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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 22:16

"Les Français, tous collabos ? La réponse est non mais le phénomène est d’ampleur. Cette exposition montre en tout cas pourquoi cette histoire du passé s’est conjuguée aussi au présent. Jusqu’à aujourd’hui. »

Ces phrases concluent le texte d’introduction de l’exposition  « La collaboration – 1940-1945 » qui se tient jusqu’au 2 mars 2015, dans les locaux des Archives Nationales à Paris (lien vers la visite virtuelle en fin d’article)

 

La tentative de réhabilitation de Pétain par Zemmour renforce l’actualité de l’étude de cette période.

 

Le thème est celui de la collaboration avec le régime nazi, et l’exposition s’ouvre sur une présentation des « acteurs de la collaboration », regroupés en 3 catégories : le régime de Vichy, les collaborationnistes parisiens et les différents représentants de l’Allemagne nazie.

Il est donc rappelé quelques caractéristiques du régime de Vichy, basé sur la « révolution nationale », les valeurs « Travail, Famille, Patrie », le culte du chef, l’absence de démocratie politique, le combat contre l’ « Anti-France » qui regroupe Juifs, communistes, Francs-maçons, Tziganes et étrangers.

Il aurait été intéressant de souligner une spécificité de la situation française dans l’Europe sous domination nazie : c’est le seul pays qui a conservé non pas seulement une administration gérant les affaires courantes, mais un régime politique disposant d’une part d’autonomie, et ayant la volonté de collaborer avec les nazis. Hitler ne tenait d’ailleurs  pas particulièrement à cette forme d’association, même si concrètement elle a bien arrangé les intérêts du IIIe Reich.

Rappelons que le terme  de collaboration implique une notion de travail en commun entre partenaires à égalité. On notera le dévoiement que pratiquent les entreprises d’aujourd’hui qui prétendent ne plus avoir plus des salariés mais des « collaborateurs »…

 

Les documents présentés sont d’un grand intérêt : affiches du régime de Vichy ou de partis ou organisations fascistes (PPF de Doriot, Légion des volontaires français LVF…), périodiques de l’époque, journaux personnels, directives officielles, photos, …

Dans la salle concernant les « ennemis communs », on peut voir les boîtes du « fichier parisien des personnes juives », les piles de dossiers des entreprises juives spoliées, la publication dans un journal d’une liste nominative de francs-maçons. Ces documents montrent l’ampleur et la minutie de ce travail de persécution. Ils  donnent aussi une idée de l’implication quotidienne dans ces politiques de fonctionnaires, d’administrateurs économiques, de propagandistes travaillant dans la presse et les médias.

 

L’exposition ne traite pas de Vichy et des administrations et organisations de la zone occupée comme  de simples satellites des nazis. Néanmoins, on peut regretter que ne soit pas mis en valeur ce qui relève des décisions propres de l’Etat français et ce qui est demandé ou imposé par les occupants. Bien sûr le choix de collaborer des autorités françaises est en soi révélateur de réelles convergences idéologiques avec le nazisme. La comparaison avec d’autres pays est éclairante

En Belgique, le gouvernement part en exil à Londres, tout comme celui des Pays-Bas, en Grèce, c’est Hitler qui nomme un Premier ministre, en Norvège l’occupation débute par une administration militaire directe,

Le Danemark représente un cas différent. Il y a une première période de « protectorat » : le gouvernement reste en place, le Parlement et les autres institutions continuent de fonctionner, mais il n’y a pas de collaboration telle qu’on l’a connu en France. Certes, le Danemark n’était pas en guerre contre l’Allemagne au moment de l’invasion nazie, et les enjeux étaient différents notamment par le fait que les nazis concevaient les Danois comme membres d’un peuple frère aryen. Le petit parti nazi danois ainsi que le parti communiste  étaient exclus du gouvernement d’union nationale. Et surtout, le gouvernement danois refuse tout au long de l’occupation les mesures anti-juives. En 1943 le Danemark est déclaré pays ennemi le gouvernement est destitué par les nazis, ceux-ci entreprennent de déporter les juifs danois. Mais seuls 450 d’entre eux seront arrêtés, car l’information ayant filtré, les Juifs sont prévenus et peuvent se cacher, en attendant d’être transportés en bateau jusqu’en Suède, pays neutre et synonyme de sécurité.

 

Au vu de cette rapide comparaison ouest-européenne, on saisit mieux la spécificité de la situation de la France pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Le régime de Vichy est issu des institutions de la IIIe République, même si bien sûr on ne peut le qualifier de démocratique. Le choix de collaborer plutôt que de partir en exil ou de s’opposer est révélateur des courants idéologiques et d’une bonne partie des choix des sommets de l’appareil d’Etat, dès l’avant-guerre.

C’est à juste titre que l’exposition débute par la retransmission d’extraits du discours de Pétain du 30 Octobre 1940, après sa rencontre avec Hitler, dans lequel  est évoquée pour la première fois la collaboration. On notera que dans ce discours Pétain utilise le terme nazi de « Führer » quand il mentionne Hitler. 

A cette date du 30 octobre, le régime de Vichy a déjà promulgué plusieurs lois très orientées. Il s’agit de la possibilité de déchoir de sa nationalité un Français naturalisé (16 juillet),  de l’abrogation du décret Marchandeau du 21 avril 1939 pénalisant le délit d’injure ou de diffamation raciale et amnistie des faits commis depuis cette date ( 27 août ), le premier statut discriminatoire des Juifs du 3 octobre (publié le 18 octobre ), l’ abrogation du décret Crémieux de 1870 (qui accordait la nationalité française aux Juifs d’Algérie) le 7 octobre…

 

 

L’exposition montre de nombreux exemples de propagande de haine: expositions anti-communiste, anti-maçonnique et anti-juives, affiches, brochures, livres, caricatures. Le vocabulaire mortifère de l’hebdomadaire antisémite «  Au Pilori »  fait résonner avec encore plus de violence les diatribes actuelles de Soral, Dieudonné et Faurisson . Une vitrine expose un certain nombre de livres qui ont influencé l’idéologie de Vichy, dont certains publiés bien avant la guerre, comme la « France Juive » d’Edouard Drumont, que la maison d’édition d’Alain Soral, Kontre Kulture a réédité récemment.

 

Un livret d’accompagnement (disponible à l’entrée) fournit des informations sur la plupart des documents présentés, ainsi que sur leurs auteurs. On peut ainsi apprendre que le caricaturiste antisémite Ralph Soupault, qui a débuté dans le quotidien du PCF «  l’Humanité avant de se rapprocher des partisans de Maurras poursuite sa carrière dans les journaux nationalistes et antisémites l’Action Française, Charivari, Gringoire. Il se rallie au PPF de Doriot  dès avant guerre et collabore à « Je suis partout » de Brasillach. Condamné en 1947, il est libéré  dès1950 et reprend son activité dans l’hebdomadaire d’extrême-droite Rivarol. De même pour Lucien Rebatet, dont le livre « Les décombres » a été un des grands succès littéraires de cette période : condamné à mort à la Libération, sa peine est commuée aux travaux forcés à perpétuité en 1947. Il est libéré en 1952, et lui aussi reprend son activité de journaliste à Rivarol et Valeurs actuelles. Autre destin similaire : Emile Bougère, ouvrier aux usines Renault de Boulogne-Billancourt qui débute une carrière de journaliste dans l’Humanité. Il est exclu du PCF en 1932 et rejoint le PPF en 1936. On peut consulter un article dans lequel  il dénonce le maire de Saint Maurice (94) pour avoir conservé les bustes de Marianne. Condamné à 20 ans de travaux forcés en 1945, il est libéré dès 1951.

 

Une salle est d’ailleurs consacrée au thème « la culture et les médias aux ordres ». Et tous les supports y sont utilisés pour la propagande : littérature, presse, radio, cinéma, théâtre et cabaret…  Cette propagande est d’autant plus efficace qu’elle utilise des moyens novateurs, modernes, attrayants : on découvre ainsi le journal Le Téméraire, destiné à la jeunesse, avec des pages en couleurs, des bandes dessinées, des récits de science-fiction ; ou le magazine antisémite Revivre, sous-titré « grand magazine illustré de la race », avec des photos de couverture graphiquement séduisantes.

 

Outre les aspects politiques, policiers, culturels, la collaboration économique et  militaire n’est pas oubliée, comme vous le verrez par vous-même en allant visiter l’exposition ou en consultant son catalogue.

 

À la fin de l’exposition, on peut  visionner une courte interview vidéo des deux commissaires de l’exposition, Denis Peschanski et Thomas Fontaine, autour de cette question « Français, tous collabos ? » qui ouvre l’exposition. Denis Peschanski y réfute la version « noire » (tous collabos) comme la version « rose » (tous résistants) de l’attitude des Français pendant cette période. Il est Interrogé sur les pratiques dites  « d’accommodation »  incluant des chefs d’entreprise continuant leur activité, quitte à produire pour le Reich et l’obéissance des fonctionnaires, Peschanski répond par la « résilience » de la population. Ce terme évoque la capacité à revenir à son état initial après une perturbation, et plus particulièrement en psychologie, le phénomène qui permet à un individu de surmonter un traumatisme, de se construire malgré une situation affective et matérielle difficile. Le concept a été largement popularisé en France par le psychiatre Boris Cyrulnik, (qui a lui-même échappé à une rafle nazie à l’âge de 7 ans)  avec lequel Peschanski a travaillé. Il évoque les manifestations de mécontentement, les critiques, les oppositions qui se diffusent et participent à la reconstruction individuelle et collective. Cet entretien, dont la brièveté n’aide sans doute pas, peut laisser perplexe, parce qu’on ne peut pas considérer que les traumatismes de cette période aient été bien gérés ou surmontés tant individuellement  que collectivement. Le propos de Peschanski apparaït donc bien imprécis.  L’exposition se conclut sur les suites de la collaboration: les 300 000 dossiers individuels ouverts, toutes juridictions confondues, après guerre, montrent l’ampleur et la diversité de la collaboration. Mais ce chiffre global n’indique pas le nombre et la nature des condamnations, dont beaucoup ont d’ailleurs été revues quelques années après. Il n’indique pas non plus s’il a permis de toucher une proportion significative  des collaborateurs ; la carrière d’un Maurice Papon  montre plutôt l’inverse.

 

 

L’exposition ne revient pas sur l’évolution au fil du temps des connaissances historiques sur cette période, sur la difficile prise de conscience de ce qu’a été, au-delà de la collaboration, le régime de Vichy, sur la lente et imparfaite prise en compte par les autorités publiques de ce que représente l’ « Etat français » et les politiques qu’il a menées.

Bien sûr, une exposition ne peut pas tout à elle seule : elle a un thème qui limite son périmètre, des moyens limités (espace physique, temps de préparation, …). Les manques qu’elle révèle, les insatisfactions qu’elle suscite sont autant de moteurs pour continuer à avancer.

On peut en tout cas se féliciter de l’ouverture, de la part du Ministère de la Justice et par anticipation, de fonds documentaires issus des institutions liées à la politique d’épuration, et notamment des juridictions instaurées dans le second semestre 1944. C’est cet accès qui a permis la réalisation de l’exposition, dont nous recommandons vivement la visite.

Memorial 98

 

 

Coordonnées de l'exposition et programme des conférences: http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/web/guest/la_collaboration

Horaires :

Du lundi au vendredi de 10h00 à 17h30

Samedi et dimanche de 14h00 à 17h30

Fermé les jours fériés.

Tarifs :

Plein tarif: 6 euros

Tarif réduit: 4 euros

 Visite virtuelle:http://www.dailymotion.com/video/x2b1q7v_visite-virtuelle-la-collaboration-1940-1945-aux-archives-nationales-a-paris_news

 

 

 

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commentaires

Serge Prioul 03/01/2015 04:51


Merci de cet article éclairant. On y apprend beaucoup.

Tipanda 02/01/2015 23:01


Il y avait un très bon reportage sur cette exposition, ce matin sur France culture. Il faut absolument que les Parisiens s'y rendent.