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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 18:17

Le 7 avril marque le début du génocide des Tutsi du Rwanda et des "jours de sang" du mois d'avril, alors que se renforce l'exigence de vérité sur les responsabilités des autorités françaises  :

 

C'est à ce génocide que revient en effet le triste privilège d'ouvrir les commémorations du mois d'avril, au cours duquel est honorée la mémoire des victimes des trois génocides majeurs du XXe siècle : celui des Tutsi du Rwanda le 7 avril (date du début des massacres en avril 1994) celui de la Shoah le 19 avril (correspondant au début du soulèvement du ghetto de Varsovie le 19 avril 1943 celui des Arméniens le 24 avril (correspondant aux premières arrestations des intellectuels arméniens à Constantinople/Istanbul en avril 1915).

 

Nous y associons le premier génocide du XXe siècle commis en 1904 par l'Allemagne impériale  contre les peuples Herero et Nama en Afrique australe,  les actions génocidaires en Bosnie à Srebrenica, au Darfour, le génocide nazi des Roms, les actions génocidaires du régime khmer rouge au Cambodge et la récente tentative d’extermination des Yézidis d’Irak par Daech.

 

Ces différents génocides ont des liens profonds entre eux car dans tous les cas les populations promises à l’extermination ont été d’abord été discriminées, stigmatisées, accusées de tous les maux, puis désignées comme ennemies, regroupées, marquées et « étiquetées » sous différentes formes et enfin conduites à l’extermination ou massacrées sur place. Le génocide est l’aboutissement de décennies, voire de siècles, de discriminations.

 

Un autre point commun à ces génocides est qu'ils font face à des entreprises de  négation, dans le cadre d’une solidarité avec ceux qui ont perpétré le génocide. Nous luttons contre ce phénomène très organisé, mis en place par les génocidaires eux mêmes et qui constitue avec l’impunité une incitation à de nouveaux massacres.

Le but des génocidaires, en tout temps et en tout lieu, ne consiste pas seulement à assassiner les vivants, mais aussi à nier à tout jamais leur existence.

 

C’est pour cette raison que les négationnismes sont consubstantiels aux génocides. En niant,il ne s’agit pas seulement d’une tentative faite par les assassins pour échapper aux conséquences de leurs crimes. Au même titre que les massacres physiques de masse, la négation est au service au service du but final : effacer de l’histoire et de l’humanité une partie des hommes et des femmes qui la constituent.

 

Afin de contribuer à faire face à cette tentative d'extermination et de négation, 

nous présentons les "Cahiers de Mémoire de Kigali" parus en 2017 et l'extraordinaire démarche qui a conduite à leur publication, sous l'impulsion de Florence Prudhomme.

 

Cette oeuvre collective est issue de l ’Atelier de mémoire a créé en 2014 - lors de la 20e commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda - au sein de la Maison de quartier Rwanda avenir à Kigali, un lieu construit pour et avec des femmes rescapées. Leurs témoignages composent cette oeuvre. 

 

 

Septembre 2004 : Mémorial de Gisozi à Kigali. Deux veuves m’accompagnent. Au cours de cette visite, l’une d’elles s’effondre : elle a perdu l’ensemble de sa famille - environ 80 personnes. L’autre voudrait fuir son pays qu’elle estime  « déchiré et détruit ». Entre cauchemar et phobie, elle rejette d’un même geste sa maison, son quartier et le pays tout entier. Elle dit ne plus rien attendre pour elle-même - « Moi, c’est fini, je suis morte » -, mais lorsqu’elle parle de sa fille, l’avenir semble de nouveau s’ouvrir. Là est né le projet de construction d’une Maison de quartier, pour se réapproprier l’espace, du plus intime au plus vaste.

 

A Kigali, présentation des Cahiers de mémoire

 

L’association Rwanda avenir a été créée en 2004, lors de la dixième commémoration du génocide des Tutsi, qui a fait en trois mois près d’un million de morts. Les survivants sont majoritairement des femmes, « les veuves », et des enfants, « les orphelins ».

Rwanda avenir se situe délibérément dans la perspective de l’après-génocide et s’est fixé comme objectif prioritaire de participer à la reconstruction psychique des victimes.

 

Au Rwanda, les séquelles traumatiques sont omniprésentes. Vivre au Rwanda aujourd’hui suppose de transformer une mémoire meurtrie et sidérée en une mémoire dynamique, porteuse d’avenir. Cette démarche est celle des soignants rwandais. En particulier celle du pionnier le Dr Naasson Munyandamutsa (décédé en 2016 et auquel Memorial 98 a rendu hommage ici ) et d’Esther Mujawayo, rescapée du génocide,  co-fondatrice de AVEGA (Association des Veuves du Génocide d'Avril 1994) auteure de deux livres de témoignage Survivantes, et La fleur de Stéphanie, écrits avec la journaliste Souâd Belhaddad (contributrice de Memorial 98 notamment sur le Rwanda )

Sur le terrain, les thérapeutes, conseillers en traumatisme, les associations de rescapés et les associations de femmes prennent en charge la détresse d’une population traumatisée, pauvre et souvent malade.

 

Habiter sa terre, sa maison, une ville, un pays. Donner lieu à un espace de reconstruction de soi. Tels ont été les prémices de la Maison de quartier.

 

Elle a été construite avec et pour les rescapées du génocide à Kimironko (Kigali, Rwanda). C’est un ensemble de quatre bâtiments, situé à une cinquantaine de mètres du lotissement groupé où vivent 125 veuves. À l’initiative de l’Association des veuves du génocide d’Avril (AVEGA), le Fonds d’aide aux rescapés du génocide (FARG) a financé, la construction de leurs maisons.

L’ouverture d’un lieu d’échanges, d’apaisement, d’écoute, est facteur de paix et de développement. Les activités thérapeutiques, mémorielles, créatrices et culturelles ont été privilégiées au sein de la Maison de quartier pour briser la force d’attraction quasi hypnotique que conserve souvent le souvenir traumatique. Des activités génératrices de revenus (dont un atelier d’art Imigongo) ont été mises en œuvre.

 

Construire une Maison de quartier, c’est se donner un lieu d’accueil et d’hospitalité.

Les veuves très démunies rencontrent d’extrêmes difficultés pour subvenir à leur vie quotidienne et à celle de leurs enfants survivants et des orphelins qu’elles ont recueillis. Le coût élevé des déplacements restreint leur mobilité et leur impose de rester isolées et sans activités dans leur quartier ou dans les collines. Leur demande de soutien psychologique est forte.

Le choix de construire une Maison de quartier s’est trouvé conforté par les veuves qui ont exprimé avec enthousiasme leur adhésion à ce projet qui répond à leur besoin d’un lieu pour « se rencontrer », être ensemble et mener des activités collectives.

 

MEMORIAL 98

 

 

 
L’atelier de mémoire


L’atelier de mémoire a été créé lors de la 20e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda. Des « grandes mamans », des jeunes, des femmes, des hommes se sont réunis au rythme d’une matinée par semaine. Ils ont écrit chacun leur Cahier de mémoire. Ils les ont lus aux autres.

Le respect mutuel, la confiance et leur commune expérience étaient le socle de leurs échanges. Ces mémoires singulières sont l’histoire du génocide, elles en restituent la réalité composite et sont une archive pour les générations futures.

Cris ; odeurs âcres, fumées et sang ; fuites et poursuites, annoncées par des persécutions accumulées durant plus de trois décennies ; terreur ; regroupements effarants.

Violence extrême - une population exterminée, près d’un million de victimes. Des paysages anéantis par le projet génocidaire. Les rescapés sont porteurs de cette histoire. Leur mémoire individuelle et collective est porteuse de ce qu’aucun mémorial ne peut exprimer. Le mémorial transmet l’horreur, le résultat du génocide – mais il est muet, aucun sang n’irrigue les corps gisants atrocement mutilés, figés dans leur dernier instant d’effroi ou ensevelis dans des fosses communes.

« Nous partageons une même histoire ». Les rescapés parlent une langue, le kinyarwanda, où certaines expressions sont difficiles à traduire, non pas littéralement, mais par leur trop plein de significations. . C’est l’histoire qu’ils ont vécue parce qu’ils sont nés Tutsi. Les Cahiers de mémoire font entendre le sort commun. « Les nôtres », ceux qui ne sont plus là et ceux qui sont restés. Une histoire à priori indéchiffrable pour les enfants tutsi dont la vie bascule en 1959.

Annonciata a huit ans au moment du génocide, elle ne recevra aucune réponse aux questions qu’elle pose de manière répétée  à sa mère. Plus tard, face à des situations demeurées inexplicables pour la fillette qu’elle est encore, elle reprendra à son compte ce silence : « Je me suis tue. » Après le génocide, elle sera frappée d’oubli, d’amnésie. Il lui arrivera d’oublier jusqu’à son nom ou la présence de ses enfants à ses côtés. L’absence a tout envahi, le monde est devenu un gouffre insondable.

Les Cahiers de mémoire restent prioritairement des récits du génocide, mais la remémoration s’étend en amont et en aval, ils parlent de l’amour, des saisons, de la famille, des traditions. Comme les Livres du souvenir (Yzkhor- buch) écrits par les survivants de la Shoah, ils suivent un rythme ternaire : avant, pendant, après, mais le fil conducteur, l’épicentre, demeure le génocide.

Mémorial pour les disparus, conservatoire de leurs noms, conservatoire des familles décimées, les Cahiers de mémoire occupent un espace où se rejoignent la nomination des disparus et le récit énonciatif et mémoriel, qui restitue le vivant/le réel de celles et ceux qui ont péri.

Pendant. Toutes les collines, toutes les pistes étaient couvertes de barrières, toutes les routes étaient « barrées pour notre race ». Les portes demeurent impitoyablement closes : « Aujourd’hui, ce n’est pas hier, prends ton enfant et pars d’ici. » Quelques exceptions pourtant. Le voisin cache puis accompagne celui qui fuit un peu plus loin. L’errance se déroule dans un périmètre variable. Au-delà des frontières. L’Ouganda, le Burundi, le Zaïre, la pointe nord du lac Tanganyika, l’île d’Ijwi. À l’intérieur du pays, dans les limites géographiques d’une préfecture, d’une région, d’une commune. Entre les maisons éparses sur la colline.

Ce sont des allers-retours éperdus. La fuite est circonscrite. Tellement entravée qu’on parle de « piétinement ». Comme un animal pourchassé pris dans le piège. Le paysage, ce sont les lieux où l’on espère trouver secours : des églises, des écoles, des centres de santé, « une brousse impénétrable », un pont. Tout autour les champs de sorgho, les bananeraies, les roseaux et les papyrus, la terre détrempée du mois d’avril. La pluie donne le signal d’un court répit : les Interahamwe (miliciens génocidaires Hutu) cessent de traquer leurs « cibles ». Le paysage sonore, ce sont les hurlements des Interahamwe. Leurs slogans, leurs cris, les coups de sifflets. Les roulements saccadés des tambours. Les vociférations de la Radio-télévision des Mille collines, livrant les noms et les lieux précis où sont cachées jusqu’à l’asphyxie les familles tutsi. Les pas qui se rapprochent. Les ultimes cris d’effroi, les gémissements durant des nuits entières. Pendant cent jours et cent nuits.

 

Après. Nous avons choisi d’accompagner les rescapé-e-s tout au long de leur parcours de reconstruction de soi ( nommée Twiyubaka). Les thérapeutes rwandais ont guidé nos pas. Naasson Munyandamutsa, dès le premier jour. Et plus tard Emilienne Mukansoro, et Béatrice Niweburiza.

En 2013, un voyage de mémoire nous a emmenées, les grandes mamans et nous, dans le sud du pays. Nous avons traversé des régions lourdes de souvenirs et d’absences. Les cris, les pleurs jaillissent. C’était là. Il ne reste que des épineux et des brousses. Les lieux sont dévastés, abandonnés, détruits à jamais. Au cours du voyage pourtant surgissent d’autres souvenirs, des légendes que racontaient les grands-parents, des histoires énigmatiques, des contes. Une restauration du paysage se met à l’œuvre. Les souvenirs heureux se mêlent au chagrin. Les lieux s’animent et s’apaisent. La présence des disparus est une image vivante. Les troupeaux reviennent sous les yeux. Et aussi les matinées où on récoltait des herbes qui rassemblées en gerbes se balançaient joyeusement au-dessus de la tête des petites filles. Les saisons étaient celles des récoltes et des veillées où se transmettait l’histoire du Rwanda. Les heures étaient celles où l’on trayait les vaches Inyambo, où on buvait le lait. Les fêtes, les naissances, les baptêmes, les cérémonies de la dot, du mariage, de Gutwikurura.

 

Cette reviviscence mémorielle donne les forces de ne pas suffoquer en entendant le cri qui, de travée en travée, transperce le stade Amahoro où se déroulent les commémorations du génocide. Les traumas éclatent lors des veillées de mémoire inondées de larmes, qui agissent comme de fulgurantes thérapies. Des scènes de compassion inouïes voient le jour. Le lendemain c’est l’apaisement. C’est plus que de l’apaisement, c’est de « la joie », dit Emilienne sans pouvoir trouver d’autre mot après la veillée de mémoire de la 18e commémoration. Les pratiques thérapeutiques inédites mises en œuvre au Rwanda sont un apport inestimable pour la clinique, partout où les catastrophes et les désastres anéantissent de manière récurrente et massive les êtres humains. L’atelier de mémoire y a puisé son inspiration.

Un mouvement sans fracas anime la psyché de celles et ceux qui dans leurs récits tressent les fils d’une temporalité tridimensionnelle qui avait volé en éclats. Les pleurs, les cris, les souvenirs ouvrent la voie aux élans de la reconstruction de soi. À l’injonction criminelle, « Aucun de vous ne doit survivre », répond le choix de vivre qui se dit en kinyarwanda : Kubaho kwawe kuranyubaka, « Ton choix de vivre me fait exister ».

Florence Prudhomme

 

MEMORIAL 98


 

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 18:37

 

 

 

                                     Hans Scholl, Sophie Scholl, Christoph Probst.

 

 

Le 22 février 1943, trois jeunes résistants allemands antinazis du groupe de la "Rose Blanche", Hans Scholl, Sophie Scholl et Christoph Probst étaient guillotinés, après une parodie de jugement. 

Ils avaient  été arrêtés quelques jours auparavant, le 18 février, après une action audacieuse dans l'Université de Munich (voir ci-dessous) .

En quelques mois seulement ils ont écrit une page particulièrement glorieuse et émouvante de la résistance au nazisme, au cœur même de son espace. Leur mémoire mérite un hommage particulier alors que partout en Europe et aux USA, les tenants du fascisme et du nazisme sont à l'offensive notamment en Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, Italie ...     

L'histoire de la "Rose blanche" est celle d'un groupe de jeunes Allemands et d'un de leurs professeurs qui s'engagent dans une résistance de plus en plus déterminée au régime nazi. 

Ils sont six:

Hans Scholl, né en 1918
Alexander Schmorell, né en 1917
Christoph Probst, né en 1919
Willi Graf, né en 1918
Sophie Scholl, née en 1921
Leur professeur, Kurt Huber, né en 1893

Dans un premier temps, Hans et Sophie Scholl sont attirés par les thèmes du nouveau Reich, comme beaucoup d'autres gens de leur âge.

En 1938, Hans est néanmoins arrêté par la Gestapo pour appartenance à des "groupes de jeunesse interdits". Chrétiens, ils sont non-conformistes, alors que l’Allemagne est uniformisée par les nazis.

Puis ils sont influencés par leurs lectures et ce qu'ils observent sur le front. En effet, les garçons du groupe font partie des étudiants autorisés à poursuivre leurs études, tout en étant mobilisés dans l'armée. Pendant les vacances universitaires, ils redeviennent soldats. Ainsi Hans Scholl, qui a participé à la campagne militaire de France, s’y est procuré des livres qui influencent son entrée en opposition.
 

Une autre membre du groupe, Alexander Schmorell, élevé par une gouvernante russe, peut ainsi parler dans leur langue à des paysans sur le front russe. C’est lui qui révèle au groupe le génocide des Juifs .

Dès leur deuxième tract de juin 1942, ils alertent sur le sort des Juifs en Pologne et écrivent: 
..."dreihunderttausend Juden in diesem Land auf bestialischste Art ermordet worden sind..."
..."depuis la mainmise sur la Pologne, 300 000 Juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C’est là le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l’histoire ne saurait lui être comparé. Qu’on ait sur la question juive l’opinion que l’on veut : les Juifs sont des hommes et ce crime fut commis contre des hommes..."

Les tracts du groupe étaient diffusés dans les boites aux lettres ou envoyés à des destinataires chargés de les recopier. Ils ont rédigé en tout six tracts appelant à la résistance contre le régime.
Ils les envoient à Hambourg, Sarrebrück, Ulm, Fribourg, Stuttgart, Berlin.
A Berlin, Ruth Andreas-Friedrich et son groupe de résistance nommé "Onkel Emil" (Oncle Emile), recopient le sixième tract et le diffusent.

En janvier 1943, le chef nazi de Bavière, Giesler, déclare aux étudiantes de Munich qu’elles feraient mieux d’offrir un enfant au Führer plutôt que de poursuivre leurs études. Cette injonction déclenche des protestations de la part des étudiant.e.s.
Le groupe peint alors des slogans sur les murs de l’université à Munich :" FreiheitLibertéNieder mit Hitler, A bas Hitler"

La défaite nazie de Stalingrad en février 1943 inspire leur sixième et dernier tract, écrit par le professeur Huber et diffusé à 3000 exemplaires.

Le 18 février 1943, Hans et Sophie Scholl lancent ce sixième tract dans le hall (Lichthof) de l'Université Ludwig Maximilian de Munich.  Ils y appellent les étudiants à se soulever contre la dictature, pour « la liberté et l’honneur ». Ils sont dénoncés par le concierge de la faculté, arrêtés et remis à la Gestapo.

Un tribunal nazi, nommé « Tribunal du peuple » est immédiatement convoqué le 22 février à Munich.  Son président vient spécialement de Berlin afin de  "juger" les accusés.
 

Condamnés à mort pour "haute trahison", Hans et Sophie Scholl, ainsi que Christoph Probst, sont guillotinés quelques heures seulement après le jugement, dans la prison de München-Stadelheim. Après un deuxième procès, le 19 avril 1943, Kurt Huber, Alexander Schmorell et Willi Graf sont également guillotinés.

Un de leurs tracts déclarait:  "la honte pèsera pour toujours sur l’Allemagne, si la jeunesse ne s’insurge pas enfin pour écraser ses bourreaux"...

La mémoire de leur engagement nourrit nos combats 

21 Février 2020:  Hanau, Thuringe, la menace des héritiers du nazisme.

Le 77e anniversaire de l'exécution des membres de la Rose Blanche se déroule dans un contexte dramatique, quelques jours après l'attentat d'extrême-droite de Hanau qui a fait neuf victimes. Auparavant c'est la synagogue de Halle qui avait été attaquée par un terroriste néo-nazi qui a tué deux personnes ( voir ici )

Dans la même période, une alliance entre la droite et le parti AfD en Thuringe, sous la direction du négationniste Björn Hoecke, a provoqué une crise politique majeure (voir ici)

Il apparaît que la lutte contre l'extrême-droite et contre la propagande néo-nazie et complotiste a été gravement négligée par les pouvoirs publics allemands, comme l'a déjà démontré la longue entreprise meurtrière de la cellule néo-nazie NSU ( voir ici)

MEMORIAL 98

Mise à jour du 4 Mai 2019

Hommage à Traute Lafrenz, dernière survivante de la Rose Blanche, qui fête son centième anniversaire. Elle vient d'être décorée de l'Ordre du Mérite, plus haute décoration civile allemande.

 

Memorial 98

Voir sur l'actualité en Allemagne http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/02/alerte-en-allemagne-lextreme-droite.html

 

 

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 19:00

Le 9 novembre, Memorial 98, avec ses partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme) et de l'association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda)  vous invite à participer à la  commémoration de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche.

 

 

Pour la quatrième année consécutive, nous nous rassemblerons à Paris, à partir de 19h, devant le gymnase Japy, lieu symbolique dans lequel furent parqués en 1942, les Juifs raflés par la police française au service des nazis.

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal représente un jalon important: les nazis, au pouvoir depuis 1933 franchissent alors une nouvelle étape dans la violence, celle de massacres antisémites commis au vu et au su de toute l'Europe.

Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées. 

Pourtant, en France elles ne changèrent pas la situation: ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler. La France fut ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.

 

 

 

Soixante-dix neuf ans après la Nuit de Cristal et soixante-douze ans après la défaite du nazisme, rappeler que l'Europe et le monde entier sont de nouveau en proie aux « vieux démons » peut apparaître comme un cliché, mais rend compte d’une réalité.

 

En ce moment même, les Rohyngia de Birmanie sont victimes d’une épuration ethnique et d’un crime contre l’humanité. Les institutions internationales, dont l’ONU se montrent une fois de plus démissionnaires et incapables de mettre en œuvre une réelle intervention afin de sauver cette population. Nos pensées vont vers ces hommes, femmes et enfants traqués et massacrés. 

La population syrienne subit toujours les massacres et tortures du régime Assad qui a accueilli l'adjoint de Adolf Eichmann, Aloïs Brunner et lui a confié l'organisation de ses méthodes de torture.  

 

En Europe c'est d'abord le cas en Allemagne avec la poussée électorale récente du parti AfD, anti-migrants, mais aussi largement imprégné d'antisémitisme et de négationnisme. Un des ses principaux dirigeants déclare ainsi " nous avons le droit d'être fiers des performances des soldats allemands durant la Deuxième Guerre Mondiale"  et s'oppose à l'exclusion des négationnistes. 

Manifestation contre l'AfD à Berlin le 22 octobre 2017

 

L'Autriche voisine fut directement concernée par la Nuit de Cristal, qui y prit un caractère particulièrement violent. Le parti d'extrême-droite FpÖ vient d' y remporter une double victoire. Il s'agit de son score de 26% des suffrages, mais aussi de la reprise de ses thèmes racistes par le parti de droite conservateur avec lequel il va sans doute gouverner.

 

En France, l'antisémitisme a refait ouvertement surface lors de la campagne présidentielle. Les dirigeants du FN ont choisi d’ouvrir une polémique sur la rafle du Vel d’Hiv’. Marine Le Pen a ainsi déclaré à deux semaines du premier tour de la présidentielle de 2017 : « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv’ ». Il s’agissait manifestement d'un choix stratégique, car elle redoublait ainsi les propos identiques du « dédiabolisé » Florian Philippot tenus quelques jours avant elle. Cette sortie provocatrice ponctuait une campagne au cours de laquelle l’antisémitisme et le négationnisme du FN ont été plusieurs fois révélés.       

 

 

En Pologne , en Hongrie, en Slovaquie, en Tchéquie depuis les élections du  21 octobre, l'extrême-droite gouverne. 

 

Aux Etats-Unis la campagne de Trump a encouragé les néo-nazis qui l'ont massivement soutenu et qui ont droit à toute son indulgence. Depuis ils paradent et n'hésitent pas à tuer, comme à Charlottesville  le 12 août dernier.

Au Japon, le premier ministre négationniste, Abe, qui minimise la responsabilité du Japon impérial dans les crimes de la 2e guerre mondiale vient de remporter une nouvelle victoire électorale.

 

Les génocides du vingtième siècle restent victimes d’offensives négationnistes, parfois dirigés par un Etat puissant et autoritaire. Le génocide des Arméniens reste  ainsi contesté par les autorités turques qui mènent une offensive mondiale dans ce domaine. Mais c’est aussi le cas du génocide des Tutsi, de celui des Musulmans bosniaques de Srebrenica ainsi que premier génocide du 20e siècle à l’encontre des Herrero et Nama d’Afrique australe

 

                                L'incendie de la gande synagogue de Berlin

 

Nuit de Cristal: un faux mouvement populaire 

 

Une polémique a récemment éclaté à propos du rôle de la "rue " dans l'avènement et la chute du nazisme 

Suite à la déclaration historiquement fausse de Jean-Luc Mélenchon selon laquelle la rue avait abattu le nazisme, on a vu fleurir de nombreuses répliques prétendant qu'au contraire, la « rue » avait porté Hitler au pouvoir et qu’elle était responsable des violences antisémites de la Nuit de Cristal.

Ces deux affirmations sont erronées: dans ce dernier cas c’est exactement ce que les nazis ont prétendu et mis en scène, en ordonnant aux troupes de combat SA et SS d’accomplir leurs exactions sans porter leur uniforme.

 

Mais la propagande antisémite avait aussi porté ses fruits après cinq années de règne nazi. Les réactions de soutien aux Juifs ont donc été faibles.

Nuit de Cristal: les SA, les SS et la Gestapo en action

Les nazis guettaient une occasion pour lancer une étape supplémentaire de ce qui deviendra, selon leur terminologie, la « solution finale du problème juif en Europe».

Le premier acte en sera un vaste pogrom organisé dans tous les territoires sous domination allemande, destiné à terroriser les populations juives et à les forcer à émigrer.

L'attentat à Paris contre le conseiller d’ambassade allemand Vom Rath leur offre un prétexte idéal.

Herschel Grynzspan était un jeune Juif polonais qui, le 7 novembre 1938, dans un geste de protestation contre le sort des Juifs en Allemagne et l'expulsion de milliers d'entre eux vers la Pologne, avait abattu à Paris le conseiller d'ambassade Vom Rath.

Hitler prépare alors une mise en scène destinée à démontrer que les Allemands du Grand Reich sont menacés par les Juifs. Le quotidien officiel du parti nazi, le "Völkischer Beobatcher", dirigé par  Goebbels, écrit ainsi le 8 novembre, alors que Vom Rath est encore vivant :

 "… Il est clair que le peuple allemand tirera les conclusions de cette nouvelle action. On ne peut plus tolérer que des centaines de Juifs règnent encore à l'intérieur de nos frontières sur des rues entières de magasins, qu'ils peuplent nos lieux de distractions, que des propriétaires étrangers empochent l'argent des locataires allemands tandis que leurs frères de race incitent au-dehors à la guerre contre l'Allemagne et tuent des fonctionnaires allemands"

Parallèlement, dès le 8 novembre, les nazis prennent la précaution de confisquer chez les Juifs  tout objet que ceux-ci pourraient utiliser pour se défendre.

Lorsque Vom Rath décède, le 9 novembre, l’organisation de la terreur est en place.

Au moment où la nouvelle parvient à Hitler, ce dernier se trouve à Munich, avec la « vieille garde » des Sections d’assaut du parti nazi (SA). Ils sont réunis comme chaque année pour commémorer la tentative de putsch nazi de 1923.

 Hitler quitte l'assemblée sans prononcer de discours et déclare:

"Il faut laisser le champ libre aux SA (Sections d'Assaut)"

C'est Goebbels, ministre de la Propagande, qui se charge d'annoncer publiquement le décès de Vom Rath devant l'assemblée des SA, et également d'inciter au pogrom.

Les principaux chefs nazis quittent ensuite la réunion  et téléphonent des instructions à leurs sections régionales.

Pour les troupes nazies, il s'agit d’abord  d'incendier les synagogues, sans laisser les pompiers intervenir, de détruire les magasins juifs et d’y apposer des pancartes "Mort à la juiverie internationale", ainsi que de tuer sur place les Juifs trouvés en possession d'une arme.

Dans le même temps, un message secret est diffusé depuis la direction de la Gestapo (police secrète d’Etat) de Berlin.

 Pour la Gestapo, il s'agit d'incendier les synagogues, mais d'empêcher les pillages, de mettre en lieu sûr les archives trouvées dans les synagogues, de préparer l'arrestation de 20 à 30 000 Juifs parmi les plus fortunés, de traiter avec une « extrême rigueur » les Juifs trouvés avec des armes.

Dans son Journal, Goebbels confirme qu'il présente un rapport sur la situation à Hitler; ce dernier décide de laisser les manifestations se poursuivre et donc de faire retirer la police.

Goebbels commente : « Les Juifs doivent sentir pour une fois la colère du peuple. »

Il décrit ensuite précisément son action, motive les indécis. Il est ovationné par les dirigeants du parti. Tous se précipitent sur leurs téléphones. Le bataillon des SA « Hitler » part attaquer les Juifs de  Munich.

Selon les directives de Goebbels, la seule réserve est de ne pas apparaître en tant qu'organisation officielle. La fiction de la « réaction populaire » doit être maintenue.

Aussi, les SA et les SS s'habillent en civil et passent à l'acte dès 1 heure de matin.

Du nord au sud de l'Allemagne, incluant l'Autriche annexée, synagogues, maisons communautaires, asiles de vieillards, hôpitaux juifs, maisons d'enfants, logements privés et magasins juifs subissent l'assaut.

Les synagogues sont pillées, saccagées, détruites, incendiées, sans que les pompiers n'interviennent, se contentant d'empêcher la propagation des incendies aux maisons alentour. Des groupes de SA attaquent les magasins juifs qui sont facilement reconnaissables, depuis qu'une ordonnance nazie a exigé que le nom du propriétaire soit peint sur la vitrine en grandes lettres.

La teneur des messages des chefs de SA et de celui de la Gestapo montre  l'existence d'un véritable plan d'ensemble, dont l'instigateur est Hitler lui-même.

 Le silence officiel de Hitler et Goebbels lors des événements des 7 et 8 novembre confirme ce plan : officiellement, il ne s’agit pas d’une action organisée par l’Etat  nazi mais d’une explosion de colère populaire contre les Juifs.

 Dans son journal, Goebbels écrit à propos de l'attentat, lorsqu'il relate la journée du 8 novembre : « A Paris, un juif polonais du nom de Grynzspan a tiré dans l'ambassade sur un diplomate allemand Vom Rath, le blessant grièvement ... En Hesse, grandes manifestations antisémites. On brûle des synagogues. Si seulement on pouvait déchaîner la colère du peuple ».

 

Pour la mémoire et la mobilisation contre les fascismes 

Il y a 78 ans, les gouvernements européens, pourtant dument avertis, refusaient de regarder la réalité nazie en face.

Ils fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide. 

L'Histoire nous montre sans cesse que les violences, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l'extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

Nous serons ces témoins qui n'oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l'oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux. 

La mémoire des génocides nourrit nos combats contre le racisme et le fascisme 

 

 

Retrouvons nous le 9 Novembre 2017 à 19 H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne) afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal et de tous les génocides.

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

 

Vous êtes aussi invités à aider à financer les frais liés à l'organisation de la commémoration, en participant à la souscription "Pot Commun" ci-dessous

https://www.lepotcommun.fr/pot/hkegfjbc

9 novembre 2017 Commémoration de la Nuit de Cristal nazie
~ Organisé par : Memorial 98 ~

 Le 9 novembre 2017, Memorial 98 organise, pour la 4ème année consécutive, une commémoration de la Nuit de Cristal, pogrom d’État perpétré par les nazis le 9 Novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche

Nous nous rassemblerons comme chaque année à Paris devant le gymnase Japy dans le 11e arrondissement , où furent parqués, sous le régime de Vichy, les victimes des rafles de la police française, avant d'être envoyées dans les camps d'extermination nazis.

Nous aurons la chance d'avoir à nos côtés, les combattants infatigables de la mémoire des génocides arméniens de 1915 et tutsi du Rwanda de 1994 que sont nos amis du Collectif Van et d'Ibuka-France. Ainsi se concrétisera l'esprit de dialogue des mémoires qui est pour nous le seul moyen de faire vivre un antiracisme efficace

Comme chaque année, des gerbes de fleurs seront déposées lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de la Nuit de Cristal. Les jours précédant la commémoration, des collages d'affiches auront lieu dans le quartier, afin de faire vivre une histoire que beaucoup ignorent.

Memorial 98 est un collectif indépendant, nous ne bénéficions d'aucun financement autre que celui de nos soutiens.

Si vous souhaitez et pouvez contribuer financièrement à l'organisation de cette commémoration, nous vous en remercions.

 

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 20:34

                                   Au Mémorial du génocide de Gisozi à Kigali 

 

Mise à jour du 26 juin 2018: 

 

Un nouveau témoignage met en cause  l'attitude des autorités françaises face au génocide au Rwanda. Un ex-aviateur français, ayant pris part à l'opération "Turquoise" en juin 1994, conteste dans le journal La Croix le caractère strictement humanitaire de l'opération . Ce soldat, qui a souhaité garder l'anonymat, affirme que les militaires français étaient préparés à "frapper" les troupes du Front patriotique rwandais (FPR) qui agissaient pour mettre fin au génocide.

Il s'agit du deuxième militaire français ayant participé à l'opération militaro-humanitaire "Turquoise" (lancée le 22 juin 1994 sous mandat de l'ONU pour tenter de mettre fin aux massacres) à relancer ce débat récemment, après la parution du livre important Rwanda, la fin du silencede l'officier Guillaume Ancel.

 

"Nous étions là pour faire la guerre"

Dans cet ouvrage, Guillaume Ancel assure que les troupes envoyées par Paris avaient pour mission de "stopper le FPR, donc empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires". Une affirmation appuyée par l'ex-aviateur français dans La Croix : "Il [Ancel] n'est pas un affabulateur pour ce que j'ai vu de 'Turquoise'. C'est pourquoi il m'est apparu juste d'apporter mon témoignage." 

 

 

 

Les preuves s'accumulent quant à la participation des pouvoirs publics français et d’institutions financières à l’exécution du crime.

Nos amis et partenaires des associations Ibuka, qui regroupe des rescapés tutsi et du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui mène un énergique combat judiciaire ainsi que l'ONG Sherpa, portent plainte contre la banque BNP. Ils l’accusent d’avoir favorisé le génocide en finançant la livraison d’armes, malgré l’embargo décidé par l’ONU.

 

En même temps les mises en cause se multiplient à propos de l’implication de dirigeants français de l’époque. L’attention se concentre sur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et surtout à l’époque secrétaire général de l’Elysée à l'époque du génocide, déjà plusieurs fois cité.

 

A ce moment (1993-1995) Mitterand était président et Balladur chef d’un gouvernement de cohabitation, suite aux élections de 1993. Védrine jouait un rôle capital et bénéficiait de l’entière confiance du président.    

 

Selon le journaliste Patrick de Saint-Exupéry,  spécialiste du Rwanda, fondateur de la revue XXI et qui a dénoncé le génocide dès 1994, un haut fonctionnaire chargé d’examiner les archives de l’Elysée de 1990 à 1994 affirme que les autorités françaises ont bien donné l’ordre de réarmer les auteurs du massacre, alors que ces derniers venaient d’être mis en déroute par le Front patriotique rwandais (FPR).
Le fonctionnaire, anonyme mais manifestement très bien informé, qui a eu accès aux archives au moment de leur ouverture par François Hollande en 2015, évoque un document faisant état d’une fronde de certains militaires français contre la décision des autorités françaises de réarmer les génocidaires.
En marge de ce document et concernant le trouble de ces militaires, une note manuscrite d’Hubert Védrine insistait sur la nécessité de «s’en tenir aux directives fixées» et donc de livrer les armes.

 

Selon un autre spécialiste du Rwanda, Jacques Morel, cité par Libération, on retrouve la signature de Védrine en bas d’une note sur une dépêche officielle citée par l’agence Reuters et datée du 15 juillet 1994.
La dépêche était titrée: «Paris prêt à arrêter les membres du gouvernement intérimaire rwandais.» , eux qui avaient orchestré le génocide et qui s’étaient repliés dans les zones sous contrôle français.
En marge de la dépêche, Hubert Védrine avait écrit: «Lecture du Président (Mitterand): ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre (Balladur).»

L' arrestation fut donc annulée.

 

A l’appui des révélations de la revue XXI, un ancien militaire engagé dans l’opération française au Rwanda raconte à RFI qu’au début du mois de juillet 1995, donc à la fin du génocide qui s’est arrêté le 17 juillet, , on lui a demandé de « distraire » des journalistes présents sur sa base militaire, le temps de laisser passer un convoi d’armes destiné au génocidaires. Le témoignage du lieutenant-colonel Guillaume Ancel est précis .

 

 

Mitterand et Védrine étaient particulièrement complaisants à l’égard des chefs Hutu, considérés comme favorables à la France car francophones, alors que les dirigeants Tutsi, qui avaient dû se réfugier en Ouganda étaient considérés comme favorables au monde anglophone. De plus Mitterrand défendait la thèse négationniste du « double génocide », selon lequel les torts étaient partagés entre génocidaires et victimes. Ainsi  après le sommet franco-africain de Biarritz en 1994 , il lance à un journaliste qui l’interroge : “De quel génocide, parlez-vous, monsieur ? De celui des Hutus contre les Tutsis ou de celui des Tutsis contre les Hutus ?”

                                          

 

Védrine a de son côté défendu l’auteur négationniste Pierre Péan en 2008 lors du procès de ce dernier après la parution de son livre « « Noires fureurs, blancs menteurs ». Le déroulement de ce procès démontre les ressorts et arguments des négationnistes, si proches de ceux qu’on retrouve dans des cas semblables (lire ici le compte rendu qu'en fit Memorial 98)

   

C’est dans cette sphère du déni qu’à aussi agi le juge « anti-terroriste » Jean-Louis Bruguière chargé d’une enquête sur l’attentat qui le 6 avril 1994, toucha l’avion transportant le président du Rwanda Habyarimana,  abattu par deux missiles à son approche de l’aéroport de  la capitale Kigali.

 

Bruguière, conclut, au terme d’une enquête partiale conduite depuis Paris, sans déplacement sur les lieux de l’attentat, à la responsabilité des rebelles tutsi (FPR) ; il lança des mandats d’arrêt internationaux contre de hauts responsables du FPR au pouvoir à Kigali.

Suite aux  conclusions du rapport Bruguière, les thèses négationnistes se renforcèrent et obtinrent une sorte de droit de cité dans le discours public, notamment français. L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a servi  à protéger des questions embarrassantes les dirigeants politiques de cette époque de cohabitation : Mitterrand, Balladur, Léotard, Juppé,  Roussin, Hubert Védrine, les responsables militaires et tous les officiels ayant joué un rôle dans la complicité militaire, politique, diplomatique et financière de la France dans le génocide.

Bruguière, parti à la retraite avant une carrière politique dans les rangs de l’UMP, son successeur, le magistrat anti-terroriste Marc Trévidic se rendit à Kigali en 2012 , ce que n’avait jamais fait Bruguière, et aboutit à des conclusions totalement inverses sur le déroulement de qui allait constituer le prétexte de la mise en œuvre du crime.

 

La vérité sur l’attentat du 6 avril est cruciale pour établir les responsabilités et définir les coupables d’un génocide qui était planifié et préparé par des campagnes de haine à l’encontre des Tutsi.

C'est en effet le lendemain, le 7 avril 1994 que débutèrent les massacres qui allaient voir la mort d'au moins 900 000 personnes jusqu'à juillet de la même année : des individus définis comme Tutsi, constituant la majorité des victimes, mais aussi des Hutu opposés aux partisans de l'idéologie raciste dite "Hutu Power"

D'une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus bref et concentré de l'histoire et celui de la plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour de tuerie.

Fruit d'une idéologie raciste mise en œuvre sur des décennies, ce génocide s'est appuyé, pour diffuser la haine, avant et pendant, sur une forme perverse d'humour, notamment à la Radio Télévision des Milles Collines, mais aussi sur les caricatures déshumanisantes de la propagande génocidaire .

Les habitants et les pouvoirs publics de notre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda.

En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités.

Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.

 

Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics.

 

 

C’est pourquoi nous soutenons et partageons pleinement le combat de nos amis et partenaires de Ibuka, du CPCR et de Survie afin que la vérité se fasse jour et que les coupables éventuels soient jugés. On notera que Védrine est toujours présent sur la scène politique et médiatique. Il semble qu’il soit écouté par le nouveau président français. Il serait même  à l’origine du tournant consistant à s'allier avec Bachar El Assad sous prétexte de « lutter contre le terrorisme » alors que Assad en est le principal responsable et parrain. Vedrine a aussi beaucoup de sympathie « réaliste » envers Poutine.

 

Il y a quelques jours seulement, la justice des Pays-Bas a émis un verdict historique, bien qu'incomplet et frustrant.  Elle juge que les autorités de son pays a laissé se dérouler le génocide de Srebrenica (un an à peine après celui des Tutsi), sans permettre le sauvetage des personnes qui tentaient de se réfugier dans l'enclave des Casques Bleus néerlandais présents sur place. C'est le résultat d'une longue bataille des victimes et de leurs avocats avec le soutien d'ONG néerlandaises et internationales, mobilisées pour la justice et contre l'impunité.

Cette reconnaissance est importante car elle trace la responsabilité des gouvernements qui laissent se dérouler des génocides et crimes contre l'humanité et n'interviennent pas pour sauver des vies humaines. C’est dans le même sens que nous devons agir afin que soit levée la chape de plomb de la dissimulation au nom de la raison d’Etat.

 

En effet, à l’inverse, l'impunité des auteurs des génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation des actes génocidaires.  On se souvient notamment du propos de Hitler trouvant un encouragement dans la manière dont le génocide arménien de 1915 était nié :
« Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait-il dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne.
 

 

C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour du 5 aout 2017

 

Paul Kagame réélu avec 98% (?) des suffrages. L'élection présidentielle qui vient de se dérouler au Rwanda montre les graves problèmes de démocratie et liberté d'expression dans ce pays. Kagame a fait modifier la Constitution afin de pouvoir se présenter à un 3e mandat et sans doute à de nombreux autres par la suite. De plus toute velléité de critique ou d'opposition subit des menaces, voire une répression violente.

 

La situation particulière du pays, émergeant du génocide de 1994, ne justifie en rien cette violation des principes démocratiques. A l'inverse la gestion autoritaire de Kagame ne justifie en rien le soutien des autorités françaises au régime extrémiste de 1994 qui organisa et mit en oeuvre le génocide; nous réclamons à nouveau la vérité sur ce soutien et l'ouverture de toutes les archives 

 

Mise à jour du 22 juillet 2017

 

Quel a été le rôle exact du général Lecointre lors du génocide des Tutsi au Rwanda (suite)? Dés la nomination du nouveau chef d'état-major et au vu de sa présence au Rwanda en 1994, nous avons dit publiquement ici  et sur notre compte Twitter (@98Memorial) qu'il était nécessaire de préciser son rôle exact puisque l'armée française avait sur ordre des autorités ( Mitterand et Balladur) aidé les génocidaires et contribué à les évacuer. Un entretien paru dans l'Humanité (voir ci-dessous) semble indiquer que Lecointre aurait été impliqué directement dans l'aide aux génocidaires. Les propos de la personne interviewée (Jacques Morel) nécessitent néanmoins un peu de prudence et le témoignage d'autres sources provenant ce ceux qui ont combattu le génocide. Nous serons sans doute fixés assez rapidement.

 

 

 

Mise à jour du 19 juillet 2017:

Le général Lecointre, nommé chef d'état-major ce jour , a notamment été actif au Rwanda lors de l’opération Turquoise en 1994, 
Or l’opération « Turquoise », avait servi à la France de François Mitterrand – qui avait appuyé les génocidaires rwandais avant et pendant le génocide– sous couvert de visées humanitaires, à exfiltrer du Rwanda vers le Zaïre le gouvernement et l’armée génocidaires ainsi que de nombreux miliciens et civils dont une grande partie étaient impliqués dans les massacres. Des groupes armés issus des génocidaires sont encore présents en RD du Congo. Il est donc important de savoir quel a été le rôle exact de Lecointre dans cette opération.

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 18:26

 

 
 
 
 
 
 

 

 
 
MEMORIAL 98
 
L'acteur français Victor Lanoux, décédé le 3 mai a été, pendant la Seconde Guerre mondiale, un enfant caché parce que Juif.
Né le 18 juin 1936 à Paris d’un père juif et d’une mère catholique , il est envoyé à l’âge de trois ans avec sa sœur, dans un petit village de la Creuse, au sein d'une famille d'accueil, au début de la guerre. Il y restera tout au long de celle-ci. Sa véritable identité, "Victor Robert Nataf", est changée en "Victor Lanoux", nom qu’il conservera pendant sa carrière.
En France 60 à 70000 enfants furent ainsi mis à l'abri. Survivants au génocide, ils ont subi de graves traumatismes psychologiques et souvent le deuil de leurs parents exterminés.
Un des exemples tragiques du sort de ces enfants est le destin funeste de ceux réfugiés à la Maison des enfants d'Izieu , raflés par Klaus Barbie le 6 avril 1944. Ce jour-là se nouait le sort tragique des 44 enfants et 7 adultes juifs raflés dans ce village de l'Ain qui devait constituer un refuge. Ils furent tous exterminés à Auschwitz, sauf une éducatrice qui survécut.  C'est à ce Mémorial d'Izieu que s'est récemment attaqué Laurent Wauquiez, alors que la résistante SImone Lagrange y avait défendu la mémoire de la Résistance contre les nazis et leurs héritiers. 
 
Le sort des enfants raflés au Vel' d'Hiv' constitue un autre exemple particulièrement tragique. 
En effet, les familles raflées par la police française vers le Vel’ d’Hiv’ entre les 19 et 22 juillet 1942 arrivent aux camps de Pithiviers et Beaune-La-Rolande, gérés par l’administration française. Les parents sont rapidement déportés alors que les nazis n’ont pas encore donné leur réponse quant au sort des enfants. La période durant laquelle les enfants internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande ont vécu séparés de leurs parents déjà déportés est décrite par les témoins comme un des moments les plus insupportables. Agés de 2 à 15 ans, les enfants restent seuls durant plusieurs semaines. Désorientés par l’absence de leurs parents et vivant dans des baraques inadaptées à la présence d’enfants, ils connaissent des conditions d’hygiène catastrophiques. Huit d'entre eux meurent durant cette période.
Le 13 août 1942, le service d’Eichmann fait savoir que les enfants doivent également être déportés: ils sont alors transférés vers Drancy et, de là, embarqués dans les convois partant pour Auschwitz.
 
En France, 11458 enfants juifs furent déportés et massacrés. Serge Klarsfeld a identifié un seul enfant de moins de 16 ans déporté en 1942 et revenu vivant.

 

Au total, le chiffre des enfants victimes des nazis est d'au moins un million et demi, y compris plus d'un million d'enfants juifs, des dizaines de milliers d'enfants tsiganes, des enfants allemands handicapés physiques et mentaux, des enfants polonais ainsi que des enfants d'Union soviétique occupée.

Sauvetages

En plus des démarches individuelles, des organismes héroïques contribuèrent à dissimuler des enfants sous une fausse identité dans des familles et des foyers d'accueil. Un réseau extrêmement bien organisé s'était constitué avec l'aide de l'association juive Œuvre de secours aux enfants (OSE), des Éclaireurs israélites de France, des organisations communistes juives telles le MNCR , mais également des réseaux chrétiens et résistants. Ceux qui les accueillirent font partie des "Justes" qu'on trouve heureusement lors des génocides, notamment dans le génocide des Arméniens et celui des Tutsi du Rwanda.
 
Le rapport des fascistes, et parmi eux du FN, envers les enfants issus de l'immigration est particulièrement pervers et violent.
Ainsi lors de la campagne présidentielle de 2007, nous avions noté que Jean Marie Le Pen, en meeting à Marseille le 3 Mars de cette année-là, avait ainsi abordé ce  sujet (extrait) : " il  s'en est violemment pris  à l'immigration. Dans son discours il a choisi d'aborder la situation des enfants de parents expulsés. Voici sa formulation exacte, sous forme de pseudo-question :

"On me dit, M. Le Pen, si vous renvoyez les clandestins chez eux, avez-vous pensé à leurs enfants ? Bien sûr que j'y pense, ils ne doivent pas être séparés de leurs parents, c'est pour cela qu'ils partiront avec eux"

Cette formulation n'est pas le fruit du hasard.

Il s'agit d'une référence, directe et voulue,  à la déportation des enfants juifs décidée par Laval, en utilisant le même prétexte monstrueux " ne pas séparer les enfants  des parents".

C'est le chef du FN qui choisit, par l'utilisation de ces termes, de tracer un parallèle parfaitement compréhensible et codé dans l'univers historique de l'extrême-droite française. La salle a d'ailleurs frénétiquement applaudi ce passage du discours. Il ne s'agit pas pour nous de comparer expulsion et déportation vers l'extermination mais de relever la volonté lepeniste de faire appel à cette thématique."

Le 6 juillet 1942, Theodor Dannecker, gradé SS en charge de la déportation des Juifs de France , informait son supérieur à Berlin, Adolf Eichmann : « Le président Laval a proposé que, lors de l’évacuation des familles juives de zone non occupée (sous responsabilité du régime de Vichy) les enfants de moins de 16 ans soient emmenés aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l’intéresse pas »

 

Dix ans plus tard, en décembre 2016, Marine Le Pen reprenait les attaques envers les enfants, marchant ainsi une fois de plus dans les pas de son père, qui parraine et finance largement sa campagne, au delà de leurs règlements de compte. Celui-ci est toujours président d'honneur du parti qu'il a fondé et transmis à sa fille, laquelle n'a jamais modifié le nom de cet parti marqué par le fascisme. 

 

 

Marine Le Pen, parlant des enfants, déclare :  "Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c'est terminé, c'est la fin de la récréation !'". 

La vulgarité de ses propos renvoie à la haine de l'extrême-droite envers les malades ( voir ici) et les enfants d'origine étrangère.

 

 
Mise à jour du 19 novembre 2019

 

Une nouvelle exposition en ligne en français du mémorial Yad Vashem : " Ils avaient de 7 à 13 ans. Cachés ou confiés dans l’espoir d’être sauvés, ils s'adressaient à leurs parents ou grands-parents. Tous périront loin des leurs à voir" https://www.yadvashem.org/yv/fr/expositions/lettres-denfants/index.asp

 

Mise à jour du 2 décembre 2019

Quand le futur mime Marceau convoyait des enfants juifs de Limoges à Annemasse. Il agissait dans le cadre des réseaux de l'OSE, en lien avec son oncle Georges Loinger. Son talent lui permettait d'aider ces enfants à surmonter leurs craintes voir ici à partir de 30'

Mise à jour du 30 décembre 2018

 

Hommage éternel: le grand résistant juif Georges Loinger ( ci-dessus), qui a sauvé des centaines d'enfants juifs pendant l'Occupation nazie en France est décédé vendredi 28 décembre à l'âge de108 ans

Il était  titulaire de la médaille de la Résistance et de la croix de guerre et a présidé l'Association de la Résistance juive de France (ARJF)

« Organisation juive de combat »

En 1940, alors qu'il est prisonnier de guerre en Bavière, il reçoit une lettre de son épouse qui dirige une maison abritant 125 enfants juifs allemands dont les parents avaient été arrêtés en 1938 en Allemagne. Il s'évade et rejoint La Bourboule (Puy-de-Dôme) en zone libre, où elle s'est repliée avec les enfants. Comme ils risquent d'être arrêtés, le couple les sauve en les dispersant, d'abord dans des maisons de l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) puis dans des familles ou institutions chrétiennes ou laïques. Par la suite, Georges Loinger fera passer quelque 350 enfants juifs en Susse par la ville française d'Annemasse. Certains convois connaîtront des fins tragiques. Il fait partie du fameux réseau Garel  créé par l'OSE, entre 1942 et 1944.

Il choisit avec ses compagnons de Résistance le nom d'Organisation juive de combat : « Fin 1943, lors d'un parachutage d'armes de Londres, nous avons trouvé dedans un paquet avec un livre qui racontait la révolte du ghetto de Varsovie », avait-il confié à l'Agence France-Presse. Celui qui était le doyen de la Résistance juive en France a aussi participé à la création de " La Fraternité d'Abraham", qui prône le rapprochement des trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme, islam. Interrogé en 2005 alors qu'il recevait les insignes de commandeur de la Légion d'honneur, il avait répondu qu'il estimait avoir fait simplement « ce qu(« il) avait à faire ».

Nous saluons sa mémoire et ses combats

MEMORIAL 98

Mise à jour du 6 décembre 2018
 
Joseph Joffo, enfant caché pendant la Shoah, auteur du livre « Un sac de billes », est décédé ce 6 décembre à l’âge de 87 ans. Nos pensées pour lui et ses proches, pour tous les enfants victimes de la persécution nazie ( voir ci-dessous) et pour les survivants qui ont pu témoigner. Le grand succès du livre de Joffo et ses nombreuses interventions publiques ont contribué à faire connaître le sort des enfants juifs pendant la guerre.
 
 
 
 
 
 

 

 

 


 
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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 21:56

La "liquidation" par les nazis du ghetto juif de Cracovie, capitale historique de la Pologne  située à soixante-cinq kilomètres du camp d'Auschwitz, eut lieu le 13 et 14 mars 1943. 

Un mois plus tard débutait la révolte du ghetto du Varsovie, dont la liquidation avait débuté quelques mois plus tôt,  en juillet 1942.

La SS et la police planifièrent cette liquidation en obéissant à l'ordre de Himmler d'octobre 1942. 

Ce dernier avait ordonné d'achever la mise à mort des Juifs dans la zone dite du " Gouvernement général de Pologne". Il ordonnait également d'incarcérer dans les camps spéciaux ceux dont le travail forcé demeurait nécessaire pour la machine de guerre nazie.

Le 13 et 14 mars 1943, les SS et les policiers lancèrent l'opération dans le ghetto de Cracovie et massacrèrent sur place environ 2000 Juifs, notamment les personnes âgées, les enfants et les malades . 

Deux mille autres, qui étaient capables de travailler, furent transférées au camp de travail forcé de Plaszow, à proximité immédiate.

Ce camp a été rendu célèbre par le film " La Liste de Schindler", notamment à travers la personne de son commandant SS Amon Göth , habitué à tirer sur les internés depuis le balcon de sa villa, comme on peut le voir ci-dessous.

L'usine de Schindler se trouvait à proximité du camp et il parvint à sauver des centaines de Juifs.

 

En déjà, le témoin survivant Mieczyslaw Pemper fut témoin dans le ghetto de Cracovie de scènes où Göth lâchait ses chiens sur les habitants et leur tirait dessus.

En tant que commandant du camp de Płaszów, où l'espérance de vie moyenne était de quatre semaines, Göth était particulièrement redouté des prisonniers, qu'il soumettait à diverses tortures et qu'il exécutait même par balles. Ses deux chiens, Ralf et Alf, qu'il lançait sur les détenus, terrorisaient ces derniers . 

Poldek Pfefferberg, l'un des juifs de Płaszów sauvés par Schindler , témoigna en ces termes : « Voir Göth, c'était voir la mort. ».

Lors du procès de Göth en Pologne en 1946, suite auquel il fut condamné à mort et exécuté, le survivant  Henryk Bloch rapporta les faits suivants :

« […] Göth ordonna que chacun reçoive cent coups [de fouet], mais tout le monde en reçut plus de deux cents, voire trois cents. Chaque prisonnier devait compter les coups à voix haute ; si une erreur était commise, alors les coups recommençaient à partir de zéro. […] Après avoir été retiré de la table, le prisonnier était littéralement une masse sanglante aux chairs coupées. […] Pendant tout ce temps, un homme criait horriblement. Göth hurla, lui demandant de se calmer et de compter. L'homme ne se calma pas. Göth s'approcha, prit la moitié d'une brique au sol, vint vers la table sur laquelle on était en train de battre l'homme et lui asséna un coup avec la brique, lui fendant la tête en deux. [...] Couvert de sang, le crâne fendu, l'homme se leva de la table, s'approcha de Göth et lui dit qu'il avait reçu sa punition. On lui ordonna de partir et lorsqu'il se tourna, Göth sortit son revolver et lui tira une balle dans la tête. »

Göth, né à Vienne, devient membre de la branche autrichienne du parti nazi en 1930 (avec le numéro 510764)  La même année, il rejoint les SS autrichiens (numéro de membre : 43673).

Les nazis autrichiens occupèrent une place centrale au sein de la galaxie nationale-socialiste, suivant l'exemple d'Hitler, lui même d'origine autrichienne. Adolf  Eichmann, lui aussi autrichien, symbolise cette implantation au cœur de la mise en œuvre du génocide.
  

Les trois mille Juifs restants du ghetto de Cracovie furent déportés à Auschwitz-Birkenau, à 70 kilomètres de cette ville, en deux convois, l'un arrivant le 13 mars et l'autre le 16 mars. A leur arrivée, environ 2450 personnes furent envoyées directement dans les chambres à gaz.

A quelques semaines de l'anniversaire des génocides Tutsi qui débuta le 7 avril 1994,  du génocide des Arméniens qui débuta le 24 avril 1915, de la révolte du ghetto de Varsovie qui débuta le 19 avril 1943,  nous réaffirmons la nécessité du combat contre toutes les formes de racisme et de discrimination et d'un engagement particulier contre le négationnisme, arme des bourreaux et de leurs défenseurs.

Mise à jour du 5 octobre 2019:

Croix gammée et insulte antisémite "Les putes juives, dégagez de Pologne" peints sur un mur de l’ancien ghetto de Cracovie, à quelques dizaines de kilomètres d'Auschwitz

La profanation fait partie de la campagne antisémite qui sévit en Pologne à l'approche des élections législatives du13 octobre prochain.

Le parti PiS au pouvoir et la "Confédération" d'extrême-droite ont recours à une agitation particulièrement perverse dans ce pays dont la population juive a été massacrée durant la deuxième guerre mondiale et dont les survivants ont encore  eu à subir des pogroms après cette terrible période

Mars 2017

Il y a quelques jours au conseil municipal de Fontaine (Isère) un responsable local du FN, conseiller municipal, propose de "récupérer les dents en or" des Roms pour financer leur accueil . C’est un retour du refoulé génocidaire: les nazis "récupéraient les dents en or" de ceux qu'ils exterminaient, les Juifs ainsi que les Roms.

L'extermination des Juifs par les nazis, aidés par leurs alliés, représente une étape cruciale dans la chaîne des génocides qui marquent le vingtième siècle, des Herrero et Namas aux Arméniens, des Roms aux Tutsi du Rwanda, des  Musulmans de Srebrenica  aux Cambodgiens.

 

Malgré l'apocalypse de la Shoah, l'antisémitisme, matrice des racismes européens, est  toujours au premier plan, soixante-dix ans après la défaite du Reich nazi .

L'extrême-droite et la droite radicale ont constamment recours à cette forme première de racisme, tout en l'étendant à l'islamophobie et au rejet des réfugiés et immigrants. C'est ce que montrent des cas récents: Marine Le Pen prétendument "dédiabolisée" est financée et parrainée par son père, fondateur du parti dont elle se revendique, antisémite et négationniste avéré. 

 

Dans la campagne du parti "Les Républicains", on a d'abord vu un candidat antisémite excusé et toléré par ses concurrents, puis le recours à une imagerie antisémite contre Macron, puis l'intégration par Fillon du  facho intégriste Charles Millon, ancien président du Conseil Rhône-Alpes de 1998, élu à ce poste grâce à une alliance de sa part avec le FN de Gollnisch et Jean-Marie Le Pen. En raison de cette alliance, Charles Millon a été expulsé d'une cérémonie au Mémorial des enfants juifs d'Izieu en 1998, par Simone Lagrange, victime de Klaus Barbie et représentante des déportés.

 

En même temps Memorial 98 a révélé qu'un comédien et metteur en scène à succès, Olivier Sauton, était en fait un compagnon de route de Dieudonné, avec qui il avait co-écrit un film de propagande intitulé "L'Antisémite". Suite aux publications de Memorial 98 et à la découverte de messages antisémites de sa part sur Twitter,  Sauton a finalement été déprogrammé par le théâtre dans lequel il jouait.

 

La campagne de Trump aux USA a eu recours à des thèmes antisémites et complotistes et elle sert de modèle aux nombreux démagogues qui veulent reproduire ses succès électoraux. En Pologne même, le gouvernement ultra-réactionnaire du PiS met en cause la vérité historique de la Shoah et s'attaque aux chercheurs qui contestent sa propagande. En Allemagne le parti raciste et islamophobe AfD abrite en son sein un fort courant ouvertement antisémite et négationniste qui s'est exprimé récemment. 

 

Il est donc d'autant plus important de retracer la réalité de ce que fut l'extermination programmée des Juifs d'Europe, dans les camps , chambres à gaz et autres massacres. Une exposition en cours au Memorial de la Shoah à Paris permet de mesurer la trace profonde de cette tragédie, y compris dans des domaines tels que la bande dessinée et les comics

MEMORIAL 98

A voir également dans les publications de Memorial 98:

 Sur le sorts des Roms à Auschwitz

http://info-antiraciste.blogspot.fr/2016/06/memoire-de-la-shoah-decouvertes-vilnius.html

Sur la "Shoah par balles" dès 1941 en Ukraine et sur la répression de la mémoire de la Shoah par les régimes staliniens

 

 

 

 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 21:53

 

 

 

 

 

 

 

Des femmes Herero contraintes au travail forcé, transportant des marchandises dans le camp de concentration de Swakopmu

 

Mise à jour du 29 aout 2018 ( d'autres mises à jour figurent à la fin de l'article): cérémonie à Berlin, sans avancées sur les réparations et les excuses officielles.  

Manifestation à Berlin le 29 aout 2018

L'Allemagne a remis mercredi 29 aout à la Namibie des ossements de membres des tribus Herero et Nama massacrés durant le génocide. Ce  geste est jugé insuffisant par leurs descendants, qui exigent des excuses officielles et des réparations.

Après les précédents de 2011 et 2016, c'est la troisième fois que l'Allemagne restitue des ossements de ces populations  à la Namibie.

Dix-neuf crânes, des ossements divers et un scalp, pris par les forces coloniales allemandes il y a plus d'un siècle, ont été remis lors d'une cérémonie religieuse à Berlin, à une délégation namibienne conduite par la ministre de la Culture de ce pays. 

Ces restes étaient jusqu'ici en possession d'universités et de musées, notamment de la clinique universitaire berlinoise Charité.

Cette manifestation est loin de satisfaire les représentants des deux peuples victimes du génocide. Le comportement de l'Allemagne est "choquant", a dénoncé à Berlin Esther Utjiua Muinjangue, présidente de la fondation Ova Herero Genocide, pour qui cette restitution aurait dû être l'occasion pour le pays de présenter enfin officiellement des excuses, à même de "guérir les blessures émotionnelles". 

A l'extérieur de l'édifice religieux à Berlin où a eu lieu la cérémonie, une vingtaine de personnes ont protesté en brandissant des bannières où l'on lisait "Des réparations tout de suite !".

"Nous sommes ici pour honorer nos héros et héroïnes qui ont été brutalement tués uniquement parce qu'ils ont refusé d'être colonisés et qu'ils ont osé résister à l'occupation de leurs terres ancestrales", a également expliqué un chef Herero, Vekuii Rukoro.

Il a regretté que la cérémonie ait eu lieu dans une église plutôt que dans un bâtiment public, où le gouvernement allemand aurait pu présenter des excuses officielles. Un geste auquel Berlin n'est pas encore prêt car il pourrait ouvrir la voie à des demandes de réparations.

Le chef Herero a reproché au gouvernement allemand de commettre de "graves erreurs" en n'assumant pas pleinement son passé.

Le gouvernement allemand a déjà reconnu sa responsabilité dans les massacres et indiqué en 2016 qu'il prévoyait des excuses officielles dans le cadre de négociations avec la Namibie.

Mais les discussions sont toujours en cours, et les excuses en suspens.

"Des réparations, une reconnaissance et des excuses" sont les conditions d'une normalisation des relations diplomatiques entre l'Allemagne et la Namibie a rappelé  la ministre namibienne Katrina Hanse-Himarwa.

 

Pas encore d'excuses officielles

L'Allemagne a "encore fort à faire" pour assumer son passé colonial sur ce territoire africain (1884-1915), a reconnu cette semaine la secrétaire d'État au ministère des Affaires étrangères, Michelle Müntefering. Lors de la cérémonie du 28 aout il s'agssait uniquement d'une remise d'ossements mais pas le cadre adéquat pour des excuses, a-t-elle argumenté

Berlin considère ne pas devoir payer de dédommagements aux descendants des victimes, arguant de l'aide "généreuse" au développement versée à la Namibie depuis son indépendance de l'Afrique du Sud en 1990.

Des représentants d'Herero et de Nama estiment au contraire que la restitution d'ossements constituait une occasion pour que l'Allemagne présente enfin des excuses officielles.

Faute d'être associés aux négociations entre les deux pays, les représentants des Herrero et des Nama ont déposé une plainte pour génocide contre l'Allemagne devant un tribunal de New York, afin de réclamer réparation. Berlin a tenté fin juillet 2018 de faire annuler cette procédure, requête sur laquelle la juge n'a pas encore statué.

Alors que le Parlement allemand a reconnu officiellement le génocide des Arméniens en mai 2016, il est largement temps que soit également reconnu et réparé ce génocide perpétré par l'Allemagne impériale. A l'heure ou l'ONU alerte contre un nouveau génocide, celui des Rohingya de Birmanie, il s'agirait d'une mesure de justice et de prévention de tels massacres. 

MEMORIAL 98

 

 

 

Le continent africain a déjà connu à la fin du 20e siècle le génocide des Tutsi du Rwanda; il reste menacé par d'autres risques génocidaires, notamment au Burundi voisin (voir ici) et au Soudan du Sud. Mais un génocide mis en oeuvre au début du siècle reste encore relativement peu connu.

Il est d'autant plus important qu'il soit reconnu, que le général Lothar Von Trotha qui l'exécuta à l'encontre des populations Herero et Nama, avait auparavant sévi dans les autres colonies allemandes de l'époque, le Rwanda et le Burundi.

 

Herero et Nama dans le Sud -Ouest africain allemand (1904-1908)

L'ouverture d'une exposition au Memorial de la Shoah à Paris permet de se pencher sur ce qui constitua une extermination planifiée.  

A travers l'exposition riche de nombreux documents d'archives, d'objets et de photographies, le Mémorial de la Shoah se propose d'aborder cet épisode méconnu de l'histoire du colonialisme allemand.

A la fin du 19e siècle, les envahisseurs allemands s'emparent des terres et du bétail des Nama qui menaient une vie pastorale.

Herero et Nama vivaient dans la partie Sud-ouest du continent africain, devenu depuis la Namibie.

Dans le cade de l'expansion de la colonisation allemande menée par Bismarck, alors chancelier de l'empereur Guillaume Ier, l'Allemagne s'octroie ce territoire en 1884 et le colonise.

 

Une extermination pour créer  ˝ un territoire blanc˝ 

Vingt ans plus tard, en 1904, des guerriers Herero, soutenus par leurs voisins Nama se soulèvent et tuent des colons allemands.

En juin 1904, le général Lothar Von Trotha, nommé commandant en chef des troupes de la colonie allemande du Sud-ouest africain, débarque dans la possession du Reich avec pour mission d'en finir avec la révolte des Herero et des Nama.

Von Trotha est déjà connu pour ses méthodes de répression coloniale  en Chine et dans l’Est africain allemand (Tanzanie, Burundi et Rwanda).

La guerre qu'il va mener, sur ordre de l’empereur Guillaume II, est féroce. Il planifie l’extermination des deux peuples en vue de constituer un territoire « blanc ».

Ce crime de masse suscite depuis un important travail de mémoire, en Namibie même, parmi les  historiens, ainsi qu’en Allemagne .

De plus un documentaire de la réalisatrice Anne Poiret  (voir ci-dessous) ainsi que d'autres travaux, soulèvent la question du lien entre la politique raciale de l’Allemagne coloniale des années 1900 et celle de l’Allemagne nazie.

Notons que le premier gouverneur de la colonie (Südwest-Afrika en allemand) de 1885 à 1890, est un certain Heinrich Goering, dont le fils Hermann Goering sera l'un des plus importants dirigeants nazis.

 

Massacre planifié des Herero lors de la bataille de Waterberg

En août 1904, des milliers de Herero perdent la vie durant cette bataille. Ceux qui parviennent à s’échapper sont traqués et contraints de fuir dans le désert Omaheke, où les puits d'eau ont été empoisonnés par les militaires.

Peu survivront. Von Trotha s’en prit ensuite aux Nama avec la même cruauté.

Il va mener durant trois ans une politique d’extermination systématique contre ces deux peuples, préfigurant ainsi le génocide qui débute quelques mois plus tard, suite à l’ordre émis par Von Trotha le 2 octobre 1904 .

Cet ordre proclame : "Dans les frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non, en possession de bétail ou non, sera abattu." et précise: "Je crois que cette nation, en tant que telle, doit être annihilée ",

Des camps de concentration.

Par la suite, une fois les rebelles vaincus, la levée de l’ordre d’extermination ne signifie pas pour autant la fin de l’horreur.

Dans les « Konzentrationslagern » (camps de concentration) de Lüderitz, Karibib, Swakopmund, où les conditions de vie sont atroces, Nama et Herero vont être éliminés par le travail. Le décompte des morts « par épuisement » y est tenu très scrupuleusement, laissant à la postérité une litanie de preuves bureaucratiques macabres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Shark Island (l'île aux requins) : un enfer de pierre

Cornélius Frédériks, chef des Namas a  dirigé la révolte contre l'occupant allemand. Une photo le montre enchaîné. Les allemands avaient promis à Cornélius et à ses hommes qu'ils auraient la vie sauve s'ils déposaient leurs armes.

Lors d'une embuscade, ils furent arrêtés, faits prisonniers dans le camp de Shark Island, un immense îlot de pierres où étaient internés des hommes, des femmes et des enfants sans distinction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « médecin » de ce camp pratiquait des expérimentations médicales sur des cobayes humains. Il faisait  également des recherches sur les crânes des cadavres. Les femmes prisonnières étaient contraintes de faire bouillir ces têtes qui pouvaient être celles de leur famille ou de leurs amis. Elles devaient gratter la chair avec des morceaux de verre afin que les crânes puissent être envoyés à Berlin pour y démontrer ˝scientifiquement˝ la supériorité de la race blanche.

Ces crânes ont donné lieu à une exhibition macabre : ils ont été exposés dans des cages en verre à l'hôpital Universitaire de La Charité à Berlin.


 

˝Nous voulons des excuses˝

La mémoire du génocide ne fut jamais perdue parmi les descendant.e.s des victimes.

Ainsi près de cents ans plus tard, en 2011, après l’indépendance de la Namibie (qui survint fort tard en 1990), une délégation Herero et Nama se rend  à Berlin pour une cérémonie organisée par le gouvernement allemand,  afin  de demander que leur soient restitués vingt crânes de leurs ancêtres. Aucun nom ne figurait sur les crânes. Ceux-ci, répertoriés à l'aide de numéros dans des registres, ne garantissaient donc pas l'identité du défunt.

Tous sont venus à Berlin avec l'espoir d'une reconnaissance du génocide par l'Allemagne. Tous brandissent des pancartes et scandent : ˝des excuses, nous voulons des excuses˝.

David Frédéricks, descendant du dirigeant de la révolte Cornélius  Frédéricks, ainsi que son épouse, particulièrement active,  font partie de la délégation.

Leur peuple a été massacré, ils ont perdu leur culture et leur droit sur les terres.

Tout deux mènent un combat sans relâche pour que soit reconnu le génocide.

La ministre allemande des affaires étrangères de cette époque présente des regrets lors de son discours, mais sans envisager une reconnaissance  officielle du génocide.

Suite à cette cérémonie, des négociations en vue de réparations furent envisagées.

En 2012, le parlement allemand se rétracte et refuse de qualifier l’extermination des Herero de "génocide". 

Aujourd’hui, l’Allemagne et la Namibie négocient une déclaration commune dans laquelle l’Allemagne doit s’excuser pour ce premier génocide du XXe siècle. Mais alors qu’en juillet 2015, le président de la chambre allemande des députés (Bundestag) a reconnu que le pays avait mené "une guerre raciale" dans son ex-colonie, le gouvernement actuel ne veut toujours pas entendre parler de compensations financières pour les victimes.

L’Allemagne ne semble pas prête à débourser les sommes qui pourraient lui être demandées  et qui se montent à 4 milliards de dollars

˝Tout génocide secrète son négationnisme ˝

Le silence ou le déni: il y a encore des négationnistes qui prétendent que  les points d’eau n’étaient pas empoisonnés, que le désert Omaheke n’était pas si désertique, que l’ordre de Von Trotha n’avait pour but que d’effrayer l’ennemi. Pourtant les preuves  d’une extermination planifiée sont là, tangibles.

Au total, le peuple Herero a été décimé à 80 % et le peuple Nama à 50 %

 

L'Allemagne reconnait le génocide des Herero et des Nama mais reste au milieu du gué.

Les demandes des victimes  sont simples : une reconnaissance du génocide, des excuses officielles, le rapatriement des restes humains volés à des fins pseudo-scientifiques et, enfin, des négociations avec les autorités allemandes autour de la question des réparations.

Le 10 juillet 2015, pour la première fois, l'Allemagne a officiellement qualifié de "génocide" le massacre des peuples Herero et Nama perpétré sous ses ordres en Namibie en 1904 et 1905  ( voir ici ).

Ce terme est ainsi employé de manière officielle au plus haut sommet de l’État pour qualifier le comportement de la « Schutztruppe » (troupe de protection) emmenée par le général Lothar Von Trotha.

Un comportement dont les plus atroces détails sont consignés depuis 1918 dans le « Blue Book » (livre bleu), rapport à charge commandé par le Parlement anglais et dont une copie est toujours conservée à Westminster. Dans ce livre, Thomas O'Reilly, jeune major d'origine irlandaise, ami des Herero., a rassemblé des témoignages et des récits accablants.

Le « Report on the Natives of South-West Africa and their Treatment by Germany », rédigé en 1918 pour le Parlement du Royaume-Uni, contient plus de détails qu’il n’en faut pour démontrer que, sous les ordres du Kaiser, le général Lothar Von Trotha entendait bien exterminer les deux peuples qui lui résistaient.

Ainsi deux Vernichtungsbefehl (« ordres d’annihilation »), émis le 2 octobre 1904 et le 22 avril 1905, prouvent la volonté de génocide. Ils furent malheureusement suivis d’effets, la population Herero ayant été éliminée à 80 % tandis que la moitié des Nama étaient tués.

Le 9 juillet 2015, cent ans après la fin de la domination allemande sur la Namibie, deux délégations de Herero et Nama seront reçues à Westminster pour une rencontre et des discussions. À cette occasion seront lus des extraits du Blue Book 

 

Une répétition générale ?

En 2015, L'écrivain française Élise Fontenaille-N'Diaye publie des extraits du rapport. Elle a baptisé son roman historique du même nom. En 200 pages, elle ranime le souvenir d'un génocide lui aussi tombé dans l'oubli. Elle y livre son point de vue d’écrivain. ˝Quelque part entre le désert du Kalahari et la presqu’île de Shark Island, au large de Lüderitz, s’est déroulée une macabre répétition générale, préfiguration des génocides à venir." 

Cette problématique est aussi abordée dans un documentaire réalisé par Anne Poiret, diffusé sur France 5 en mai 2012 Namibie : le génocide du IIe Reich

« Il y a des pistes, des concordances, des hommes que l’on retrouve », souligne Anne Poiret dans son travail. Parmi ces hommes, il y a Theodore Molison et Eugen Fischer, le père de l’anthropologie génétique allemande. Ils seront tous les deux les maîtres de Josef Mengele,˝ l’ange de la mort ˝ des camps nazis.

Tous deux ont effectué des recherches dans le Sud-ouest africain au début du XXe siècle dans l’idée de prouver la supériorité de la˝ race blanche ˝, notamment par la mesure des crânes. 

Ce documentaire montre également des photos d'archives, des images d'aujourd'hui, des témoignages de descendants Nama et d'historiens rendant compte de la réalité de cet épisode tragique.

Un descendant du peuple Nama nous fait vivre son émotion et l'injustice qu'il éprouve en foulant la terre qui a appartenu à ses ancêtres et qui demeure encore de nos jours la propriété des descendants allemands. Il commente avec tristesse ce passage où des habitants traversent une étendue de sable sans se soucier qu'à cet endroit ont été enterrés des cadavres sans sépulture.

Des Allemands, installés en Namibie, accoudés au bar de leur pub, y perpétuent le déni de l'histoire.

Des extraits de ce documentaire font partie de l'exposition

Nous recommandons vivement cette exposition qui sensibilise et attire l'attention, parce que le danger est toujours à nos portes, comme ne cesse de le démontrer l'actualité.

 

L' exposition est ouverte jusqu'au 12 mars 2017.

Le dimanche 26 et le lundi 27 février 2017 se tiendra au Mémorial un colloque sur ce même thème.

 

Mise à jour du 16 avril 2018

 

 

Bonne nouvelle dans le combat pour la mémoire des génocides: la ville de Berlin va rebaptiser plusieurs rues rappelant la colonisation allemande en Afrique et honorer à la place des militants africains de l’indépendance.

Après plus de dix ans de débats, les partis de gauche de l’arrondissement de Mitte (sociaux-démocrates, Verts et gauche radicale) ont adopté le 11 avril, un texte préconisant de changer les noms de quatre rues du secteur surnommé le « quartier africain »

Le texte préconise notamment de débaptiser les rues portant les noms de plusieurs personnalités liées à l’occupation de la Namibie (1884-1918), où les Allemands ont tué entre 1904 et 1908 plusieurs dizaines de milliers de membres des tribus herero et nama (voir ci-dessous) 

Les noms de combattants

« Le quartier africain glorifie toujours le colonialisme allemand et ses crimes. Ce n’est pas compatible avec notre conception de la démocratie et porte atteinte de façon durable à la réputation de la ville de Berlin », souligne le texte.

 

Les rues visées sont la Petersallee, hommage à Carl Peters, le fondateur de l’Afrique allemande de l’Est, l’actuelle Tanzanie ; la place Nachtigal, du nom de Gustav Nachtigal, qui avait notamment annexé en 1884 le Cameroun et le Togo ; et la rue Lüderitz, d’après Adolf Lüderitz, fondateur de l’Afrique allemande du Sud-Ouest.

 

A leur place, les plaques porteront les noms de combattants contre l’occupation coloniale allemande : Rudolf Manga Bell, héros de l’indépendance camerounaise ; Anna Mungunda, une Herero résistante aux Allemands ; Cornelius Frederiks, chef des Nama ; ou encore Maji-Maji, nom donné au soulèvement de tribus d’Afrique orientale contre les autorités coloniales allemandes (1905-1907).

 

MEMORIAL 98

 

Mise à jour du 2 avril 2018:  Exposition en hommage aux Herero à Paris

Le photographe français Stephan Gladieu leur rend hommage à travers des clichés  de leurs descendants, exposés à Paris à la School Gallery jusqu’au 28 avril 2018 ( à voir ici

Dans sa présentation il rappelle que gouvernement allemand a rejeté une demande en réparation pour génocide, émanant des tribus namibiennes qui poursuivent l'Allemagne devant un tribunal de New York.

 

Des représentants des tribus des Héréro et Nama ont déposé cette plainte pour obtenir des dédommagements pour la guerre «raciale» menées contre ces peuples indigènes dans le Sud-Ouest africain colonisé par l’Allemagne (1884-1915). Même si les autorités allemandes ont mis longtemps à reconnaître la gravité des faits, plusieurs de ses représentants utilisent désormais le terme de «génocide» pour décrire les faits. Un processus politico-diplomatique est également en cours avec la Namibie et doit aboutir à une déclaration commune sur ces crimes. L'Allemagne considère ne pas avoir à payer de dédommagements individuels aux descendants des victimes, prétextant notamment de l'aide «généreuse» au développement avec des montants «records» versés à la Namibie depuis son indépendance en 1990.

Nous soutenons leurs revendications.  

 

Memorial 98

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 14:03

Le 9 novembre, Memorial 98, avec ses partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme) et de l'association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda)  vous invite à participer à la  commémoration de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche.

Pour la 3e année consécutive, nous nous rassemblerons à Paris, à partir de 18h, devant le gymnase Japy, lieu symbolique dans lequel furent parqués en 1942, les Juifs raflés par la police française au service des nazis.

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal représente un jalon important: les nazis, au pouvoir depuis 1933 franchissent alors une nouvelle étape dans la violence, celle de massacres antisémites commis au vu et au su de toute l'Europe. Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées. 

Pourtant en France elles ne changèrent pas la situation: ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler.

Quelques mois plus tôt, en juillet 1938, s’était tenue la conférence internationale sur les réfugiés d'Évian de juillet 1938, dont le but  était de de trouver des lieux d'asile notamment pour les réfugiés juifs, et qui se termina par un échec. Le gouvernement français y avait exposé sa position: la France n’accueillerait plus de réfugiés.

Deux mois plus tard, lors des accords de Munich le 30 septembre de la même année, le gouvernement français cède aux exigences nazies. Une partie de la Tchécoslovaquie (la région des Sudètes) est annexée au Reich nazi et le premier ministre français Daladier ose déclarer que  la " paix est  sauvée "

La France tournait ainsi ouvertement le dos à ses principes de pays de droits de l'homme, car le gouvernement recherchait à tout prix l'apaisement avec son voisin allemand, notamment à travers  des négociations secrètes menées par Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères, depuis le 10 avril 1938.

Bonnet ne veut pas que les évènements de la Nuit de Cristal compromettent sa politique. Il choisit d'ignorer le rapport de George Von, ambassadeur de France à Berlin, qui lui écrit ainsi au lendemain des évènements : "Le traitement infligé aux Juifs en Allemagne que les nazis tentent d'extirper complètement comme des bêtes malveillantes, éclaire la grande distance qui sépare la conception hitlérienne du monde du patrimoine spirituel des nations démocratiques". Bonnet sera ensuite pétainiste, membre du Conseil national de Vichy et mettra en œuvre la collaboration


La France est ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.


De plus, le 12 novembre 1938, deux jours seulement après la Nuit de Cristal, une loi autorisait en France l'internement des "indésirables" dans des camps de concentration dont ceux des Milles et de Rivesaltes. Les réfugiés juifs allemands et autrichiens entrés non légalement en France étaient désormais directement menacés et seront internés, puis plus tard livrés aux nazis.

 

Les vieux démons à l'oeuvre aujourd'hui en Europe

Soixante et onze ans après la défaite du nazisme, rappeler que l'Europe est de nouveau en proie à « ses vieux démons » peut apparaître comme un cliché,  mais rend compte d’une réalité.

Ainsi, l'antisémitisme, que d'aucuns disaient « disparu », est bien là: il y a quelques jours, un candidat à la primaire de la droite, Jean-Frédéric Poisson, s'est livré à une diatribe antisémite; ses maigres "excuses" suffisent à ses concurrents de la primaire pour le réintégrer en leur sein.

Laurent Wauquiez,  président du parti LR et de la région ARA, a choisi de diminuer la subvention du Mémorial d'Izieu dédié aux enfants juifs déportés par Klaus Barbie.Son acolyte Christophe Boudot, responsable du FN dans la même région, déclare carrément que ce mémorial est trop "politisé". C'est le même Wauquiez qui a lancé une croisade contre l'accueil des migrants et invite ouvertement les maires à les rejeter. Il démontre ainsi à quel point racisme et antisémitisme sont liés.

Dieudonné, Soral, Boris Le Lay, Vincent Reynouard, Faurisson et tant d'autres poursuivent impunément leur propagande antisémite, négationniste et complotiste. Leur dénonciation permanente  d'un "complot juif" porte une lourde responsabilité dans le développement de courants qui poussent la logique du complotisme et de l'antisémitisme jusqu'au meurtre de masse. Par deux fois en quelques années, des femmes, des enfants, des hommes ont été assassinés par les membres de Daech, parce que Juifs. Que la haine s'exprime sous couvert de religion ou de "lutte anti-système", elle produit ses effets : la peur quotidienne et spécifique d'une partie de la population, lorsqu'elle porte une kippa, lorsqu'elle va à la synagogue.

En Pologne, le gouvernement ultra-réactionnaire du PiS  veut intimider les historiens qui travaillent honnêtement sur cette période.

Partout en Europe, la terreur d'extrême-droite est minimisée.

La violence touche toutes les minorités: l'année 2016 aura aussi été symbolisée en France et en Europe par la campagne xénophobe qui préparé le Brexit britannique et entraîné une vague sans précédent de violence contre les étrangers et les antiracistes. Il s'agit aussi des attaques en Allemagne contre les centres d'accueil des réfugiés et de la violence d’État contre les migrants du gouvernement hongrois de Orban, alors que celui-ci vient de subir un revers lors de son référendum de la haine.

En France les attaques se multiplient contre les centres d'accueil pour migrants. Le Front National mais aussi le président du parti LR, Laurent Wauquiez , lancent de véritables croisades contre les migrants.

Le gouvernement actuel a choisi lui aussi une politique de fermeture des frontières aux migrants qui fuient pour beaucoup des guerres atroces et la mort à brève échéance. A Calais, à Paris et ailleurs, l'année 2016 a été marquée par l'explosion des bidonvilles et la chasse à ceux qui y vivent. La France, qui par la voix de Manuel Valls s'est attaquée directement à la politique d'accueil de l'Allemagne, préconisant au contraire la méthode dure, porte une très lourde responsabilité dans la politique européenne actuelle qui maintient les réfugiés ayant survécu à leur voyage d'exil dans des camps insalubres et dangereux, partout aux portes de l'Europe

Dans une France soumise à l'état d'urgence, législation d'exception héritée de la guerre d'Algérie, une atmosphère de surenchère islamophobe, à laquelle participent des voix venues de tout le champ politique, conduit à des violences qui ressemblent en tout point à des ratonnades.

 

Face à cette marée, de nombreuses mobilisations continuent à porter la solidarité avec les migrants, les réfugiés, les Roms. Face aux manifestations anti-migrants du FN, des rassemblements beaucoup plus nombreux s'organisent . Partout, des gens ordinaires  s'engagent au quotidien, multipliant les initiatives, du simple don à l'accompagnement administratif en passant par les défenses collectives contre la répression malheureusement quotidienne des migrants à toutes les frontières européennes.

 

Une autre Europe continue à se mobiliser, une Europe qui rêve d'égalité, d'ouverture, de coexistence. Une autre opinion publique a donné de la voix par les actes, ensemble des gens de cultures, de religions, de sensibilités différentes, ont répondu ensemble au fascisme montant, et commencé à construire enfin, l'idée d'un autre monde possible.

 

Nous ne sommes pas dans les années 30, mais il n'est jamais trop tôt pour dire « Plus jamais ça » aux héritiers nombreux des auteurs de pogroms de ces années-là.

Dans nos combats d’aujourd’hui, il n’est jamais trop tard pour faire de nos mémoires une arme contre l'oubli et l'impunité.

 

Dans la dernière période, des progrès ont été enregistrés dans la lutte contre l'impunité des génocidaires et auteurs de crimes contre l'humanité, grâce au combat acharné des familles de victimes et des associations.

Le Parlement allemand a reconnu le génocide arménien, malgré les lourdes pressions et les menaces de Erdogan.

En France, le projet de loi "Égalité et Citoyenneté"  devrait  permettre de poursuivre les négationnistes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, qui a fait l'objet d'un jugement international. Mais cette loi ne s'applique pas au génocide des Arméniens qui n'a jamais été par une juridiction française ou internationale. Dans ce dernier cas, seuls  seront poursuivis  les négationnistes qui "incitent ouvertement à la haine ou à la violence", ce qui limite fortement la possibilité de poursuites.

Les justices nationales et internationales demeurent toujours très lentes à juger les auteurs de génocides et de crimes contre l'humanité.  Ainsi c'est plus de vingt ans après le massacre génocidaire de Srebrenica que l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été jugé, le  24 mars 2016 , « pénalement responsable » du génocide à Srebrenica par le Tribunal pénal international de La Haye et condamné à quarante ans de prison. 

Quelque jours auparavant, le 21 mars, la Cour pénale internationale (CPI) avait rendu un verdict novateur de culpabilité contre Jean-Pierre Bemba  pour des viols utilisés comme arme de guerre. Cette décision représente un tournant historique positif.

En France, deux génocidaires des Tutsi de 1994 en procès en Paris  Tito Barahira  et Octavien Ngenzi, ont été tous les deux reconnus coupables de génocide et de crime contre l’humanité et condamnés le 6 juillet dernier  à la réclusion criminelle à perpétuité.

Nous sommes toujours aux côtés des Arméniens qui exigent la pénalisation de la négation du génocide de 1915. Nous sommes aux côtés des Rwandais qui se battent pour que les génocidaires ne restent pas impunis et pour que la responsabilité de l’État français soit enfin reconnue.

 

Contre l'oubli et l'indifférence

Il y a 78 ans, les gouvernements européens, pourtant dument avertis, refusaient de regarder la réalité nazie en face. Ils fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide. Aujourd'hui, on laisse Bachar Al Assad et Poutine massacrer la population syrienne  et bombarder sans répit la ville-martyr d'Alep.

Il faut regarder l'Histoire en face: celle du 20ème siècle nous a montré que les violences, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l'extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

Nous serons ces Européens qui n'oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l'oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux.

 

Retrouvons nous le 9 Novembre 2016 à 18 H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne) afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal et de tous les génocides.

 

Vous êtes aussi invités à aider à financer les frais liés à l'organisation de la commémoration, en participant à la souscription "Pot Commun" ci-dessous

https://www.lepotcommun.fr/pot/hkegfjbc

9 novembre 2016 Commémoration de la Nuit de Cristal nazie
~ Organisé par : Memorial 98 ~

 

Le 9 novembre 2016, Memorial 98 organise, pour la 3ème année consécutive, une commémoration de la Nuit de Cristal, pogrom d’État perpétré par les nazis le 9 Novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche

Nous nous rassemblerons comme chaque année à Paris devant le gymnase Japy dans le 11e arrondissement , où furent parqués, sous le régime de Vichy, les victimes des rafles de la police française, avant d'être envoyées dans les camps d'extermination nazis.

Nous aurons la chance d'avoir à nos côtés, les combattants infatigables de la mémoire des génocides arméniens de 1915 et tutsi du Rwanda de 1994 que sont nos amis du Collectif Van et d'Ibuka-France. Ainsi se concrétisera l'esprit de dialogue des mémoires qui est pour nous le seul moyen de faire vivre un antiracisme efficace

Comme chaque année, des gerbes de fleurs seront déposées lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de la Nuit de Cristal. Les jours précédant la commémoration, des collages d'affiches auront lieu dans le quartier, afin de faire vivre une histoire que beaucoup ignorent.

Memorial 98 est un collectif indépendant, nous ne bénéficions d'aucun financement autre que celui de nos soutiens.

Si vous souhaitez et pouvez contribuer financièrement à l'organisation de cette commémoration, nous vous en remercions.

 

 

 

Memorial 98

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 11:55

On craint et à raison, beaucoup de choses lorsqu'on ouvre aujourd'hui un nouvel ouvrage sur le « complotisme ».

L' « anti-conspirationnisme » est à la mode en ce moment, et le terme est banalisé, neutralisé, quand dans le même temps l'antifascisme et l'antiracisme sont connotés négativement, dénoncés comme dépassés, signes d'une vision du monde surannée, dans une Europe où les extrême-droites ne seraient plus que « populistes ».

Le « complotisme » serait  essentiellement l'apanage des imbéciles dangereux, les jeunes d'origine évidemment étrangère, de religion forcément musulmane. Il serait un antisémitisme « nouveau » propagé par les « islamistes », et par ceux que l'on décrit bien souvent comme des « alliés des islamistes », dont Dieudonné, pourtant catholique .

 

Alors que l'électeur d'extrême-droite classique est devenu dans le discours médiatique et politique avant tout une victime, de la mondialisation, de la perte de repères, de la « crise », le jeune complotiste musulman reste la seule figure du fasciste qu'on a le droit de haïr sans réserves, le seul avec lequel on soit immédiatement soupçonné de complicité lorsqu'on cherche à analyser son cheminement.

 

L'ouvrage de Marie Peltier  justement, analyse. Dans la ligne de l'universalisme bien compris, celui qui n'essentialise pas sur la base d'une identité, mais ne nie pas non plus la spécificité des parcours que certaines catégories de la population sont seules à faire, parce qu'elles sont les seules à subir certaines discriminations.

 

Si les ruptures historiques interviennent dans la vie de tous, elles ne produisent évidemment pas les mêmes effets. Un livre sur le conspirationnisme du temps présent ne pouvait pas s'ouvrir sur autre chose que les attentats du 11 septembre 2001. Mais celui-ci ne se contente pas comme tant d'autres de passer directement du rappel de la date à l'exposé des théories du complot qui se développèrent à une vitesse exponentielle juste après.

Il rappelle l'histoire, tout simplement : celle du déluge de feu et de sang qui s'abattit sur les populations afghanes et irakiennes, le nom de ces lieux qui désormais sont forcément et pour très longtemps associés dans la mémoire collective aux photos de familles en pleurs, de morts par milliers , de villes en ruine, de torture aussi. Kaboul, Bagdad, Guantanamo, Abou Graïb, tous ces noms qui jalonnent les textes conspirationnistes parce qu'ils provoquent forcément la colère et le dégoût chez une partie des populations occidentales, et la méfiance évidemment envers des démocraties qui sont bien parties à la dérive.

 

Et dont chacun ne peut qu'admettre que leurs dirigeants ont bien menti pour justifier la guerre, notamment en ce qui concerne la fable des « armes de destruction massive » en Irak. Le premier chapitre s'ouvre aussi sur une réalité que seuls les racistes peuvent nier, le volet intérieur de cette « guerre de civilisations » à laquelle le premier Ministre français a lui aussi déclaré croire , il y a peu, la discrimination structurelle des issus de l'immigration, fussent-ils de la troisième ou quatrième génération.

 

Ce triste tableau dressé, on aurait pu penser que le livre de Marie Peltier tomberait dans l'autre écueil, le frère ennemi du raisonnement raciste : l'invention d'une révolte dont le conspirationnisme serait le nouveau bréviaire subversif, révolte qui serait simplement « détournée » par quelques fascistes. Bien au contraire ce qui sera dessiné, c'est le contour d'une idéologie et d'une pratique organisée au service de la domination la plus bestiale.

 

Ce qui est déconstruit ici, c'est d'abord la fausse horizontalité du conspirationnisme antisémite: bien au contraire, si les théories du complots sont répétitives, toutes issues des mêmes références, celle du pré-fascisme français de la fin du 19ème qui s'incarne notamment chez Edouard Drumont, puis du fascisme à la Léon Degrelle, c'est bien parce qu'elles émanent d'acteurs parfaitement organisés, structurellement inscrits dans l'extrême-droite européenne, et au service de dirigeants parfaitement identifiés, dictateurs de toute la planète à commencer par Vladimir Poutine.

 

C'est là la force de l'ouvrage, déconstruire simultanément deux visions conspirationnistes et racistes jumelles : celle qui prétend que le monde tel qu'il est, n'est que l’œuvre de complots ourdis par des forces puissantes et obscures, qui finalement sont toujours les Juifs, et celle qui prétend qu'il y a bien un complot, le conspirationnisme lui-même qui serait le symptôme de la guerre de la civilisation en cours, l'arme des Ennemis Intérieurs dans nos sociétés, les Musulmans, en dernier ressort.

 

Il y a des résumés politiques qui ne sont qu'un fade bouillon, où surnagent quelques légumes sans goût , tant on en a épuré , pour les besoins d'un « grand public » fantasmé comme forcément ignare et peu curieux, toute la force politique.Et puis il y a ceux, qui réellement, sont la synthèse d'expériences de lutte et de combat.

 

C'est le cas de l'ouvrage de Marie Peltier, qui dresse un tableau jusqu'ici fort peu présent dans les analyses médiatiques : le conspirationnisme y est analysé pour ce qu'il est, une propagande mortifère fondée , non pas, sur une culture « étrangère », non pas sur l'islam, mais bien sur le corpus idéologique et méthodologique qui fut celui de l'antisémitisme et des fascismes originels en Europe, une propagande qui fait son effet sur toutes les couches de la population.  .

 

Dans un autre contexte historique, cette thèse là, qui pointe la parenté profonde de l'antisémitisme et de l'islamophobie européennes, aurait semblé une évidence. Mais parce qu'une société fracturée n'existe pas sans entrepreneurs de fracture, bien évidemment, l'ouvrage , à peine sorti déclenche à la fois les foudres de la propagande antisémite et celle de la propagande islamophobe.

 

Leurs tenanciers ont le même besoin absolu : celui du fantasme de l'Ennemi Intérieur , le Juif ou le Musulman, peu importe , tant que sa dénonciation permet de perpétuer le statu quo actuel. Celui de la guerre de tous contre tous, et d'abord des victimes entre elles.

 

On parle, dans l'ouvrage de Marie Peltier, des révolutions qu'on a dites « arabes » , et l'on en parle en termes d'espoir et de progrès. C'est là quelque chose qui est justement l'inverse absolu des théories antisémites et islamophobes : quand les unes les présentent, notamment en Syrie comme l’œuvre du Deus ex machina sioniste et impérialiste, les autres les décrivent comme la première phase du chaos organisé par les islamistes..

C'est d'ailleurs grâce à cet espoir partagé , celui de la révolution syrienne, que nos chemins d'antiracistes ont croisé celui de Marie Peltier. Jusqu'en Europe, la révolution syrienne a fait des vagues, des vaguelettes, plutôt puisque la force de l'antisémitisme et de l'islamophobie, la force des réseaux pro-Assad et pro-Poutine, comme celle de l'extrême-droite raciste ont empêché que cette révolution soit massivement vue comme un espoir. Mais tout de même, ici et là se sont justement croisés des gens venus d'horizons politiques différents, tous persuadés que quelque chose se jouait en Syrie, quelque chose d'inédit et de formidable, contre une dictature impitoyable.

 

Il faut un espoir pour lutter contre les marchands de désespoir. Il faut bien que la solidarité s'incarne quelque part, pour que partout, émerge la force de créer des fronts communs contre la haine.

 

Une ligne de front, et pas seulement un triste constat, c'est ce que dessine l'ouvrage de Marie Peltier, et tout ce qui cherche le chemin non pas de la négation des fractures à l’œuvre, mais celle de leur réparation est précieux.

 

L'ère du complotisme, maladie d'une société fracturée, Marie Peltier aux éditions Les Petits Matins.

 

 

 

 

 

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Published by memorial98 - dans Racisme et antisémitisme
12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 12:27

Hitler ouvre les JO de Berlin en août 1936

25 mars 2020: une non-annulation oubliée. 

L'annulation des Jeux Olympiques de Tokyo en raison de la pandémie du coronavirus rappelle les précédents en la matière. On insiste sur les suspensions en temps de guerre, dont 1940 et 1944. En revanche le maintien de 1936 à Berlin sous le régime nazi est "oubliée" . La tache indélébile demeure pourtant pour le CIO et tous ceux qui ont fait pression dans ce sens dont Pierre de Coubertin.

Memorial 98

 

voir les mises à jour en fin d'article

Les Jeux Olympiques de Berlin ouverts par Hitler le 1er aout 1936 restent ceux de la honte. Avec la complicité des dirigeants du Comité International Olympique (CIO) et de nombreux diplomates, ils permirent au régime nazi de mener une opération de propagande et de se jouer des tentatives de boycott.

Le CIO n'a à ce jour pas présenté d'excuses pour la tenue de ces Jeux de 1936, malgré les nombreuses demandes dans ce sens.

Il reste donc marqué par sa collaboration avec le régime nazi.

 

L'opération nazie pour contrecarrer le boycott.

Le 4 août 1935, Pierre de Coubertin, fondateur de l'olympisme moderne, président d’honneur à vie du CIO, qui admirait « intensément » Hitler déclare à la radio française:

"J'ai l'impression que toute l'Allemagne, depuis son chef jusqu'au plus humble de ses écoliers, souhaite ardemment que la célébration de 1936 soit l'une des plus belles que le monde ait vu. Dans une année, les cloches de Pâques auront annoncé la prochaine entrée dans le stade de Berlin des athlètes venus de tous les coins du monde."

Mais à ce moment, un an avant la date prévue  des J.O. tout ne se présente pas aussi bien que Pierre de Coubertin le dit. Les appels au boycott se multiplient notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pour Hitler comme pour le CIO, ces jeux doivent être une réussite. Il faut pour cela qu’Hitler accepte d’intégrer des Juifs dans l’équipe olympique allemande. La Charte olympique, qui interdit l’éviction d’athlètes pour des raisons raciales, religieuses ou d’opinion, doit être respectée.

Or le 15 septembre 1935, les lois anti-juives de Nuremberg sont adoptées, les Jeux sont donc en péril. Charles Sherrill, un ancien ambassadeur américain et soutien d’Hitler, rencontre le chef nazi et lui explique comment procéder:

"Ne prenez ne serait-ce qu’un seul Juif, un demi-juif suffirait…"

Coup de théâtre, le lendemain, le 21 septembre, Hans von Tschammer und Osten, responsable des Sports du Reich, envoie une lettre à la fleurettiste Hélène Mayer, championne olympique et double championne du monde. Seul son père est juif mais selon les lois raciales de Nuremberg  elle est  considérée comme juive. Il s’agit de la convoquer pour les J.O. de Berlin. Hélène Mayer accepte. Sans se rendre compte de la portée de son geste, elle offre à Hitler les jeux dont ils rêvait.

Les appels au boycott continuent mais ils sont dorénavant balayés d’un revers de la main par Baillet-Latour, président du CIO :

"La campagne du boycottage n’est donc que politique, basée sur des affirmations gratuites"

Dès lors les JO d'hiver puis d'été peuvent se dérouler sans encombre et  le 1er août 1936, Adolf Hitler ouvre les Jeux de Berlin.

 

La complaisance envers le nazisme trouve une expression particulière dès les Jeux Olympiques d’hiver de 1936, qui eurent lieu du 6 au 16 février de cette année, dans la ville allemande de Garmisch-Partenkirchen.

Ces Jeux, désirés par Hitler, arrivé au pouvoir trois ans auparavant (1933), furent organisés afin de lui servir de vitrine par Goebbels, Ministre de la Propagande du Troisième Reich. C'est le belge Henri de Baillet-Latour, antisémite notoire, qui était alors le président, depuis 1925, du Comité international olympique (CIO).

Un célèbre cliché photographique le montre entouré, lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux d’hiver de 1936, de Adolf Hitler et de Rudolf Hess, dauphin du Führer. Lorsque Baillet-Latour mourut en 1942, Hitler lui fit envoyer, portées par une garde d’honneur composée de soldats allemands, plusieurs couronnes de fleurs, dont une en son nom personnel et une aux couleurs du Troisième Reich, le tout assorti de rubans à croix gammées.

 

Et puis il y eut à Berlin 1936, du 1er au 16 août les "Jeux de la honte".

 

Le fondateur de l'olympisme moderne, président d’honneur à vie du CIO, Pierre de Coubertin, qui comme nous l'avons indiqué, admirait « intensément » Hitler, fut plus dithyrambique encore à leur égard en déclarant: « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir. (…). Cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’elles (les Olympiades) ont connu ! »

Hitler, qui n’en demandait pas tant pour vanter son régime aux yeux du monde, le proposa, pour le remercier, comme lauréat du prix Nobel de la paix, ce que à quoi l’Académie d’Oslo se refusa d’acquiescer.

Il existe aussi, à ce sujet, une photo, tout aussi compromettante, reproduite ci-dessus, de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin en 1936, où l’on voit Hitler, arborant la croix gammée, saluer le drapeau olympique en faisant le salut nazi.

C'est lors de la même année 1936 que les premières persécutions antisémites apparaîtront au grand jour  en Allemagne.

Pas moins de 114 lois anti-juives y seront édictées pendant le seule période s’étalant entre les Jeux Olympiques d’hiver, à Garmisch-Partenkirchen, et ceux d’été, à Berlin, tandis que tous les athlètes juifs de l’équipe nationale allemande en seront exclus, sauf dans le cas de l'escrimeuse qui servit de caution malgré elle.

Le 16 juillet 1936, deux semaines avant l’ouverture de ces JO d’été, 800 Tziganes et Roms résidant à Berlin furent arrêtés lors d’une rafle orchestrée par la police allemande, puis internés dans un camp sous la garde des SS de Himmler.

Ce fut là le premier camp de concentration de l’histoire nazie ,spécialement aménagé à cet effet, celui de Marzahn, quartier situé dans l’est de Berlin. La plupart de ces prisonniers n’en sortirent plus jamais et beaucoup y furent exécutés sommairement, .

Sur ce premier massacre racial commis par le Troisième Reich, en plein Jeux Olympiques, ni le président du CIO, Henri de Baillet-Latour, ni son président d’honneur, Pierre de Coubertin, ne pipèrent mot, le couvrant ainsi du haut de leur prestige international

 

Pire encore, le président du Comité National Olympique Américain d’alors, Avery Brundage, antisémite chevronné, nazi convaincu et membre actif de deux associations ultra racistes outre-Atlantique, toutes deux proches du « Ku Klux Klan », convainquit les États-Unis d’Amérique de ne pas boycotter ces Jeux de Berlin, sous prétexte que « les Juifs étaient bien traités par le Reich »,

Brundage, disciple d’Hitler et que Göring recevait régulièrement en grande pompe, fut nommé, en 1952, président du CIO, puis, en 1972, « président d’honneur à vie » lui aussi.

Il existe là encore une photo de l’entrée triomphale d’Adolf Hitler, entouré des principaux membres du CIO, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Berlin.

Une autre date marquante est le 18 novembre 1936, à peine trois mois après la clôture des Jeux de Berlin.

C’est ce jour-là, en effet, qu’eut lieu le départ des aviateurs allemands de la légion « Condor », unité de la « Luftwaffe » alors placée sous les ordres de Göring, pour aller combattre en Espagne, contre les républicains, aux côtés des fascistes de Franco.

Au premier rang de ceux-ci émergeait alors, un certain Juan Antonio Samaranch, qui militait déjà, en ce temps-là, dans les rangs des pro-hitlériennes « Phalange Espagnole Traditionnaliste » (FET) et autres « Juntes Offensives National-Syndicalistes (JONS). Après avoir été nommé par Franco lui-même, en 1967, « Secrétaire aux Sports » dans le gouvernement espagnol (lequel favorisa de grands criminels nazis) il deviendra de 1980 à 2001, le nouvel et inamovible président du même CIO.

 

Les JO de 1936 ne constituent pas le seul scandale de ce type. Beaucoup d'autres compétitions  se sont tenues alors que résonnaient les cris des victimes d'une dictature qui les organisaient et en en tiraient profit. Cela montre à quel point les structures de direction du sport-spectacle et du sport-business s’accommodent et de la collaboration avec les pires régimes et  de la présence à leur tête de fascistes et de racistes connus . Le sport, transformé en exaltation du nationalisme et source de profit, devient ainsi un rouage de la barbarie.

 

Memorial 98

25 mars 2020: une non-annulation oubliée. 

L'annulation des Jeux Olympiques de Tokyo en raison de la pandémie du coronavirus rappelle les précédents en la matière. On insiste sur les suspensions en temps de guerre, dont 1940 et 1944. En revanche le maintien de 1936 à Berlin sous le régime nazi est "oubliée" . La tâche indélébile demeure pourtant pour le CIO et tous ceux qui ont fait pression dans ce sens dont Pierre de Coubertin.

Memorial 98

Mise à jour du 1er août 2017

 

Alors que s'annonce la tenue des Jeux Olympiques de 2024 à Paris, la mémoire de ceux de 1936 ouverts par Hitler à Berlin le 1er août est toujours présente. Leur organisation  fut le fruit des manoeuvres de Pierre de Coubertin, qui admirait "intensément " Hitler (voir ci-dessous) et du Comité Olympique (CIO). Ce dernier n'a jamais présenté d'excuses pour ces Jeux offerts aux nazis; l'exigence en demeure donc, pleine et entière. 

MEMORIAL 98

 

 

Actualisation du 23 aout 2016

 

Des moments forts dans le documentaire d'Arte ci-dessous, notamment: L'omniprésence de la propagande visuelle nazie par la répétition du salut hitlérien et la saturation de l'espace par les bannières et drapeaux  frappés de la croix gammée

La mise en avant par les nazis de la délégation de Grèce et d'un vainqueur grec du marathon, afin d'imposer une continuité avec la Grèce antique. Quelques années plus tard les nazis dévasteront littéralement ce même pays et y feront des centaines de milliers de morts  

L'attitude plus que douteuse de la délégation française:  à la minute 53' on voit distinctement qu'elle défile au pas, bras tendu, en faisant le salut dit "romain", c'est à dire le salut fasciste. Elle est la seule dans ce cas, avec évidemment les délégations allemandes et italiennes.

A voir sur Arte Pluzz

 

Actualisation du 22 août 2016

 

Arte: Les jeux d'Hitler

Berlin 1936

mardi 23 août à 20h55 (87 min)
 

Présentation par Arte:

"Lors de l'été 1936, les Jeux Olympiques de Berlin offrent au monde l'image d'une Allemagne ouverte et pacifique. . Et le maître de ce pays de cocagne, Adolf Hitler, n'était finalement qu'un despote éclairé, pacifique... Pendant les quinze jours qu'ont duré les Jeux olympiques de Berlin, l'Allemagne nazie a tout fait pour présenter cette image au monde. Elle y est parvenue. CIO, gouvernants, public : tous sont tombés sous le charme maléfique de ces Jeux. Aujourd'hui, le triomphe de l'athlète noir Jesse Owens (quatre médailles d'or) semble consacrer la victoire du sport et de l'idéal olympique. Mais cette belle histoire n'est qu'un arrangement avec la réalité... Les Jeux de Berlin ne furent qu'un instrument décisif dans la prise de contrôle de la société par le parti national-socialiste, offrant en même temps une vitrine grandiose pour la reconnaissance internationale de l'Allemagne nazie.

 

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