ci-dessous

https://www.lepotcommun.fr/pot/hkegfjbc

9 novembre 2017 Commémoration de la Nuit de Cristal nazie

~ Organisé par : Memorial 98 ~

 Le 9 novembre 2017, Memorial 98 organise, pour la 4ème année consécutive, une commémoration de la Nuit de Cristal, pogrom d’État perpétré par les nazis le 9 Novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche

Nous nous rassemblerons comme chaque année à Paris devant le gymnase Japy dans le 11e arrondissement , où furent parqués, sous le régime de Vichy, les victimes des rafles de la police française, avant d'être envoyées dans les camps d'extermination nazis.

Nous aurons la chance d'avoir à nos côtés, les combattants infatigables de la mémoire des génocides arméniens de 1915 et tutsi du Rwanda de 1994 que sont nos amis du Collectif Van et d'Ibuka-France. Ainsi se concrétisera l'esprit de dialogue des mémoires qui est pour nous le seul moyen de faire vivre un antiracisme efficace

Comme chaque année, des gerbes de fleurs seront déposées lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de la Nuit de Cristal. Les jours précédant la commémoration, des collages d'affiches auront lieu dans le quartier, afin de faire vivre une histoire que beaucoup ignorent.

Memorial 98 est un collectif indépendant, nous ne bénéficions d'aucun financement autre que celui de nos soutiens.

Si vous souhaitez et pouvez contribuer financièrement à l'organisation de cette commémoration, nous vous en remercions.

 

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 20:34

                                   Au Mémorial du génocide

 

 

Les preuves s'accumulent quant à la participation des pouvoirs publics français et d’institutions financières à l’exécution du crime.

Nos amis et partenaires des associations Ibuka, qui regroupe des rescapés tutsi et du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui mène un énergique combat judiciaire ainsi que l'ONG Sherpa, portent plainte contre la banque BNP. Ils l’accusent d’avoir favorisé le génocide en finançant la livraison d’armes, malgré l’embargo décidé par l’ONU.

 

En même temps les mises en cause se multiplient à propos de l’implication de dirigeants français de l’époque. L’attention se concentre sur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et surtout à l’époque secrétaire général de l’Elysée à l'époque du génocide, déjà plusieurs fois cité.

 

A ce moment (1993-1995) Mitterand était président et Balladur chef d’un gouvernement de cohabitation, suite aux élections de 1993. Védrine jouait un rôle capital et bénéficiait de l’entière confiance du président.    

 

Selon le journaliste Patrick de Saint-Exupéry,  spécialiste du Rwanda, fondateur de la revue XXI et qui a dénoncé le génocide dès 1994, un haut fonctionnaire chargé d’examiner les archives de l’Elysée de 1990 à 1994 affirme que les autorités françaises ont bien donné l’ordre de réarmer les auteurs du massacre, alors que ces derniers venaient d’être mis en déroute par le Front patriotique rwandais (FPR).
Le fonctionnaire, anonyme mais manifestement très bien informé, qui a eu accès aux archives au moment de leur ouverture par François Hollande en 2015, évoque un document faisant état d’une fronde de certains militaires français contre la décision des autorités françaises de réarmer les génocidaires.
En marge de ce document et concernant le trouble de ces militaires, une note manuscrite d’Hubert Védrine insistait sur la nécessité de «s’en tenir aux directives fixées» et donc de livrer les armes.

 

Selon un autre spécialiste du Rwanda, Jacques Morel, cité par Libération, on retrouve la signature de Védrine en bas d’une note sur une dépêche officielle citée par l’agence Reuters et datée du 15 juillet 1994.
La dépêche était titrée: «Paris prêt à arrêter les membres du gouvernement intérimaire rwandais.» , eux qui avaient orchestré le génocide et qui s’étaient repliés dans les zones sous contrôle français.
En marge de la dépêche, Hubert Védrine avait écrit: «Lecture du Président (Mitterand): ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre (Balladur).»

L' arrestation fut donc annulée.

 

A l’appui des révélations de la revue XXI, un ancien militaire engagé dans l’opération française au Rwanda raconte à RFI qu’au début du mois de juillet 1995, donc à la fin du génocide qui s’est arrêté le 17 juillet, , on lui a demandé de « distraire » des journalistes présents sur sa base militaire, le temps de laisser passer un convoi d’armes destiné au génocidaires. Le témoignage du lieutenant-colonel Guillaume Ancel est précis .

 

 

Mitterand et Védrine étaient particulièrement complaisants à l’égard des chefs Hutu, considérés comme favorables à la France car francophones, alors que les dirigeants Tutsi, qui avaient dû se réfugier en Ouganda étaient considérés comme favorables au monde anglophone. De plus Mitterrand défendait la thèse négationniste du « double génocide », selon lequel les torts étaient partagés entre génocidaires et victimes. Ainsi  après le sommet franco-africain de Biarritz en 1994 , il lance à un journaliste qui l’interroge : “De quel génocide, parlez-vous, monsieur ? De celui des Hutus contre les Tutsis ou de celui des Tutsis contre les Hutus ?”

                                          

 

Védrine a de son côté défendu l’auteur négationniste Pierre Péan en 2008 lors du procès de ce dernier après la parution de son livre « « Noires fureurs, blancs menteurs ». Le déroulement de ce procès démontre les ressorts et arguments des négationnistes, si proches de ceux qu’on retrouve dans des cas semblables (lire ici le compte rendu qu'en fit Memorial 98)

   

C’est dans cette sphère du déni qu’à aussi agi le juge « anti-terroriste » Jean-Louis Bruguière chargé d’une enquête sur l’attentat qui le 6 avril 1994, toucha l’avion transportant le président du Rwanda Habyarimana,  abattu par deux missiles à son approche de l’aéroport de  la capitale Kigali.

 

Bruguière, conclut, au terme d’une enquête partiale conduite depuis Paris, sans déplacement sur les lieux de l’attentat, à la responsabilité des rebelles tutsi (FPR) ; il lança des mandats d’arrêt internationaux contre de hauts responsables du FPR au pouvoir à Kigali.

Suite aux  conclusions du rapport Bruguière, les thèses négationnistes se renforcèrent et obtinrent une sorte de droit de cité dans le discours public, notamment français. L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a servi  à protéger des questions embarrassantes les dirigeants politiques de cette époque de cohabitation : Mitterrand, Balladur, Léotard, Juppé,  Roussin, Hubert Védrine, les responsables militaires et tous les officiels ayant joué un rôle dans la complicité militaire, politique, diplomatique et financière de la France dans le génocide.

Bruguière, parti à la retraite avant une carrière politique dans les rangs de l’UMP, son successeur, le magistrat anti-terroriste Marc Trévidic se rendit à Kigali en 2012 , ce que n’avait jamais fait Bruguière, et aboutit à des conclusions totalement inverses sur le déroulement de qui allait constituer le prétexte de la mise en œuvre du crime.

 

La vérité sur l’attentat du 6 avril est cruciale pour établir les responsabilités et définir les coupables d’un génocide qui était planifié et préparé par des campagnes de haine à l’encontre des Tutsi.

C'est en effet le lendemain, le 7 avril 1994 que débutèrent les massacres qui allaient voir la mort d'au moins 900 000 personnes jusqu'à juillet de la même année : des individus définis comme Tutsi, constituant la majorité des victimes, mais aussi des Hutu opposés aux partisans de l'idéologie raciste dite "Hutu Power"

D'une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus bref et concentré de l'histoire et celui de la plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour de tuerie.

Fruit d'une idéologie raciste mise en œuvre sur des décennies, ce génocide s'est appuyé, pour diffuser la haine, avant et pendant, sur une forme perverse d'humour, notamment à la Radio Télévision des Milles Collines, mais aussi sur les caricatures déshumanisantes de la propagande génocidaire .

Les habitants et les pouvoirs publics de notre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda.

En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités.

Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.

 

Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics.

 

 

C’est pourquoi nous soutenons et partageons pleinement le combat de nos amis et partenaires de Ibuka, du CPCR et de Survie afin que la vérité se fasse jour et que les coupables éventuels soient jugés. On notera que Védrine est toujours présent sur la scène politique et médiatique. Il semble qu’il soit écouté par le nouveau président français. Il serait même  à l’origine du tournant consistant à s'allier avec Bachar El Assad sous prétexte de « lutter contre le terrorisme » alors que Assad en est le principal responsable et parrain. Vedrine a aussi beaucoup de sympathie « réaliste » envers Poutine.

 

Il y a quelques jours seulement, la justice des Pays-Bas a émis un verdict historique, bien qu'incomplet et frustrant.  Elle juge que les autorités de son pays a laissé se dérouler le génocide de Srebrenica (un an à peine après celui des Tutsi), sans permettre le sauvetage des personnes qui tentaient de se réfugier dans l'enclave des Casques Bleus néerlandais présents sur place. C'est le résultat d'une longue bataille des victimes et de leurs avocats avec le soutien d'ONG néerlandaises et internationales, mobilisées pour la justice et contre l'impunité.

Cette reconnaissance est importante car elle trace la responsabilité des gouvernements qui laissent se dérouler des génocides et crimes contre l'humanité et n'interviennent pas pour sauver des vies humaines. C’est dans le même sens que nous devons agir afin que soit levée la chape de plomb de la dissimulation au nom de la raison d’Etat.

 

En effet, à l’inverse, l'impunité des auteurs des génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation des actes génocidaires.  On se souvient notamment du propos de Hitler trouvant un encouragement dans la manière dont le génocide arménien de 1915 était nié :
« Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait-il dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne.
 

 

C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour du 5 aout 2017

 

Paul Kagame réélu avec 98% (?) des suffrages. L'élection présidentielle qui vient de se dérouler au Rwanda montre les graves problèmes de démocratie et liberté d'expression dans ce pays. Kagame a fait modifier la Constitution afin de pouvoir se présenter à un 3e mandat et sans doute à de nombreux autres par la suite. De plus toute velléité de critique ou d'opposition subit des menaces, voire une répression violente.

 

La situation particulière du pays, émergeant du génocide de 1994, ne justifie en rien cette violation des principes démocratiques. A l'inverse la gestion autoritaire de Kagame ne justifie en rien le soutien des autorités françaises au régime extrémiste de 1994 qui organisa et mit en oeuvre le génocide; nous réclamons à nouveau la vérité sur ce soutien et l'ouverture de toutes les archives 

 

Mise à jour du 22 juillet 2017

 

Quel a été le rôle exact du général Lecointre lors du génocide des Tutsi au Rwanda (suite)? Dés la nomination du nouveau chef d'état-major et au vu de sa présence au Rwanda en 1994, nous avons dit publiquement ici  et sur notre compte Twitter (@98Memorial) qu'il était nécessaire de préciser son rôle exact puisque l'armée française avait sur ordre des autorités ( Mitterand et Balladur) aidé les génocidaires et contribué à les évacuer. Un entretien paru dans l'Humanité (voir ci-dessous) semble indiquer que Lecointre aurait été impliqué directement dans l'aide aux génocidaires. Les propos de la personne interviewée (Jacques Morel) nécessitent néanmoins un peu de prudence et le témoignage d'autres sources provenant ce ceux qui ont combattu le génocide. Nous serons sans doute fixés assez rapidement.

 

 

 

Mise à jour du 19 juillet 2017:

Le général Lecointre, nommé chef d'état-major ce jour , a notamment été actif au Rwanda lors de l’opération Turquoise en 1994, 
Or l’opération « Turquoise », avait servi à la France de François Mitterrand – qui avait appuyé les génocidaires rwandais avant et pendant le génocide– sous couvert de visées humanitaires, à exfiltrer du Rwanda vers le Zaïre le gouvernement et l’armée génocidaires ainsi que de nombreux miliciens et civils dont une grande partie étaient impliqués dans les massacres. Des groupes armés issus des génocidaires sont encore présents en RD du Congo. Il est donc important de savoir quel a été le rôle exact de Lecointre dans cette opération.

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 18:26
 
L'acteur français Victor Lanoux, décédé le 3 mai a été, pendant la Seconde Guerre mondiale, un enfant caché parce que Juif.
 
Né le 18 juin 1936 à Paris d’un père juif et d’une mère catholique , il est envoyé à l’âge de trois ans avec sa sœur, dans un petit village de la Creuse, dans une famille d'accueil, au début de la guerre. Il y restera tout au long de la guerre. Sa véritable identité, "Victor Robert Nataf", est changée en "Victor Lanoux", nom qu’il conservera pendant sa carrière.
 
 
En France 60 à 70000 enfants furent ainsi mis à l'abri. Survivants au génocide, ils ont subi de graves traumatismes psychologiques et souvent le deuil de leurs parents exterminés.
 
Un des exemples tragiques du sort de ces enfants est le destin funeste de ceux réfugiés à la Maison des enfants d'Izieu , raflés par Barbie le 6 avril 1944. Ce jour-là se nouait le sort tragique des 44 enfants et 7 adultes juifs raflés dans ce village de l'Ain qui devait constituer un refuge. Ils furent tous exterminés à Auschwitz, sauf une éducatrice qui survécut.
C'est à ce Mémorial d'Izieu que s'est récemment attaqué Laurent Wauquiez, alors que la résistante SImone Lagrange y avait défendu la mémoire de la Résistance contre les nazis et leurs héritiers. 
 
Le sort des enfants raflés au Vel' d'Hiv constitue un autre exemple particulièrement tragique. 
 En effet, les familles raflées par la police française vers Vel’ d’Hiv’ entre les 19 et 22 juillet 1942 arrivent aux camps de Pithiviers et Beaune-La-Rolande, gérés par l’administration française. Les parents sont rapidement déportés alors que les nazis n’ont pas encore donné leur réponse quant au sort des enfants. La période durant laquelle les enfants internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande ont vécu séparés de leurs parents déjà déportés est décrite par les témoins comme un des moments les plus insupportables. Agés de 2 à 15 ans, les enfants restent seuls durant plusieurs semaines. Désorientés par l’absence de leurs parents et vivant dans des baraques inadaptées à la présence d’enfants, ils connaissent des conditions d’hygiène catastrophiques. Huit d'entre eux meurent durant cette période.
Le 13 août 1942, le service d’Eichmann fait savoir que les enfants doivent également être déportés: ils sont alors transférés vers Drancy et, de là, embarqués dans les convois partant pour Auschwitz.
 
En France, 11458 enfants juifs furent déportés et massacrés. Serge Klarsfeld a identifié un seul enfant de moins de 16 ans déporté en 1942 et revenu vivant.

 

Au total, le chiffre des enfants victimes des nazis est d'au moins un million et demi, y compris plus d'un million d'enfants juifs, des dizaines de milliers d'enfants tsiganes, des enfants allemands handicapés physiques et mentaux, des enfants polonais ainsi que des enfants d'Union soviétique occupée.

 

 
Sauvetages
En plus des démarches individuelles, des organismes héroïques contribuèrent à dissimuler des enfants sous une fausse identité dans des familles et des foyers d'accueil. Un réseau extrêmement bien organisé s'était constitué avec l'aide de l'association juive Œuvre de secours aux enfants (OSE), des Éclaireurs israélites de France, des organisations communistes juives telles le MNCR , mais également des réseaux chrétiens et résistants. Ceux qui les accueillirent font partie des "Justes" qu'on trouve heureusement lors des génocides, notamment dans le génocide des Arméniens et celui des Tutsi du Rwanda.
 
 
 
Le rapport des fascistes, et parmi eux du FN, envers les enfants issus de l'immigration est particulièrement pervers et violent.

Ainsi lors de la campagne présidentielle de 2007, nous avions noté que Jean Marie Le Pen, en meeting à Marseille le 3 Mars de cette année-là, avait ainsi abordé ce  sujet (extrait) : " il  s'en est violemment pris  à l'immigration. Dans son discours il a choisi d'aborder la situation des enfants de parents expulsés. Voici sa formulation exacte, sous forme de pseudo-question :

"On me dit, M. Le Pen, si vous renvoyez les clandestins chez eux, avez-vous pensé à leurs enfants ? Bien sûr que j'y pense, ils ne doivent pas être séparés de leurs parents, c'est pour cela qu'ils partiront avec eux"

 

Cette formulation n'est pas le fruit du hasard.

Il s'agit d'une référence, directe et voulue,  à la déportation des enfants juifs décidée par Laval, en utilisant le même prétexte monstrueux "ne pas séparer les enfants  des parents".

C'est le chef du FN qui choisit, par l'utilisation de ces termes, de tracer un parallèle parfaitement compréhensible et codé dans l'univers historique de l'extrême-droite française. La salle a d'ailleurs frénétiquement applaudi ce passage du discours. Il ne s'agit pas pour nous de comparer expulsion et déportation vers l'extermination mais de relever la volonté lepeniste de faire appel à cette thématique."

 

Le 6 juillet 1942, Theodor Dannecker, gradé SS en charge de la déportation des Juifs de France , informait son supérieur à Berlin, Adolf Eichmann : « Le président Laval a proposé que, lors de l’évacuation des familles juives de zone non occupée (sous responsabilité du régime de Vichy) les enfants de moins de 16 ans soient emmenés aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l’intéresse pas »

 

Dix ans plus tard, en décembre 2016, Marine Le Pen reprenait les attaques envers les enfants, marchant ainsi une fois de plus dans les pas de son père, qui parraine et finance largement sa campagne, au delà de leurs règlements de compte. Celui-ci est toujours président d'honneur du parti qu'il a fondé et transmis à sa fille, laquelle n'a jamais modifié le nom de cet parti marqué par le fascisme. 

 

 

Marine Le Pen, parlant des enfants, déclare :  "Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c'est terminé, c'est la fin de la récréation !'". 

La vulgarité de ses propos renvoie à la haine de l'extrême-droite envers les malades ( voir ici) et les enfants d'origine étrangère.

 

 

MEMORIAL 98

 
 
 
 
Tract et visuel diffusés par Memorial 98
 
 
Dédiabolisation ? 

La supercherie de la "dédiabolisation " du FN a récemment subi quelques accrocs, avec la révélation de la persistance d'un antisémitisme ancré au sommet du FN, chez Marine Le Pen et Florian Philippot. 

 

Il s'agit aussi du négationnisme antisémite, symbolisé notamment par Jean-François Jalkh, le président qu'ils ont voulu placer en intérim et qu'ils ont du retirer en catastrophe face aux révélations sur ses propos concernant à nouveau les chambres à gaz.

La présence massive et le rôle crucial rôle des néo-nazis tels que Frédéric Châtillon, Axel Loustau et Philippe Péninque apparaît au grand jour. Ce groupe d’anciens du GUD dirige la machine financière du FN et pèse d’un poids décisif. 

La commémoration de la mort de Brahim Bouarram le 1er mai, symbole de la violence des milices du FN,  a d'ailleurs pris cet année un caractère tout à fait particulier.
Elle a lieu a quelques jours du 2e tour de la présidentielle et du succès de ce parti, qui a déjà récolté plus de 7 millions de voix lors du premier tour. 

                                         Saïd Bouarram appelle à voter contre le FN 

 

Pas d'abstention, ni de vote blanc 

Face à une telle permanence des orientations fascistes, racistes, antisémites du Front National, nous appelons à tout faire afin de battre Marine Le Pen, pour réduire l'influence électorale et des idées mortifères. Pas d'abstention, de vote blanc, de "ni-ni".

Le pourcentage relatif du FN doit être le plus faible possible. Marion Maréchal Le Pen vient de déclarer que si Marine Le Pen obtenait plus de 40 % des voix au second tour de la présidentielle, « ce serait déjà une énorme victoire qui nous positionnerait à l’avenir comme la seule véritable opposition crédible ».

Il s'agit donc le 7 mai, de voter massivement pour Emmanuel Macron, sans que cela signifie aucunement une approbation de son programme ou ses projets

 

MEMORIAL 98

 


 
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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 21:56

Il y a quelques jours au conseil municipal de Fontaine (Isère) un responsable local du FN, conseiller municipal, propose de "récupérer les dents en or" des Roms pour financer leur accueil . C’est un retour du refoulé génocidaire: les nazis "récupéraient les dents en or" de ceux qu'ils exterminaient, les Juifs ainsi que les Roms.

L'extermination des Juifs par les nazis, aidés par leurs alliés, représente une étape cruciale dans la chaîne des génocides qui marquent le vingtième siècle, des Herrero et Namas aux Arméniens, des Roms aux Tutsi du Rwanda, des  Musulmans de Srebrenica  aux Cambodgiens.

 

Malgré l'apocalypse de la Shoah, l'antisémitisme, matrice des racismes européens, est  toujours au premier plan, soixante-dix ans après la défaite du Reich nazi .

L'extrême-droite et la droite radicale ont constamment recours à cette forme première de racisme, tout en l'étendant à l'islamophobie et au rejet des réfugiés et immigrants. C'est ce que montrent des cas récents: Marine Le Pen prétendument "dédiabolisée" est financée et parrainée par son père, fondateur du parti dont elle se revendique, antisémite et négationniste avéré. 

 

Dans la campagne du parti "Les Républicains", on a d'abord vu un candidat antisémite excusé et toléré par ses concurrents, puis le recours à une imagerie antisémite contre Macron, puis l'intégration par Fillon du  facho intégriste Charles Millon, ancien président du Conseil Rhône-Alpes de 1998, élu à ce poste grâce à une alliance de sa part avec le FN de Gollnisch et Jean-Marie Le Pen. En raison de cette alliance, Charles Millon a été expulsé d'une cérémonie au Mémorial des enfants juifs d'Izieu en 1998, par Simone Lagrange, victime de Klaus Barbie et représentante des déportés.

 

En même temps Memorial 98 a révélé qu'un comédien et metteur en scène à succès, Olivier Sauton, était en fait un compagnon de route de Dieudonné, avec qui il avait co-écrit un film de propagande intitulé "L'Antisémite". Suite aux publications de Memorial 98 et à la découverte de messages antisémites de sa part sur Twitter,  Sauton a finalement été déprogrammé par le théâtre dans lequel il jouait.

 

La campagne de Trump aux USA a eu recours à des thèmes antisémites et complotistes et elle sert de modèle aux nombreux démagogues qui veulent reproduire ses succès électoraux. En Pologne même, le gouvernement ultra-réactionnaire du PiS met en cause la vérité historique de la Shoah et s'attaque aux chercheurs qui contestent sa propagande. En Allemagne le parti raciste et islamophobe AfD abrite en son sein un fort courant ouvertement antisémite et négationniste qui s'est exprimé récemment. 

 

Il est donc d'autant plus important de retracer la réalité de ce que fut l'extermination programmée des Juifs d'Europe, dans les camps , chambres à gaz et autres massacres. Une exposition en cours au Memorial de la Shoah à Paris permet de mesurer la trace profonde de cette tragédie, y compris dans des domaines tels que la bande dessinée et les comics

 

La liquidation du ghetto juif de Cracovie, capitale historique de la Pologne et située à 70 kilomètres du camp d'Auschwitz, eut lieu le 13 et 14 mars 1943. 

Un mois plus tard débutait la révolte du ghetto du Varsovie, alors que la liquidation de ce ghetto avait débuté quelques mois plus tôt en juillet 1942.

La SS et la police planifièrent cette liquidation en obéissant à l'ordre de Himmler d'octobre 1942.  Ce dernier  avait ordonné d'achever la mise à mort des Juifs dans la zone dite du " Gouvernement général de Pologne" et d'incarcérer dans les camps de travail forcé ceux dont le travail forcé demeurait nécessaire pour la machine de guerre nazie.

Le 13 et 14 mars 1943, les SS et les policiers lancèrent l'opération dans le ghetto de Cracovie et tuèrent sur place environ 2000 Juifs, notamment les personnes âgées, les enfants et les malades . 

Deux mille autres, qui étaient capables de travailler, furent transférées au camp de travail forcé de Plaszow, à proximité immédiate.

Ce camp a été rendu célèbre par le film" La Liste de Schindler", notamment à travers la personne de son commandant  SS Amon Göth, habitué à tirer sur les internés depuis le balcon de sa villa,  comme on peut le voir ci-dessous.  L'usine de Schindler se trouvait à proximité du camp et il parvint à sauver des centaines de Juifs.

En , le témoin survivant Mieczyslaw Pemper fut témoin dans le ghetto de Cracovie de scènes où Göth lâchait déjà ses chiens sur les habitants et leur tirait dessus.

En tant que commandant du camp de Płaszów, où l'espérance de vie moyenne était de quatre semaines, Göth était particulièrement redouté des prisonniers, qu'il soumettait à diverses tortures et qu'il exécutait même  par balles. Ses deux chiens, Ralf et Alf, qu'il lançait sur les détenus, terrorisaient ces derniers . 

Poldek Pfefferberg, l'un des juifs de Płaszów sauvés par Schindler , témoigna en ces termes : « Voir Göth, c'était voir la mort. ».

Lors du procès de Göth en Pologne en 1946, suite auquel il fut condamné à mort et exécuté, le survivant  Henryk Bloch rapporta les faits suivants :

« […] Göth ordonna que chacun reçoive cent coups [de fouet], mais tout le monde en reçut plus de deux cents, voire trois cents. Chaque prisonnier devait compter les coups à voix haute ; si une erreur était commise, alors les coups recommençaient à partir de zéro. […] Après avoir été retiré de la table, le prisonnier était littéralement une masse sanglante aux chairs coupées. […] Pendant tout ce temps, un homme criait horriblement. Göth hurla, lui demandant de se calmer et de compter. L'homme ne se calma pas. Göth s'approcha, prit la moitié d'une brique au sol, vint vers la table sur laquelle on était en train de battre l'homme et lui asséna un coup avec la brique, lui fendant la tête en deux. [...] Couvert de sang, le crâne fendu, l'homme se leva de la table, s'approcha de Göth et lui dit qu'il avait reçu sa punition. On lui ordonna de partir et lorsqu'il se tourna, Göth sortit son revolver et lui tira une balle dans la tête. »

Göth, né à Vienne, devient membre de la branche autrichienne du parti nazi en 1930 (avec le numéro 510764)  La même année, il rejoint les SS autrichiens (numéro de membre : 43673). Les nazis autrichiens occupèrent une place centrale au sein de la galaxie nationale-socialiste, suivant l'exemple d'Hitler, lui même d'origine autrichienne. Adolf  Eichmann, lui aussi autrichien, symbolise cette implantation au cœur de la mise en œuvre du génocide.
  

Les trois mille Juifs restants du ghetto de Cracovie  furent déportés à Auschwitz-Birkenau à 70 kilomètres de cette ville, en deux convois, l'un arrivant le 13 mars et l'autre le 16 mars. A leur arrivée, environ 2450 personnes  furent envoyées directement dans les chambres à gaz, les 549 personnes (499 hommes et 50 femmes) y furent internées. 

 

A quelques semaines de l'anniversaire  des génocides Tutsi qui débuta le 7 avril 1994,  du génocide des Arméniens qui débuta le 24 avril 1915, de la révolte du ghetto de Varsovie qui débuta le 19 avril 1943,  nous réaffirmons la nécessité du combat contre toutes les formes de racisme et de discrimination et d'un engagement particulier contre le négationnisme, arme des bourreaux et de leurs défenseurs.

MEMORIAL 98

A voir également dans les publications de Memorial 98:

 Sur le sorts des Roms à Auschwitz

http://info-antiraciste.blogspot.fr/2016/06/memoire-de-la-shoah-decouvertes-vilnius.html

Sur la "Shoah par balles" dès 1941 en Ukraine et sur la répression de la mémoire de la Shoah par les régimes staliniens

 

 

 

 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 21:53

 

 

 

 

 

 

 

Des femmes Herero contraintes au travail forcé, transportant des marchandises dans le camp de concentration de Swakopmun

 

 

Le continent africain a déjà connu à la fin du 20e siècle le génocide des Tutsi du Rwanda; il reste menacé par d'autres risques génocidaires, notamment au Burundi voisin (voir ici) et au Soudan du Sud . Mais un génocide mis en oeuvre au début du siècle reste encore relativement peu connu.

Il est d'autant plus important qu'il soit reconnu, que le général Lothar Von Trotha qui l'exécuta à l'encontre des populations Herero et Nama, avait auparavant sévi dans les autres colonies allemandes de l'époque, le Rwanda et le Burundi.

 

Herero et Nama dans le Sud -Ouest africain allemand (1904-1908)

L'ouverture d'une exposition au Memorial de la Shoah à Paris permet de se pencher sur ce qui constitua une extermination planifiée.  

A travers l'exposition riche de nombreux documents d'archives, d'objets et de photographies, le Mémorial de la Shoah se propose d'aborder cet épisode méconnu de l'histoire du colonialisme allemand.

A la fin du 19e siècle, les envahisseurs allemands s'emparent des terres et du bétail des Nama qui menaient une vie pastorale.

Herero et Nama, vivaient dans la partie Sud-ouest du continent africain, devenu depuis la Namibie.

Dans le cade de l'expansion de la colonisation allemande menée par Bismarck, alors chancelier de l'empereur Guillaume Ier, l'Allemagne s'octroie ce territoire en 1884 et le colonise.

 

Une extermination pour ˝ un territoire blanc˝ !

Vingt ans plus tard, en 1904, des guerriers Herero, soutenus par leurs voisins Nama se soulèvent et tuent des colons allemands.

En juin 1904, le général Lothar Von Trotha, nommé commandant en chef des troupes de la colonie allemande du Sud-ouest africain, débarque dans la possession du Reich avec pour mission d'en finir avec la révolte des Herero et des Nama.

Von Trotha est déjà connu pour ses méthodes de répression coloniale  en Chine et dans l’Est africain allemand (Tanzanie, Burundi et Rwanda).

La guerre qu'il va mener, sur ordre de l’empereur Guillaume II, est féroce. Il planifie l’extermination des deux peuples en vue de constituer un territoire « blanc ».

Ce crime de masse suscite depuis un important travail de mémoire, en Namibie même, parmi les  historiens, ainsi qu’en Allemagne .

De plus un documentaire de la réalisatrice Anne Poiret  (voir ci-dessous) ainsi que d'autres travaux  soulèvent la question du lien entre la politique raciale de l’Allemagne coloniale des années 1900 et celle de l’Allemagne nazie.

Notons que le premier gouverneur de la colonie (Südwest-Afrika en allemand) est un certain Dr Heinrich Goering, dont le fils Hermann Goering sera l'un des plus importants dirigeants nazis.

 

Massacre planifié des Herero lors de la bataille de Waterberg

En août 1904, des milliers de Herero perdent la vie durant cette bataille. Ceux qui parviennent à s’échapper sont traqués et contraints de fuir dans le désert Omaheke, où les puits d'eau ont été empoisonnés par les militaires.

Peu survivront. Von Trotha, s’en prit ensuite aux Nama avec la même cruauté.

Il va mener durant trois ans une politique d’extermination systématique contre ces deux peuples, préfigurant ainsi le génocide qui débute quelques mois plus tard, suite à l’ordre émis par Von Trotha le 2 octobre 1904 .

Cet ordre proclame : "Dans les frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non, en possession de bétail ou non, sera abattu." et précise: "Je crois que cette nation, en tant que telle, doit être annihilée ",

Des camps de concentration.

Par la suite, une fois les rebelles vaincus, la levée de l’ordre d’extermination ne signifie pas pour autant la fin de l’horreur.

Dans les « Konzentrationslagern » (camps de concentration) de Lüderitz, Karibib, Swakopmund, où les conditions de vie sont atroces, Nama et Herero vont être éliminés par le travail. Le décompte des morts « par épuisement » y est tenu très scrupuleusement, laissant à la postérité une litanie de preuves bureaucratiques macabres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Shark Island (l'île aux requins) : un enfer de pierre

Cornélius Frédériks, chef des Namas a  dirigé la révolte contre l'occupant allemand. Une photo le montre enchaîné. Les allemands avaient promis à Cornélius et à ses hommes qu'ils auraient la vie sauve s'ils déposaient leurs armes. Lors d'une embuscade, ils furent arrêtés, faits prisonniers dans le camp de Shark Island, un immense îlot de pierres où étaient internés des hommes, des femmes et des enfants sans distinction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « médecin » de ce camp pratiquait des expérimentations médicales sur des cobayes humains. Il faisait  également des recherches sur les crânes des cadavres. Les femmes prisonnières étaient contraintes de faire bouillir ces têtes qui pouvaient être celles de leur famille ou de leurs amis. Elles devaient gratter la chair avec des morceaux de verre afin que les crânes puissent être envoyés à Berlin pour y démontrer ˝scientifiquement˝ la supériorité de la race blanche.

Ces crânes ont donné lieu à une exhibition macabre : ils ont été exposés dans des cages en verre à l'hôpital Universitaire de La Charité à Berlin.

 

˝Nous voulons des excuses˝

La mémoire du génocide ne fut jamais perdue parmi les descendant.e.s des victimes.

Ainsi près de cents ans plus tard, en 2011, après l’indépendance de la Namibie (qui survint fort tard en 1990), une délégation Herero et Nama se rend  à Berlin pour une cérémonie organisée par le gouvernement allemand  afin  de demander que leur soient restitués vingt crânes de leurs ancêtres. Aucun nom ne figurait sur les crânes. Ceux-ci, répertoriés à l'aide de numéros dans des registres, ne garantissaient donc pas l'identité du défunt.

Tous sont venus à Berlin avec l'espoir d'une reconnaissance du génocide par l'Allemagne. Tous brandissent des pancartes et scandent : ˝des excuses, nous voulons des excuses˝.

David Frédéricks, descendant du dirigeant de la révolte Cornélius  Frédéricks, ainsi que son épouse particulièrement active,  font partie de la délégation. Leur peuple a été massacré, ils ont perdu leur culture et leur droit sur les terres.

Tout deux mènent un combat sans relâche pour que soit reconnu le génocide.

La ministre allemande des affaires étrangères de cette époque, présente des regrets lors de son discours mais sans envisager une reconnaissance  officielle du génocide.

Suite à cette cérémonie, des négociations en vue de réparations furent envisagées.

En 2012, le parlement allemand se rétracte et refuse de qualifier l’extermination des Herero de "génocide". 

Aujourd’hui, l’Allemagne et la Namibie négocient une déclaration commune dans laquelle l’Allemagne doit s’excuser pour ce premier génocide du XXe siècle. Mais alors qu’en juillet 2015, le président de la chambre allemande des députés (Bundestag) a reconnu que le pays avait mené "une guerre raciale" dans son ex-colonie, le gouvernement  actuel ne veut toujours pas entendre parler de compensations financières pour les victimes.

L’Allemagne ne semble pas prête à débourser les sommes qui pourraient lui être demandées  et qui se montent à 4 milliards de dollars

˝Tout génocide secrète son négationnisme ˝

 

Le silence ou le déni: il y a encore des négationnistes qui prétendent que  les points d’eau n’étaient pas empoisonnés, que le désert Omaheke n’était pas si désertique, que l’ordre de Von Trotha n’avait pour but que d’effrayer l’ennemi… les preuves  d’une extermination planifiée sont là, tangibles.

Au total, le peuple Herero a été décimé à 80 % et le peuple Nama à 50 %

 

L'Allemagne reconnait le génocide des Herero et des Nama

Les demandes des victimes  sont simples : une reconnaissance du génocide, des excuses officielles, le rapatriement des restes humains volés à des fins pseudo-scientifiques et, enfin, des négociations avec les autorités allemandes autour de la question des réparations.

Le 10 juillet 2015, pour la première fois, l'Allemagne a officiellement qualifié de "génocide" le massacre des peuples Herero et Nama perpétré sous ses ordres en Namibie en 1904 et 1905  ( voir ici ).

Pour la première fois, ce terme est employé de manière officielle au plus haut sommet de l’État pour qualifier le comportement de la « Schutztruppe » (troupe de protection) emmenée par le général Lothar Von Trotha.

Un comportement dont les plus atroces détails sont consignés depuis 1918 dans le « Blue Book » (livre bleu), rapport à charge commandé par le Parlement anglais et dont une copie est toujours conservée à Westminster. Dans ce livre, Thomas O'Reilly, jeune major d'origine irlandaise, ami des Herero., a rassemblé des témoignages et des récits atroces

Le « Report on the Natives of South-West Africa and their Treatment by Germany », rédigé en 1918 pour le Parlement du Royaume-Uni, contient plus de détails qu’il n’en faut pour démontrer que, sous les ordres du Kaiser, le général Lothar Von Trotha entendait bien exterminer les deux peuples qui lui résistaient.

Ainsi deux Vernichtungsbefehl (« ordres d’annihilation »), émis le 2 octobre 1904 et le 22 avril 1905, prouvent l’implacable volonté de génocide. Ils furent malheureusement suivis d’effets, la population Herero ayant été éliminée à 80 % tandis que la moitié des Nama étaient tués.

Le 9 juillet 2015, cent ans après la fin de la domination allemande sur la Namibie, deux délégations de Herero et Nama seront reçues à Westminster pour une rencontre et des discussions. À cette occasion seront lus des extraits du Blue Book 

 

Une répétition générale ?

En 2015, L'écrivain française Élise Fontenaille-N'Diaye publie des extraits du rapport. Elle a baptisé son roman historique du même nom . En 200 pages, elle ranime le souvenir d'un génocide lui aussi tombé dans l'oubli. Elle y livre son point de vue d’écrivain,. ˝Quelque part entre le désert du Kalahari et la presqu’île de Shark Island, au large de Lüderitz, s’est déroulée une macabre répétition générale, préfiguration des génocides à venir." 

Cette problématique est aussi abordée dans un documentaire réalisé par Anne Poiret, diffusé sur France 5 en mai 2012 Namibie : le génocide du IIe Reich

« Il y a des pistes, des concordances, des hommes que l’on retrouve », souligne Anne Poiret dans son travail. Parmi ces hommes, il y a Theodore Molison et Eugen Fischer, le père de l’anthropologie génétique allemande. Ils seront tous les deux les maîtres de Josef Mengele,˝ l’ange de la mort ˝ des camps nazis. Tous deux ont effectué des recherches dans le Sud-ouest africain au début du XXe siècle dans l’idée de prouver la supériorité de la˝ race blanche ˝, notamment par la mesure des crânes. 

Ce documentaire montre également des photos d'archives, des images d'aujourd'hui, des témoignages de descendants Nama et d'historiens rendant compte de la réalité de cet épisode tragique.

Un descendant du peuple Nama nous fait vivre son émotion et l'injustice qu'il éprouve en foulant la terre qui a appartenu à ses ancêtres et qui demeure encore de nos jours la propriété des descendants allemands. Il commente avec tristesse ce passage où des habitants traversent une étendue de sable sans se soucier qu'à cet endroit ont été enterrés des cadavres sans sépulture.

Des Allemands, installés en Namibie, accoudés au bar de leur pub, y perpétuent le déni de l'histoire.

Des extraits de ce documentaire font partie de l'exposition

Nous recommandons vivement cette exposition qui sensibilise et attire l'attention, parce que le danger est toujours à nos portes, comme ne cesse de le démontrer l'actualité.

 

L' exposition est ouverte jusqu'au 12 mars 2017.

Le dimanche 26 et le lundi 27 février 2017 se tiendra au Mémorial un colloque sur ce même thème.

 

Memorial 98

 

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 14:03

Le 9 novembre, Memorial 98, avec ses partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme) et de l'association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda)  vous invite à participer à la  commémoration de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche.

Pour la 3e année consécutive, nous nous rassemblerons à Paris, à partir de 18h, devant le gymnase Japy, lieu symbolique dans lequel furent parqués en 1942, les Juifs raflés par la police française au service des nazis.

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal représente un jalon important: les nazis, au pouvoir depuis 1933 franchissent alors une nouvelle étape dans la violence, celle de massacres antisémites commis au vu et au su de toute l'Europe. Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées. 

Pourtant en France elles ne changèrent pas la situation: ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler.

Quelques mois plus tôt, en juillet 1938, s’était tenue la conférence internationale sur les réfugiés d'Évian de juillet 1938, dont le but  était de de trouver des lieux d'asile notamment pour les réfugiés juifs, et qui se termina par un échec. Le gouvernement français y avait exposé sa position: la France n’accueillerait plus de réfugiés.

Deux mois plus tard, lors des accords de Munich le 30 septembre de la même année, le gouvernement français cède aux exigences nazies. Une partie de la Tchécoslovaquie (la région des Sudètes) est annexée au Reich nazi et le premier ministre français Daladier ose déclarer que  la " paix est  sauvée "

La France tournait ainsi ouvertement le dos à ses principes de pays de droits de l'homme, car le gouvernement recherchait à tout prix l'apaisement avec son voisin allemand, notamment à travers  des négociations secrètes menées par Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères, depuis le 10 avril 1938.

Bonnet ne veut pas que les évènements de la Nuit de Cristal compromettent sa politique. Il choisit d'ignorer le rapport de George Von, ambassadeur de France à Berlin, qui lui écrit ainsi au lendemain des évènements : "Le traitement infligé aux Juifs en Allemagne que les nazis tentent d'extirper complètement comme des bêtes malveillantes, éclaire la grande distance qui sépare la conception hitlérienne du monde du patrimoine spirituel des nations démocratiques". Bonnet sera ensuite pétainiste, membre du Conseil national de Vichy et mettra en œuvre la collaboration


La France est ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.


De plus, le 12 novembre 1938, deux jours seulement après la Nuit de Cristal, une loi autorisait en France l'internement des "indésirables" dans des camps de concentration dont ceux des Milles et de Rivesaltes. Les réfugiés juifs allemands et autrichiens entrés non légalement en France étaient désormais directement menacés et seront internés, puis plus tard livrés aux nazis.

 

Les vieux démons à l'oeuvre aujourd'hui en Europe

Soixante et onze ans après la défaite du nazisme, rappeler que l'Europe est de nouveau en proie à « ses vieux démons » peut apparaître comme un cliché,  mais rend compte d’une réalité.

Ainsi, l'antisémitisme, que d'aucuns disaient « disparu », est bien là: il y a quelques jours, un candidat à la primaire de la droite, Jean-Frédéric Poisson, s'est livré à une diatribe antisémite; ses maigres "excuses" suffisent à ses concurrents de la primaire pour le réintégrer en leur sein.

Laurent Wauquiez,  président du parti LR et de la région ARA, a choisi de diminuer la subvention du Mémorial d'Izieu dédié aux enfants juifs déportés par Klaus Barbie.Son acolyte Christophe Boudot, responsable du FN dans la même région, déclare carrément que ce mémorial est trop "politisé". C'est le même Wauquiez qui a lancé une croisade contre l'accueil des migrants et invite ouvertement les maires à les rejeter. Il démontre ainsi à quel point racisme et antisémitisme sont liés.

Dieudonné, Soral, Boris Le Lay, Vincent Reynouard, Faurisson et tant d'autres poursuivent impunément leur propagande antisémite, négationniste et complotiste. Leur dénonciation permanente  d'un "complot juif" porte une lourde responsabilité dans le développement de courants qui poussent la logique du complotisme et de l'antisémitisme jusqu'au meurtre de masse. Par deux fois en quelques années, des femmes, des enfants, des hommes ont été assassinés par les membres de Daech, parce que Juifs. Que la haine s'exprime sous couvert de religion ou de "lutte anti-système", elle produit ses effets : la peur quotidienne et spécifique d'une partie de la population, lorsqu'elle porte une kippa, lorsqu'elle va à la synagogue.

En Pologne, le gouvernement ultra-réactionnaire du PiS  veut intimider les historiens qui travaillent honnêtement sur cette période.

Partout en Europe, la terreur d'extrême-droite est minimisée.

La violence touche toutes les minorités: l'année 2016 aura aussi été symbolisée en France et en Europe par la campagne xénophobe qui préparé le Brexit britannique et entraîné une vague sans précédent de violence contre les étrangers et les antiracistes. Il s'agit aussi des attaques en Allemagne contre les centres d'accueil des réfugiés et de la violence d’État contre les migrants du gouvernement hongrois de Orban, alors que celui-ci vient de subir un revers lors de son référendum de la haine.

En France les attaques se multiplient contre les centres d'accueil pour migrants. Le Front National mais aussi le président du parti LR, Laurent Wauquiez , lancent de véritables croisades contre les migrants.

Le gouvernement actuel a choisi lui aussi une politique de fermeture des frontières aux migrants qui fuient pour beaucoup des guerres atroces et la mort à brève échéance. A Calais, à Paris et ailleurs, l'année 2016 a été marquée par l'explosion des bidonvilles et la chasse à ceux qui y vivent. La France, qui par la voix de Manuel Valls s'est attaquée directement à la politique d'accueil de l'Allemagne, préconisant au contraire la méthode dure, porte une très lourde responsabilité dans la politique européenne actuelle qui maintient les réfugiés ayant survécu à leur voyage d'exil dans des camps insalubres et dangereux, partout aux portes de l'Europe

Dans une France soumise à l'état d'urgence, législation d'exception héritée de la guerre d'Algérie, une atmosphère de surenchère islamophobe, à laquelle participent des voix venues de tout le champ politique, conduit à des violences qui ressemblent en tout point à des ratonnades.

 

Face à cette marée, de nombreuses mobilisations continuent à porter la solidarité avec les migrants, les réfugiés, les Roms. Face aux manifestations anti-migrants du FN, des rassemblements beaucoup plus nombreux s'organisent . Partout, des gens ordinaires  s'engagent au quotidien, multipliant les initiatives, du simple don à l'accompagnement administratif en passant par les défenses collectives contre la répression malheureusement quotidienne des migrants à toutes les frontières européennes.

 

Une autre Europe continue à se mobiliser, une Europe qui rêve d'égalité, d'ouverture, de coexistence. Une autre opinion publique a donné de la voix par les actes, ensemble des gens de cultures, de religions, de sensibilités différentes, ont répondu ensemble au fascisme montant, et commencé à construire enfin, l'idée d'un autre monde possible.

 

Nous ne sommes pas dans les années 30, mais il n'est jamais trop tôt pour dire « Plus jamais ça » aux héritiers nombreux des auteurs de pogroms de ces années-là.

Dans nos combats d’aujourd’hui, il n’est jamais trop tard pour faire de nos mémoires une arme contre l'oubli et l'impunité.

 

Dans la dernière période, des progrès ont été enregistrés dans la lutte contre l'impunité des génocidaires et auteurs de crimes contre l'humanité, grâce au combat acharné des familles de victimes et des associations.

Le Parlement allemand a reconnu le génocide arménien, malgré les lourdes pressions et les menaces de Erdogan.

En France, le projet de loi "Égalité et Citoyenneté"  devrait  permettre de poursuivre les négationnistes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, qui a fait l'objet d'un jugement international. Mais cette loi ne s'applique pas au génocide des Arméniens qui n'a jamais été par une juridiction française ou internationale. Dans ce dernier cas, seuls  seront poursuivis  les négationnistes qui "incitent ouvertement à la haine ou à la violence", ce qui limite fortement la possibilité de poursuites.

Les justices nationales et internationales demeurent toujours très lentes à juger les auteurs de génocides et de crimes contre l'humanité.  Ainsi c'est plus de vingt ans après le massacre génocidaire de Srebrenica que l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été jugé, le  24 mars 2016 , « pénalement responsable » du génocide à Srebrenica par le Tribunal pénal international de La Haye et condamné à quarante ans de prison. 

Quelque jours auparavant, le 21 mars, la Cour pénale internationale (CPI) avait rendu un verdict novateur de culpabilité contre Jean-Pierre Bemba  pour des viols utilisés comme arme de guerre. Cette décision représente un tournant historique positif.

En France, deux génocidaires des Tutsi de 1994 en procès en Paris  Tito Barahira  et Octavien Ngenzi, ont été tous les deux reconnus coupables de génocide et de crime contre l’humanité et condamnés le 6 juillet dernier  à la réclusion criminelle à perpétuité.

Nous sommes toujours aux côtés des Arméniens qui exigent la pénalisation de la négation du génocide de 1915. Nous sommes aux côtés des Rwandais qui se battent pour que les génocidaires ne restent pas impunis et pour que la responsabilité de l’État français soit enfin reconnue.

 

Contre l'oubli et l'indifférence

Il y a 78 ans, les gouvernements européens, pourtant dument avertis, refusaient de regarder la réalité nazie en face. Ils fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide. Aujourd'hui, on laisse Bachar Al Assad et Poutine massacrer la population syrienne  et bombarder sans répit la ville-martyr d'Alep.

Il faut regarder l'Histoire en face: celle du 20ème siècle nous a montré que les violences, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l'extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

Nous serons ces Européens qui n'oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l'oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux.

 

Retrouvons nous le 9 Novembre 2016 à 18 H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne) afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal et de tous les génocides.

 

Vous êtes aussi invités à aider à financer les frais liés à l'organisation de la commémoration, en participant à la souscription "Pot Commun" ci-dessous

https://www.lepotcommun.fr/pot/hkegfjbc

9 novembre 2016 Commémoration de la Nuit de Cristal nazie

~ Organisé par : Memorial 98 ~

 

Le 9 novembre 2016, Memorial 98 organise, pour la 3ème année consécutive, une commémoration de la Nuit de Cristal, pogrom d’État perpétré par les nazis le 9 Novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche

Nous nous rassemblerons comme chaque année à Paris devant le gymnase Japy dans le 11e arrondissement , où furent parqués, sous le régime de Vichy, les victimes des rafles de la police française, avant d'être envoyées dans les camps d'extermination nazis.

Nous aurons la chance d'avoir à nos côtés, les combattants infatigables de la mémoire des génocides arméniens de 1915 et tutsi du Rwanda de 1994 que sont nos amis du Collectif Van et d'Ibuka-France. Ainsi se concrétisera l'esprit de dialogue des mémoires qui est pour nous le seul moyen de faire vivre un antiracisme efficace

Comme chaque année, des gerbes de fleurs seront déposées lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de la Nuit de Cristal. Les jours précédant la commémoration, des collages d'affiches auront lieu dans le quartier, afin de faire vivre une histoire que beaucoup ignorent.

Memorial 98 est un collectif indépendant, nous ne bénéficions d'aucun financement autre que celui de nos soutiens.

Si vous souhaitez et pouvez contribuer financièrement à l'organisation de cette commémoration, nous vous en remercions.

 

 

 

Memorial 98

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 11:55

On craint et à raison, beaucoup de choses lorsqu'on ouvre aujourd'hui un nouvel ouvrage sur le « complotisme ».

L' « anti-conspirationnisme » est à la mode en ce moment, et le terme est banalisé, neutralisé, quand dans le même temps l'antifascisme et l'antiracisme sont connotés négativement, dénoncés comme dépassés, signes d'une vision du monde surannée, dans une Europe où les extrême-droites ne seraient plus que « populistes ».Le « complotisme » serait  essentiellement l'apanage des imbéciles dangereux, les jeunes d'origine évidemment étrangère, de religion forcément musulmane. Il serait un antisémitisme « nouveau » propagé par les « islamistes », et par ceux que l'on décrit bien souvent comme des « alliés des islamistes », dont Dieudonné, pourtant catholique .

 

Alors que l'électeur d'extrême-droite classique est devenu dans le discours médiatique et politique avant tout une victime, de la mondialisation, de la perte de repères, de la « crise », le jeune complotiste musulman reste la seule figure du fasciste qu'on a le droit de haïr sans réserves, le seul avec lequel on soit immédiatement soupçonné de complicité lorsqu'on cherche à analyser son cheminement.

 

L'ouvrage de Marie Peltier analyse, justement. Dans la ligne de l'universalisme bien compris, celui qui n'essentialise pas sur la base d'une identité, mais ne nie pas non plus la spécificité des parcours que certaines catégories de la population sont seules à faire, parce qu'elles sont les seules à subir certaines discriminations.

 

Si les ruptures historiques interviennent dans la vie de tous, elles ne produisent évidemment pas les mêmes effets. Un livre sur le conspirationnisme du temps présent ne pouvait pas s'ouvrir sur autre chose que les attentats du 11 septembre 2001. Mais celui-ci ne se contente pas comme tant d'autres de passer directement du rappel de la date à l'exposé des théories du complot qui se développèrent à une vitesse exponentielle juste après . Il rappelle l'histoire, tout simplement : celle du déluge de feu et de sang qui s'abattit sur les populations afghanes et irakiennes, le nom de ces lieux qui désormais sont forcément et pour très longtemps associés dans la mémoire collective aux photos de familles en pleurs, de morts par milliers , de villes en ruine, de torture aussi. Kaboul, Bagdad, Guantanamo, Abou Graïb, tous ces noms qui jalonnent les textes conspirationnistes parce qu'ils provoquent forcément la colère et le dégoût chez une partie des populations occidentales, et la méfiance évidemment envers des démocraties qui sont bien parties à la dérive.

 

Et dont chacun ne peut qu'admettre que leurs dirigeants ont bien menti pour justifier la guerre, notamment en ce qui concerne la fable des « armes de destruction massive » en Irak. Le premier chapitre s'ouvre aussi sur une réalité que seuls les racistes peuvent nier, le volet intérieur de cette « guerre de civilisations » à laquelle le premier Ministre français a lui aussi déclaré croire , il y a peu, la discrimination structurelle des issus de l'immigration, fussent-ils de la troisième ou quatrième génération.

 

Ce triste tableau dressé, on aurait pu penser que le livre de Marie Peltier tomberait dans l'autre écueil, le frère ennemi du raisonnement raciste : l'invention d'une révolte dont le conspirationnisme serait le nouveau bréviaire subversif, révolte qui serait simplement « détournée » par quelques fascistes. Bien au contraire ce qui sera dessiné, c'est le contour d'une idéologie et d'une pratique organisée au service de la domination la plus bestiale.

 

Ce qui est déconstruit ici, c'est d'abord la fausse horizontalité du conspirationnisme antisémite: bien au contraire, si les théories du complots sont répétitives, toutes issues des mêmes références, celle du pré-fascisme français de la fin du 19ème qui s'incarne notamment chez Drumont, puis du fascisme à la Léon Degrelle, c'est bien parce qu'elles émanent d'acteurs parfaitement organisés , structurellement inscrits dans l'extrême-droite européenne, et au service de dirigeants parfaitement identifiés, dictateurs de toute la planète à commencer par Vladimir Poutine.

 

C'est là la force de l'ouvrage, déconstruire simultanément deux visions conspirationnistes et racistes jumelles : celle qui prétend que le monde tel qu'il est , n'est que l'oeuvre de complots ourdis par des forces puissantes et obscures, qui finalement sont toujours les Juifs, et celle qui prétend qu'il y a bien un complot, le conspirationnisme lui-même qui serait le symptôme de la guerre de la civilisation en cours, l'arme des Ennemis Intérieurs dans nos sociétés, les Musulmans, en dernier ressort.

 

Il y a des résumés politiques qui ne sont qu'un fade bouillon, où surnagent quelques légumes sans goût , tant on en a épuré , pour les besoins d'un « grand public » fantasmé comme forcément ignare et peu curieux, toute la force politique.Et puis il y a ceux, qui réellement, sont la synthèse d'expériences de lutte et de combat.

 

C'est le cas de l'ouvrage de Marie Peltier, qui dresse un tableau jusqu'ici fort peu présent dans les analyses médiatiques : le conspirationnisme y est analysé pour ce qu'il est, une propagande mortifère fondée , non pas, sur une culture « étrangère », non pas sur l'islam, mais bien sur le corpus idéologique et méthodologique qui fut celui de l'antisémitisme et des fascismes originels en Europe, une propagande qui fait son effet sur toutes les couches de la population.  .

 

Dans un autre contexte historique, cette thèse là, qui pointe la parenté profonde de l'antisémitisme et de l'islamophobie européennes, aurait semblé une évidence. Mais parce qu'une société fracturée n'existe pas sans entrepreneurs de fracture, bien évidemment, l'ouvrage , à peine sorti déclenche à la fois les foudres de la propagande antisémite et celle de la propagande islamophobe.

 

Leurs tenanciers ont le même besoin absolu : celui du fantasme de l'Ennemi Intérieur , le Juif ou le Musulman, peu importe , tant que sa dénonciation permet de perpétuer le statu quo actuel. Celui de la guerre de tous contre tous, et d'abord des victimes entre elles.

 

On parle, dans l'ouvrage de Marie Peltier , des révolutions qu'on a dites « arabes » , et l'on en parle en termes d'espoir et de progrès. C'est là quelque chose qui est justement l'inverse absolu des théories antisémites et islamophobes : quand les unes les présentent, notamment en Syrie comme l'oeuvre du deus ex machina sioniste et impérialiste, les autres les décrivent comme la première phase du chaos organisé par les islamistes..

C'est d'ailleurs grâce à cet espoir partagé , celui de la révolution syrienne, que nos chemins d'antiracistes ont croisé celui de Marie Peltier. Jusqu'en Europe, la révolution syrienne a fait des vagues, des vaguelettes, plutôt puisque la force de l'antisémitisme et de l'islamophobie, la force des réseaux pro-Assad et pro-Poutine, comme celle de l'extrême-droite raciste ont empêché que cette révolution soit massivement vue comme un espoir. Mais tout de même , ici et là se sont justement croisés des gens venus d'horizons politiques différents, tous persuadés que quelque chose se jouait en Syrie, quelque chose d'inédit et de formidable, contre une dictature impitoyable.

 

Il faut un espoir pour lutter contre les marchands de désespoir. Il faut bien que la solidarité s'incarne quelque part, pour que partout, émerge la force de créer des fronts communs contre la haine.

 

Une ligne de front, et pas seulement un triste constat, c'est ce que dessine l'ouvrage de Marie Peltier, et tout ce qui cherche le chemin non pas de la négation des fractures à l'oeuvre, mais celle de leur réparation est précieux.

 

L'ère du complotisme, maladie d'une société fracturée, Marie Peltier aux éditions Les Petits Matins.

 

 

 

 

 

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Published by memorial98 - dans Racisme et antisémitisme
12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 12:27

Hitler ouvre les JO de Berlin en août 1936

 

 

Mise à jour du 1er août 2017

 

Alors que s'annonce la tenue des Jeux Olympiques de 2024 à Paris, la mémoire de ceux de 1936 ouverts par Hitler à Berlin le 1er août est toujours présente. Leur organisation  fut le fruit des manoeuvres de Pierre de Coubertin, qui admirait "intensément " Hitler (voir ci-dessous) et du Comité Olympique (CIO). Ce dernier n'a jamais présenté d'excuses pour ces Jeux offerts aux nazis; l'exigence en demeure donc, pleine et entière. 

MEMORIAL 98

 

 

Actualisation du 23 aout 2016

 

Des moments forts dans le documentaire d'Arte ci-dessous, notamment: L'omniprésence de la propagande visuelle nazie par la répétition du salut hitlérien et la saturation de l'espace par les bannières et drapeaux  frappés de la croix gammée

La mise en avant par les nazis de la délégation de Grèce et d'un vainqueur grec du marathon, afin d'imposer une continuité avec la Grèce antique. Quelques années plus tard les nazis dévasteront littéralement ce même pays et y feront des centaines de milliers de morts  

L'attitude plus que douteuse de la délégation française:  à la minute 53' on voit distinctement qu'elle défile au pas, bras tendu,  en faisant le salut dit "romain", c'est à dire le salut fasciste. Elle est la seule dans ce cas, avec évidemment les délégations allemandes et italiennes.

A voir sur Arte Pluzz

 

Actualisation du 22 août 2016

 

Arte: Les jeux d'Hitler

Berlin 1936

mardi 23 août à 20h55 (87 min)

 

Présentation par Arte:

"Lors de l'été 1936, les Jeux Olympiques de Berlin offrent au monde l'image d'une Allemagne ouverte et pacifique. . Et le maître de ce pays de cocagne, Adolf Hitler, n'était finalement qu'un despote éclairé, pacifique... Pendant les quinze jours qu'ont duré les Jeux olympiques de Berlin, l'Allemagne nazie a tout fait pour présenter cette image au monde. Elle y est parvenue. CIO, gouvernants, public : tous sont tombés sous le charme maléfique de ces Jeux. Aujourd'hui, le triomphe de l'athlète noir Jesse Owens (quatre médailles d'or) semble consacrer la victoire du sport et de l'idéal olympique. Mais cette belle histoire n'est qu'un arrangement avec la réalité... Les Jeux de Berlin ne furent qu'un instrument décisif dans la prise de contrôle de la société par le parti national-socialiste, offrant en même temps une vitrine grandiose pour la reconnaissance internationale de l'Allemagne nazie.

 

Actualisation  du 15 aout 2016

Pierre de Coubertin conclut le discours de la cérémonie de clôture des Jeux de Berlin en prononçant ces mots: « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir... »
 

 

Pour cacher les traces de l'antisémitisme nazi, les panneaux antisémites fort nombreux dans Berlin, furent provisoirement enlevés et les journaux mirent un bémol à leurs attaques dans ce domaine. De cette façon, le régime exploita les Jeux olympiques pour fournir aux spectateurs et aux journalistes étrangers une fausse image d’une Allemagne pacifique et tolérante

Le parcours de "flamme olympique" est une invention des nazis lors de ces jeux.

Ils maîtrisaient ce genre de mise en scène qu'ils utilisaient fréquemment lors des rassemblements  de Nuremberg. 

La flamme elle-même est  née en Grèce, au sanctuaire d’Olympie, où elle brûlait sans discontinuer sur l’autel de la déesse Hestia.

Mais l'idée de faire parcourir différents pays à la torche a germé dans la tête de Carl Diem, secrétaire général du comité d’organisation des Jeux de Berlin, en 1936.

Hitler et Goebbels ont tout de suite adhéré à l’idée. Car commencer le relais en Grèce et le terminer environ 2.400 kilomètres plus loin, à Berlin, renforçait l’idée d’un héritage aryen entre l’ancien monde d'Athènes et le nouveau pouvoir. Cela faisait également allusion à la conception d’Hitler d’une progression naturelle et civilisationnelle entre l’empire grec, romain et allemand.

La cérémonie actuelle n’a plus la même signification mais elle porte dans sa forme le fondement propagandiste du régime nazi, des costumes au code à respecter scrupuleusement.

 

Memorial 98

 

Alors que s'ouvrent les Jeux Olympiques de Rio, il est nécessaire de se souvenir de ce que furent les Jeux Olympiques de la honte, ouverts par Hitler il y a tout juste 80 ans. Avec la complicité des dirigeants du Comité International Olympique (CIO) et de nombreux diplomates, ils permirent au régime nazi de mener une opération de propagande et de se jouer des tentatives de boycott.

 

Le CIO n'a à ce jour pas présenté d'excuses pour la tenue de ces Jeux de 1936, malgré les nombreuses demandes dans ce sens.

Il reste donc marqué par sa collaboration avec le régime nazi.

 

L'opération nazie pour contrecarrer le boycott.

Le 4 août 1935, Pierre de Coubertin, fondateur de l'olympisme moderne, président d’honneur à vie du CIO, qui admirait « intensément » Hitler déclare à la radio française:

"J'ai l'impression que toute l'Allemagne, depuis son chef jusqu'au plus humble de ses écoliers, souhaite ardemment que la célébration de 1936 soit l'une des plus belles que le monde ait vu. Dans une année, les cloches de Pâques auront annoncé la prochaine entrée dans le stade de Berlin des athlètes venus de tous les coins du monde."

Mais à ce moment, un an avant la date prévue  des J.O. tout ne se présente pas aussi bien que Pierre de Coubertin le dit. Les appels au boycott se multiplient notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pour Hitler comme pour le CIO, ces jeux doivent être une réussite. Il faut pour cela qu’Hitler accepte d’intégrer des Juifs dans l’équipe olympique allemande. La Charte olympique, qui interdit l’éviction d’athlètes pour des raisons raciales, religieuses ou d’opinion, doit être respectée.

Or le 15 septembre 1935, les lois anti-juives de Nuremberg sont adoptées, les Jeux sont donc en péril. Charles Sherrill, un ancien ambassadeur américain et soutien d’Hitler, rencontre le chef nazi et lui explique comment procéder:

"Ne prenez ne serait-ce qu’un seul Juif, un demi-juif suffirait…"

Coup de théâtre, le lendemain, le 21 septembre, Hans von Tschammer und Osten, responsable des Sports du Reich, envoie une lettre à la fleurettiste Hélène Mayer, championne olympique et double championne du monde. Seul son père est juif mais selon les lois raciales de Nuremberg  elle est  considérée comme juive. Il s’agit de la convoquer pour les J.O. de Berlin. Hélène Mayer accepte. Sans se rendre compte de la portée de son geste, elle offre à Hitler les jeux dont ils rêvait.

Les appels au boycott continuent mais ils sont dorénavant balayés d’un revers de la main par Baillet-Latour, président du CIO :

"La campagne du boycottage n’est donc que politique, basée sur des affirmations gratuites"

Dès lors les JO d'hiver puis d'été peuvent se dérouler sans encombre et  le 1er août 1936, Adolf Hitler ouvre les Jeux de Berlin.

 

La complaisance envers le nazisme trouve une expression particulière dès les Jeux Olympiques d’hiver de 1936, qui eurent lieu du 6 au 16 février de cette année, dans la ville allemande de Garmisch-Partenkirchen.

Ces Jeux, désirés par Hitler, arrivé au pouvoir trois ans auparavant (1933), furent organisés afin de lui servir de vitrine par Goebbels, Ministre de la Propagande du Troisième Reich. C'est le belge Henri de Baillet-Latour, antisémite notoire, qui était alors le président, depuis 1925, du Comité international olympique (CIO).

Un célèbre cliché photographique le montre entouré, lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux d’hiver de 1936, de Adolf Hitler et de Rudolf Hess, dauphin du Führer. Lorsque Baillet-Latour mourut en 1942, Hitler lui fit envoyer, portées par une garde d’honneur composée de soldats allemands, plusieurs couronnes de fleurs, dont une en son nom personnel et une aux couleurs du Troisième Reich, le tout assorti de rubans à croix gammées.

 

Et puis il y eut à Berlin 1936, du 1er au 16 août les "Jeux de la honte".

 

 

Le fondateur de l'olympisme moderne, président d’honneur à vie du CIO, Pierre de Coubertin, qui comme nous l'avons indiqué, admirait « intensément » Hitler, fut plus dithyrambique encore à leur égard en déclarant: « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir. (…). Cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’elles (les Olympiades) ont connu ! »

Hitler, qui n’en demandait pas tant pour vanter son régime aux yeux du monde, le proposa, pour le remercier, comme lauréat du prix Nobel de la paix, ce que à quoi l’Académie d’Oslo se refusa d’acquiescer.

Il existe aussi, à ce sujet, une photo, tout aussi compromettante, reproduite ci-dessus, de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin en 1936, où l’on voit Hitler, arborant la croix gammée, saluer le drapeau olympique en faisant le salut nazi.

C'est lors de la même année 1936 que les premières persécutions antisémites apparaîtront au grand jour  en Allemagne.

Pas moins de 114 lois anti-juives y seront édictées pendant le seule période s’étalant entre les Jeux Olympiques d’hiver, à Garmisch-Partenkirchen, et ceux d’été, à Berlin, tandis que tous les athlètes juifs de l’équipe nationale allemande en seront exclus, sauf dans le cas de l'escrimeuse qui servit de caution malgré elle.

Le 16 juillet 1936, deux semaines avant l’ouverture de ces JO d’été, 800 Tziganes et Roms résidant à Berlin furent arrêtés lors d’une rafle orchestrée par la police allemande, puis internés dans un camp sous la garde des SS de Himmler.

Ce fut là le premier camp de concentration de l’histoire nazie ,spécialement aménagé à cet effet, celui de Marzahn, quartier situé dans l’est de Berlin. La plupart de ces prisonniers n’en sortirent plus jamais et beaucoup y furent exécutés sommairement, .

Sur ce premier massacre racial commis par le Troisième Reich, en plein Jeux Olympiques, ni le président du CIO, Henri de Baillet-Latour, ni son président d’honneur, Pierre de Coubertin, ne pipèrent mot, le couvrant ainsi du haut de leur prestige international

 

Pire encore, le président du Comité National Olympique Américain d’alors, Avery Brundage, antisémite chevronné, nazi convaincu et membre actif de deux associations ultra racistes outre-Atlantique, toutes deux proches du « Ku Klux Klan », convainquit les États-Unis d’Amérique de ne pas boycotter ces Jeux de Berlin, sous prétexte que « les Juifs étaient bien traités par le Reich »,

Brundage, disciple d’Hitler et que Göring recevait régulièrement en grande pompe, fut nommé, en 1952, président du CIO, puis, en 1972, « président d’honneur à vie » lui aussi.

Il existe là encore une photo de l’entrée triomphale d’Adolf Hitler, entouré des principaux membres du CIO, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin.

Une autre date marquante est le 18 novembre 1936, à peine trois mois après la clôture des Jeux de Berlin.

C’est ce jour-là, en effet, qu’eut lieu le départ des aviateurs allemands de la légion « Condor », unité de la « Luftwaffe » alors placée sous les ordres de Göring, pour aller combattre en Espagne, contre les républicains, aux côtés des fascistes de Franco.

Au premier rang de ceux-ci émergeait alors, un certain Juan Antonio Samaranch, qui militait déjà, en ce temps-là, dans les rangs des pro-hitlériennes « Phalange Espagnole Traditionnaliste » (FET) et autres « Juntes Offensives National-Syndicalistes (JONS). Après avoir été nommé par Franco lui-même, en 1967, « Secrétaire aux Sports » dans le gouvernement espagnol (lequel favorisa de grands criminels nazis) il deviendra de 1980 à 2001, le nouvel et inamovible président du même CIO.

 

Les JO de 1936 ne constituent pas le seul scandale de ce type. Beaucoup d'autres compétitions  se sont tenues alors que résonnaient les cris des victimes d'une dictature qui les organisaient et en en tiraient profit. Cela montre à quel point les structures de direction du sport-spectacle et du sport-business s’accommodent et de la collaboration avec les pires régimes et  de la présence à leur tête de fascistes et de racistes connus . Le sport, transformé en exaltation du nationalisme et source de profit, devient ainsi un rouage de la barbarie.

 

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 14:15

 Affiche UKIP, avec son dirigeant Nigel Farage

 

Mise à jour du 1er juin 2017

 

 

A quelques jours des élections législatives en Grande-Bretagne, Farage rattrapé par le scandale des élections présidentielles US.

 

Nigel Farage est désormais considéré comme « person of interest » (personne d’intérêt dans le cadre d’une enquête) par le FBI américain dans son enquête sur d’éventuels liens entre la campagne de Donald Trump et la Russie, révèle le  journal britannique de gauche Guardian. A ce stade, M. Farage n’est pas considéré comme suspect, mais ce statut signifie que les enquêteurs américains considèrent qu’il détient, au minimum, des informations pouvant les intéresser.

 

Les enquêteurs étudient notamment les relations entre  Farage, plusieurs membres de l’entourage de Donald Trump, et Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui avait publié les documents piratés au comité national démocrate pendant la campagne. « Si vous triangulez la Russie, WikiLeaks, Assange et les proches de Trump, la personne qui est au centre du schéma est Nigel Farage », a révélé une source anonyme proche de l’enquête au Guardian.

 

Nigel Farage avait rendu visite le 9 mars à Julian Assange de Wikileaks, qui vit toujours dans l’ambassade d’Equateur à Londres . La visite devait être secrète, mais le fondateur du UKIP avait été reconnu par un passant qui avait diffusé sa photographie à l’entrée de l’ambassade. 

Des liens avec tous les proches conseillers de Trump

Farage avait aussi été l’un des tout premiers élus étrangers à rendre visite à Donald Trump après son élection (voir ci-dessous). Il est également proche de Roger Stone, l’un des conseillers de Donald Trump qui a reconnu avoir été en contact avec "Guccifer 2.0," le hackeur qui a revendiqué le piratage des documents du Parti démocrate, et que les services américains considèrent comme un faux nez des services de renseignement russes. M. Stone avait annoncé, avant qu’elle ait lieu, la publication par WikiLeaks des courriels volés à l’équipe démocrate durant la campagne. Enfin, Farage connaît bien Steve Bannon, l’ancien directeur de la campagne de Donald Trump: il écrit régulièrement pour son site Breitbart, spécialisé dans les "fake news" et les campagnes racistes.

L'internationale facho se dévoile.

 

MEMORIAL 98

 

Actualisation du 27 décembre 2016: Les fascistes aiment le Brexit

 

L e maire Front National de Beaucaire, Julien Sanchez, veut faire baptiser "rue du Brexit" une des voies de sa commune.

Au delà de la recherche du "buzz" de publicité, le fasciste municipal revendique la campagne raciste britannique du Brexit. Il y trouve une inspiration pour ses actions discriminatoires, notamment à l'encontre des commerçants maghrébins de sa ville (voir ici )

Notons que Sanchez, vieil apparatchik FN, a embauché Damien Rieu, dirigeant du groupe violent d'extrême droite Génération identitaire, qu'il a nommé directeur adjoint de la communication de la ville.

MEMORIAL 98

 

Actualisation du 2 décembre

 

Nigel Farage chef britannique du parti Ukip et très proche de Trump prévoit un soutien à Marine Le Pen, dans le cas où celle-ci figurerait au second tour de la présidentielle en France.

Il n'est donc plus gêné comme auparavant par le passé antisémite du FN, qui constituait pour lui un motif de non-collaboration avec le parti frontiste. L'Ukip pourrait même adhérer au groupe parlementaire européen du FN.

C'est une nouvelle manifestation de l'Internationale "noire" qui se construit autour de Trump et Farage avec Poutine en toile de fond.

MEMORIAL 98

 

Actualisation du 14 novembre

 

 

 

 

 

 

Trump et Farage le 12 novembre devant la Trump Tower

 

Brexit puissance 3 (dixit Trump tout au long de sa campagne)

 

Nigel Farage, dirigeant ultra-raciste du parti Ukip et vainqueur du Brexit, est le premier responsable politique étranger reçu par Trump le 12 novembre dans sa tour.

 

Cette rencontre a eu lieu quatre jours avant le début du procès du meurtrier de la députée britannique Jo Cox.
Thomas Mair, en lien de longue date avec l’extrême droite violente de par le monde et  notamment les néo-nazis américains, a assassiné la députée travailliste le 16 juin, alors que la rhétorique anti-immigrés de la campagne du Brexit était à son paroxysme. Nigel Farage l'acolyte de Trump et Boris Johnson, actuel ministre des Affaires étrangères, sont responsables du climat à l'origine de ce meurtre.

 

Au lendemain de la victoire de Donald Trump, Farage s'était dit «absolument heureux» à la radio britannique. Il avait invité Trump  à défaire les mesures «répugnantes» de Barack Obama.

Il a aussi tourné en dérision les accusations d'agression sexuelle qui visent Donald Trump, lui recommandant d'«amadouer» tant qu'il voudrait Theresa May, mais de ne pas la toucher. Farage a confié à la BBC qu'il était désireux d'aider le gouvernement de Theresa May à créer des liens avec le nouveau président des Etats-Unis.

Donald Trump comme Nigel Farage ont souligné les similitudes entre l'électoral américain et britannique, marqués selon eux par un fort mécontentement à l'égard de la classe politique et demandeurs de changement. En termes clairs cela signifie qu'ils ont tout deux mené une campagne dominée par le racisme.

Ils  ont réussi à convaincre nombre  de votants que leurs difficultés sociales étaient provoquées par les "étrangers" plutôt que par leur propres classes dominantes.

C'est une nouvelle mouture de la propagande classique du nationalisme. Celui-ci désigne les minorités opprimées, les étrangers et les habitants des autres pays comme responsables des maux d'une société déchirée par les inégalités . 

Ainsi, selon ces démagogues, les bas salaires et la précarité imposée ne relèveraient- ils pas de la responsabilité du patronat mais de celle de ceux et celles, souvent étrangers, qui sont contraints de les accepter.

L'élection aux Etats-Unis d'un candidat raciste, sexiste, antisémite complotiste, démagogue fascisant soutenu par l'extrême-droite dans le monde entier, représente un coup sévère supplémentaire, après le Brexit et dans sa continuité.

Les forces racistes se trouvent encouragées, comme le symbolise la satisfaction du Ku Klux Klan et des néo-nazis, qui ont fait campagne pour lui.  D'ores et déjà les actes et paroles racistes sont en forte augmentation aux USA, comme lors du Brexit

En France ce sont sans surprise les  Le Pen et le FN qui exultent ainsi que les "Trumpistes" de la droite, dont Sarkozy et le président des LR, Laurent Wauquiez
 
Bien d'autres vont maintenant trouver des vertus au prétendu "candidat du peuple", comme lors du Brexit. Il s'agit en effet d'un mécanisme semblable: des millions de votes se sont portés sur voté sur un milliardaire raciste parce qu'il a promis de taper sur les Noirs, les Latinos, les musulmans, les immigrés. Parce qu'il a promis des armes, des morts, le pouvoir d'opprimer en toute liberté.
 
Il est temps de comprendre qu'en répétant que finalement l'extrême-droite représenterait un vote de résistance à l'injustice sociale, on encourage ceux qui savent très bien ce qu'ils font.
 
La vague de manifestations anti-Trump qui a débuté dès le lendemain aux USA de l'élection montre une volonté de s'opposer aux mauvais coups que préparent déjà Trump et ceux qui le soutiennent.  
 
 
 
Memorial 98

 

 

Actualisation du 23 octobre

Les statistiques policières confirment le développement des violences xénophobes

En Juillet 2016, 41% d'augmentation des attaques racistes signalées par des victimes, en septembre 2016, 58% d'augmentation, par rapport à l'année précédente.
Plusieurs meurtres, mais aussi des milliers d'agressions contre les personnes et les biens, avec par exemple une journée du 1er juillet où 200 victimes ont subi une violence raciste.

La violence homophobe, lesbophobe et transphobe a également fortement augmenté dans le sillage des agressions xénophobes.

Memorial 98

Actualisation du 6 octobre

Nouvelle escalade xénophobe de Theresa May qui veut mettre en place une "préférence nationale"

 

Le gouvernement de Theresa May veut inciter les entreprises à publier la liste de leurs employés étrangers. Que cherche à obtenir la Première ministre britannique avec cette mesure ?

Il s'agit de  réduire par trois le nombre de travailleurs immigrés entrants  et de les faire passer de 330 000 à seulement 100 000 par an.

 

La ministre de l'Intérieur, Amber Rudd, a dévoilé ce nouveau plan de restrictions pour les entreprises qui seront poussées à publier une liste de leurs employés non-britanniques et à privilégier la main d'oeuvre nationale.

 "Ce n'est pas parce que je suggère que les étrangers prennent les emplois des britanniques que je suis raciste", s'est-elle défendue (sic!). 

Quant au ministre de Commerce international, Liam Fox, il a souligné qu'il était hors de question à ce stade de garantir les futurs droits des trois millions de citoyens européens déjà établis au Royaume-Uni. "C'est l'une des nos principales cartes lors des négociations à venir sur le Brexit. On ne va pas l'abattre dès maintenant", a-t-il indiqué avec cynisme. 

Comme nous l'avions indiqué au lendemain de la campagne du Brexit, la désignation de May annonçait cette vague de mesures xénophobes inspirées également par les positions du parti d'extrême-droite Ukip (voir ci-dessous)

Le gouvernement britannique encourage ainsi la vague raciste qui traverse le pays.

 

 

Memorial 98

 

Actualisation du 4 septembre

 

 

Violences xénophobes à proximité de Londres

Deux Polonais ont été agressés dans la nuit du 3 au 4 septembre dans la ville de Harlow, au nord-est de Londres.

 

Cette nouvelle attaque intervient quelques heures après une veillée organisée dans cette ville en hommage à un de leurs compatriotes, Arek Jozwik, tué par une bande de jeunes. Le motif xénophobe est l’une des pistes poursuivies, avait affirmé la police

 

Les deux dernières victimes, âgées d’une trentaine d’années, ont été attaquées et blessées à la tête et au nez dans la nuit par un groupe de cinq à six hommes, selon la police de l’Essex. Il s’agit potentiellement d’un « crime de haine », a annoncé Trevor Roe, un responsable local de la police.

 

Memorial 98

 

 

 

Actualisation du 18 août:

Quand Brexit rime avec discrimination ethnique

La Grande-Bretagne  doit prendre des mesures "urgentes" face à l'augmentation des agressions racistes depuis le vote sur le Brexit et la persistance des discriminations touchant les minorités ethniques, a estimé le 18 août une commission gouvernementale britannique.

La "Commission sur l'égalité et les droits de l'homme" a publié un rapport présenté comme le plus vaste jamais réalisé sur les minorités ethniques au Royaume-Uni.

Si leur situation s'est parfois améliorée au cours des cinq dernières années, la vie est pour beaucoup devenue plus dure, en particulier pour les jeunes Noirs, souligne la commission.

De manière générale, les "Noirs sont bien plus susceptibles d'être victimes de crimes ou d'être traités plus durement par le système judiciaire", écrit-elle ajoutant ...'' vous avez plus de deux fois plus de chance d'être tué si vous êtes noir".

Les délits xénophobes ont en outre connu un "pic sans précédent" en Angleterre et au pays de Galles après le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne, le 23 juin, et une campagne référendaire dont la limitation de l'immigration a été le thème central.

Inégalités dans les salaires

"La réputation durement gagnée de notre pays pour la tolérance fait très certainement face à la plus grande menace qu'elle ait connue depuis des décennies, avec des partisans de la sortie (de l'UE) qui se servent du résultat du référendum pour légitimer leurs points de vue", met en garde le rapport. Les inégalités concernent également le milieu du travail, les chercheurs d'emploi diplômés venant des minorités ayant deux fois et demi moins de chance d'en trouver un qu'un Blanc, selon le rapport.Quant aux salaires, les Noirs diplômés sont en moyenne payés 23,1 % de moins que les Blancs. "La combinaison de la hausse des crimes de haine post-Brexit et d'une profonde inégalité ethnique au Royaume-Uni est très préoccupante et doit être traitée de toute urgence", déclare le président de la commission, David Isaac, dans un communiqué. "Si vous êtes Noir ou issu d'une minorité ethnique (...), vous avez souvent la sensation de vivre dans un autre monde", regrette-t-il, appelant le gouvernement conservateur de Theresa May à "redoubler d'efforts".

Ces constats officiels confirment l'analyse de Memorial 98 concernant la campagne du Brexit et ses conséquences.

 

Memorial 98

 

 

 

Actualisation du 21 juillet:

Nigel Farage prétendument "retiré de la politique" est néanmoins présent à la convention républicaine de Cleveland afin de soutenir Trump, dont la campagne raciste converge avec celle qu'il a lui-même mené.

Le dirigeant xénophobe néerlandais Geert Wilders (allié du Front National)  est également présent et se félicite de ses convergences avec Trump.

Une internationale raciste s'organise ouvertement.

Memorial 98

 

La nomination de Theresa May comme nouvelle chef du gouvernement britannique constitue un symbole de la situation créée par la campagne du Brexit et ses conséquences.

Celle qui a été été six années d'affilée au poste de ministre de l'Intérieur a déjà annoncé qu'elle allait réduire drastiquement le nombre de visas d'entrée au Royaume-Uni. Elle veut aussi remettre en cause la convention européenne des droits de l'homme qui offre des garanties aux migrants. Elle poursuit ainsi la ligne qu'elle a mis en oeuvre dans son ministère et celle de David Cameron qui n'a jamais hésité à reprendre le thème de l"identité nationale".

 

 

Nigel Farage, chef du parti d'extrême-droite Ukip, a donc pu se retirer avec la satisfaction d'avoir gagné. Il a réussi a diffuser le poison du racisme dans de nombreux secteurs de la société britannique et à renforcer la xénophobie organisée dans toute l'Europe.

Le premier ministre hongrois Orban s'est immédiatement engouffré dans la brèche et a annoncé l'organisation d'un référendum anti-immigration le 2 octobre prochain. Le même jour se tiendra aussi l'élection présidentielle en Autriche, avec à nouveau un risque de victoire du parti d'extrême-droite FpÖ.

L'explosion de joie de toute l'extrême-droite européenne et mondiale après le vote britannique  montre bien l'ampleur des défis de la situation actuelle;  des chefs du FN  à Orban, de Trump au gouvernment ultra-réactionnaire polonais, de l'AfD allemande à Wilders aux Pays-Bas, ils ont tous exulté. 

En Grande-Bretagne même, la multiplication des paroles et discours xénophobes durant la campagne a conduit à une explosion des actes de violence durant celle-ci et au lendemain du scrutin.

 

Violences racistes et assassinat politique

Durant les semaines qui ont précédé le scrutin, la haine a été attisée en permanence  et une députée a été assassinée par un fasciste criant «la Grande-Bretagne d’abord!» (Britain First), soit l’un des principaux thèmes de la campagne dominante pour la sortie de l’UE.

L’assassinat de Jo Cox est le le résultat direct du climat provoqué par la campagne du référendum.

Jo Cox défendait les réfugiés et était partisane de la campagne pour rester au sein de l’UE. 

L'atmosphère et la tension créés par la campagne de Nigel Frage et  Boris Johnson ont  non seulement renvoyé la Grande-Bretagne des décennies en arrière en termes de racisme et de xénophobie, mais ont aussi créé les conditions pour qu’un fanatique d’extrême droite, qui était en lien avec des néos-nazis et suprématistes blancs, abatte Jo Cox

Dans les quatre jours suivant le scrutin, la police a enregistré une hausse de 57 % des plaintes pour des délits liés à la haine xénophobe ou raciale. A Huntingdon, dans le centre de l'Angleterre, quelque deux cents Polonais ont reçu un message glaçant : « Halte à la vermine polonaise. ».

La façade du centre culturel polonais de Hammersmith, à Londres, était barbouillée d’un grand « Go home ! » à la peinture jaune. « Ce centre existe depuis les années 1960. Pourquoi maintenant ?, s’interroge Elzbieta Pagor, la bibliothécaire. Le référendum a tout simplement fait exploser les gens. »

Les services de police eux-même alertent : « Les procès-verbaux qui nous remontent témoignent d’une recrudescence des tensions locales visant directement des communautés de migrants depuis le référendum », a confirmé Sara Thornton, chef du Conseil national des responsables policiers.

 

Les ressorts de la  campagne

 

Le « non » britannique représente un motif d'inquiétude pour les antiracistes, car il signe une victoire des forces xénophobes à l’œuvre aujourd’hui en Europe.

Le débarquement des « hordes de migrants » a représenté un argument déterminanat des tenants du Brexit, comme le montre l'affiche ci-dessus du parti Ukip dirigé par Nigel Farage.

La droite conservatrice et l’extrême droite ont réussi à convaincre une majorité de votants que leurs difficultés sociales étaient provoquées par les immigrés plutôt que par leur propres classes dominantes.

C'est une nouvelle mouture de la propagande classique du nationalisme. Celui-ci désigne les étrangers et les habitants des autres pays comme responsables des maux d'une société déchirée par les inégalités . 

Ainsi, selon ces démagogues, les bas salaires et la précarité imposée ne relèveraient- ils pas de la responsabilité du patronat mais de celle de ceux et celles, souvent étrangers, qui sont contraints de les accepter.

Ainsi la crise du système de santé britanique (NHS) ne relèverait pas des choix du gouvernement Cameron qui a taillé dans les dépenses publiques mais d'un prétendu afflux d'Européens de l'Est venus se soigner, voire apportant des maladies. On retrouvait dans ce cas un thème mis en avant par le Front National.

Des millions de personnes qui ont voté pour le Brexit l’ont fait parce qu’elles ont intégré  l’argument selon lequel la détérioration des niveaux de vie et des services publics étaient provoqués par l’immigration et non par l’austérité imposée par le gouvernement.

A ce titre on peut considérer que la campagne nationale du Brexit a été la plus réactionnaire de l’histoire politique britannique.

Le référendum a rendu légitimes le racisme et la xénophobie comme jamais auparavant.

En d’autres termes, des millions de travailleurs souffrant de la pauvreté et des inégalités croissantes ont été amenés lors de la campagne à une conclusion entièrement fausse: sévir contre les immigrants leur permettrait de «reprendre le contrôle»  et de résoudre leurs problèmes.

Le slogan phare pro-« Brexit » se résumait à deux mots : « Take Control » c'est à dire « Reprenons le contrôle de notre pays » en l'occurence des frontières.
 
La presse dite "populaire", a joué un rôle énorme dans ce sens. Les tabloïds qui s'adressent aux couches populaires mènent depuis des années une campagne nationaliste et xénophobe. 
Ainsi par exemple Le Daily Express, qui tire à plus de 430000 exemplaires par jour, a titré en une pendant 17 jours successifs sur le «thème» de l'envahissement par la migration.

Il est dramatique de voir des courants de gauche minimiser les composantes racistes de la campagne pour le Brexit et de son résultat. On retrouve ici l'aveuglement qui a parfois conduit certains à gauche à confondre l'antisémitisme avec un sentiment anticapitaliste.

La gauche française en particulier est traversée par cette dérive qui pactise avec le nationalisme et le rejet des minorités, au nom d'un combat contre le "système". 

Face aux résultats du référendum, d'importantes mobilisations de solidarité antiraciste se mettent en place en Grande-Bretagne, afin notamment de protéger les 3 millions de personnes issues d'Europe de l'Est et qui sont menacées.

Dans d'autres pays, il semble que se fasse jour une prise de conscience des dangers d'une vague raciste. Ainsi en Allemagne, le parti d'extrême-droite AfD retombe sous la barre des 10% dans les sondages alors qu'il se trouvait en développement constant. 

Néanmoins, faute d'une rupture et d'une réorientation européenne vers des solutions de solidarité, de justice sociale, de démocratie, d'accueil des migrants, les nationalistes et les fascistes (faussement baptisés "populistes") continueront à prospérer.

La catastrophe deviendrait alors possible.

 

Memorial 98

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 18:03

 Des Arméniens brandissent des pancartes remerciant le Parlement allemand.

Mise à jour du 24 avril 2017

102e anniversaire du génocide des Arméniens:  nous alertons particulièrement sur la situation en Turquie même. La répression du régime Erdogan touche particulièrement les démocrates et les minorités. Le parti HDP, qui représente notamment la population kurde mais aussi Arménienne, subit durement les mesures gouvernementales. Des dizaines d'élus, maires et députés de Parti démocratique des peuples, dont ses deux co-présidents, Selahattin Demirtaš et Figen Yüksekdağ, sont emprisonnés sous prétexte de complicité avec des terroristes.

Garo Paylan, député Arménien du HDP pour la ville d’Istanbul, subit des violences et menaces continues. Ainsi lorsqu'il a prononcé un discours  dans le cadre des débats sur les amendements constitutionnels le 14 janvier 2017.

 

 

 

 

 

Garo Paylan s'adresse au Parlement et montre la photo de Krikor Odian, dirigeant Arménien de Turquie qui participa à la rédaction de la Constitution à l'époque ottomane.

 

Dans son discours, Garo Paylan a souligné l’importance du pluralisme dans l’élaboration des constitutions. Il a rappelé la période terrible qui a vu le génocide :

. « Une période de 10 ans de chaos a commencé et pendant cette période, entre 1913-1923, nous avons perdu quatre peuples: Arméniens, Grecs, Assyriens et Juifs. Ils ont été déportés parmi les massacres et génocides à grande échelle. « 

Suite à cette phrase, les députés de l’AKP (parti de Erdogan) et du MHP (nationalistes fascisants) ont agressé verbalement et menacé Garo Paylan pour avoir utilisé le mot «génocide», et l’ont contraint à s’excuser.

Le combat pour les droits démocratiques, pour les droits des minorités nationales et pour la reconnaissance du génocide sont ainsi étroitement liées.

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

 

Actualisation du 18 octobre 2016

Succès au Sénat français pour la pénalisation du génocide des Tutsi mais pas pour celui des Arméniens.

 

Le Sénat s'est prononcé en faveur du rétablissement de l'article 38 ter de la Loi "Égalité et Citoyenneté" permettant de poursuivre les négationnistes des génocides - dont le génocide arménien nous dit-on - et crimes contre l'humanité tels que l'esclavage ( voir aussi notre actualisation du 4 juillet dernier) .

Étonnamment, les commentateurs de ce vote se sont focalisés sur le génocide arménien en laissant entendre qu'il s'agissait d'une ouverture contre les négationnistes.

Ils oublient de préciser que seuls seront poursuivis les négationnistes d'un crime jugé par une juridiction française ou internationale. Or il est bien connu que le génocide arménien n'a jamais été jugé par ce type de juridiction.

Pour les crimes qui ne pourront pas entrer dans la la case "jugement français ou international", il faudra alors remplir une autre condition : "la négation, la minoration ou la banalisation de ces crimes" devront être accompagnées d'"une incitation à la violence ou à la haine".

Or, il est tout à fait habituel  de nier un génocide ou un crime contre l'humanité sans proférer des "propos violents ou haineux". C'est même la spécialisation des négationnistes les plus pervers qui se présentent avec le masque de l'historien : ce sont les plus prolifiques, les plus influents et les plus dangereux. Ceux-là resteront certainement hors du champ d'application de la loi.

Seule (grande) satisfaction : si le Conseil Constitutionnel n'invalide pas cet article avant sa promulgation, la Loi Égalité et Citoyenneté (qui - en l'occurrence - ne mérite pas son nom) donnera la possibilité de poursuivre les négationnistes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, génocide qui a fait, pour sa part, l'objet d'un jugement international.

Nos partenaires du  Collectif VAN analysent ci-dessous le vote du 14 octobre 2016.

Avec eux nous poursuivons le combat pour la pénalisation du négationnisme, pour la vérité et le justice.

Nous nous retrouverons ensemble le 9 novembre prochain avec le Collectif VAN et Ibuka afin de commémorer pour la 3e année consécutive l’anniversaire du pogrom nazi de la Nuit de Cristal qui a eu lieu le 9 novembre 1938 (Rendez-vous à partir de 18h devant le Gymnase Japy 2 rue Japy 75011 Paris) 

Memorial 98

 

 

 

 

Mise à jour du 23 septembre 2016

 

 

L'Agence France-Presse (AFP) contrainte de  préciser ses positions concernant le génocide arménien, suite à une mobilisation des associations à laquelle Memorial 98 participe. Elle déclare incorporer une note dans ce sens au sein de sa charte des bonnes pratiques éditoriales

 

Depuis longtemps, dès lors qu’il s’agit des meurtres de masse de 1915, l’AFP se distingue en affublant souvent de guillemets le mot « génocide », y compris lorsque cela ne correspond à aucune citation dans le texte, reprenant ainsi les thèses négationnistes de l’État turc.

 

Suite à un nouveau et grave dérapage dans ce sens, une mobilisation d'associations antiracistes et luttant contre le négationnisme, dont Memorial 98, s'est organisée, à l'initiative de nos partenaires du Collectif VAN ( Vigilance arménienne contre le négationnisme),

Il s'agissait de réagir à une dépêche  AFP du 21 juin, traitant de la visite du Pape François en Arménie, ainsi formulée :

« La Turquie n’accepte pas que des États étrangers reprennent la thèse des Arméniens, selon lesquels 1,5 million des leurs ont été tués entre 1915 et 1917, dans un « génocide » à la fin de l’Empire ottoman. Elle affirme qu’il s’agissait d’une guerre civile dans laquelle 300 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort. »

Ainsi  alors qu’elle pourrait se contenter de souligner que la Turquie persiste dans son déni, l’AFP choisit de relayer, en détail et sans mise en garde, l’histoire falsifiée, âprement défendue par l’État turc.

Suite à plusieurs tribunes de presse collectives et échange de courriers avec la direction de l'AFP, celle-ci déclare prendre en compte la demande des associations.

Elle s'engage donc  à diffuser une note aux journalistes de l'agence, intégrée à sa Charte des bonnes pratiques éditoriales, pour leur indiquer qu'il ne faut pas utiliser la formule  : "thèse des Arméniens"...

Il reste bien sûr à vérifier que cet engagement sera tenu et que l'AFP cessera de favoriser les positions négationnistes de l’État turc.

Nous y veillerons collectivement avec les associations mobilisées. 

 

Memorial 98

 

 

 

 

Mise à jour du 4 juillet 2016 :

 

Enfin la pénalisation en France du négationnisme des Arméniens et des Tutsi?

 

L'amendement de l'article 38ter du projet de loi Egalité et Citoyenneté, voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale le 1er juillet 2016, a suscité l'émotion et la joie dans les rangs des associations défendant la mémoire des victimes du génocide arménien de 1915 et des Tutsi du Rawanda et au-delà, auprès des  combattants contre les négationnismes dans le monde entier.

Attendu depuis des décennies pour permettre d'opposer la force de la loi française au puissant négationnisme d'État de la Turquie (voir ci-dessous), ce texte étend en effet la pénalisation du négationnisme au génocide des Arméniens, comme à celui des Tutsi, comme dans le cas de la Shoah, ainsi qu'au déni de l'esclavage. Nous partageons l'enthousiasme qui prévaut, mais certaines faiblesses du texte adopté nous paraissent inquiétantes, selon l'analyse de nos partenaires du collectif VAN.

Elle concernent certaines formulations de cet texte, qui font référence à des génocides reconnus devant un tribunal français ou une cour internationale

Or le génocide arménien de 1915 n'a jamais été jugé ni devant un tribunal français ni une cour internationale. Les seuls procès qui se sont tenus en 1919 pour juger les criminels Jeunes-Turcs ont eu lieu à Constantinople (Turquie). En revanche le génocide des Tutsi a déjà été jugé par le  Tribunal pénal international pour le Rwanda.


2° Un délit de négationnisme à deux vitesses: les associations arméniennes ne pourront acter en justice qu'en apportant à chaque fois la preuve que le négationniste du génocide arménien tient un discours incitant à la haine ou à la violence, alors que cela est considéré comme acquis pour la négation des autres crimes contre l'humanité.

Nous demeurons donc vigilants, avec nos partenaires du Collectif VAN et de Ibuka.

 

Memorial 98

 

Mise à jour du 24 juin 2016:

Nouvelle défaite du négationnisme d’État turc: dans la capitale arménienne Erevan, le pape François a dénoncé, vendredi 24 juin, le "génocide" des Arméniens en 1915/1916  sous l’Empire Ottoman, prononçant pour la deuxième fois ce mot jugé inacceptable par la Turquie.
 

« Cette tragédie, ce génocide a marqué malheureusement le début de la triste série des catastrophes immenses du siècle dernier », s’est exclamé au palais présidentiel le pape.
 

Le mot « génocide » ne figurait pas dans son texte distribué à l’avance. Le pape l’avait déjà prononcé une première fois au Vatican en avril 2015, déclenchant la colère du pouvoir turc . 
 
L'engagement du pape doit logiquement être suivi d'une démarche similaire à l'égard de la Shoah car, comme le dit  lui-même François, le génocide arménien a inauguré la série des "catastrophes".
Toute la lumière doit donc être faite sur ce qu'a été réellement l'attitude du Vatican et de Pie XII face à ce génocide. Depuis des dizaines d'années, le Vatican refuse d'ouvrir les archives et multiplie les obstacles à la recherche historique. Ces blocages doivent cesser.


Memorial 98

 

 

Actualisation du 9 juin 2016

 

Erdogan poursuit sa campagne d'intimidation et cible les députés allemands d'origine turque.

Il a estimé après le vote du Bundestag que les députés allemands d'origine turque avaient le "sang corrompu",
"De temps en temps, des personnes au sang corrompu n'apparaissent-elles pas ? Si, bien sûr", a déclaré M. Erdogan le 8 juin . "Parfois, ce sont des terroristes qui tirent sur leur État ou leur peuple (...) Parfois, ce sont des députés du Parlement allemand qui accusent leur propre pays de génocide", a-t-il poursuivi.
Il désigne ainsi les 11 élus allemands d'origine turque qui ont voté la résolution reconnaissant le génocide arménien sous l'Empire ottoman. Le chef de l’État turc avait déjà estimé le week-end dernier qu'"il faut analyser dans un laboratoire le sang des députés allemands d'origine turque" qui ont voté en faveur de la reconnaissance du génocide arménien.
Ces propos sont très graves car ils peuvent conduire à une mise en danger de la vie de ces députés. Nous nous souvenons de l'assassinat à Istanbul du militant arménien Hrant Dink, tué en 2007 ainsi que de l’assassinat des trois dirigeantes kurdes à Paris en janvier 2013

Memorial 98

 

La reconnaissance du génocide arménien de 1915 par un vote quasi-unanime du Bundestag allemand constitue une avancée importante. Nous nous félicitons de cette décision, qui survient quelques semaines après le 101e anniversaire du génocide et qui porte à 30 le nombre de Parlements qui ont reconnu ce génocide.

 

Ce vote représente aussi une défaite historique pour le négationnisme d’État turc.

Celui-ci refuse non seulement de reconnaître qu’il y a eu un génocide organisé envers les Arméniens, mais fait aussi pression dans le monde entier afin que cette reconnaissance n’ait pas lieu.

Les gouvernements turcs successifs utilisent des moyens humains et financiers considérables, visant à intimider les élus, les universitaires, les journalistes et le monde associatif. 

Cela a été le cas aussi en Allemagne.

Les représentants du gouvernement turc, notamment l'ambassade de Turquie  et la branche internationale de l'AKP, le parti d'Erdogan,  ont tenté  de faire pression sur les élus allemands et de les intimider. Cem Özdemir, président d'origine turque des Verts allemands, a fait l'objet de menaces sur les réseaux sociaux en raison de son soutien au texte. «Ce sont toujours les mêmes expressions: traître, cochon d'Arménien, fils de pute, terroriste et même nazi», a-t-il raconté.

Le gouvernement turc et ses relais ont aussi organisé des manifestations nationalistes et négationnistes en Allemagne.

Un autre aspects des pressions a consisté en un jeu cynique à propos des réfugiés. L’accord scandaleux conclu en mars dernier et  qui prévoit notamment le renvoi en Turquie des réfugiés se rendant en Grèce représente un outil de chantage aux mains du gouvernement turc. C'est pour cette raison que le vote de la résolution a été repoussée de février à juin.

L'Allemagne devrait "être attentive à ses relations avec la Turquie", avait déclaré avant le vote  le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus "Ce n'est pas le rôle des parlements" de se prononcer sur ces questions, a estimé M. Kurtulmus. "Le devoir d'un Parlement, c'est de donner ses documents s'il en a aux historiens et donner son soutien à l'éclaircissement des événements", a-t-il poursuivi. Il s'agit là d'une des ruses utilisées par les autorités turques qui prétendent éviter la reconnaissance en la remplaçant par un "débat d'historiens".

Dès le vote connu, la Turquie a qualifié l’adoption du texte d’« erreur historique » de l’Allemagne, considérant cette résolution comme « nulle et non avenue » tandis que l’Arménie saluait « un apport appréciable de l’Allemagne à la reconnaissance et à la condamnation internationale du génocide arménien ». La Turquie a aussitôt décidé de rappeler son ambassadeur en Allemagne.

Une alliance chauvine et négationniste s'y met en place entre le parti d'Erdogan, l'extrême-droite et les républicains laïques dits "kemalistes".

La pression turque a d'ailleurs obtenu certains résultats. AInsi le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré que l'Allemagne n'avait pas à s'immiscer dans ce débat historique.

 

 

Reconnaissance historique des responsabilités allemandes

 

Un autre aspect important du texte voté réside dans la reconnaissance des responsabilités allemandes dans ce génocide.

Dans son texte la chambre basse du Parlement allemand «déplore les actes commis par le gouvernement Jeune Turc de l'époque, qui ont conduit à l'extermination quasi-totale des Arméniens». Le Bundestag regrette aussi «le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l'empire ottoman (...) n'a rien entrepris pour stopper ce crime contre l'Humanité». Pendant la première guerre mondiale, l’Allemagne était alliée à l’empire ottoman. Sa connaissance des massacres, voire sa participation aux côtés de l’armée ottomane, apparaît peu à peu au grand jour.
 

En juin 1915, l’attaché naval allemand à Constantinople  Humann avait écrit : « En raison de leur complot avec les Russes, les Arméniens sont plus ou moins exterminés. C’est dur mais nécessaire. »  Ce rôle, longtemps sous-estimé, de Berlin dans le génocide explique en partie que l’Allemagne ait tardé à le reconnaître officiellement.

Les nazis eux-mêmes trouvaient une stimulation dans l'impunité des responsables de ce génocide : « Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait ainsi Hitler dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne.

 

Une conséquence positive supplémentaire du débat entamé sur le génocide arménien est la reconnaissance par les pouvoirs publics allemands de la qualification de génocide pour les massacres commis entre 1904 et 1908 par son armée de l'époque dans l’actuelle Namibie.

Cette extermination était « un crime de guerre et un génocide », avait reconnu  le ministère des affaires étrangères, dès le 10 juillet 2015,

L’actuelle Namibie, dénommée à l’époque « Sud-Ouest africain », a été une colonie allemande de 1884 à 1915. Lorsque, en 1904, les populations Herero et  Nama résistèrent aux troupes coloniales, le général Lothar von Trotha donna l’ordre de les exterminer. Repoussées dans le désert, sans eau et sans nourriture, environ 80 000 personnes moururent en quelques semaines. Les quelques milliers qui survécurent furent par la suite condamnées aux travaux forcés dans six camps où la plupart périrent.

Cette première reconnaissance de principe doit maintenant s'accompagner d'une reconnaissance pleine et entière au plan juridique et aborder la question des réparations. C'est ce que de nombreuses voix ont à juste titre réclamé lors du débat sur la reconnaissance par le Bundestag du génocide arménien.

1,5 million de victimes

L'an dernier, à l'occasion du centenaire , le président allemand Joachim Gauck avait, le premier, utilisé le terme de «génocide» pour qualifier ces massacres qui ont fait 1,5 million de victimes entre 1915 et 1917. Cette première reconnaissance officielle du génocide en Allemagne avait provoqué la colère d'Ankara, le président turc  Erdogan accusant M. Gauck «de soutenir les revendications basées sur les mensonges arméniens».

La Turquie affirme en effet  qu'il ne s'agissait que d'une "guerre civile", doublée d'une famine, dans laquelle 300 à 500.000 Arméniens et "autant de Turcs" ont trouvé la mort au moment où les forces ottomanes et la Russie se disputaient le contrôle de l'Anatolie.

 

 

Un combat à poursuivre.

 

La reconnaissance du génocide des Arméniens est encore trop limitée. De nombreux pays tergiversent et hésitent. C'est notamment le cas des autorités israéliennes dont la position revêt un aspect historique et symbolique crucial. Le combat y est engagé depuis des dizaines d'années et progresse très lentement, au gré des rapports de force et des relations avec la Turquie et l'Azerbaïdjan qui font pression.

 

En France où le génocide a été reconnu dès 2001, le combat porte sur la loi de pénalisation de la négation du génocide des Arméniens. Cette loi, maintes fois promise, a été votée non sans difficultés, y compris dans les rangs d'une partie de la gauche, en décembre  2011 à l'Assemblée nationale et en janvier 2012 au Sénat. Elle a ensuite été censurée avant sa promulgation par le Conseil Constitutionnel en février 2012. Une nouvelle loi a été promise par F. Hollande, mais elle est sans cesse repoussée aux calendes grecques. Elle doit faire face à l'opposition d'hommes politiques et d'historiens institutionnels et puissants, dont  Pierre Nora et Robert Badinter

 

Dans la dernière période, quelques progrès ont été enregistrés dans la lutte contre l'impunité des génocidaires et auteurs de crimes contre l'humanité.

Ainsi plus de vingt ans après le massacre génocidaire de Srebrenica et le siège sanglant de Sarajevo, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été jugé, le  24 mars 2016 , « pénalement responsable » du génocide à Srebrenica par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye et condamné à quarante ans de prison.

Quelque jours auparavant, le 21 mars, la Cour pénale internationale (CPI) avait rendu un verdict novateur de culpabilité contre Jean-Pierre Bemba  pour des viols utilisés comme arme de guerre. Cette décision représente elle aussi un tournant historique car elle reconnaït l'obligation de rendre des comptes pour les victimes de violences sexuelles dans le monde. C'est en effet la première fois que la CPI condamne quelqu'un pour le viol utilisé comme arme de guerre.

Il y a quelques jours, le 30 mai, Les Chambres africaines extraordinaires ont condamné à la prison à vie le dictateur tchadien Hissène Habré. Il a été reconnu coupable de viols, mais également de crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Il aura fallu 25 ans et une immense détermination des victimes pour parvenir à ce résultat.

 

Plus que jamais, le combat contre les génocides ainsi que l’impunité de leurs auteurs et le négationnisme sont cruciaux. C'est pourquoi la reconnaissance du génocide arménien est importante, pour prévenir d'autres génocides dans le futur.

 

Memorial 98

 

 

 

 

 

 

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