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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations,

pour toute question : 

contact@memorial98.org

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 00:16

La communion des antisémites

L'événement est très peu familial et hautement symbolique : Dieudonné fait baptiser sa fille par des curés catholiques intégristes, connus pour leur antisémitisme ; le parrain est Le Pen lui-même.

 Démarche à priori ahurissante de la part de Dieudonné qui cherche à se bâtir  une image de  "militant laïque" "combattant contre tous les intégrismes".
C'est le dirigeant du FN lui-même qui en livre l'explication :
"J'ai de l'estime pour Dieudonné, déclare-il, nous nous sommes rapprochés car nous avons des points communs. Nous appartenons tous les deux à la communauté des parias...Nous sommes persécutés de la même manière, à cause de notre liberté de pensée et de notre liberté de parole",
Quels sont donc ces fameux "points communs" du dirigeant d'extrême-droite et du pourfendeur de "la pornographie mémorielle de la Shoah" ?
Le négationnisme et l'antisémitisme.
La cérémonie intégriste bordelaise est ainsi liée à la récente déclaration de Le Pen dans le magazine « Bretons » du mois de mai : "J'ai dit que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale : ça me paraît tellement évident" (voir notre article précédent
Le Pen et le "détail": décryptage )
 Face à ce scandale renouvelé, la direction du FN est alors embarrassée; Marine Le Pen prend même publiquement ses distances.
Un des rares dirigeants du FN à se porter à l'aide de Le Pen est Alain Soral. Il surenchérit même en écrivant sur son site:
 « ... Monsieur Le Pen a profondément tort, la chambre à gaz est tout sauf un point de détail, c'est même aujourd'hui, plus qu'hier encore, la religion, le dogme autour duquel tourne toute l'époque contemporaine. Dans l'ordre du sacrifice fondateur, la chambre à gaz a remplacé la croix du christ...
 Aujourd'hui, dans ce climat de judéomanie délirante - une judéomanie délirante et suspecte qui tient plus de l'esprit de la Collaboration que du combat pour le bien et l'amour des hommes - plus les souffrances de la guerre s'éloignent, plus c'est la seconde guerre mondiale toute entière qui devient un détail de la chambre à gaz !... »
 Ce même Soral est aussi le le mentor de Dieudonné, celui qui l'a rapproché du FN et introduit auprès de Le Pen.
C'est cette « communion » qu'ont  voulu marquer  Le Pen et Dieudonné ; ils  en ont soigné la symbolique en choisissant l'église des intégristes antisémites à Bordeaux. L'abbé Laguérie qui y officie avec la bénédiction du pape Benoît XVI,  est l'ancien chef de Saint Nicolas du Chardonnet à Paris; il s'est notamment illustré par la défense du milicien Touvier et possède donc le profil idéal pour célébrer ces effusions antisémites (voir notre précédent article
Benoît XVI appuye les intégristes antisémites en France )

De plus, Le Pen et Dieudonné communient aussi dans un " principe éducatif" particulier : ils interdisent à leurs enfants de s'informer librement et de lire sur le génocide juif, dont ils contestent la véracité.  Dieudonné se glorifie ainsi d'avoir arraché les pages ayant trait à la Shoah du livre d'histoire de son fils.
Le Pen avait quand à lui interdit à ses enfants de regarder la série télévisée « Holocauste » qui en traitait.
Dieudonné fût aussi un personnage central de la campagne Euro Palestine des européennes de 2004 et du meeting du 6 juin de la même année au cours duquel Soral déjà et Siné s'employèrent à faire siffler et huer des patronymes juifs (voir notre article précédent
Antisémitisme: Siné persiste et récidive ). Ce rituel était directement issu des meetings du FN, au cours desquels Le Pen faisait conspuer le nom de journalistes au patronyme juif.
Il y a un mois à peine Dieudonné avait mis en scène dans son théâtre ses retrouvailles avec Elie Seimoun, son ancien camarade de spectacle. Ce dernier doit aujourd'ui amèrement regretter de s'être prêté à cette escroquerie.
 Au delà des symboles, une question se profile:
Qu'annonce cette officialisation du rapprochement de deux piliers de l'antisémitisme en France ?

A suivre avec attention.

Memorial 98

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 23:19

 

 Antisémitisme : Siné persiste et récidive.

Un violent débat secoue Charlie-Hebdo et la presse en général à propos d’une chronique de Siné parue le 2 juillet dernier et dans laquelle il écrit : 
« … Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il (JS) vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »
Chacun peut se faire sa propre opinion en lisant ces lignes.
 
 
Pour notre part il n’est nul besoin de faire appel à l’exégèse pour noter les poncifs antisémites les plus éculés mais aussi les plus toxiques contenus dans la juxtaposition des termes choisis par Siné.
Selon lui, Jean Sarkozy "ira loin" car il s'acoquine avec les riches juifs.
Siné se défend en déclarant ;
« Si Jean Sarkozy se convertissait à l'islam pour épouser la fille d'un émir ou à l'hindouisme pour épouser une fille de maharadja, je l'aurais écrit aussi… » On aura connu des défenses plus crédibles.

 
Sans fouiller les biographies ni sonder les âmes, il faut néanmoins rappeler que  Siné est  un récidiviste de l’antisémitisme.
Le summum de son expression publique dans ce registre a été atteint lors de la campagne européenne de juin 2004. Il soutenait à l’époque la liste "Euro-Palestine" (dont il faut préciser qu’elle fût dénoncée par Leïla  Shahid, alors déléguée générale de Palestine en France).

 
Lors du meeting central de cette liste au Palais des Sports de Paris, le 8 juin 2004, un duo composé de Siné et Alain Soral s’est livré à un exercice bien connu des rassemblements d’extrême-droite : ils ont, de la tribune,  fait siffler et huer par le public  des personnalités en jetant leur patronyme juif en pâture.
Le site officiel de la liste Euro-Palestine rendait ainsi compte de cet épisode :
« … Siné et Alain Soral se sont livré avec la salle à un petit jeu de devinettes, consistant à trouver les auteurs d’un certains nombre de phrases incroyables mais vraies, sorties de la bouche de divers supporters de Sharon, mais aussi de politiciens français… »

 
Alain Soral était déjà à ce moment réputé pour son antisémitisme forcené et revendiqué; il l'a depuis officialisé en adhérant officiellement au Front National et en devenant un de ses  dirigeants. C’est même l’un des seuls à défendre la récente déclaration de Le Pen renouvelant son affirmation sur le « détail » de la deuxième guerre mondiale  (voir notre article précédent Le Pen et le "détail": décryptage ).
 
Mais comment Siné pouvait-il se livrer à un tel exercice et en telle compagnie ?
Sa chronique de Charlie n’est malheureusement ni un glissement de plume ni une manifestation d’humour douteux, mais la continuité d’un antisémitisme ancien et endurci.
 
 
Ceux qui pensent pouvoir combattre Sarkozy en glissant sur le registre de la xénophobie ("Sarkozy le Hongrois") ou de l'antisémitisme à la Siné, démontrent qu'ils se placent, volontairement ou involontairement, sur le même terrain que celui qu'ils prétendent dénoncer.
 
 
Ainsi Le Pen, dépouillé de son électorat par Sarkozy et bien en peine de dénoncer le recours à l'"Identité nationale" et aux expulsions massives de sans-papiers a choisi de l'attaquer sur ses "trois grands-parents étrangers", formule codée faisant référence au statut d'exclusion des juifs instauré sous le régime de Vichy (voir notre article précédent Le Pen et les "3 grands-parents étrangers" de Sarkozy ) .
 
Pour notre part nous poursuivons le combat contre la xénophobie d'Etat, l'Europe-forteresse et les quotas d'expulsions, mais aussi contre toutes les postures douteuses qui ont  déjà entraîné des pans de la gauche française vers de terribles dérives.


Memorial 98

 


 

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 00:00


Nous publions un texte exceptionnel et inédit, un entretien avec l'historien Raul Hilberg réalisé au cours du dernier trimestre 2006, quelques mois avant sa mort  le  4 août 2007.

Raul Hilberg a, depuis 1948, étudié la réalité du génocide des Juifs par la description rigoureuse des mécanismes impliquant la bureaucratie--police, armée, administration-- de l'Etat nazi. Dans son œuvre capitale, La destruction des Juifs d'Europe (éd. définitive, Folio Histoire - Gallimard) Raul Hilberg analyse la Shoah comme un processus, dont les étapes sont la définition des Juifs, leur expropriation, leur concentration, et enfin leur destruction. Ce livre, qui constitue une des références mondiales sur la question, est aussi l'histoire de la conscience collective face au génocide.
Les analyses de Raul Hilberg sont évidemment soumises à  discussion. Nous ne partageons pas certaines de ses prises de position, y compris parmi celles qui figurent dans cet entretien. Mais la compréhension de son œuvre est indispensable à qui veut connaître le génocide nazi.
Nous remercions Laura  Laufer qui a réalisé et traduit cet entretien.

Mémorial 98
 




Laura  Laufer
Vous avez entrepris ce travail en 1948 et la première édition du livre date de 1961. Pouvez-vous décrire comment vous avez choisi une méthode de travail portant avant tout sur la description précise du « comment » le génocide plutôt que sur le « pourquoi » de celui-ci ?

Raul Hilberg
En 1948, plus exactement à la fin de cette année là, j'ai pris la décision d'explorer ce qui était arrivé lors de la catastrophe pour les Juifs d'Europe. Nous avions une esquisse de l'ensemble mais nous ne connaissions pas les détails. D'abord il fallait travailler précisément sur le comment dans un espace de 12 ans ce processus s'était déroulé, avant même que de commencer avec le pourquoi certaines décisions avaient été prises. Et jusqu'à aujourd'hui je n'ai toujours pas répondu au pourquoi car je trouve cela extraordinairement difficile et il s'agit de décider si on peut répondre à une telle question. De ce point de vue,  je partage l'avis de Claude Lanzmann pour dire que cette question n'est pas facilement abordable et qu'il vaut mieux ne pas la poser.


Laura  Laufer
Au XXIe  siècle reste-il  une spécificité du génocide des Juifs d'Europe par rapport au génocide rwandais ? Et laquelle ?

Raul Hilberg
Quand il y a environ dix ans se déroula au Rwanda le massacre des Tutsis, je fus frappé d'abord par le fait que cela arriva par surprise, que c'était inattendu. De toute évidence, il y a de nombreux  pays nouveaux en Afrique : dans le monde occidental, c'est à dire les Etats Unis ou l'Europe, les gens ont même  des difficultés à situer ces pays sur une carte et cela est particulièrement vrai pour les nombreuses terres enclavées d'Afrique comme le Rwanda, un petit pays habité par deux communautés l'une Tutsie, l'autre Hutue, mais avec des Hutus plus nombreux que les Tutsis.
En général, le monde occidental n'avait pas vraiment d'idée de qui étaient ces gens ou pourquoi ils étaient engagés dans une confrontation hostile. Après tout, ils parlaient le même langage  et le pays avaient été christianisé comme catholique. Ce n'était ni le facteur linguistique ou religieux qui pouvait fournir les raisons du conflit, si tant est qu'il devait y avoir un conflit. Jusqu'à ce que rétrospectivement on découvre les racines de l'antagonisme entre Hutus et Tutsis. J'ai pu observer à ce propos que l'Europe avait agi avec ambiguïté J'ai noté également que l'Europe a été l'objet, sans ambiguïté, d'une instrumentalisation par un groupe dans le but de réduire l'autre à néant.
Même si des massacres ont pu avoir lieu dans les années qui ont suivi la période de l'après guerre, comme au Timor Oriental ou dans d'autres pays reculés, le Cambodge et maintenant le Rwanda avaient cette particularité qu'on y a massacré des hommes des femmes et des enfants dans le seul but de ne pas en laisser un seul survivre. La troisième caractéristique qui est, dans un sens la même que celle du désastre pour les Juifs d'Europe, c'est que cela est arrivé sans que cela n'affecte ou n'interfère d'aucune façon sur les pouvoirs en place en Europe. Je mentionne cette circonstance avant tout dans le dernier chapitre de mon livre car quand la Deuxième Guerre Mondiale prit fin avec la libération des camps tels Buchenwald, les détenus exigèrent « Plus jamais ça », « Nie wieder » (en allemand " jamais plus") et cette notion du « Plus jamais ça » a été incorporée dans les conventions internationales pour obliger à ne pas rester sans intervenir si un fait semblable se répétait... et bien cette fois ça a eu lieu et personne n'est intervenu. De plus, pendant la Seconde Guerre Mondiale on a tiré excuse de la priorité donnée à la guerre pour ne pas aider les Juifs, alors que dans le désastre du Rwanda, il n'y avait pas de guerre. Pour moi cette dimension est d'une importance suprême.



Laura Laufer
Comment déterminez- vous parmi les victimes, les Juifs des non-Juifs ? Par exemple  vous intégrez les Juifs convertis au christianisme dans vos calculs. Est-ce du fait que les nazis les considéraient comme Juifs ?

Raul Hilberg
Je ne suis pas sûr de comprendre cette question; il y a deux éléments que je discerne et qui donnent lieu à calcul. D'abord : parmi ceux qui ont péri en tant que Juifs, il y avait en réalité des Chrétiens. Les Allemands avaient une définition qui fixait que quiconque avait quatre grands parents juifs était juif, c'est la notion de « définition raciale ». En fait, ce n'était pas du tout une définition raciale parce que les Juifs ne pouvaient pas être reconnus dans la rue en tant que Juifs ! Il y avait eu une tentative faite par les nazis en 1932, de reconnaître les Juifs dans la rue mais ceux qu'ils attaquèrent alors n'étaient pas tous Juifs ! Ils avaient cru qu'ils étaient juifs parce qu'ils étaient dans les alentours de synagogues. C'est ainsi que vint la définition qui a été retenue par les bureaucrates du ministère de l'intérieur, à savoir que si une personne avait quatre grands parents juifs qui étaient juifs par la  religion,  cette personne était juive. En d'autres termes, on n'avait pas à rentrer dans la question de savoir s'il s'agissait de race, la race était présumée si la religion était juive, et le critère était la religion des grands parents. S'il n'y avait que trois grands parents juifs, cette personne était encore juive ; s'il y avait deux grands parents juifs, le critère décisif était de savoir si cette personne était de religion juive ou si elle était marié à une personne également juive ; elle était alors considérée comme juive . Si ce n'était pas le cas, il n'était pas  défini comme juif. Dans ce cas, il était appelé Mischlinge(« mélangé » en allemand) de premier degré. Et s'il était au quart, il était appelé Mischlinge de second degré.
Maintenant, prenons une personne qui était chrétienne par la religion. Si quatre de ses grands parents étaient juifs, en d'autres termes si elle ou ses parents étaient devenus chrétiens, elle était juive de la même manière ; elle était considérée comme Juive. Aussi vous trouvez dans les listes de déportation des Chrétiens qui étaient considérés comme Juifs parce que les grands parents étaient juifs. Et de manière similaire, si quelqu'un avait trois grands parents juifs bien que cette personne soit Chrétienne, elle était considérée comme Juive. Maintenant, elle n'était pas considérée comme Juive avec deux grands parents juifs, mais il y  avait des convertis au christianisme ou des enfants de convertis qui étaient considérés comme Juifs et nous savons par exemple que dans le ghetto de Varsovie il y a eu des personnes dans ce cas qui ont été déportées à Treblinka. Cela n'a pas été un très grand nombre, mais il a été significatif. Il montre que les nazis contestaient l'idée que quelqu'un pouvait cesser d'être juif pour devenir chrétien. Ils rejetaient cette idée. Aussi ils rencontrèrent de grandes difficultés dans certains pays, notamment des pays catholiques parce que le baptême est un sacrement.  Si une personne était requise pour porter une étoile jaune, de quoi cela avait l'air pour quelqu'un d'arriver à l'église portant une étoile jaune ? Cela a créé des tensions, déjà en Allemagne, mais aussi dans d'autres pays. Et c'est ce facteur qui a poussé l'Eglise au conflit avec le régime nazi. Donc, cela avait une certaine signification. Pour les Juifs, la signification était que la conversion ne marchait pas. En d'autres termes, c'était compliqué d'éviter les persécutions. Si quelqu'un voulait échapper à la discrimination, refusait la ségrégation, le fait de juste devenir chrétien ne résolvait pas le problème. Et depuis 1945, les personnes qui sont devenues chrétiennes dans la communauté juive ne le font plus pour des raisons opportunistes mais par vraie croyance chrétienne. Cette politique des Allemands a eu des conséquences importantes, qui ne visait pas un nombre important de personnes, mais à l'époque et, selon les pays,  on peut comptabiliser ceux qui étaient considérés Juifs par les nazis, et ceux qui étaient effectivement Chrétiens par religion.
(voir aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_de_Nuremberg)

Laura Laufer :
 Le fait génocidaire n'a-il pas été « banalisé » du fait de la multiplication de ses représentations. Pourriez-vous dire votre  sentiment, par exemple, dans la manière dont le cinéma et la télévision se sont emparés du sujet ?
Raul Hilberg :
Le nombre de médias grand public, incluant les romans, mais particulièrement la télévision ou les  films au cinéma qui prennent pour objet la question de l'Holocauste est devenu important. La raison en est simple: un livre comportant des notes et annexes comme le mien sera lu par des milliers de gens ou même par des dizaines de milliers de gens. Un film sera vu par des millions de gens. Aussi cela engage d'énormes conséquences si le sujet apparaît à la télévision ou au cinéma ou même dans un roman à succès. La  question qui se pose et devient importante est ce qu'il arrive à l'Histoire quand elle est submergée par une représentation fictionnelle ou même dans une sorte de reportage. Et la réponse est que des faits d'une extrême complexité sont abandonnés par nécessité, parce que le temps à l'écran est très limité et qu'il n'est pas possible d'intégrer les sources matérielles qu'on trouve dans ce qui est imprimé. Le film de Lanzmann, Shoah après montage intégral, dure neuf heures, mais si vous regardez le livre du même titre, il s'agit d'un livre court alors qu'il inclut tout ce qui est dit dans le film. C'est une condensation de faits historiques qu'il s'agisse de films de fiction, de romans ou de documentaires. Nous devons admettre que les gens ordinaires impliqués dans la vie active ne sont pas des étudiants  et n'ont pas le temps de lire toute la complexité des mesures impliquées dans cette destruction massive ; ils ne peuvent en extraire qu'une vague idée, surtout dans un film, essentiellement celle que ce fut la mort de millions de gens,. La fiction prend pour point central l'individu et dans le processus de décision, c'est toujours l'impact des mesures de destruction qui est montré, le fait qu'il soit affamé, torturé ou qu'il agonise, et l'intérêt du lecteur se portera sur les victimes ou sur les bourreaux. Nous savons que de tels romans existent. Il y a une différence fondamentale entre un livre de recherche sur le sujet et un livre qui remporte un succès.

Laura  Laufer :
Dans les éditions antérieures de votre ouvrage, vous mentionniez déjà le fait qu'un travail tel que le vôtre implique erreurs et oublis et que vos prises de position et conclusions nécessiteraient inévitablement des corrections et de nouvelles précisions. Aujourd'hui, les corrections que vous faites viennent-elles de nouvelles connaissances ou bien avez vous rencontré au fil des années de nouveaux problèmes de méthode dans l'établissement du fait historique génocidaire? Ou bien les deux ?

Raul Hilberg
Le fait que des erreurs ou des omissions soient faites dans ma recherche m'est apparu déjà au début. De toute évidence, je ne savais pas quelles erreurs je ferai ni ce que je devrai corriger. Je sentais seulement que les erreurs étaient inévitables. Je sentais aussi que des éléments étaient laissés en dehors pour la bonne raison qu'au départ nous n'avions pas tous les éléments, les sources. Il s'est avéré que le nombre de documents généré par l'entreprise d'assassinat d'un nombre énorme de gens dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer. Il ne s'agissait pas de centaines ou de milliers de pièces de papiers, mais de millions ; et nous devons avoir à l'esprit  que les Allemands ont détruit beaucoup de documents parce qu'ils ne voulaient pas que des découvertes soient faites après l'événement. Nous devons aussi prendre en compte  que certains documents ont été détruits par les bombardements aériens qui visaient les ministères. Entre ces deux facteurs, le nombre de documents ont a été réduits et une quantité de preuves a été inévitablement perdue. Aussi nous devons utiliser comme matériel de recherche ce qui est resté. Au départ, quand j'ai commencé mon travail, je savais que je ne pouvais agir que sur des matériaux existant à l'Ouest, car les documents se trouvant alors en Union Soviétique n'étaient pas accessibles ; ce n'est qu'en 1990 que ces archives ont été ouvertes. J'ai pu réaliser alors quelle quantité de matériel était aux mains des Soviétiques. Je n'en avais pas d'idée auparavant, je savais seulement qu'une partie y était. Donc je savais pour cette raison que j'omettais bon nombre de choses. Je ne pouvais pas entrer dans  les détails de ce qui était arrivé sur des territoires spécifiques. J'avais en tête qu'il y avait un bon nombre de victimes sur les territoires de l'Union Soviétique, d'où des régions importantes sur lesquelles nous avions peu de détails. De plus, il y avait tant de personnes qui avaient été tuées et  relativement peu de témoins. Et il y avait des massacres sans un seul survivant. J'avais connaissance de ces faits qui font que je savais que le travail n'était pas fini. J'ai fait ce que j'ai pu. Et ensuite, pendant un temps, je n'ai pas fait grand chose et donc j'ai réalisé qu'il y avait encore beaucoup à faire. À ce moment, j'ai recommencé mon travail à l'intérieur même de ces limites et je suis retourné pour la quatrième fois à mes recherches : maintenant je suis arrivé à l'âge de la retraite. Voici la longue démarche de mes préoccupations sur ce sujet.


Laura Laufer
Comment êtes-vous arrivé à calculer le total des victimes ?


Raul Hilberg
En ce qui concerne le total, j'ai été capable de le calculer très tôt. Je n'acceptais pas le chiffre de six millions qui apparaissait aux procès de Nuremberg, mais recherchai des documents qui n'étaient pas accessibles en 1946, parce qu'ils n'avaient pas encore été découverts. L'un d'eux était un rapport du statisticien SS Korherr de la fin  de 1942, comme supplément  à son rapport des trois premiers mois de 1943.
Il y avait là un matériel assez riche, mais qui n'était pas complet. Korherr par exemple n'avait pas les informations dans son rapport sur les massacres de Volhynie-Podolie que je connaissais  raison de l'existence d'un autre rapport. Donc j'étais capable de mettre ensemble quatre documents dont le rapport Korherr qui couvrait  pas mal de statistiques de l'Europe de l'Est et aussi du Sud Est de l'Europe, les massacres de Volhynie-Podolie, le ghetto de Lodz et ajoutées à cela les données concernant la  Hongrie pour 1944.  Et à partir de ces quatre sources,   il était possible dès 1950-1951 de dire: pour telle région nous ne connaissons pas les données spécifiques mais nous avons des données précieuses pour tel ou tel aspect et comme résultat je pouvais arriver à un nombre probable,  un nombre qui comportait quelques points et questions à préciser, un nombre de plus de cinq millions, mais pas six. Mes collègues avaient aussi fait un calcul qui n'en était pas au développement où j'étais arrivé. Certains d'entre eux ont dit, le nombre n'est pas de 6 millions mais de 5 millions et demi et on l'a arrondi vers le haut ;  d'autres ont pris un chemin à l'inverse : le chiffre est de  plus de 5 millions et demi et ils l'ont arrondi vers le bas. En gros, on est entre 5 et 6 millions, mais certains pensent qu'on est plus près de 6 millions et moi je pense qu'on est plus près de 5 millions. Si vous êtes en hypothèse de calcul avec le chiffre le plus affiné, je dirai que le chiffre à prendre en compte est de 5 millions cent mille.  Cela pourrait être un peu plus ou un peu moins. Je ne crois pas que cela puis être en dessous ou au-dessus.  Mais ça, c'est le résultat de mon travail renouvelé sans cesse et sans fin sur les preuves, répété sans cesse sur les documents, sur les extrapolations, sur les calculs, et ce pendant des années. À cela, je veux ajouter que le public veut toujours des chiffres exacts, même quand les documents ne sont pas disponibles et que les statisticiens vous diront que ce n'est pas possible de les corriger dans ce sens ; même de nos jours il est difficile de calculer le nombre de naissances, de décès, de déplacements des populations. Je défendrai le seuil jusqu'auquel on peut arriver à une certaine exactitude. Je suis en désaccord avec les statisticiens car aujourd'hui vous avez des gens aux Etats-unis ou en France qui sont libres de se déplacer, alors que les populations juives étaient gardées à l'intérieur du ghetto, qu'elles étaient comptées  avant de monter dans les trains qui les emmenaient dans les camps de la mort. Les Allemands n'ont jamais arrêté de compter, sauf à utiliser les Juifs pour dresser cette comptabilité et en faire le rapport mois par mois. En raison de ce système fermé, cette rationalisation était comme compter les détenus d'une prison et là vous avez des pièces comptables.



Laura Laufer
Pouvez-vous revenir sur le titre de votre livre (la destruction des juifs d'Europe) qui paraît très exact dans la définition de l'entreprise génocidaire. Que pensez- vous de l'usage plus courant de mots tels  qu'extermination, holocauste... ?

Raul Hilberg
J'ai choisi le mot destruction parce que c'était un mot neuf et juste. Je ne voulais pas de mot qui porte accusation d'un côté, ni ces mots qui en anglais impliqueraient que les Juifs sont des sous-hommes. Il y a un problème linguistique avec le mot extermination lequel en anglais fait  référence à la vermine. Il y a des entreprises spécialisées dans  l'extermination des cafards ou des rats et qui sont appelées des entreprises « d'extermination ». Le mot a un sens différent en italien ou en français. Puisque j'écris en anglais, j'ai rejeté le mot extermination. Quant à holocauste c'est un mot qui vient de l'Antiquité et a des racines dans les pratiques religieuses. Il  signifie brûler en totalité, caust se réfère au fait de brûler et holo veut dire tous. Il y a une dimension dans la description qui peut conduire à utiliser le mot holocauste parce que les corps des Juifs ont été brûlés après avoir été assassinés ainsi qu'on le voit en ouvrant les fosses ou dans les camps à Treblinka, Sobibor, Auschwitz... L'origine du mot rappelle quand même ce sacrifice religieux ou les hommes tuaient un animal et l'offraient aux Dieux. Les historiens du classicisme expliquent que quand les anciens Grecs, pour la plupart paysans, offraient un animal en sacrifice, ils faisaient d'abord des compromis, en mangeant les meilleurs morceaux et offrant aux Dieux la  part qu'ils ne mangeaient pas, les os. Mais pour éviter que les Dieux soient en colère, ils devaient sacrifier l'animal entier. C'est là l'origine du mot holocauste. Et ce n'est pas pertinent pour moi car je rejette l'idée que les Juifs aient été offerts en sacrifice. À l'intérieur de la communauté juive, cette notion de sacrifice existe encore aujourd'hui. Et c'est ce que je rejette parce que sur le fond je suis athée.

                                                       Questions et traduction, Laura Laufer

 Remerciements aux éditions Gallimard.

 Deux références courtes pour compléter cet entretien :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Raul_Hilberg



http://www.anti-rev.org/textes/Hilberg98a/index.html



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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 18:42

Erevan, le mardi 3 juin 2008

Après le succès de sa journée d’action et de sensibilisation aux génocides et à leur négation, qui s’est tenue le dimanche 27 avril 2008 sur le parvis de Notre-Dame à Paris, le Collectif VAN annonce la deuxième étape de son opération « Les génocides vous regardent - Arméniens, Juifs, Tutsis, Darfouris : un mur contre le déni ».

L'antenne du Collectif VAN en Arménie [Vigilance Arménienne contre le
Négationnisme], composée de jeunes militants actifs et concernés par les questions des génocides et du négationnisme, organise une exposition informative à Erevan, capitale de l'Arménie du 7 au 10 juin.

Cette  action, première de ce type en Arménie, est déclinée sur le principe de l’exposition parisienne menée par le Collectif VAN le 27 avril 2008 et à laquelle notre association Mémorial 98 a participé (voir notre article précédent
Contre les génocides:27 Avril à Paris )
 Elle se propose d’apporter au public d’Arménie, des éléments d’information sur quatre génocides et leur négation : quatre grandes affiches traiteront du génocide arménien de 1915, de la Shoah, du génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda et du génocide qui se déroule depuis 2003 au Soudan contre les populations darfouries.

L'antenne du Collectif VAN apportera également des éléments d’information concernant la négation de tous ces génocides et proposera une action participative. Ainsi, comme à Paris, « Un mur contre le déni » invitera les visiteurs à manifester leur vigilance en collant sur toute sa surface des stickers avec notamment les phrases suivantes :
« Les génocides, ça me regarde », « Plus jamais ça », « Le négationnisme est la phase ultime d’un génocide », « Il n’y a pas d’avenir pour une humanité qui cautionne le génocide »,, « Le négationnisme, c’est l’anti-histoire », « Les négationnistes n’expriment pas une opinion : ils perpétuent le crime ».

« Les génocides vous regardent - Arméniens, Juifs, Tutsis, Darfouris : un mur contre le déni » : cette manifestation visant à tisser un lien de solidarité entre des peuples victimes de génocide, apparaît d’ores et déjà comme une grande première en Arménie.



MEMORIAL 98




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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 12:15

Nous avons déjà alerté nos lecteurs sur le projet de directive européenne dirigé contre les étrangers notamment demandeurs d'asile (voir notre article précédent Europe: contre l'emprisonnement des réfugiés! ).

Les échéances se rapprochent et s'aggravent au vu du durcissement du texte. Nous appelons à participer à la journée d'action européenne du 14 juin et à envoyer des lettres aux députés européens (ci-dessous)

CONTRE LA DIRECTIVE DE LA HONTE :
LA MOBILISATION DOIT SE POURSUIVRE


Le projet de directive retour, tel qu'il a été dernièrement modifié et adopté par les représentants des Etats membres le 22 mai, est encore plus alarmant que le texte amendé par le Parlement Européen en septembre dernier et contre lequel nous nous étions mobilisés.

Alors que les points suscitant notre inquiétude sur le premier projet subsistent, on note un durcissement du texte qui prévoit notamment:
- un enfermement des étrangers pouvant atteindre dix-huit mois, pour le seul fait d'avoir franchi des frontières et de vouloir vivre en Europe ;
- la détention et l'éloignement des personnes vulnérables (femmes enceintes, personnes âgées, victimes de torture,...) et des mineurs qu'ils soient ou non accompagnés, au mépris du respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. La dernière version de ce texte permet la détention et l'expulsion forcée des mineurs isolés vers un pays tiers (autre que leur pays d'origine) où ils n'ont ni famille ni tuteur légal ; en outre, il n'est plus imposé aux Etats de fournir un titre de séjour aux personnes souffrant de maladies graves,
- une systématisation de l'interdiction du territoire de l'Union Européenne pendant cinq ans pour les personnes expulsées, soit l'exclusion et la criminalisation de ces personnes ;
- le renvoi des étrangers vers les pays par lesquels ils n'ont fait que transiter, sans qu'ils aient un lien avec ces pays.

Ce projet de directive doit maintenant être soumis au vote du Parlement européen le 18 juin prochain. Devant l'imminence de ce vote, il est important que la mobilisation se poursuive afin que ce projet de directive soit rejeté.

Une journée d'action européenne est prévue le 14 juin prochain
Manifestation à Paris
Carrefour de l'Odéon - 14 h

Une campagne de lettres à envoyer aux députés européens
sur le site
www.directivedelahonte.org

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 23:31

Nous publions un appel européen visant à combattre de nouvelles règles qui feraient passer la possibilité de "retenir" des demandeurs d'asile et d'immigrés jusqu'à 18 mois, sans aucune garantie statutaire ou juridique.
Nous soutenons cette mobilisation et  vous demandons de signer la pétition européenne ci-dessous.

 Rassemblement européen à Bruxelles
7 mai 2008 - place Schuman

Non à la directive de la honte !
Appel aux parlementaires européens


Au mois de mai 2008, un projet de directive sur la rétention et l'expulsion
des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen.

Depuis 1990, la politique européenne conduite par les gouvernements en
matière d'immigration et d'asile s'est traduite par une réduction continue
des garanties et des protections fondamentales des personnes. L'Europe se
transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens
démesurés pour empêcher l'accès à son territoire et expulser les
sans-papiers.

Le projet de directive, s'il était adopté, constituerait une nouvelle
régression.
En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois pour des personnes
dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe
, il porte en lui une
logique inhumaine : la généralisation d'une politique d'enfermement des
personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion
des populations migrantes.
En instaurant une interdiction pour 5 ans de revenir en Europe pour toutes
les personnes renvoyées, ce projet de directive stigmatise les sans-papiers
et les transforme en délinquants à exclure.

Le projet de directive qui sera présenté au Parlement est le premier dans
ce domaine qui fasse l'objet d'une procédure de co-décision avec le Conseil
des ministres. Le Parlement a donc enfin la possibilité de mettre un terme
à cette politique régressive qui va à l'encontre des valeurs humanistes qui
sont à la base du projet européen et qui lui donnent sens.

Les parlementaires européens ont aujourd'hui une responsabilité
historique : réagir pour ne pas laisser retomber l'Europe dans les heures
sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la
systématisation des camps et de l'éloignement forcé.


Nous appelons les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités
et à rejeter ce projet.


      Pétition en ligne : http://www.directivedelahonte.org/index.php

Premiers signataires

 European organizations        
 Migreurop-Anafé -   Cimade -    Gisti -       
 LDH - Ligue des Droits de  l'Homme          
                                       Soutenu par...
Association Primo Lévi (France) Fédération de l'Entraide Protestante     
 Association Survie (France)     (France)                                 
 Attac France    Fondation de l'Armée du Salut (France)   
                       Mouvement de la Paix (France)            
                                 Pastorale des Migrants (France)          
                                 Secours Catholique / Caritas France

Nous appelons à soutenir cette initiative et à signer la pétition

MEMORIAL 98      
                              
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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 18:03


Chronique du racisme au pays de Hortefeux et de l'Identité Nationale.

Nous publions l'interview de Pierre-Damien Kitenge agent de sécurité au magasin Carrefour de Bercy

Interview de Pierre-Damien Kitenge par Mathieu Carbasse du site Actualités en temps réel (Nouvel Observateur)
le samedi 3 mai 2008


Comment s'est passée l'altercation ?

- C'était le samedi 26 avril aux environs de 13 heures. Je me trouve en arrière-caisse et un caissier fait appel à moi pour le contrôle d'un chèque comme à chaque fois qu'un client émet un chèque supérieur à 200 euros. Il s'agissait dans ce cas d'un paiement de 528 euros. Ces contrôles sont prévus par Carrefour pour s'assurer que les chèques ne sont pas impayés, et que les paiements sont bien assurés.
Je me retrouve donc entre le client et le caissier qui me remet le chèque ainsi que les papiers d'identité du client. Soudain, celui-ci s'emporte : "Qu'est-ce que c'est que cette histoire ! Vous n'avez pas le droit de toucher mes papiers. Je vous connais, vous, les noirs. Vous êtes tous des sans-papiers, des trafiquants de papiers. Retournez dans votre pays. Et ne touchez pas mes papiers."
Il me dit également que pour 500 euros, il n'est pas nécessaire de faire un contrôle d'identité. Je ne pers pas mon sang-froid et lui explique que 500 euros, c'est presque la moitié de mon salaire et je lui demande de me laisser faire mon travail.
Alors qu'il me parle, il veut m'arracher par la force les papiers et le chèque que je tiens dans la main. Puis il sort une carte de visite sur laquelle on pouvait lire : Direction de cabinet, Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale. Et le client de tenter de m'intimider : "Vous ne savez pas qui je suis. Mais vous allez voir, vous allez vous retrouver au chômage avec toute votre famille. Vous pouvez faire une croix sur votre carrière."
Je finis alors par appeler mon responsable, qui me demande de me taire. Je peux lire la crainte dans ses yeux. Il est intimidé par l'identité du client qui lui tend une nouvelle carte de visite. Mon responsable me somme de partir, en m'expliquant qu'il va régler le problème.
Finalement, le client quitte le magasin sans que le contrôle du chèque ait été effectué.
De mon côté, face au manque de soutien de mon responsable hiérarchique, je décide de porter plainte pour injures à caractère racial et diffamation.

Quelle a été alors la réaction de votre employeur ? de Carrefour ?

- Mon employeur [une société de sécurité, ndlr] m'a rapidement contacté pour que je retire ma plainte. Je lui ai répondu que je n'avais pas porté plainte au nom de Carrefour ou au nom de la société qui m'emploie mais en mon nom propre.
De leur côté, ils m'ont expliqué que le monsieur leur aurait présenté des excuses. Mais ce n'est pas auprès de mon directeur qu'il fallait qu'il s'excuse. Ce n'est pas lui qui a été insulté.
Et puis mon patron a essayé de me faire changer d'avis : "Je t'en prie Pierre, je ne cautionne pas [la plainte déposée, ndlr]. Nous sommes à Bercy, tu sais ce que cela représente(siège du Ministère de l'Economie)".
Je lui ai expliqué que je ne retirerai ma plainte qu'à la condition que l'homme qui m'a insulté publiquement, s'excuse publiquement.

Avez-vous été surpris du manque de soutien de votre hiérarchie ?

- Oui, ça m'a vraiment étonné, surtout quand je lis dans les journaux qu'ils n'ont jamais fait pression sur moi pour que je retire ma plainte. Mais le plus triste dans tout ça, c'est le manque de courage des gens qui ont assisté à la scène : tous les témoins qui avaient annoncé qu'ils allaient témoigné se sont aujourd'hui rétractés. A croire que le mammouth a toujours plus de poids qu'une petite fourmi. On ne s'attaque pas à un mammouth, comme on dit.




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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 20:04
Simple provocation ou testament politique ?

L'interprétation la plus répandue des récents propos négationnistes de Le Pen dans le magazine "Bretons" consiste à les attribuer à la recherche d'un énième scandale destiné à refaire parler de lui.
Cette interprétation nous semble très partielle ; elle ne correspond ni à la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui Le Pen et le FN, ni d'ailleurs au média peu connu dans lequel ses propos sont initialement publiés.
En réalité, il s'agit d'une problématique plus vaste : à l'approche de sa retraite politique, Le Pen tente de justifier son échec personnel en l'attribuant à la puissance du « lobby juif ».

En effet, le chef du FN n'a (heureusement !) pas réussi à concrétiser les extraordinaires succès électoraux de son parti, alors qu'il se voyait aux portes de la participation au pouvoir.
Sa présence au deuxième tour de la présidentielle de 2002 est restée sans lendemain.
Même les alliances établies avec la droite lors des élections régionales de 1998 se sont effondrées dans le chaos.

Son parti s'est fracturé et n'a jamais retrouvé sa force.

La politique sarkozyste de récupération des thèmes du FN a ensuite conduit à un recul électoral du FN.

Face à ce bilan d'échec, Le Pen fait appel, avec une violence accrue, à deux explications déjà utilisées à de maintes reprises et présentes dans son interview récente : celle de la « décadence de la France » et  celle de la responsabilité du « lobby juif » qui a bloqué son ascension. C'est le sens de ses propos dans l'interview «... C'est le sujet qui est important, je crois. J'aurais parlé, même de très loin, du génocide vendéen, personne n'aurait été choqué... Est-ce un pays de liberté où une phrase, si contestable soit-elle - et prononcée par un homme public -, mérite 150 millions d'amende et la mise à l'index de l'individu et de son parti ?"

Le Pen voudrait faire passer le message suivant: " j'ai échoué car j'ai osé toucher au tabou de la Shoah; les juifs m'ont harcelé et marginalisé"

Cette thématique a été martelée pendant des années, en mettant en cause le patronyme juif des journalistes de l'audiovisuel, en évoquant « l'internationale juive » ou un soi-disant pacte des partis de droite avec la fantasmatique organisation juive Bnai-Brith pour interdire les alliances entre la droite et l'extrême-droite.
C'est aussi ce que Le Pen a exprimé quand il a évoqué à plusieurs reprises pendant la campagne présidentielle de 2007 les « 3 grands-parents étrangers de Sarkozy »
Nous avions alors démontré et révélé que ces " 3 grands-parents étrangers" constituaient une référence directe, bien que codée, au statut des Juifs de 1940 lequel fixait justement ce même critère de filiation des "3 grands parents " pour exclure les juifs ainsi définis, des fonctions publiques et électives (voir nos articles précédents
Le Pen et les "3 grands-parents étrangers" de Sarkozy... Le Monde cite Mémorial 98 )
Ainsi pour Le Pen, c'est le « lobby juif » qui est maintenant au pouvoir à travers Sarkozy. Cette thématique antisémite est d'ailleurs largement présente chez les Dieudonné, Soral et autres agitateurs antisémites de la mouvance du FN, ainsi que dans la récente tirade du ministre algérien à la veille de la visite de Sarkozy ( voir nos articles précédents
Algérie, antisémitisme: un texte de Souâd Belhaddad et Algérie: proclamation antisémite du régime )
Les premières réactions dans le FN
Une partie de l'appareil se retrouve autour de Louis Alliot pour se préoccuper avant tout de l'électorat FN; celui ci se sent moins motivé par l'engagement antisémite et négationniste générique du FN que par sa ligne xénophobe et anti immigrés. Alliot déclare ainsi « ... Dans la situation actuelle marquée par une augmentation de la pauvreté sans précédent, par l'accentuation des flux migratoires, par les dégâts considérables initiés par la mondialisation économique, par l'installation durable d'un islam radical sur notre sol, les Français attendent des solutions concrètes et une vision crédible de l'avenir que nous leur proposons. Concentrons-nous sur l'essentiel: les combats électoraux à venir... »

Par contre Alain Soral, en posture d'idéologue, porte-parole du prétendu « lepénisme de gauche », ami et mentor de Dieudonné, en rajoute dans l'antisémitisme violent et déclare :
« ... Monsieur Le Pen a profondément tort, la chambre à gaz est tout sauf un point de détail, c'est même aujourd'hui, plus qu'hier encore, la religion, le dogme autour duquel tourne toute l'époque contemporaine. Dans l'ordre du sacrifice fondateur, la chambre à gaz a remplacé la croix du christ...
... Aujourd'hui, dans ce climat de judéomanie délirante - une judéomanie délirante et suspecte qui tient plus de l'esprit de la Collaboration que du combat pour le bien et l'amour des hommes - plus les souffrances de la guerre s'éloignent, plus c'est la seconde guerre mondiale toute entière qui devient un détail de la chambre à gaz !... »

Dans la bataille pour la succession au sein du FN, le « tabou » négationniste n’a pas fini de se manifester et son poison d’être diffusé.


Note

A la veille du 1er mai et de la parade lepéniste, nous n'oublions pas que le 1er mai 1995 Brahim BOUARAM, jeune marocain de 29 ans, a été assassiné par des militants d'extrême droite qui participaient à un cortège du Front National et l'ont jetté à la Seine.
Comme chaque année nous nous retrouverons  sur le pont du Carrousel à 11h pour honorer sa mémoire.


 

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 22:29
1915/2008 : « les génocides vous regardent »
Arméniens, Juifs, Tutsis, Darfouris : un mur contre le déni


Le dimanche 27 avril 2008 de 10h à 20h, sur le Parvis de Notre-Dame de Paris, le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] rendra hommage aux victimes des génocides arménien, juif et tutsi ainsi qu’à celui en cours au Darfour.
Un mur de 8 mètres de long sera dressé pour dénoncer le négationnisme dont ces génocides font l’objet. Le public sera invité à apposer sur le mur, un symbole de la vigilance face au déni, en collant des phrases sur toute sa surface : « Les génocides, ça me regarde »,  « Plus jamais ça », « Le négationnisme est la phase ultime d’un génocide », « Il n’y a pas d’avenir pour une humanité qui cautionne le génocide », « La négation d’un génocide, c’est le double meurtre », « Les négationnistes sont les assassins de la mémoire », « Le négationnisme, c’est l’anti-histoire », « Les négationnistes n’expriment pas une opinion : ils perpétuent le crime », « Watch denial, Stop denial ». Disponibles en arménien, hébreu, kynyarwanda, arabe, allemand, anglais, chinois, espagnol, français, kurde, russe et turc, ces citations témoigneront de l’universalité des messages proposés.

Comme chaque année*, les stèles de la vigilance arménienne contre le négationnisme (sur les thèmes : génocide arménien, un siècle de génocides en Turquie, négationnisme, crimes imprescriptibles, haine raciale, Europe, travail de mémoire, droits de l’homme) et la stèle en hommage au journaliste Hrant Dink**, complèteront ce dispositif de sensibilisation aux génocides et à leur négation.

Cette année, des toiles originales réalisées à cette occasion par des artistes-peintres de l’APAF [Association des Plasticiens Arméniens de France]*** et consacrées aux victimes arméniennes, juives, tutsies et darfouries, seront exposées au recto des stèles.

Avec le soutien de :
Collectif Urgence Darfour
Centre Simon Wiesenthal
Ibuka France
MEMORIAL 98
Association of opponents to genocides Francfort sur le Main - Allemagne
 Communauté Rwandaise de France
Vigilance Soudan
Working Group Recognition Against genocide
for international understanding  [Berlin - Allemagne]
www.aga-online.org
Urgences Afrique
CPCR [Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda]

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 00:57

 

A la veille de la commémoration du 93eme anniversaire du génocide arménien, une initiative de parlementaires israéliens vise à faire enfin reconnaître ce génocide.
 
Une motion dans ce sens a été déposée au Parlement, comme chaque année, par le  parti de gauche Meretz et a pour la première fois elle a été votée, sans que le gouvernement puisse s’y opposer. Elle va maintenant être examinée en commission.
 
 Les votes de reconnaissance des parlements de France et des USA ont certainement pesé dans la balance  Les motivations de la motion parlementaire indiquent « qu’il est inacceptable  que le peuple juif ne se fasse pas entendre à propos de ce génocide ».
 
 
Le régime turc  a immédiatement réagi en  dépêchant en Israël le président de la commission des affaires étrangères et de la défense du parlement turc, Hasan Murat Mercan. Celui-ci demande au gouvernement de faire annuler le débat à la Knesset (parlement) ; il fait planer la menace d’une tension entre les deux pays, si le débat parlementaire a lieu et à fortiori si la reconnaissance du génocide est décidée.
Le régime turc met en balance son rôle d’allié régional d’Israël et d’intermédiaire avec des gouvernements arabes. 
 
Le représentant du Premier ministre israélien s’en est tenu à  la position traditionnelle selon laquelle il s’agirait avant tout d’un « débat historique » à régler par le « dialogue » entre la Turquie et l’Arménie. Ce mauvais prétexte, sera sans doute remis en cause par la débat ouvert au Parlement.
(Voir aussi notre précédent article
Israël doit reconnaître le génocide arménien )

Ce même anniversaire du génocide sera marqué à Paris par une initiative  intitulée
 
"1915/2008 :  Les génocides vous regardent  

Arméniens, Juifs, Tutsis, Darfouris : un mur contre le déni"

Le dimanche 27 avril 2008 de 10h à 19h, sur le Parvis de Notre-Dame de Paris, le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme
] rendra hommage aux victimes des génocides arménien, juif et tutsi ainsi qu’à celui qui risque d’être le premier génocide du XXIème siècle : l’extermination en cours au Darfour.
 

Un mur sera dressé pour dénoncer le négationnisme dont ces génocides font l’objet. Le public sera invité à apposer sur le mur, un symbole de la vigilance face au déni. Les stèles de la vigilance arménienne contre le négationnisme et la stèle en hommage au journaliste arménien de Turquie Hrant Dink, assassiné le 19 janvier 2007 à Istanbul, complèteront ce dispositif de sensibilisation aux génocides et à leur négationnisme.

L’association Memorial 98 soutient cette action et appelle à y participer.
 
MEMORIAL 98

 

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