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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations,

pour toute question : 

contact@memorial98.org

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 08:48
Nous publions la déclaration du mouvement La Paix Maintenant
(voir notre article précédent Gaza: appel aux consciences )

MEMORIAL 98

Appel à manifestation dimanche 18 janvier (Paris)

DEUX PEUPLES DEUX ETATS UNE PAIX

Face à la guerre à Gaza et à l’accumulation intolérable des victimes civiles palestiniennes, personne ne peut rester indifférent.

Compte tenu des risques de débordements prévisibles, nous n’avions pas encore manifesté notre opinion dans la rue, que ce soit dans les rassemblements communautaires de soutien inconditionnel à la politique israélienne ou pour le soutien à Gaza. Le moment est venu de le faire et de rappeler les principes auxquels nous sommes attachés : celui de la paix entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi, en France, ceux de la laïcité républicaine et du vivre ensemble..

Lors de la manifestation du 10 janvier, près du premier cortège regroupant les personnalités, de nombreux slogans de haine ont été proférés. Des militants brandissant des drapeaux du Hezbollah et du Hamas scandaient en arabe « Destruction d’Israël » et « Mort aux juifs ».

Nous sommes horrifiés mais non surpris par de tels débordements, qui se sont déjà produits par le passé. Nous ne faisons pas l’amalgame entre les militants sincères de la cause palestinienne qui cherchaient à exprimer leur douleur, que nous partageons, devant la situation des Gazaouis, et ceux qui appelaient à la haine. Mais nous sommes atterrés par le fait que des organisations et partis se réclamant de la laïcité républicaine se retrouvent aux côtés de la mouvance islamiste la plus dure.

Face aux manifestations unilatérales et aux dérapages inacceptables, il est temps de faire entendre la voix de la raison et de manifester pour les DEUX peuples.

Depuis des années, nous défendons le principe d’une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens. L’Initiative de Genève en avait tracé la voie. Celle de la Ligue arabe, validée par l’immense majorité des pays arabes, prouve qu’un accord entre Israël et le monde arabe est aujourd’hui possible.

En conséquence, La Paix Maintenant appelle à un rassemblement silencieux dimanche 18 janvier à 15 h devant le Mur de La Paix, face à l’Ecole militaire à Paris sous le mot d’ordre :

Deux peuples, Deux Etats, Une Paix

Nous nous adressons à la communauté internationale afin qu’elle intervienne pour :
      Imposer un cessez-le-feu immédiat entre Israël et le Hamas, qui mette fin aux opérations militaires israéliennes et aux tirs de roquettes du Hamas et qui garantisse la sécurité des populations israélienne et palestinienne
      Demander à l’Egypte et Israël la levée du blocus de Gaza, tout en empêchant la contrebande d’armes vers Gaza
      Accélérer la reprise des négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne en vue d’aboutir à un accord global et définitif, acceptable par les deux peuples.

LA PAIX MAINTENANT


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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 22:55
Elles sont Tunisiennes, vivent à  Paris et viennent d’enregistrer deux victoires importantes contre leurs tortionnaires.
Toutes deux ont été torturées en Tunisie par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Ces actes sont réprimés par le Code Pénal tunisien (article 101 bis du 2 août 1999)  le Code Pénal français ( articles 222-1 et 222-3-7ème )et la Convention des Nations Unies contre la Torture et autres peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants, ratifiée par la France et la Tunisie.
Deux Tunisiennes, mariées, avec enfants, qui ont porté plainte, dans la solitude la plus totale, ne serait-ce qu’en raison de la discrétion imposée par ces procédures.
Deux Tunisiennes, qui ne se connaissent pas, mais qui ont en commun d’avoir subi la vécu tortures et  humiliations sexuelles.
 Deux Tunisiennes parmi des milliers qui se reconnaîtront, qui vivent jour et nuit les séquelles indicibles de leur souffrance. Et pourtant, deux femmes qui auront par des procédures différentes, symbolique pour la première, pénale pour la seconde, obtenu que le crime de torture soit reconnu publiquement.
 Beaucoup hésitent encore à affronter toute une série d’obstacles à commencer par leur plus proche entourage (comment parler notamment des sévices sexuels,?). Il y aussi  les professionnels du doute ou de la disqualification de la victime: leur position va de la crainte du scandale que pourrait déclencher la publicité sur de telles vérités aux éternelles insinuations, de mise quand il s‘agit de femmes: « ne l’aurait-elle pas cherché par son comportement ? ».
Il leur faudra aussi passer outre les réticences d’une opposition politique frileuse à force de prôner l’héroïsme viril des grands combats et qui commente ainsi « il s’agit de combats individuels, nous menons des combats collectifs". Une partie de cette opposition  a déjà minimisé et dénigré la victoire de Saadia Ali et Zoulikha Mahjoubi sous le prétexte que« l’important c’est de s’en prendre aux donneurs d’ordre, au système, pas aux exécutants ».
Saadia Ali et Zoulikha Mahjoubi auront empêché une fois pour toutes que ne soient gommés de la mémoire du monde les crimes contre l’humanité commis quotidiennement en Tunisie.

Retour sur deux procédures

Saadia Ali, Franco-Tunisienne, se rend le 22 juillet 2004 au Tribunal de Première Instance de Tunis pour des formalités. A la suite d’un différend verbal entre elle et un fonctionnaire, elle est aussitôt conduite au poste de la Sûreté Nationale situé dans le sous-sol du Tribunal où elle est torturée. Elle comparaîtra le même jour devant un juge dans un état physique degradé et totalement bouleversée. Le juge ne diligente pas d’enquête, comme il y est tenu. En état de choc, elle entend qu‘elle va être condamnée. Elle sort libre du tribunal. Elle obtient un certificat médical d’un médecin hospitalier attestant d’ “ecchymoses multiples : bras gauche, pied droit, fesse droite », de lésions « contusions », de « traumatisme crânien » qui a entraîné des « céphalées ». Saadia Ali prend contact avec un avocat qui lui apprend qu’elle est effectivement condamnée à trois mois de prison avec sursis pour agression de fonctionnaire !
Le 30 juillet du même mois, elle dépose plainte pour torture. La plainte est refusée au Bureau du Procureur de la République, mais aucun document ne lui est délivré attestant de ce refus, une pratique courante. Elle ne peut se constituer partie civile pour déclencher une action publique puisque officiellement l’affaire n’est pas classée, ni instruite ! Elle n’a donc accès à aucun recours interne et ne peut obtenir réparation.
Ayant épuisé toutes les voies internes de recours, Saadia Ali dépose plainte devant le Comité contre la Torture de l’ONU le 2 mars 2006 (communication n°291/2006), en vertu de l‘article 22 de la Convention contre la Torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. La Tunisie, État partie à la convention, a connaissance de la requête de Saadia Ali et cette dernière apprend alors qu’une instruction de sa plainte est en cours devant le Tribunal de Première Instance de Tunis (affaire n°5873/4), et qu‘elle aurait été lancée en juin 2006, soit deux ans après les faits, et au lendemain de la plainte déposée à l‘ONU, mais l’État partie n’en fournit aucune preuve, l’avocat tunisien de Saadia Ali n’est tenu informé d’aucun développement. Prenant acte de l’impossibilité pour Saadia Ali d’épuiser les recours internes en Tunisie, du caractère non abusif de la requête, étant donné la gravité d’une dénonciation de torture, le Comité contre la Torture décide le 7 novembre 2007 de la recevabilité de sa requête.
Et soudain Saadia Ali est convoquée en Tunisie par le juge instruisant sa plainte pour torture. A deux reprises, elle se déplace en Tunisie, puis des auditions sont organisées sans qu’elle ne soit convoquée. Et on lui refuse la copie du dossier des auditions.
En conclusion le comité conclut que les faits « sont constitutifs de torture au sens de l’article 1 de la Convention » , considère qu’ "un délai de 23 mois avant l’ouverture d’une enquête sur des allégations de torture est excessif et n’est pas conforme aux dispositions de l’article 12 de la Convention " , rappelle que l’article 14 impose à l’État Partie de « veiller à ce que la victime d’un acte de torture obtienne réparation »  et que l’État Partie « a également violé les obligations qui lui incombent en vertu de l’article 14 de la Convention«   . Le 21 novembre 2008, le comité a donc conclu aux violations des articles 1, 12, 13 et 14 de la Convention et a donné 90 jours à la Tunisie pour l’informer des mesures qu’il aura prises, y compris en ce qui concerne la réparation.

Zoulikha Mahjoubi, Tunisienne dont le mari est réfugié statutaire en France, est torturée le 11 octobre 1996 dans les locaux de la police de Jendouba. Un an plus tard, le 18 octobre 1997, elle se voit remettre son passeport par le commissaire de police qu’elle avait identifié comme le chef des tortionnaires, qui signe son document de voyage : Khaled Ben Saïd. Elle rejoint alors son mari en France, accompagnée de ses enfants. Quelques années plus tard, Zoulikha Mahjoubi identifie son tortionnaire de Jendouba en la personne du vice-consul de Tunisie à Strasbourg et dépose plainte le 9 mai 2001 du chef de torture, en vertu des articles 222-1 à 222-6 du Code pénal. Le parquet de Strasbourg, compétent territorialement, diligente des investigations qui confirment la présence de Khaled Ben Saïd en tant que vice-consul de Tunisie à Strasbourg et bénéficiant à ce titre de diverses immunités en application de la convention de Vienne. Il ne répond pas aux convocations des enquêteurs. Le 16 janvier 2002, une information est ouverte, mais le vice consul se fait porter absent. Le mandat d’amener délivré le 14 février 2002 débouche sur une perquisition infructueuse à son domicile. Un mandat d’arrêt à diffusion internationale est délivré le 15 février 2002. Une commission rogatoire internationale est délivrée aux autorités judiciaires le 2 juillet 2003, en vain.
Le 16 février 2007, en vertu des articles 689-1 et 689-2 du Code de Procédure Pénale qui prévoit que peut-être poursuivie et jugée par les juridictions françaises, si elle se trouve en France, toute personne qui s’est rendue coupable hors du territoire de la République de l’infraction de torture telle que définie à l’article 1 de la Convention des nations unies contre la Torture et autres peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants, le juge d’instruction ordonne la mise en accusation de Khaled Ben Saïd. Le 15 décembre 2008, Khaled Ben Saïd est condamné par défaut par la Cour d’Assises du Bas-Rhin à huit ans de réclusion criminelle pour complicité dans des actes de torture ou de barbarie. Étant absent au procès, il ne pourra faire appel.

Luiza Toscane

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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 23:59
 
 
La mise en scène macabre du Zénith n’est nullement un « dérapage », comme semblent vouloir l’indiquer les titres du Monde et de Libération.
La vidéo de l’événement et le récit des festivités de l’après-meeting (voir ci-dessous) montrent à quel point l’événement à été pensé et planifié pour obtenir un impact maximum. Dans ce but ont été exploitées toutes les ressources visuelles et allusives  du négationnisme.
Dieudonné commence par  chauffer la salle en demandant un «  tonnerre d’applaudissements » pour Faurisson ; l’ovation monte de la salle, qui devait être avertie de ce « clou » du spectacle. 
 
Sur scène, un technicien affublé d’une tenue rayée de déporté juif, et d’une étoile jaune sur la poitrine, lui  apporte son trophée de « l’insolence ».
Embrassades et tutoiements de rigueur entre le vétéran négationniste et celui qui aspire à reprendre le flambeau, sous l’œil attentif du parrain de l’enfant du maître de la soirée (voir notre article précédent Le Pen et Dieudonné: la grande famille des antisémites. 
Faurisson déclare: " ne pas avoir l'habitude de ce genre d'accueil" et "Je suis supposé être un gangster de l'histoire!".
Déjà condamné à de nombreuses reprises, il avait en 2007 attaqué en justice Robert Badinter qui l'avait traité de "faussaire de l'histoire". Durant l'audience M. Faurisson avait réaffirmé que " les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique". Il avait été débouté et condamné à verser 5 000 euros à M. Badinter, au titre des frais de justice.
Faurisson discourt, manifeste son amicale complicité à Dieudonné, se plaint d’avoir souvent été victime de «  traitement spéciaux »,  allusion codée et directe au terme « traitement spécial » (« besonderes behandlung » en allemand) utilisé par les nazis pour éviter de laisser une trace écrite de l’extermination des déportés juifs. De même il se plaint d’être  traité en « Palestinien dans son propre pays ».
Dans les travées du Zénith s’esbaudit le gratin de l'extrême droite, comme lors de la précédente édition de 2006. Sont présents: Le Pen et sa famille, Alain de Benoist, Dominique Joly, conseiller régional FN élu sur la liste de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, homme des finances et des relations avec le  général et ministre de la Défense syrien Tlass, organisateur en 2006 du voyage de Dieudonné, Soral, Meyssan  auprès du Hezbollah et de la visite de Dieudonné  à la fête du FN au Bourget  qui officialisa leur convergence. La négationniste Ginette Skandrani aussi est là non loin du leader « radical »  Kémi Seba, familier des collaborations avec les groupuscules néo-nazis.
A la fin du spectacle, une trentaine de proches de Dieudonné se sont retrouvés à l'étage, dans la zone VIP, pour partager un "verre de l'amitié". Un participant raconte: "Ça a duré une petite demi-heure. On a bien ri." Vers minuit, Dieudonné a accueilli près de 80 amis autour de sa guest-star, Robert Faurisson, pour réveillonner dans son théâtre de la Main d'Or et se réjouir de la soirée au Zénith.

Pourquoi maintenant ?

La période se prête à la propagande antisémite. La crise financière et économique, la récente affaire Madoff  donnent lieu à un renouveau des campagnes reprenant les thèmes traditionnels de la « finance juive », même si Madoff a ruiné de nombreuses organisations philanthropiques juives ainsi que des Juifs fortunés.
La situation au Moyen-Orient, avec la terrible situation de Gaza (même si le spectacle/meeting s’est déroulé avant le début de s bombardements israéliens) permet tous les amalgames venant de ceux pour qui la situation du peuple palestinien est avant tout un prétexte.
Peut on défendre les Palestiniens avec le Pen et les néos-nazis ?
Il  faut aussi prendre en compte les enjeux internes au Front National. Celui ci est plongé dans une guerre de succession et d’affrontements de cliques et de fractions. Dieudonné prend parti , en lien avec son mentor Alain Soral, candidat à la tête de liste du FN en Ile de France pour les prochaines européennes.
Nous écrivions dans un précédent article ( Le Pen et le "détail": décryptage ): « Dans la bataille pour la succession au sein du FN, le « tabou » négationniste n’a pas fini de se manifester et son poison d’être diffusé.

Demeure la question la plus importante : quel est ce public qui ovationne Faurisson ?

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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 19:39
 
 
À propos du film Chomsky et Cie de Daniel Mermet et O.Azam
par Laura Laufer

 
Ce film, qui selon Daniel Mermet désire faire œuvre « d'éducation populaire », se présente sous la forme d'entretiens, divisés en chapitres:  Qui est Chomsky ? Dans quelle boite le ranger ? Voici deux  titres de ces chapitres qui entendent présenter la personnalité et les idées politiques du linguiste  américain.
 
Loin d'être bien documenté sur son sujet, Chomsky et Cie se révèle complaisant, ignorant et tenant du fan-club. Un retour critique s'avère utile sur ce film et son dossier de presse (http://www.lesmutins.org/chomskyetcompagnie/?p=101#). Il en de même pour le "Cahier de l'Herne" de 2007 consacré à Chomsky, sous la houlette du physicien et universitaire belge, Jean Bricmont, proche de l'extrême-droite et  également « grand témoin » dans le film.

HAGIOGRAPHIE
Dans le dossier de presse du film, Bricmont livre un florilège relevant du culte de la personnalité, du mépris pour le genre humain ou de l'omission politique.

 
Bricmont qui s'active depuis des années pour faire connaître Chomsky précise « le jour où mes efforts seront couronnés de succès, je n'ai pas de doute, il deviendra un gourou ; c'est dommage, mais c'est la psychologie humaine qui est ainsi faite  » ... Le mépris pour le genre humain est ici mâtiné d'un déterminisme inquiétant.

« Je l'appelle le Marx de notre temps» -excusez du peu !- dit Bricmont qui regrette que les anarchistes ne parlent pas de Chomsky ou alors « comme d'un faux anar  ».
Mais les anarchistes ont plutôt raison. S'il est aisé de repérer dans les propres dires du linguiste son  opposition résolue à la révolution d'Octobre 1917 et à Lénine et Trotsky qu'il considère comme « les pires ennemis du socialisme », qu'en est-il d'une éventuelle appartenance à un parti ?  
Bricmont précise : « il n'a jamais été ni léniniste, ni maoïste, ni stalinien, ni trotskyste, ni même anarchiste.  Il pourrait être à la rigueur d'accord avec les marxistes d'avant 1914 ».
Seule cette dernière allusion dit vrai mais dans un sens inattendu.

 
En effet, L'Hebdo des Socialistes n° 507, du 8 novembre 2008, journal du Parti Socialiste Européen, confirme ce que la majorité du public ignorera et dont les auteurs du film ne disent rien. Chomsky appartient depuis fort longtemps à l'Internationale Socialiste. Celle-ci est en effet représentée aux USA par le Democrat Socialists of America (D.S.A), qui  travaille en lien étroit avec le Parti Démocrate. Pourquoi ne pas le dire et perpétuer le seul mythe d'un Chomsky « inclassable », plutôt anarchiste? Voilà un fait d'importance qui engage un intellectuel dont nous ne doutons pas qu'il ait choisi cette adhésion en toute conscience. Un vrai documentaire l'aurait interrogé sur ce choix.

L'AFFAIRE FAURISSON- CHOMSKY

 
Chomsky signe en 1979 une pétition défendant le droit à enseigner pour Robert Faurisson qui nie l'existence des chambres à gaz homicides, des camps d'extermination, la réalité du génocide des Juifs par les nazis.
Le linguiste américain écrit un avis qui servira de préface aux thèses de Faurisson publiées aux éditions de La vieille Taupe.
Cette maison d'édition est animée par Pierre Guillaume et Serge Thion, deux anciens membres de l'ultra-gauche passés au fascisme. L'historien Pierre Vidal - Naquet  dénoncera Faurisson et ses défenseurs dans son livre  "Les assassins de la Mémoire".
Certes, Chomsky dit ne pas défendre le négationnisme mais la liberté d'expression. Le film ne l'interroge que sur cette dernière formulation, vieux débat entre les intellectuels en France et aux USA, où, sur ce sujet la culture diffère.
Mais nous ne suivrons pas Chomsky dans ses "Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d'expression" qui vante, à contrario de la France, la « tradition vivante de défense des libertés » existant aux Etats-Unis.
Les victimes du maccarthysme, les anciens révoltés d'Attica ou Mumia Abu Jamal dans sa prison apprécieront.
Certes, Chomsky dénoncera avec raison le Patriot  Act, mais nous lui donnons tort quand au nom de la défense de la liberté d'expression, il raille et fustige le parti communiste américain qui en 1977/78  proteste contre un défilé du Parti nazi dans les quartiers juifs de la ville de Skokie, banlieue de Chicago connue pour abriter une communauté juive et de nombreux rescapés du génocide nazi.
La pétition signée par Chomsky va plus loin que la seule défense de la liberté d'expression. Elle affirme que Faurisson « a fait une recherche historique approfondie et indépendante sur la question de l'holocauste ». Faurisson, un historien sérieux ? Voilà une juste question posée par Vidal -Naquet et passée sous silence par le film.
D'ailleurs Bricmont estime nécessaire de défendre la liberté d'expression de Faurisson.  Il écrit ainsi dans une note d'un article intitulé " La désionisation de la mentalité américaine"
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=6152&type=analyse&lesujet=Sionisme
     «...  [9] En France, cela voudrait dire défendre la possibilité de s'exprimer librement pour des personnalités aussi diverses que Boniface, Ménargues, Dieudonné, Chomsky, Garaudy ou Faurisson. Ceci est évidemment autre chose que défendre les idées de ces personnalités... »
On notera au passage la manœuvre de Bricmont consistant à amalgamer Boniface et Chomsky à des négationnistes et antisémites avérés tels que Garaudy, Faurisson, Dieudonné.
Faurisson n'est pas du tout un « libéral apolitique» comme l'écrit Chomsky au cours de la polémique,  pour lancer qu'il est « cinglé », puis au final et après maintes contorsions consentir à reconnaître son soutien comme une erreur. De fait, Faurisson et Thion s'inscrivent dans une tradition politique, celle du courant négationniste fondé par  les nazis eux-mêmes et par le militant pétainiste Bardèche, puis popularisé par Paul Rassinier.
On peut s'inquiéter de lire sous la plume de Bricmont, dans le récent Cahier de l'Herne, une  caractérisation de Serge Thion en «spécialiste du Cambodge, un militant anticolonialiste depuis toujours". Que veut dire, en 2007, une présentation positive de Thion, fasciste et négationniste depuis 20 ans ?
Enfin, Chomsky prétend disqualifier le droit des vainqueurs au Tribunal  de Nuremberg, ce qui renvoie, dos-à-dos nazis et victimes et cautionne la base du négationnisme.
 Le procès de Nuremberg nécessiterait un long développement.
 
Notons que n'y fut pas jugé le sauvetage possible des camps de la mort,
La guerre avec le Japon en était exclue et donna lieu à un ersatz de procès à Tokyo : ni les massacres de l'armée japonaise à Nankin, ni la bombe d'Hiroshima n'ont été réellement traités. Il en ira de même des actes de cannibalisme commis par des soldats japonais sur  les prisonniers et les populations civiles. Mais cette dernière barbarie « n'existerait » sans doute pas pour Chomsky qui nie l'existence du cannibalisme dans l'Histoire. Ce dont se moque, sur un mode cinglant, Pierre Vidal Naquet dans sa dénonciation du négationnisme.

 
À Nuremberg, procès monumental conçu au départ comme tribunal de guerre, suite au partage du monde préfiguré, dès 1943, à la Conférence de Téhéran, les millions de morts juifs « s'invitèrent ». Sur l'ampleur d'une catastrophe jusqu'ici inimaginable et inconnue dans l'histoire, les Etats-unis et l'URSS pressés par leurs propres communautés juives, devaient au moins nommer « la chose ».
 
C'est ainsi que naquit la notion de « crime contre l'humanité » puis en 1948 le terme de génocide élaboré par le juriste Lemkin qui faisait partie du Parquet à Nuremberg. Avancer que la  notion de « crime contre l'humanité » n'empêche ni la reproduction des massacres et génocides, ni l'impunité de leurs responsables, tant que l'impérialisme domine le monde constitue une vision idéaliste du droit. La définition du crime n'arrête pas celui-ci. Ainsi l'accident du travail, qui n'est que la requalification du meurtre ou de la mutilation de l'ouvrier, n'a pas disparu par le seul fait de sa définition. Mais, si chaque patron se voyait condamné au pénal, la sécurité du travailleur sortirait grandie et mieux assurée. Le respect et l'application du droit acquis, la punition de son mépris ou de son viol sont bien l'expression d'un rapport de forces qui résulte d'un combat. Sa feuille de route tient dans l'injonction «Plus jamais ça ».

REVISIONNISME  
Le plus stupéfiant du film concerne l'Allemagne de Weimar. Pour illustrer la thèse de Chomsky sur la "Fabrique du consentement" (titre d'un de ses ouvrages les plus connus), on y prétend que la « masse » allemande, présentée comme un troupeau sans distinction de classes, a pu, malgré ses grands «acquis démocratiques»  consentir au nazisme par la seule force de persuasion des médias.
 
On nous présente le journaliste américain Walter Lippmann comme principal inspirateur de la propagande nazie laquelle, en vérité, hérite de Gustave Le Bon. Dans la Psychologie des foules (1894), Le Bon analyse les moyens d'influencer les masses à leur insu. Ce précurseur de l'ethnoracisme, membre du mouvement normand d'extrême droite, fut traduit dans plusieurs langues et connut un grand succès auprès des partis les plus rétrogrades. Il fut le principal inspirateur de la propagande nazie, de Mein Kampf aux discours de Goebbels.
 
Mais il fallut plus fort que les discours pour qu'advienne le IIIe Reich (voir ici).  Chomsky et le film oublient pour les années 1920, l'écrasement de la révolution allemande, l'assassinat de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht par le social-démocrate Noske et pour les années 30, la  tragique division du mouvement ouvrier renforcée par le cours destructeur lancé par Staline, à l'heure où il aurait fallu s'unir face aux forces réactionnaires et à l'oligarchie financière qui soutenaient Hitler. Même silence, ici, de Chomsky sur la construction du parti nazi, des S.A, la terreur contre les meetings ouvriers, les syndicats, l'assassinat de milliers de communistes, socialistes, anarchistes et chrétiens antinazis.
Venant d'un grand intellectuel théoriquement bien informé des choses du monde, nous doutons que cela puisse être ignorance. Non. Cela s'appelle réviser l'histoire.
    

Laura Laufer

Les citations sont extraites du dossier de presse rendu public sur Internet, du film ou du Cahier  de l’Herne. Chomsky 2007
A lire : Les assassins de la mémoire. Pierre Vidal –Naquet. Ed. Points Seuil.1995




 

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 08:05
 Ecoutez Esther Mujawayo, survivante du génocide rwandais, auteure de "SuviVantes" et " La fleur de Stéphanie" avec Souâd Belhadad et le journaliste Patrick de Saint Exupéry.
Au lendemain de la condamnation du colonel génocidaire Bagosora et du procès Péan (voir notre précédent article France-Rwanda: escalade et négation )

MEMORIAL 98

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 17:02
Nous avons alerté à plusieurs reprises sur le danger que constitue la directive européenne « retour » (voir nos articles précédents Europe: contre l'emprisonnement des réfugiés!   Europe: Agir contre la directive de la honte! )
Cette directive devrait être adoptée par le Conseil des ministres de l'Union européenne le lundi 8 décembre 2008.

Alors que Sarkozy nomme  P.Devedjian (voir notre article précédent Devedjian copie les insultes du Front national )au gouvernement et pressent B.Hortefeux(voir notre article précédent Hortefeux: guerre aux associations! ) comme secrétaire général de l'UMP, il est important d'exprimer le rejet des politiques d'exclusion.
Nous vous invitons, avec le collectif européen des associations, à réagir d'urgence en suivant la procédure simple ci-dessous ;

MEMORIAL 98  

Nous vous transmettons  un message à envoyer à la présidence de l'Union Européenne :
Adresse pour l'envoi du message : http://www.elysee.fr/ecrire

Copiez / Collez le message ci-dessous dans le formulaire :


Monsieur le Président de l'Union européenne
, Président de la République française, 
Palais de l'Elysée, 
55 rue du faubourg Saint-Honoré 
75008  Paris
 
Monsieur le Président,

Le ministre français de l'Immigration, M. Hortefeux, a annoncé à des parlementaires européens que la directive retour, qui constitue une véritable « directive de la honte »,  serait formellement adoptée par le Conseil des ministres de l'Union européenne le lundi 8 décembre 2008.
Cette directive, votée par le Parlement européen le 18 juin dernier, a soulevé des protestations unanimes dans le monde : associations de défense des droits de l'Homme, syndicats, Eglises, responsables politiques, élus et même de nombreux chefs de gouvernement.
Parce que cette directive banaliserait l'enfermement voire l'internement des migrants en Europe, parce qu'elle donnerait une image détestable de l'Europe au reste du monde, et en particulier dans les pays d'origine des migrants, parce qu'elle ne ferait qu'ajouter de la souffrance et de l'injustice dans les déséquilibres actuels, cette directive doit être refusée.
En choisissant de prononcer son adoption la veille de la commémoration du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, la présidence française de l'Union européenne ajouterait une tache supplémentaire et un symbole déplorable au processus engagé par le Parlement européen.
Nous vous demandons, Monsieur le Président, d'ordonner le report et l'abandon de cette directive.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l'assurance de ma parfaite considération,
 xxx

 
 
 

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 20:42

Le texte de Karl Marx que nous publions ci-dessous, ainsi que les citations utilisées dans l'introduction de Xavier Lamine, sont issus des articles écrits par le fondateur de la Première Internationale sur « La guerre civile aux États-unis ». Au moment où l'élection de Barack Obama rappelle les contradictions de l'histoire des USA, ce document nous informe sur les analyses de ce qui était déjà un point de vue mondialement solidaire.

 

Memorial 98

 

Il est à priori surprenant que  Marx, en sa qualité de secrétaire de l'association internationale des travailleurs (AIT, aussi nommée Première Internationale), écrive au Républicain Abraham Lincoln, pour le féliciter de sa réélection à la présidence des Etats-Unis en 1864.
Mais cette réélection se traduit par l'abolition de l'esclavage aux États-unis.

Bien que cette mesure libératrice soit l'œuvre des capitalistes du Nord, des « Yankees » représentant de la puissance industrielle montante de l'Amérique, Marx souligne un point crucial ; l'esclavage a été aboli par un homme que rien ne prédestinait à cela.

Le fait que Lincoln fasse répondre à cette lettre est tout aussi surprenant. D'ailleurs Marx apprécie que Lincoln ait été sensible à l'appui donné aux forces révolutionnaires américaines par les classes ouvrières européennes et notamment anglaise.

Pourquoi Marx agit-il de la sorte ? Essentiellement parce qu'il a perçu la radicalisation anti-esclavagiste de Lincoln.

Le parti Républicain des Etats-Unis a été fondé en 1854, à la veille de guerre civile (1861-1865), pour contrer les « whigs » libéraux et les « démocrates », qui dans leur majorité soutenaient l'esclavage. C'est le premier paradoxe par rapport à l'époque actuelle.

Les Démocrates étaient alors en majorité sudistes et désignèrent un esclavagiste notoire pour l'élection présidentielle de 1860. Le parti Républicain fut alors formé afin « de se rallier comme un seul homme à la cause du rétablissement de la liberté et de la chute du pouvoir esclavagiste ». 

Lincoln fut désigné pour être le candidat républicain pour l'élection de 1860. Il n'était pas alors un anti-esclavagiste radical et déclarait ainsi : « Je ne suis pas et je n'ai jamais été favorable à l'établissement, sous quelque forme que ce soit, de l'égalité sociale et politique des races blanches et noires. Je ne suis pas et je n'ai jamais été partisan de faire des Noirs des électeurs ou des jurés... » En revanche, il estimait que « pour le droit de manger, sans avoir besoin de l'autorisation de quiconque, le pain qu'il a gagné à la sueur de son front, [le Noir] est mon égal et l'égal de n'importe quel homme vivant. »

Abraham Lincoln s'est radicalisé au cours même de la guerre de Sécession. Car en dépit de la puissance industrielle du Nord et sa capacité à produire des armes et des bateaux  et de créer des lignes de trains, le Sud résista de façon acharnée. La guerre qui dura 4 ans fut une véritable boucherie. Elle causa la mort de 625 000 soldats et d'un nombre indéterminé de victimes civiles. Elle est la guerre la plus meurtrière qu'aient connue les États-Unis à ce jour; en comparaison, lors de la première guerre mondiale, 405 000 soldats américains trouvèrent la mort et 58 000 lors de la guerre du Vietnam.

Ce qui importait le plus à Lincoln était de gagner la guerre pour maintenir intacte la puissance des Etats-Unis et de son gouvernement fédéral, qu'il ne cessa de renforcer au cours de la guerre. Il pensait même, à son début, que s'il fallait maintenir l'esclavage pour gagner, il s'en accommoderait.

Lors des élections parlementaires de novembre 1862, les démocrates pro-esclavagistes remportèrent une victoire qui sonnait comme un désaveu de la politique de Lincoln. Celui-ci refusait de négocier avec la Confédération sudiste et voulait lui imposer de rentrer dans le rang. Il faut noter que les dirigeants de  la place financière de New York avaient de nombreux intérêts dans le Sud esclavagiste. La place avait pris une part active à la traite des esclaves et était la créancière hypothécaire  des plantations du Sud.

En réponse à cette défaite, Lincoln pris deux décisions lourdes de sens. Il proclama l'abolition de l'esclavage  et congédia le général en chef de l'armée du Potomac, nommé McCleland.

Pour affaiblir le Sud, Lincoln se devait de rallier les Noirs. Marx expliquait  en octobre 1862, soit après deux ans de guerre, que « la Nouvelle-Angleterre et le Nord-Ouest, qui fournissent le gros de l'armée, sont décidés à imposer au gouvernement une stratégie révolutionnaire, et à inscrire sur la bannière étoilée le mot d'ordre de l'abolition de l'esclavage »  

Les esclaves tentaient justement de fuir le Sud par tous les moyens et de passer la ligne de front pour atteindre le territoire de la liberté. Lincoln du se résoudre à composer des régiments de Noirs qui constituaient la pire menace que les esclavagistes aient eu à redouter. Car si tous les Noirs s'armaient, que resterait-il de la Confédération ?  C'est ainsi que cette guerre prit un tour révolutionnaire.

 

Au moment de la capitulation, parmi les troupes nordistes qui investirent Richmond, la capitale de la Confédération, se trouvaient des unités du 25° corps d'armée, entièrement composé de Noirs.

Lorsque Lincoln visita la ville, il fut accueilli en héros par les Noirs. Ils voulaient le toucher, lui rendant hommage comme à Dieu.

Un  autre aspect doit être mentionné. Une partie de l'état major de l'armée du Nord répugnait  à attaquer vraiment les sudistes, malgré les ordres répétés de Lincoln. Ces hiérarques respectaient la solidarité qui unissait les anciens de l'Académie militaire de West Point. Ce fut particulièrement le cas de l'Armée du Potomac dirigée par le général McCleland. Sous ses ordres, Marx notait que sur le Potomac, « l'armée était employée, sous les yeux du commandant en chef, à la chasse aux esclaves ! »

Lincoln du alors s'appuyer sur des officiers de « basse extraction » tels que Grant, qui devint général en chef du Nord. C'était fils d'un tanneur de l'Ohio. A l'inverse Lee, le général en chef de la Confédération, était issu de la meilleure aristocratie américaine.

Marx rend compte au fil de la guerre de la radicalisation de Lincoln, qui se traduit d'ailleurs dans les actes plus que dans les discours.

Marx s'émerveille même de voir que les actions de Lincoln sont infiniment plus révolutionnaires que ses propos. Lincoln préférait nettement les réalisations aux discours prometteurs. Il estimait « que la poule est l'animal le plus sage de la création, car elle ne caquette qu'après avoir pondu son œuf. »

La lettre de Marx à Lincoln après sa réélection est une sorte de reconnaissance de cette évolution de Lincoln, devenu révolutionnaire « malgré lui ».

Xavier Lamine
 
 
Association Internationale des Travailleurs  : À ABRAHAM LINCOLN, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.

 Publié dans Der Social-Demokrat, 30 décembre 1864.

Monsieur,

Nous complimentons le peuple américain à l'occasion de votre réélection, à une forte majorité.

Si la résistance au pouvoir des esclavagistes a été le mot d'ordre modéré de votre première élection, le cri de guerre triomphal de votre réélection est : mort à l'esclavage !

Depuis le début de la lutte titanesque que mène l'Amérique, les ouvriers d'Europe sentent instinctivement que le sort de leur classe dépend de la bannière étoilée. La lutte pour les territoires qui inaugura la terrible épopée, ne devait-elle pas décider si la terre vierge de zones immenses devait être fécondée par le travail de l'émigrant, ou souillée par le fouet du gardien d'esclaves ?

Lorsque l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes osa, pour la première fois dans les annales du monde, inscrire le mot esclavage sur le drapeau de la rébellion armée; lorsque à l'endroit même où, un siècle plus tôt, l'idée d'une grande république démocratique naquit en même temps que la première déclaration des droits de l'homme qui ensemble donnèrent la première impulsion à la révolution européenne du XVIII° siècle - lorsque à cet endroit la contre-révolution se glorifia, avec une violence systématique, de renverser « les idées dominantes de l'époque de formation de la vieille Constitution » et présenta « l'esclavage comme une institution bénéfique, voire comme la seule solution au grand problème des rapports, entre travail et capital », en proclamant cyniquement que le droit de propriété sur l'homme représentait la pierre angulaire de l'édifice nouveau - alors les classes ouvrières d'Europe comprirent aussitôt, et avant même que l'adhésion fanatique des classes supérieures à la cause des confédérés ne les en eût prévenues, que la rébellion des esclavagistes sonnait le tocsin pour une croisade générale de la propriété contre le travail et que, pour les hommes du travail, le combat de géant livré outre-Atlantique ne mettait pas seulement en jeu leurs espérances en l'avenir, mais encore leurs conquêtes passées. C'est pourquoi, ils supportèrent toujours avec patience les souffrances que leur imposa la crise du coton et s'opposèrent avec vigueur à l'intervention en faveur de l'esclavagisme que préparaient les classes supérieures et « cultivées », et un peu partout en Europe contribuèrent de leur sang à la bonne cause.

Tant que les travailleurs, le véritable pouvoir politique du Nord, permirent à l'esclavage de souiller leur propre République; tant qu'ils se glorifièrent de jouir - par rapport aux Noirs qui, avaient un maître et étaient vendus sans être consultés - du privilège d'être libres de se vendre eux-mêmes et de choisir leur patron, ils furent incapables de combattre pour la véritable émancipation du travail ou d'appuyer la lutte émancipatrice de leurs frères européens .

Les ouvriers d'Europe sont persuadés que si la guerre d'Indépendance américaine a inauguré l'époque nouvelle de l'essor des classes bourgeoises, la guerre anti-esclavagiste américaine a inauguré l'époque nouvelle de l'essor des classes ouvrières. Elles considèrent comme l'annonce de l'ère nouvelle que le sort ait désigné Abraham Lincoln, l'énergique et courageux fils de la classe travailleuse, pour conduire son pays dans la lutte sans égale pour l'affranchissement d'une race enchaînée et pour la reconstruction d'un monde social.

Signé au nom de l'Association internationale des travailleurs par le Conseil central.

RÉPONSE DE L'AMBASSADEUR AMÉRICAIN À L'ADRESSE DE L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS
Légation des États-Unis,

Londres, le 31 janvier 1865.

Monsieur,

On me demande de vous informer que le président des États-Unis a bien reçu l'adresse du Conseil central de votre association, transmise par notre légation. Dans la mesure où les sentiments qui y sont exprimés ont un caractère personnel, il les accepte, en souhaitant sincèrement et de tout cœur pouvoir se montrer digne de la confiance que ses concitoyens et tant d'amis de l'humanité et du progrès de par le monde entier lui ont récemment accordée. Le gouvernement des États-Unis se rend parfaitement compte que sa politique n'est pas, ou ne pourrait pas être, réactionnaire, mais en même temps il s'en tient à la ligne qu'il a adoptée au début, c'est-à-dire qu'il s'abstient partout d'une politique expansionniste et d'interventions illégales. Il s'efforce de rendre une égale et exacte justice à tous les États et à tous les hommes, et compte sur les résultats bénéfiques de cet effort pour être soutenu à l'intérieur et jouir du respect et de la bonne volonté du monde. Les nations n'existent pas pour elles-mêmes, mais pour promouvoir le bien-être et le bonheur de l'humanité, en entretenant des relations exemplaires de bonne volonté. C'est dans ce cadre que les États-Unis considèrent que, dans le conflit actuel contre les rebelles esclavagistes, leur cause est celle-là même de la nature humaine, et ils tirent un nouvel encouragement à persévérer, du témoignage que leur donnent les ouvriers d'Europe, que cette attitude nationale jouit de leur approbation éclairée et de leurs sympathies véritables.

J'ai l'honneur, d'être, Monsieur, votre humble serviteur.

Charles Francis Adam.



MEMORIAL 98


 

 

 

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 21:47
 

Nous publions un article de Souâd Belhaddad, journaliste, auteure notamment  de deux livres sur le génocide rwandais. Elle a suivi le procès intenté par SOS-Racisme pour diffamation raciale à Pierre Péan, pour son ouvrage « Noires fureurs, blancs menteurs » et dont les thèses sont proches de celles du juge Bruguière.

Livres parus :
Entre deux « je » : Algérienne ? Française ? Comment choisir...  (Mango)
SurVivantes : Rwanda 10 ans après ( ed. de l'Aube)
La fleur de Stéphanie : Rwanda entre déni et réconciliation (Flammarion)
Algérie, le prix de l'oubli (Flammarion)

PEAN N'EST PAS RACISTE, LES TUTSIS RESTENT DES MENTEURS ?

Par Souâd Belhaddad

C'était un procès où l'auditoire pouvait y perdre son latin mais aussi, pour ceux qui le parlaient, son kynyarwanda. Les débats ont  en effet parfois viré au traité de  linguistique. Pierre Péan, à la suite de la publication de son ouvrage « Noires fureurs, Blancs menteurs » ainsi que son éditeur Claude Durand (Fayard) étaient poursuivis par SOS Racisme et Ibuka, association de rescapés du génocide, pour diffamation raciale et provocation à la discrimination raciale. Quatre pages (sur  six cents), dans le premier chapitre, expliquaient, entre autres, que «  le Rwanda est aussi le pays des mille leurres tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus ». D'autres passages reprennent ce propos, étayé par des citations d'anciens colons allemands ou belges et l'accentuent même.

Pendant trois jours de procès donc, les 24, 25, 26 septembre derniers, on a souvent débattu de l'«ubwenge», concept rwandais qui, selon les défenseurs de Pierre Péan, s'apparente au mensonge systématique mais « pas de façon négative comme chez nous, en France », ou selon ceux de la partie civile, à de l'intelligence. Face à cette querelle d'africanistes, la procureure de la République, Anne de Fontette a, au terme des débats, remis certains points sur les i. : «  Les témoins sont venus dans un drôle de mouvement intellectuel nous dire que le mensonge, au Rwanda, serait une qualité. Pour ma part, je note que le terme a été utilisé en français, sans précision sur les diverses traductions que pouvait revêtir le mot en kinyarwanda, au Rwanda. Or, le terme est ici utilisé à la française, où il n'a pas une connotation positive. » La représentante du ministère public s'est également étonnée du choix de certains auteurs des citations choisies par Pierre Péan, comme Paul Dresse, proche de l'extrême droite et dont le « langage colonial de l'époque », comme le souligne l'auteur, n'hésite pas à qualifier les Tutsis «  de race des plus menteuses sous le soleil ». Et Anne de Fontette de conclure que les deux délits étaient bel et bien constitués.
  Le tribunal, qui a rendu son verdict le 7 novembre, en a décidé autrement. Il a relaxé Pierre Péan et son éditeur, estimant que la formulation «  culture du mensonge et de la dissimulation ", aussi brutale qu'elle puisse apparaître, spécialement pour les victimes d'un génocide, ne peut être considérée comme l'imputation d'un fait précis visant à jeter le discrédit sur l'ensemble des Tutsis ». Des témoins de la partie civile avaient pourtant souligné, avec malaise, que le mot «  Tutsi  » accolé aux qualificatifs de menteur et manipulateur, substitué à celui de «  Juif », restituaient le ton classique du discours antisémite des années 1930. On songeait alors au livre de Daniel Sibony, La haine du désir, qui décrypte l'utilisation de l'article défini pluriel «  les » comme un symptôme du racisme pour désigner l'Autre : Les Juifs, les immigrés, les Tutsis... L'individu n'est alors plus considéré qu'en fonction du groupe dont il est issu. Il n'est plus, tout simplement. C'est bel et bien ce qui s'est joué durant ce procès. Par un syllogisme récurrent, en mettant en cause Paul Kagamé, actuel président du pays et ex-chef des Front patriotique rwandais, considéré par les nombreux témoins de Péan comme menteur et manipulateur, s'en déduisait, parfois explicitement, que les Tutsis l'étaient également, de façon généralisée. Autre emploi dérangeant  du pluriel : celui réservé aux femmes de la diaspora tutsie. Péan écrit (p.44) : «... Les associations de Tutsis hors du Rwanda...ont infiltré les principales organisations internationales et d'aucuns  parmi leurs membres ont su garder de très belles femmes tutsies vers des lits appropriés... » Ce poncif - la femme Tutsie, belle, grande, qui ne déploierait sa séduction que pour mieux manipuler - est particulièrement marquant parce qu'il se (re) trouve dans les documents les plus violents véhiculés par les extrémistes Hutus, avant le génocide.
   Le défilé des témoins rendait bien compte de l'abîme entre la position de de la partie civile et celle de la défense. Les uns étaient  essentiellement dans le vécu, le témoignage de ces cent jours d'apocalypse ;  les autres dans l'analyse de l'Afrique. Les premiers  tenaient à évoquer la souffrance traumatisante causée par les propos de Pierre Péan et l'offense faite à la mémoire de leurs disparus « exterminés parce que nés Tutsis», comme l'a rappelé Esther Mujawayo, psychothérapeute et survivante de ce génocide. Les seconds se disputaient l'expertise d'une « culture Tutsie du mensonge », entre historiens, militaires, journalistes et politiciens. Hubert Védrine, ex-secrétaire général de l’Élysée sous Mitterrand et Bernard Debré, ex-ministre (RPR) de la Coopération en 1994 ont amplement défendu Pierre Péan. « Cela ne me semble pas différent ni plus choquant de ce qu'on dit des chiites », a surenchéri Hubert Védrine. Tous deux ont évoqué le rôle de  Paul Kagamé, accusé d'avoir abattu l'avion du président hutu Habyarimana, le 6 avril 1994, élément déclencheur  du génocide. Thèse que partage le juge Bruguière qui a délivré des mandats d'arrêt contre des proches de Kagamé et qui, souvent, sert à entretenir le  discours d'un « double génocide » au Rwanda. Péan s'y prête dans son ouvrage  lorsqu'il considère que le chiffre des victimes des massacres d'Hutus au lendemain de la victoire du FPR dépasse largement celui des victimes du génocide. « C'est ainsi que Péan tente de réécrire l'histoire du génocide au Rwanda, dit José Kagabo, historien à l'Ecole des Hautes études sociales. Mais ne s'agit-il pas, surtout, de réécrire le rapport de la France à ce génocide ?»
Si les avocats de Pierre Péan concluent à une «  victoire de la liberté d'expression », ceux de la défense envisagent, pour leur part, de faire appel. Marcel Kabanda, président de Ibuka, association des rescapés du génocide des Tutsi, reste très choqué par ce verdict. Ces mots qui rappellent aux rescapés pourquoi on a justifié de pouvoir exterminer les leurs «  ne sont pas sans importance », dit-il sobrement.

 
Mme Rose Kabuye, ancienne députée et maire de Kigali, aujourd'hui responsable du protocole présidentiel rwandais, a été arrêtée dimanche 9 novembre en Allemagne, sur mandat d'arrêt du juge Bruguière, dans le cadre de sa présumée participation en 1994 à l'attentat contre l'ancien président rwandais Habyarimana.
 La porte-parole du gouvernement rwandais a vivement critiqué cette arrestation ainsi que la plainte en diffamation déposée par une dizaine d'officiers français mis en cause dans un rapport rwandais «sur le rôle de la France» dans le génocide de 1994. «Pour nous, c'est aussi une de ces manoeuvres d'intimidation. L'implication de la France est une vérité qui est là: la France a aidé politiquement et militairement un gouvernement qui a commis le génocide» a-t-elle déclaré.
MEMORIAL 98






 

 

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 00:38
A l'occasion de cette commémoration, nous publions deux articles l'un (ci-dessous) retraçant le déroulement et la planification de ces violences antijuives ainsi que la réaction du gouvernement français de l'époque et l'hommage de Léon Trotsky à Herschel Grynzspan, l'autre consacré à l'Autriche Nuit de cristal : 70 ans après (I)Terrible Autriche

Les nazis attendaient une occasion pour lancer une étape supplémentaire de ce qui deviendra, selon leur terminologie, la « solution finale du problème juif en Europe ». Le premier acte sera un vaste pogrom dans tous les territoires sous domination allemande, destiné à terroriser les populations juives et à les forcer à quitter l'Allemagne
L'attentat contre Von Rath leur offre un prétexte idéal.
 Herschel Grynzspan était un jeune Juif polonais qui, le 7 novembre 1938, dans un geste de protestation contre le sort des Juifs en Allemagne et l'expulsion de milliers d'entre eux vers la Pologne, avait abattu à Paris le conseiller d'ambassade Von Rath.
Hitler prépare alors une mise en scène destinée à démontrer que les Allemands du Grand Reich sont menacés par les Juifs. Le Volkischer Beobatcher, journal de propagande de Goebbels, écrit ainsi le 8 novembre, alors que Von Rath est encore vivant :
  "Il est clair que le peuple allemand tirera les conclusions de cette nouvelle action. On ne peut plus tolérer que des centaines de Juifs règnent encore à l'intérieur de nos frontières sur des rues entières de magasins, qu'ils peuplent nos lieux de distractions, que des propriétaires étrangers empochent l'argent des locataires allemands tandis que leurs frères de race incitent au-dehors à la guerre contre l'Allemagne et tuent des fonctionnaires allemands"
Parallèlement, dès le 8 novembre, les nazis prennent la précaution de confisquer chez les juifs les armes et tout objet que ceux-ci pourraient utiliser pour se défendre.
Lorsque Von Rath décède le 9 novembre, tout est en place.
 Au moment où la nouvelle parvient à Hitler, ce dernier est à Munich, avec la vieille garde des SA, réunie pour commémorer sa tentative de putsch de 1923. Contrairement aux habitudes, Hitler quitte l'assemblée sans prononcer de discours et déclare seulement :
"Il faut laisser le champ libre aux SA"
C'est Goebbels, ministre de la Propagande qui se charge non seulement d'annoncer publiquement le décès devant l'assemblée des SA mais également d'inciter au pogrom.
 Les principaux chefs nazis quittent ensuite la réunion à 23 heures et téléphonent les instructions à leurs sections régionales.
Pour les SA, il s'agit d'incendier les synagogues, sans autoriser les pompiers à intervenir, sinon pour empêcher la propagation du feu sur les maisons alentour, de détruire les magasins juifs, et d' y apposer des pancartes  "Mort à la juiverie internationale", d'abattre les juifs trouvés en possession d'une arme.
Dans le même temps, un message secret est diffusé dès 23 h 55 depuis la direction de la Gestapo à Berlin à tous ses services.
Pour la Gestapo, il s'agit d'incendier les synagogues, mais d'empêcher les pillages, de mettre en lieu sûr les archives importantes trouvées dans les synagogues, de préparer l'arrestation de 20 à 30 000 juifs parmi les plus fortunés, de traiter avec une extrême rigueur les juifs trouvés avec des armes.
Dans son Journal, Goebbels confirme qu'il présente les faits à Hitler; ce dernier décide de laisser les manifestations se poursuivre et donc de faire retirer la police.
Goebbels commente : « Les juifs doivent sentir pour une fois la colère du peuple. »
Goebbels décrit ensuite précisément son action, il donne des ordres, motive les indécis. Il est ovationné par les dirigeants du parti. Tous se précipitent sur leurs téléphones. Le bataillon des SA « Hitler » part attaquer les Juifs de  Munich.
Selon les directives de Goebbels, la seule réserve est de ne pas apparaître en tant qu'organisation. Aussi, les SA et les SS s'habillent en civil et passent à l'acte dès 1 heure de matin.
Du nord au sud de l'Allemagne, incluant l'Autriche annexée, synagogues, maisons communautaires, asiles de vieillards, hôpitaux juifs, maisons d'enfants, logements privés et magasins juifs subissent l'assaut.
Les synagogues sont pillées, saccagées, détruites, incendiées, sans que les pompiers n'interviennent, se contentant d'empêcher la propagation des incendies  aux maisons alentour. Des groupes de SA attaquent les magasins juifs qui sont facilement reconnaissables, depuis qu'une ordonnance a exigé que le nom du propriétaire soit peint sur la vitrine en grandes lettres.
La teneur des messages des chefs des SA et de celui de la Gestapo, corrobore l'idée de l'existence d'un plan d'ensemble dont l'instigateur est Hitler.
D'ailleurs le silence officiel d'Hitler ainsi que de Goebbels lors des événements du 7 et 8 novembre confirme cette thèse. Dans son journal, Goebbels écrit à propos de l'attentat, lorsqu'il relate la journée du 8 novembre : « A Paris, un juif polonais du nom de Grynzspan a tiré dans l'ambassade sur un diplomate allemand Von Rath, le blessant grièvement. Il voulait venger les Juifs. La presse allemande jette maintenant des hauts cris. Nous allons mettre les points sur les i... En Hesse, grandes manifestations antisémites. On brûle des synagogues. Si seulement on pouvait déchaîner la colère du peuple ».
Les conséquences
En Allemagne, 2 000 à 2 500 personnes ont trouvé la mort lors du pogrom ou dans les camps de concentration. Lorsque trois mois plus tard, certains sont libérés, c'est à la condition d'émigrer immédiatement. Rendus responsables du pogrom les juifs d'Allemagne devront verser une amende d'un milliard de marks, et devront payer eux-mêmes les réparations sans bénéficier de l'aide financière de leurs assurances à titre d'indemnisation. Des milliers de juifs d'Allemagne, privés de tous leurs biens, tentent de traverser clandestinement les frontières et d'obtenir le statut de réfugié politique.
En France
  Lors de la conférence internationale d'Évian de juillet 1938 sur les réfugiés, qui a abouti à un échec, le gouvernement français a exposé sa position : la France ne veut plus accueillir de réfugiés. Par ailleurs, lors des accords de Munich, la France a cédé aux exigences allemandes. Les Sudètes sont annexées, la paix est « sauvée ». La France tourne le dos ouvertement à ses principes  de pays de droits de l'homme, car le gouvernement recherche à tout prix l'apaisement avec son voisin allemand, à travers notamment des négociations secrètes menées par Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères depuis le 10 avril 1938. Bonnet ne veut pas que les évènements de la Nuit de Cristal compromettent sa politique. Il choisit d'ignorer le rapport de George Von nouvel ambassadeur de France à Berlin qui lui écrit : "Le traitement infligé aux juifs en Allemagne que les nazis tentent d'extirper complètement comme des bêtes malveillantes éclaire la grande distance qui sépare la conception hitlérienne du monde du patrimoine spirituel des nations démocratiques". Bonnet sera ensuite pétainiste, membre du Conseil national de Vichy.
La France est ainsi la seule grande démocratie à ne pas dénoncer officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.
 De plus, le 12 novembre 1938, deux jours après la Nuit de Cristal  une loi autorise l'internement des indésirables dans des camps de concentration. Les réfugiés juifs allemands et autrichiens entrés illégalement en France sont désormais directement menacés et seront internés puis livrés.

 L'hommage de Trotsky à Herschel Grynzspan (extraits) :

« Nous, marxistes, considérons la tactique du terrorisme individuel comme inopérante pour les tâches de la lutte libératrice du prolétariat ou des peuples opprimés. Un seul héros isolé ne peut pas remplacer les masses. Cependant nous ne comprenons que trop bien le caractère inévitable de ces actes convulsifs de désespoir et de vengeance. Toutes nos émotions, toute notre sympathie vont aux vengeurs qui se sacrifient, même s'ils n'ont pas trouvé la voie juste. Notre sympathie est d'autant plus grande que Grynzspan n'est pas un militant politique, mais un jeune, inexpérimenté, presque un enfant, dont le sentiment d'indignation a été l'unique conseiller.
Arracher Grynzspan des mains de la justice capitaliste, laquelle est capable de le décapiter pour mieux servir la diplomatie capitaliste, c'est le devoir élémentaire, immédiat de la classe ouvrière internationale.
Ce qui est le plus révoltant dans sa stupidité policière et sa bassesse inouïe, c'est la campagne actuellement menée sur ordre du Kremlin dans la presse stalinienne internationale. On essaie de le dépeindre comme un agent des nazis ou un agent des trotskystes liés aux nazis  Fourrant dans le même sac le provocateur et sa victime, les staliniens prêtent à Grynzspan l'intention de créer un prétexte favorable à la politique pogromiste de Hitler.
Nous sommes naturellement liés par les liens d'une solidarité morale ouverte à Grynzspan et non à ses geôliers " démocratiques " ou aux calomniateurs staliniens. La diplomatie du Kremlin, complètement dégénérée, essaie en même temps d'utiliser cet " heureux " incident pour renouer ses intrigues en vue d'un accord de réciprocité international entre les divers gouvernements, y compris ceux de Hitler et de Mussolini, pour l'extradition mutuelle des terroristes
Ils deviennent rares les gens qui soient même capables de s'indigner contre l'injustice et la bestialité. Mais ceux qui, comme Grynzspan, sont capables d'agir...
Du point de vue moral - et non pour ses méthodes d'action - Grynzspan peut servir d'exemple à tout jeune révolutionnaire. Notre solidarité morale avec Grynzspan nous donne doublement le droit de dire à tous les Grynzspan possibles, à tous ceux qui sont capables de se sacrifier dans la lutte contre le despotisme et la bestialité : Trouvez une autre voie ! Ce n'est pas un vengeur isolé qui peut libérer les opprimés, mais seulement un grand mouvement révolutionnaire des masses, qui ne laissera rien subsister du système de l'exploitation de classe, de l'oppression nationale et de la persécution raciale...

Trotsky,  30 janvier 1939

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 23:56


A l'occasion de cette commémoration, nous publions deux articles, l'un consacré à l'Autriche (ci-dessous) et l'autre retraçant le déroulement et la planification de ces violences antijuives Nuit de cristal : 70 ans après(II) Un acte prémédité  .

 

Terrible Autriche

La vague de violences anti-juives organisée par les nazis le 9 et 10 décembre 1938 et connue sous le nom de Nuit de Cristal (Kristallnacht), fut particulièrement meurtrière en Autriche, alors intégrée au Reich allemand.
 
En ce 70eme anniversaire, c'est aussi là que son souvenir résonne dans l'actualité récente.
Lors des législatives du 28 Septembre 2008 l'extrême-droite a, malgré ses divisions, rassemblé 30% des voix.
Environ 40 % des moins de 18 ans ont voté pour le FPÖ de Heinz-Christian Strache, concurrent de Haider.
Strache, entouré de néo-nazis, s'est illustré au printemps dernier par une très violente campagne contre les immigrés et une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Europe, sous le slogan «Autriche, reste libre!»
Près de 10 % de ces jeunes de 16 à 18 ans à qui le vote était ouvert pour la première fois ont opté pour le BZÖ de Haider
Mais dans cette Autriche vieillissante, il ne faut par surestimer le poids des 16-18 ans, ils représentent moins de 3 % de l'électorat  Les résultats de l'extrême droite sont dus en majeure partie à des gens de plus de 50 ans.

 
La mort de Haider le 11 Octobre 2008 a ensuite donné lieu à une immense célébration.   
Jamais en Autriche, un homme politique n'avait été l'objet de tels honneurs. A Klagenfurt, la capitale régionale de la Carinthie dont il était le gouverneur , des milliers de bougies ont été allumées devant le palais du gouvernorat, tandis que des banderoles accrochées par des ribambelles d'écoliers pleurent « Jörg, le roi des cœurs carinthiens». Une messe célébrée en la cathédrale de Vienne a rassemblé des milliers de personnes, mêlant anciens ministres, conservateurs comme sociaux-démocrates, et néo-nazis discrets, identifiables seulement à leur crâne rasé et à la boucle de leur ceinturon affichant un double «s».
Dans les écoles de Carinthie, une minute de silence a été observée durant la semaine à la mémoire de Jörg Haider. Les enfants ont été invités à chanter pour lui.
Lors de ses obsèques plusieurs orateurs se sont succédé à côté du cercueil veillé par six soldats, s'adressant à un parterre où la plupart des élites politiques autrichiennes avait pris place.
Le président de la république Heinz Fischer, le chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer, le chef du parti social-démocrate Werner Faymann, chargé de former le futur gouvernement à l'issue des dernières législatives, ses homologues des autres partis, à l'exception des écologistes, lui rendirent hommage
Cet emballement institutionnel et populaire, qui, pour le quotidien de droite à grand tirage Kurier, rappelle celui «autour de Lady Di et de Mère Teresa»,
vit célébrer en grande pompe la disparition d'«un homme politique de grand talent», selon les termes du président de la République, Heinz Fischer (SPÖ, gauche).
 
C'est le même Haider qui  se réclamait  «la politique de l'emploi réussie» du IIIe Reich et célébrait les Waffen SS, ces «hommes honnêtes restés fidèles à leurs convictions»
 
Au même moment, l'élection à la co-présidence du Parlement autrichien de Martin Graf, député du parti d'extrême-droite FPÖ de Strache et membre de l'association antisémite et négationniste Olympia amplifie le malaise.
Olympia compte à son actif l'organisation de conférences du négationniste David Irving (voir notre article précédent Oxford: négationnistes en vedette? ), et la prestation du chanteur-compositeur antisémite Michael Müller qui, sur scène, entonnait: "Avec 6 millions de Juifs, la fête ne fait que commencer Jusqu'à 6 millions, le four reste allumé (...) Nous avons plein de Zyklon B (...) Avec 6 millions de Juifs, c'est encore loin d'être terminé".
 
Les partis de Jörg Haider et Strache s'inscrivent dans la tradition antisémite sans doute la plus forte d'Europe occidentale. Dès 1895, Karl Luger, dirigeant du parti "social-chrétien", se fait élire maire de Vienne sur un programme explicitement antisémite. La thématique estl'envahissement de la ville par les Juifs de l'Est et l'atteinte à la nation autrichienne/allemande.
 
L'année 1938 a débuté par l'annexion de l'Autriche par Hitler, l'Anschlüss. L'armée allemande fait une entrée triomphale en Autriche le 12 mars 1938. A la fin cette  journée les bureaux des organisations juives sont déjà saisis par les Nazis.
Dans les jours et les mois qui suivent presque tous les Juifs autrichiens ont perdu leurs moyens de subsistance et dans la majorité des cas leur domicile. Les mesures antisémites du Reich s'appliquent immédiatement.

 
Au lendemain de l'Anschluss, les Juifs sont forcés de revêtir leurs habits de fête et de nettoyer les rues de Vienne, accroupis sous le regard des Viennois goguenards et ravis. 

Les jeunesses hitlériennes paradent en tirant des Juifs orthodoxes par leur barbe,  d'autres Juifs sont obligés de brouter l'herbe au parc du Prater.
  Ces actes sont rarement commis par des Nazis allemands mais plutôt par des Nazis autrichiens. A Vienne, les « parties de frottage », sont quotidiennes. Des groupes de S.A. sortent les Juifs de leur maison ou de leur magasin, leur mettent dans les mains un seau et une brosse et les obligent, sous les huées et les injures des gens qui font cercle autour d'eux, à effacer sur le macadam ou sur les murs des maisons les slogans appelant à s'opposer à l'Anschluss ou de  barbouiller de peinture jaune des magasins juifs.
 
Lors de la Nuit de Cristal, la plupart des synagogues de Vienne furent détruites. Les commerces juifs furent vandalisés et saccagés. Des milliers de Juifs furent arrêtés et déportés vers les camps de concentration de Dachau ou de Buchenwald.
 
Les nazis autrichiens occupèrent une place centrale au sein de la galaxie nationale-socialiste,suivant l'exemple d'Hitler, lui même d'origine autrichienne.Adolf  Eichmann symbolise cette implantation au cœur de la mise en œuvre du génocide.
  

 
Après guerre, la réintégration rapide des nazis dans l'espace politique se fait sous la protection des Alliés et du mythe d'une Autriche "victime" du nazisme. La présidence de Kurt Waldheim (1986-1992) fortement antisémite et qui a participé à des crimes de guerre nazis dans les Balkans, poursuit cette voie, aggravée en 1999 par la première victoire électorale de Haider avec 27% des voix.

MEMORIAL 98




 

 

 

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