L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.
Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.
Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes
(Arménie, Rwanda, Shoah ...)
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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations, pour toute question :
Depuis des dizaines d’années, le peuple iranien lutte pour sa liberté, d’abord face au régime du Shah, puis face au régime de la république islamique qui, à de très nombreuses reprises, a écrasé dans le sang les mouvements ouvriers, féministes, populaires...
Mélenchon récidive et escalade à propos de l'affaire Epstein, à la fois dans les allusions antisémites et dans la protection renouvelée de la Russie de Poutine. Ses propos en meeting à Lyon le 26 février en témoignent : "L'affaire Epstein... Ah, je voulais...
Photo de Leïla Shahid
Nous saluons la mémoire de la femme qui, durant des décennies, a incarné la cause palestinienne, tout particulièrement dans notre pays où, par sa dignité et son incessante recherche du débat, elle en a exprimé la légitimité. Militante...
Suite à la publication des fichiers Epstein, les pires tropes supplantent l’indignation légitime. Sans prétendre faire œuvre journalistique, quelques constats politiques s’imposent : Jeffrey Epstein dirigeait un système international de trafic sexuel...
Des groupes d'extrême-droite bloquent des convois d'aide humanitaire destinés à la population de Gaza
La justice française a récemment émis un mandat d'amener contre deux franco-israéliennes poursuivies pour complicité de génocide suite à une plainte...
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Notre cher ami Xavier Rousselin, signataire de cet article, est décédé le 11 mai 2023 des suites d'une longue et douloureuse maladie. Nous saluons sa mémoire.
Puis il participa à une activité du même type en soutien à la résistance tchétchène contre Poutine.
C'est donc tout naturellement qu'il s'est porté en soutien au combat contre l’invasion de l'Ukraine, comme le montre son article ci-dessous.
RIP Xavier, ami et camarade.
MEMORIAL 98
Poutine a intoxiqué la plupart des observateurs, analystes, institutions et dirigeants mondiaux.
D’abord par l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi, station balnéaire de la mer Noire, dotée d’un climat subtropical.
Pourtant il y a en Russie de nombreux massifs montagneux où ces jeux auraient pu être organisés.
Poutine n’a pas voulu du Caucase central car les conflits avec les peuples qui y vivent en particulier les Tchétchènes (mais pas uniquement eux) n’auraient pas garanti la sécurité des jeux aux yeux du Comité international olympique (CI0).
La Russie aurait pu aussi organiser les épreuves dans l’Altaï, massif montagneux de plus de 4000 m d’attitude en Sibérie.
Sotchi a été choisi pour affirmer la présence russe sur les rives de la mer Noire. Cette présence avait été fort amputé par l’indépendance de l’Ukraine en 1991. La Russie " perdit" alors la Crimée, les ports (Kherson), au débouché du grand fleuve Dniepr, Mykolayi, et surtout le grand port d’Odessa.
Sotchi était un pas plus que symbolique dans cette volonté de montrer la puissance de la Russie sur les rives de la Mer Noire.
La côte russe de la mer Noire est bordée par la Caucase occidental, ce qui réduit les grands ports disponibles à Novorossisk, qui est débordé. C’est le port les plus important pour les embarquements maritimes de pétrole et de blé et à moins de raser les montagnes, son extension est limitée.
D’autant plus que les habitants avaient commencé à râler contre la présence de plus en plus indésirable des camions dans les rues de la ville.
Contrairement aux discours poutiniens sur l’"Ukraine sœur siamoise de la Russie" au plan historique, linguistique et culturel, le but de son " opération spéciale" est la conquête de l’Ukraine pour rétablir son statut de grande puissance.
A la veille du début de cette invasion, Macron a échangé au téléphone avec Poutine et a bombé le torse à l’issue de cette conversation, en affirmant que Poutine n’attaquerait pas l’Ukraine avant une nouvelle conversation russo-américaine avec Jo Biden.
Il n’en fut rien et il n’y a que Macron pour croire qu’on peut discuter franchement avec un ancien officier du KGB.
Depuis on a appris que Poutine se moquait tellement des prétentions de Macron, qu'il était sur le bord d’une piste de hockey sur glace, prêt à disputer un match.
Et que cette conversation était un leurre absolu. On peut qualifier Poutine de renard comme dans la fable de La Fontaine:
: « Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute. »
La suite de la guerre est malheureusement prévisible.
Poutine qui a déjà saisi la mer d’Azov, veut conquérir toute la côte ukrainienne de la mer Noire jusqu’au delta du Danube. Aucune illusion n’est, à mon avis, possible sur la question.
Le plus étonnant dans les réactions occidentales c'est que ces « braves gens » ne demandent rien à Poutine, ni un cessez le feu immédiat, ni l’évacuation du Donbass, ni le retrait des côtes de les mers Noire et D’Azov.
De même ils réclament la reprise des exportations de blé sans considérer que la nouvelle récolte est en « full swing » et qu’elle devrait déjà être en cours de chargement.
En Ukraine il n’a pas de silos « cathédrale » comme on en voit dans la Beauce. Les grands silos sont les ports.
Les stocks se trouvent dans les fermes dans des entrepôts à plat, où grouillent insectes et charançons.
La récolte 2022 va être fortement endommagée et les opérations de guerre détruisent les installations existantes, même délabrées, les routes et chemins de fer pourtant en piteux état.
Les négociations sur la reprise des exportations sont peut-être un faux semblant. Car la Russie pendant ce temps là exporte son blé à des prix très enviables. Et existe-t-il une seule compagnie d’assurance au monde qui accepterait d’assurer des navires circulant entres les pattes de l’ours russe?
Il faut envoyer des armes en Ukraine. Beaucoup et ce qu’il y a de plus sophistiqué. La France en est encore très loin, comme le montre le tableau ci-dessous
Le 80e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv se déroule dans un contexte particulier.
D'une part la campagne présidentielle de Zemmour, portée par l'empire médiatique de Bolloré, a replacé au devant de la scène la propagande pro-Pétain du chef de Reconquête.
Depuis 2014, date de la parution de son livre Le Suicide français,il ne cesse de défendre le mythe d'un maréchal sauveur de Juifs français. Il passe ainsi sous silence les persécutions et déportations de ces derniers, notamment des enfants nés en France et avalise l'idée que la déportation des Juifs "étrangers" était licite voire souhaitable, au nom de la "Préférence nationale".
Cette campagne immonde s'est déroulée dans les suite d'une vague de propagande antisémite prenant pour appui et prétexte la pandémie du Covid.
Face à cette vague de négationnisme et de complotisme antisémite, diverses mobilisations se sont déployées, contre Zemmour et sa propagande mais aussi pour rétablir la vérité historique.
Les rescapé-es ont multiplié les témoignages.
De nombreux historiens-nes ont publié des textes et livres individuels et collectifs et ont assuré de nombreuses interventions.
C'est la cas notamment de Laurent Joly qui a poursuivi son travail de fond sur Vichy ( voir son entretien avec Memorial 98) jusqu'à aboutir à son ouvrage fondamental doublé d'un film
La rafle du Vel d'Hiv est la plus vaste opération d'arrestation de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale en Europe occidentale, pour laquelle le régime de Vichy avait mobilisé la police française.
En effet les Allemands ont ordonné la livraison de dizaines de milliers de Juifs afin de les massacrer dans les camps de la mort et ont délégué l'ensemble du travail de rafle à la police française de Vichy, commandé par René Bousquet. Celui-ci porte la responsabilité de cette rafle ainsi que de celle de Marseille mais n'a jamais été jugé. Après la guerre il fut réintégré dans les appareils financiers et politiques les plus élevés, devenant l'ami de François Mitterrand qui le recevait régulièrement.
Ainsi les raflés du Vel' d'Hiv' n'ont rencontré aucun soldat ou policier allemand, mais uniquement ceux de la police et de la gendarmerie de Vichy.
Puis le 7 juin 1942, le port de l'étoile jaune entre en vigueur pour les Juifs de la zone occupée et ce dès l'âge de 6 ans. Il s'agissait ainsi pour les nazis de désigner et stigmatiser la population juive.
Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris 12884 Juifs furent arrêtés par la police française jusqu'à la fin de l’opération le 17 juillet à 13 h. Les fiches des « absents » lors de la rafle restent dans les commissariats et des équipes spéciales font des visites régulières pendant plusieurs semaines, comme l'indique l'historien Laurent Joly dans son livre " L' État contre les Juifs" ( voir ici notre entretien avec l'auteur)
Au total le nombre de raflé.e.s jusqu'au 20 juillet est de 13152.
Les raflés du Vel d'Hiv' prennent la route de l'extermination
A partir du Vel d'Hiv', les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de Drancy.
Du 19 au 22 juillet, les familles du Vél’ d’Hiv’ sont quant à elles transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande (Loiret) gérés par l’administration française.
Adultes et adolescents sont alors déportés en premier, par 4 convois entre le 31 juillet et le 7 août 1942.
Le sort des enfants
Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse. Les parents ont été rapidement déportés vers Auschwitz, alors que les nazis n’ont pas encore donné leur réponse quant au sort des enfants.
La période durant laquelle les enfants internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande ont vécu séparés de leurs parents déjà déportés est décrite par les témoins comme un des moments les plus insupportables. Âgés de 2 à 15 ans, ceux-ci restent seuls durant plusieurs semaines. Désorientés par l’absence de leurs parents et vivant dans des baraques inadaptées à la présence d’enfants, ils vivent dans des conditions d’hygiène catastrophiques. Huit d'entre eux meurent durant cette période.
Dès le 6 juillet 1942, Theodor Dannecker, gradé SS en charge de la déportation des Juifs de France , avait informé son supérieur à Berlin, Adolf Eichmann : « Le président Laval a proposé que, lors de l’évacuation des familles juives de zone non occupée (sous responsabilité du régime de Vichy) les enfants de moins de 16 ans soient emmenés aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l’intéresse pas » (voir notamment Sarkozy jette aux orties la reconnaissance de la participation de la France à la Shoah
Le 13 août 1942, les services d’Eichmann décident que les enfants doivent également être déportés: ils sont alors transférés vers Drancy et, de là, embarqués dans les convois partant pour Auschwitz entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu.
À ce jour, Serge Klarsfeld a identifié un seul enfant de moins de 16 ans déporté en 1942 et revenu vivant.
Le tabou de la responsabilité de Vichy
La responsabilité écrasante du régime de Vichy dans les déportations des Juifs de France est restée longtemps un sujet tabou,
Enfin, c'est seulement en 1995 lors de la cérémonie commémorative de la rafle du Vel' d'Hiv en juillet que Jacques Chirac reconnut publiquement que les autorités françaises avaient accompli l’irréparable, en déclarant notamment : «Manquant à sa parole, elle (la France) livrait ses protégés à leurs bourreaux.»
Nous rendons hommage à Pierre Arpaillange, ancien garde des Sceaux sous Mitterrand (1988-90)
C'est lui qui a déclenché une procédure judiciaire contre Bousquet
Dans ce dossier, Pierre Arpaillange s'est opposé à François Mitterrand et à son ministre Georges Kiejman, qui appliquait les consignes présidentielles.
Mitterrand a tout fait pour le procès de Bousquet, qui était son ami et son allié, ne se tienne pas.
Malgré ce blocage, le 25 septembre 1990, Arpaillange transmit des instructions écrites au procureur général près la cour d'appel de Paris afin de requérir des poursuites contre Bousquet. Malgré cette décision courageuse, Bousquet échappa à tout jugement car il fut abattu le 8 juin 1993 par un certain Christian Didier.
Hommage aux Justes
La police et la gendarmerie française, la hiérarchie préfectorale ont donc pris une part très importante dans le fichage et la traque des Juifs, y compris des enfants .
A l’inverse, des milliers d’enfants juifs, séparés de leurs parents, ont été cachés dans des familles ou dans des institutions, notamment religieuses, souvent sous de fausses identités mais aussi moyennant une rétribution. La médaille des Justes reconnaît les personnes qui firent tout ce qu’elles purent pour soustraire des enfants, mais aussi des familles entières, aux arrestations. La France compte à ce jour 2740 “ Justes parmi les nations ”. Des milliers d’enfants ont aussi été sauvés par des associations juives, notamment l’OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants). Certains seront adoptés, d’autres grandiront dans des orphelinats, d’autres enfin gagneront la Palestine sous mandat britannique et le foyer national juif en devenir.
Hommage à des personnages qui ont montré leur humanité et leur détermination dans l'enceinte même du Vel d'Hiv. Il s’agit bien sûr des infirmières et assistantes sociales qui, telle Annette Monod-Leiris, se sont engagées dans l’aide concrète, mais aussi des pompiers du capitaine Pierret.
Ils étaient une demi-douzaine de pompiers a peine, et ont réellement fait dérouler les lances, passé des heures à distribuer de l’eau, et recueilli à eux seuls des centaines de messages qu’ils sont allés poster incognito le lendemain depuis des points différents de Paris, pour ne pas éveiller les soupçons de l’administration. Il y a eu plus. Un des pompiers qui était alors en congé s’appelait Ruben. Il était juif et le capitaine Pierret à envoyé le prévenir à son domicile, en lui recommandant de ne pas se représenter à la caserne. Ce jeune pompier juif a pu fuir avec sa mère en Espagne.
Pierret est aussi entré en résistance, fournissant les plans des installations militaires allemandes de Paris aux alliés.
Dans nos combats, la date du 16 et 17 juillet 1942 représentent des journées importantes au cours desquelles nous honorons la mémoire des victimes et renouvelons notre engagement à lutter contre toutes les formes de racisme, d'antisémitisme et de négationnisme.
En effet, l'impunité des auteurs de génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation de ces actes criminels. C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence, la mémoire des génocides nourrit nos combats.
Ce fut le cas notamment le 7 juin dernier lorsque nous avons commmémoré publiquement, à l'appel du Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) que Memorial 98 soutient activement, le 80e anniversaire de l’imposition de l’étoile jaune nazie qui a précédé de quelques semaines la rafle du VH avec des interventions de Laurent Joly et Etienne Nsanzimana, président de l’association Ibuka-France qui représente les rescapés du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
MEMORIAL 98
Ressources:
Memorial 98 a publié sur ses deux sites de très nombreux textes en relation avec la rafle du Vel d'Hiv et la politique de Vichy contre les Juifs ainsi que sur l'actualité du combat contre le négationnisme voir notamment ci-dessous
7 juin: rassemblons nous contre le racisme et l’antisémitisme, lors du 80e anniversaire de l’imposition de l’étoile jaune nazie.
Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, le 7 juin 1942, le port de l'étoile jaune était imposé par les nazis aux Juifs et Juives, y compris les enfants à partir de 6ans, dans la zone qu’ils occupaient en France. Le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) organise le 7 juin à Paris un rassemblement public marquant l’anniversaire de cet acte qui ouvrait la voie à la déportation et à la Shoah.
Il se tient le 7 juin à 18h sur le Parvis des 260 enfants juifs déportés (Rue des Hospitalières Saint Gervais M° Saint Paul), dans le 4e arrondissement, au cœur d'un des quartiers où des milliers de personnes ont été contraints porter ce signe d’exclusion et de mort.
L’historien Laurent Joly, spécialiste de la déportation des Juifs en France, auteur notamment de « La Rafle du Vel d’Hiv » sera présent et interviendra puis dédicacera son livre qui vient de paraître " Rafle du Vel d'Hiv' " à la Librairie du Temple 1 Rue des Hospitalières St Gervais, à proximité immédiate du rassemblement .
Nous invitons toutes celles et ceux qui veulent honorer la mémoire des victimes du nazisme et de tous les génocides et crimes contre l'humanité, toutes les associations, partis et syndicats à participer à cette initiative de mémoire et de combat antiraciste.
Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR)
Les organisations suivantes soutiennent ce rassemblement :
Union syndicale Solidaires,
Fédération syndicale unitaire ( FSU),
Ibuka-France, Memorial 98, Juifs et Juives révolutionnaires ( JJR), UJRE,
Mouvement Ensemble, PEPS …
Pourquoi l’étoile jaune ?
Le 29 mai 1942, la huitième ordonnance allemande anti-juive interdit aux Juifs de la zone occupée de paraître en public sans porter l'étoile jaune et ce dès l'âge de six ans.
En rendant les Juifs immédiatement visibles et reconnaissables en public, l'étoile facilite leur contrôle et leur dénonciation, ainsi que l'arrestation de ceux qui refuseraient de se soumettre à l'ordonnance.
Les nazis utilisent un "marquage" des Juifs déjà utilisé dans la longue histoire des discriminations dont ces derniers ont été victimes, notamment . Le port de l’étoile jaune est obligatoire pour les Juifs étrangers ET français en zone occupée.
L’idée de « marquage » des Juifs, suggérée en 1938 par Goebbels, est reprise par Heydrich juste après la Nuit de cristal du 9 Novembre 1938 et appliquée pour la première fois à l’automne 1939 en Pologne.
La distribution des « insignes » est un moment d’identification supplémentaire. A Lens par exemple, c’est l’occasion, pour les autorités françaises, de compléter leurs listes en déclarant les membres des foyers juifs, qui jusqu’ici avaient échappé à l’identification.
Comment réagit l’opinion publique ? Il y a eu des gestes de solidarité. La police arrête, à Paris, des personnes portant de faux insignes, rosaces, pochettes, étoiles aux noms fantaisistes, « Auvergnat », « Swing », « Papou. Ce même jour, des individus profitent de l’insigne pour insulter les Juifs le portant dans la rue. Il y a aussi de nombreux cas de délation pour « non port d’insigne ».
Cet insigne doit être porté à partir du dimanche 7 juin 1942. La distribution des étoiles se déroule entre le mardi 2 et le samedi 6 juin dans les commissariats de quartier et de circonscription avec prélèvement d’un « point textile ». Ces modalités rappellent la participation des autorités de la collaboration à toutes les étapes du processus d'exclusion et de déportation vers mort des Juifs de France, contrairement à ce que prétend Eric Zemmour
Les infractions à cette ordonnance sont punies d'emprisonnement, d'amende ou d'internement dans un camp.
En raison de la volonté d'exploiter les attentats contre l'armée allemande, dont la responsabilité est imputée par les nazis aux Juifs, l'ambassadeur d'Allemagne en France précipite la promulgation de la loi sur le port de l'étoile: promulguée le 29 mai, elle est rendue publique le 31 mai et entre en vigueur dès le 7 juin.
Le port de l’étoile sert une politique de ségrégation, comme en témoigne la mise en place concomitante d’autres mesures, telles que l'obligation pour les Juifs de monter dans le dernier wagon du métro (8 juin 1942), l'interdiction de fréquenter les lieux publics, ou encore la contrainte de se rendre dans les magasins uniquement entre 15 et 16 heures (neuvième ordonnance du 8 juillet 1942).
Cette ségrégation doit aussi exercer une influence d'ordre psychologique et propagandiste: en imposant cette forme archaïque d'identification, les nazis espèrent en effet fragiliser encore plus les Juifs en suscitant chez eux honte et humiliation. Ils souhaitent aussi inspirer aux "non-Juifs" un sentiment de rejet et d’hostilité à l'égard de ces hommes et ces femmes considéré-es dans la vision nazie comme des êtres inassimilables et parasites.
C’est un mécanisme de stigmatisation et de marquage qu’on retrouve dans nombre d’autres génocides et crimes contre l’humanité. Dans tous les cas les populations promises à l’extermination ont été d’abord été discriminées, stigmatisées, accusées de tous les maux, mises en cause comme préparant des plans hostiles aux pouvoirs autoritaires en place. Elles ont désignées comme ennemies, regroupées, marquées et « étiquetées » sous différentes formes et enfin conduites à l’extermination ou massacrées sur place. Le génocide est souvent l’aboutissement de décennies, voire de siècles, de discriminations. C'est pourquoi le RAAR a sollicité l'association Ibuka-France qui représente les rescapés du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Son président Etienne NSANZIMANA (lui-même rescapé) interviendra lors du rassemblement.
Memorial 98 appelle toutes celles et ceux qui veulent honorer la mémoire des victimes du nazisme
et de tous les génocides et crimes contre l'humanité
à participer à cette manifestation du mardi 7 juin.
8 mai: une mémoire actuelle, 77 ans après la chute du nazisme, dans un contexte dramatique
L'anniversaire de la victoire contre le nazisme se déroule cette année dans un contexte inquiétant, notamment en Ukraine et en France .
La guerre d'invasion de Poutine en Ukraine se fait au nom du souvenir de la lutte contre le nazisme. Le maître du Kremlin avait déclaré, au moment où il a lancé l’invasion, que cette « opération militaire spéciale » viserait à « dénazifier » son voisin souverain. La presse russe tente depuis de dépeindre l’Ukraine comme étant alignée au nazisme, sans pour autant apporter la moindre preuve à l’appui de ces accusations.
Cette campagne mensongère censée justifier les multiples crimes de guerre de Boutcha et de Marioupol s'est étendue à une diatribe antisémite du pouvoir russe contre le président ukrainien Zelensky, comparé à Hitler.
Le ministre des affaires étrangères Lavrov a déclaré dimanche 1er mai que le fait que le président ukrainien soit Juif ne contredisait pas les affirmations de Moscou selon lesquelles cette invasion avait été lancée pour « dénazifier » le pays, affirmant que même Hitler « avait du sang juif. »
Dans une interview à la chaîne d’information italienne Zona Bianca, durant laquelle il a été demandé à Lavrov comment le président russe Vladimir Poutine pouvait prétendre qu’il essayait de « dénazifier » l’Ukraine alors que Volodymyr Zelensky, le président démocratiquement élu du pays, était Juif.
« Et alors, si Zelensky est juif ? Cela ne change rien à la présence d’éléments nazis en Ukraine. Il me semble qu’Hitler avait aussi du sang juif », a déclaré M. Lavrov, ajoutant que « certains des pires antisémites sont juifs ».
En France l'élection présidentielle se traduit par des résultats mitigés
Malgré sa défaite face à Macron, le score de Marine Le Pen au deuxième tour est énorme: 13 288 000 voix et plus de 41% des suffrages.
Elle a gagné 2,6 millions de voix depuis le 2e tour de 2017 et 5 millions de voix entre les 2 tours de 2022 malgré un programme de préférence nationale, d'interdiction du voile et de proximité avec Poutine.
Il y a évidemment de nombreux facteurs liés à la politique anti-sociale et répressive de Macron mais un autre facteur a joué aussi: sa "protection" par la radicalité de la candidature Zemmour.
Avant cette campagne électorale, la pandémie du Covid a donné lieu à un déluge de propagande complotiste et antisémite
Les enjeux et défis sont donc immenses pour ceux et celles qui combattent la renaissance du fascisme et la multiplication des crimes contre l'humanité
1945: la capitulation et la joie
Le 7 mai 1945, à 2h41 du matin, l'Allemagne nazie capitule. C'est la fin des combats en Europe.
Le lendemain, une immense vague de joie déferle sur la planète, provoquant des scènes de liesse dans toutes les capitales, à l’exception de Berlin et Tokyo.
Le régime impérial japonais poursuit les combats dans le Pacifique, la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée.
La joie est ternie par la découverte des camps de mise à mort , depuis quelques mois, au fur et à mesure de la progression des armées alliées, notamment soviétiques. Le dernier camp est "libéré" le 8 mai 1945; il s'agit de celui de Theresienstadt/Terezin, en Tchécoslovaquie alors que Auschwitz l'a été le 27 janvier de la même année. .
Alors même que s'effondrait le régime le plus réactionnaire que l'histoire ait connu, les peuples colonisés exprimèrent leurs aspirations à l’égalité et à l'auto-détermination.
Ainsi l’Algérie "française" connait, en ce jour du 8 mai 1945, des scènes de répression coloniale d’une extrême violence. Les célébrations se terminent dans un bain de sang à Sétif, Guelma, et Kherrata, entraînant la mort d’environ 45 000 personnes.
Un passé toujours actuel
Le souvenir du 8 mai 1945 et plus généralement de la période de Vichy et de la collaboration avec les nazis demeure un sujet de débat et de clivage notamment dans la droite, mais aussi dans une partie de la gauche.
Ainsi Giscard d'Estaing, alors président de la République, avait supprimé la commémoration du 8 mai à partir de 1975, sous prétexte de construction européenne.
Elle fut rétablie en 1981 par Mitterrand.
Mais ce dernier a maintenu la fiction d'une non responsabilité des autorités françaises notamment dans la déportation des Juifs de France. Il a dans ce cadre mis en œuvre, de 1987 à 1992, un hommage à Pétain auquel il ne mit fin qu'à la suite d'un important scandale face à la persistance de cette révérence si choquante. Le respect organisé de la personne de Pétain représente une des tâches de cette présidence.
A droite, c'est Sarkozy qui lança, dès sa campagne électorale de 2007, une offensive d'ampleur contre la "repentance" et contre la reconnaissance de la participation des autorités françaises à la Shoah. A peine élu, il choisit de boycotter la cérémonie du 8 mai 2007, pour ne pas se retrouver à côté de Chirac qui avait reconnu les responsabilités françaises dans la déportation des Juifs. A l'époque, Patrick Devedjian, alors dirigeant de premier plan de l'UMP, décédé depuis, en résumait ainsi les enjeux (dans le journal Le Monde du 10 avril 2007) : " La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les mauvais points: à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n'a jamais dit qu'il était de droite, et Jospin n'a pas hésité à dire de la droite qu'elle était héritière d'un courant anti-dreyfusard, antisémite et raciste. Il (Sarkozy) a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la la droitisation de la société permet aujourd'hui ce réajustement idéologique qui anticipe la victoire politique".
Plus concrètement, il s'agissait alors pour la droite comme aujourd'hui de récupérer les thèmes et l'électorat du FN et donc de jouer sur le nationalisme. Sarkozy a sans cesse œuvré à légitimer les thèses du Front National
Pendant la campagne présidentielle de 2022, la candidate de la droite Valérie Pécresse a repris de nombreux thèmes d'extrême-droite dont celui de la théorie mensongère du prétendu " Grand remplacement".
Son échec cinglant est venu renforcer le score de Marine Le Pen.
La situation au lendemain de cette élection nécessite le développement de larges campagnes antiracistes et antifascistes afin de faire refluer cette vague mortifère.
Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme auquel Memorial 98 s'associe
Brahim Bouarram a été jeté dans la Seine, le 1er mai 1995, par des individus qui participaient à un défilé du Front national.
Plus d’un quart de siècle après, l’extrême droite est toujours à l’œuvre. Elle a même obtenu au second tour de l’élection présidentielle un nombre de voix qu’elle n’avait jamais atteint ( 13 288 686 soit 41, 4% des suffrages exprimés NDLR) .
Contrairement à ce qu’il veut faire croire, le Rassemblement national n’est pas porteur de justice sociale ni de sécurité. Son projet n’est pas anticapitaliste. Il reproche, tout au contraire, aux capitalistes de ne pas aller assez loin et il introduit une division entre les défavorisés qui entrave leur riposte.
Les politiques menées ces dernières années lui ont préparé le terrain avec la stigmatisation des quartiers populaires, de l’immigration et la paupérisation d’une partie croissante de la population.
Les campagnes contre un prétendu « séparatisme », le voile, le péril que représenterait l’islam de France ont préparé la banalisation du discours de haine et de division porté par l’extrême droite.
En instaurant une doctrine de l’ordre public qui menace tous ceux qui s’opposent aux politiques gouvernementales, en intégrant des mesures d’exception dans le droit commun, les politiques publiques ont mis en cause les libertés fondamentales et les droits économiques et sociaux des plus défavorisés.
Le Rassemblement national promet d’aller plus loin encore dans la répression en portant un projet de présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre : autant dire que les victimes de violences policières n’auraient plus aucune chance de les faire reconnaître.
Et en appelant à une distinction entre travailleurs selon leur origine, il favorise aussi les discours de haine raciste.
C’est tous ensemble, en nous rassemblant le 1er mai 2022, de 11h à 12h, à Paris, au pont du Carrousel, là où Brahim a été assassiné, que nous exprimerons notre refus de toutes les formes de racisme, notre exigence de justice sociale et que nous ferons reculer l’ombre planante du fascisme.
LDH
Vingt-sept ans après l'assassinat de Brahim Bouarram, nous nous souvenons que le 1er mai 1995, ce jeune Marocain de 29 ans a été jeté dans la Seine par des militants d'extrême-droite qui participaient à un défilé du Front National.
Comme chaque année, nous nous retrouverons à Paris avec les proches de Brahim, sur le pont du Carrousel le 1er mai à 11h pour honorer sa mémoire.
Lors du 20e anniversaire, Memorial 98 avait décrypté les errements de la justice dans le procès de ses assassins, voir ci-dessous.
Le 1er mai 1995 Brahim Bouarram est jeté à la Seine, en marge d'un défilé du FN, par des militants néo-nazis, dont il sera très vite établi qu'ils avaient des liens habituels avec le parti d'extrême-droite. Plusieurs d'entre eux étaient en effet utilisés régulièrement comme membres du service d'ordre par les responsables du FN de leur département d'origine, la Haute- Marne.
Moins d'un an après le meurtre, plusieurs des co-accusés sont libérés pendant l'instruction alors en cours. Quatre témoins ont d'abord relaté des faits accablants et concordants démontrant que l'ensemble des néo-nazis cherchait activement une victime en scrutant les berges de la Seine, bien avant de tomber sur Brahim Bouarram. Mais en quelques mois, ces quatre personnes se sont toutes rétractées, notamment une jeune femme qui apparaît muette et terrorisée au cours des audiences. Le juge, pourtant, ne tient aucun compte du caractère troublant de ces rétractations tardives générales, et relâche les co-accusés. L'un des présents à la ratonnade a d'ailleurs été relâché bien avant, comme si la possibilité de pression sur les témoins n'avait aucune importance
Par ailleurs, le responsable du service d’ordre central du FN ( nommé DPS) comme celui du FN de la Haute Marne ne seront jamais inquiétés. Ils avaient pourtant attendu une semaine avant de donner l'identité des accusés à la police et s’étaient auparavant rendus au domicile de ces derniers, ce qui leur a laissé tout le temps pour se débarrasser d'éléments compromettants et élaborer une stratégie de défense.
Au procès lui-même, les peines des co-accusés du meurtre de Bouarram permettront à trois d'entre eux de ne pas retourner en prison, la peine ferme d'un an étant couverte par la détention préventive, et les trois ans restants étant du sursis. Un seul co-accusé, David Halbin, fera un an de prison, mais seulement parce qu'il était resté libre le temps de l'instruction. Quant à celui qui a poussé Brahim Bouarram dans la Seine, Mickaël Freyminet, il écopera d'un jugement très modéré de huit ans de prison ferme.
Sept ans plus tard, on retrouvera son nom cité dans une autre affaire de meurtre : en septembre 2002, une bande de néo-nazis tabasse François Chenu à Reims, le jette à l’eau, puis le repêche pour l'achever à coup de rangers. François Chenu était homosexuel, le seul mobile du meurtre. Après les faits, les jeunes néo-nazis avaient passé de nombreux coups de fil à leur mentor un peu plus âgé qui n'était autre que le meurtrier de Brahim Bouarram. Mickaël Freyminet. Celui-ci, qui avait déclaré avoir abjuré ses croyances et avait osé demander pardon à la compagne de Brahim Bouarram s'était dès sa libération, immédiatement relancé dans l'activisme néo-nazi . Il avait d’ailleurs rencontré les trois meurtriers de François Chenu lors d’un camp organisé par cette mouvance. Le rassemblement du 1er mai sera l'occasion de réaffirmer notre volonté de combattre tous les crimes racistes et de lutter contre le RN/FN raciste, antisémite, anti-social, fasciste ainsi que ses idées et le poison qu'il déverse quotidiennement.
Le 1er Mai 2018 lors de la commémoration
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Ce matin en mémoire de Brahim Bouarram, rassemblement sur le pont du Carrousel puis descente sur les berges de la Seine, à l'endroit de son assassinat. Des fleurs en hommage
L'EXPOSITION COLONIALE INTERNATIONALE (ECI) DE 1931.
Le Palais de la Porte Dorée de Paris a été construit à l'occasion de l'Exposition Coloniale Internationale de 1931. Elle ferma ses portes le 30 novembre, soit il y a 90 ans jour pour jour.
Le palais changea ensuite plusieurs fois d'attribution, tout en maintenant l'Aquarium tropical, présent depuis 1931.
En fin depuis 2007, le Musée de l'histoire de l'immigration Celui-ci est le fruit d'une longue exigence finalement satisfaite, portée par nombre d’organisations antiracistes et historien-nes , sociologues , spécialistes de cette question .
Du 6 mai au 30 novembre 1931, cette exposition tenta de promouvoir une image de la France impériale à l'apogée de sa puissance.
Ce fut un immense succès populaire. Véritable ville dans la ville, l'exposition s'étendait sur plus de 1200 mètres de long et était sillonnée par plus de dix km de chemins soigneusement balisés. Elle s'inscrivait dans la tradition des expositions universelles du XIX eme siècle vouées à promouvoir la puissance des nations européennes. Cependant celle était exclusivement consacrée aux colonies.
L'exposition a accueilli plus de 8 millions de visiteurs, c'est un chiffre considérable : 4 millions de parisiens, 3 millions de gens de banlieue et un million d’étrangers. Cette dernière indication est sujette à caution, car 1931 est une année de recensement indiquant que 3 millions d'étrangers résident en France, essentiellement européens mais pas seulement
Ainsi depuis que les Etats-Unis ont suspendu leur politique de quotas de ressortissants étrangers, la France est elle devenue la plus importante aire d'arrivée de migrants au monde
Un soin inouï et un apparat peu commun ont entouré l'ouverture de cet « évènement de l'année » selon Lyautey qui, conquérant du Maroc et « fondateur de l'Empire » bénéficia d'une entorse au protocole et fut autorisé à partager la banquette arrière de la voiture présidentielle de Gaston Doumergue.
L'historienne Catherine Coquery–Vidrovitch relate un article du journal Le Temps : « le cortège s'émerveilla de la reconstitution du temple d'Angkor qui fut le clou de l'Exposition. Puis le cortège longea les pagodes du Laos, aux toits colorés ,la coupole blanche du pavillon de l'Algérie , les huttes africaines …
« La spécialiste de l'AOF indique qu'une immense tour de plus de 60 m de haut fut érigée par l'armée au centre de la ville coloniale représentée pour sa propre gloire. Le grand historien Charles Robert Ageron nous a démontré que l'exposition coïncide avec les premiers retentissements sérieux de la crise mondiale dans les possessions françaises. De sourdes contestations et des solutions alternatives au fait colonial sont à l'oeuvre . Le retour au passé n'est déjà plus possible. Le colonialisme civil et militaire appuyé par les églises va diviser les peuples, se raidir et frapper sévèrement. Mais avant cela il se doit de représenter à sa manière, selon l'historien Christophe Bosquillon, l'ensemble du monde colonial et toutes ses composantes sous un jour flatteur.
C'est pourquoi, pour rendre l'évènement plus vivant et plus attractif, des animations y furent proposées.
Dans chaque section des habitants des colonies donnaient vie aux villages reconstitués. 1500 femmes et hommes d'Afrique subsaharienne furent recrutés sous contrat. Des artisans montraient leur habileté à travailler le cuir et le métal. Des femmes faisaient la cuisine ou lavaient le linge en chantant et en dansant, reproduisant ainsi les stéréotypes. Il s'agissait d'exhiber des femmes et des hommes pour affirmer le pouvoir de la France sur ces populations.
Exotique, démesurée, l'exposition se prolongeait la nuit sous les effets des jeux de lumière et des fontaines lumineuses. Il fallait que le quidam en eût pour son argent.
A travers cette vision idéalisée du monde colonial, suintait l'idéologie raciste d'une époque, prouvant la supériorité de l'Occident chrétien, qu'il fût catholique ou protestant. Cet Occident se considérait comme porteur d’une mission civilisatrice contre « les tyrannies locales ».
Cette exposition avait un autre but. Celui de montrer aux autres puissances coloniales qu'il fallait compter sur la France éternelle. Le manque d'enthousiasme des autres colonialismes fut patent: ni l'Espagne (revendiquant une plus grande part du Maroc) ni l'Angleterre n'acceptèrent de participer.
De ce point de vue tourné vers la propagande, on fit preuve d'offensive à l'égard des jeunes générations.
Une dizaine de caravanes scolaires amenèrent près de 20 000 élèves avec leur directrices, leurs directeurs, leurs maîtres et maîtresses..
Les étudiant(e)s pour leur part reçurent des leçons d'histoire ou plutôt des « leçons de choses » Le palais des colonies, seul bâtiment construit en dur pour survivre à l’événement constituait un lieu de synthèse de l'exposition , présentant l'histoire de l'empire français , ses territoires . Il fallait donner à voir l'empire de façon soignée et didactique.
Quant aux « valeurs » du colonialisme, que devaient être la morale, le progrès, l’effort, le nationalisme, la loyauté à l'égard de la métropole, l'historien et militant anticolonialiste Gilbert Meynier a observé que celles-ci sont autant de rivières se jetant dans le « grand fleuve de l’idéologie populaire impériale pour un public infantilisé »
Quant au quotidien Paris Soir, il publia un montage de six photos en un seul lot représentant à la fois un éléphant , des zèbres, des girafes, des singes s'amusant en liberté ainsi qu’un groupe de Marocains et un groupe de Tunisiens . Notons que les organisateurs avaient interdit les pousse-pousse car jugés dégradants pour les hommes attelés comme pour les … usagers !!
Une courageuse minorité anticoloniale s'est opposée à cette gigantesque manifestation colonialiste.
La condamnation du Parti communiste fut d’abord sans appel. Puis son discours s'affaissa quand son secrétaire général Maurice Thorez déclara: « le droit au divorce (des colonisés NDLR) n'oblige pas de divorcer"
Le timide projet de réforme Blum-Violette à propos de l'Algérie , tenté par le Front Populaire soutenu par le PC, mais qui ne vit jamais le jour, mit en grande difficulté ce parti, face aux revendications des indépendantistes algériens du Parti du peuple algérien ( PPA)
La SFIO ( parti socialiste ) n'a pas récusé le bien fondé de cette manifestation .Son journal le Populaire en publia de nombreux compte-rendus .
Un de ses commentaire était limpide : « Que le peuple de Paris, de France et de l'Univers en tire plaisir et profit, nous n'y faisons aucun obstacle.
Des militants communistes essentiellement Indochinois firent plusieurs tentatives pour organiser des initiatives visibles.
Ils distribuèrent des tracts et tentèrent à trois reprises d'organiser une manifestation dans l'enceinte même de l’exposition. La préparation la plus avancée prévue le 3 Août échoua par l'arrestation et l'emprisonnement de dizaines de militants avant qu'elle ne commence.
Une contre exposition intitulée la vérité sur les colonies à laquelle participèrent artistes, intellectuels, écrivains dont Aragon, Paul Eluard ou André Breton tenta de dénoncer les pans peu glorieux passés sous silence.
Cette exposition dura peu, sa fréquentation fut réduite ( 4200 entrées du 19 septembre au 2 décembre ) et son impact fut très faible.
La parole anticolonialiste la plus franche fut portée par une poignée de militant-es communistes libertaires autour de Daniel Guérin notamment et des jeunes socialistes de gauche regroupés dans la SFIO et dont certains rejoindront les premiers groupes trotskistes. Ils prêchèrent souvent dans le désert.
Mais ils menèrent aussi des actions de solidarité très concrètes : pour cette période, ils ont ainsi soutenu financièrement, hébergé clandestinement, protégé y compris physiquement des hommes et femmes en particulier d'Algérie et d'Indochine, qui joueront plus tard un rôle déterminant dans leurs pays libérés.
Au moment où soufflent sur ce pays des vents mauvais et pestilentiels, où certains osent parler de rôle positif de la colonisation, où la parole raciste est vomie sur les ondes, sur les écrans, dans les journaux populaires de façon décomplexée et sans aucune retenue , il est important de rappeler que ce pays a une longue tradition coloniale et xénophobe .
Philippe Chamek pour Memorial 98
En travaillant à cet article , je me suis rendu compte que le Musée de l'histoire de l'Immigration autrefois Musée de la Porte dorée et donc vestige de l'ECI avait donné des conférences extrêmement intéressantes sur l'année 1931
Claire Zalc : » La France hostile, xénophobie , racisme et antisémitisme à l'heure de l'Exposition Coloniale «
Sous la direction de Laure Blevis , Hélène Lafont- Couturier , Nanette Jacomijn, Claire Zalc aux éditions Gallimard : « Les étrangers aux temps de l'exposition coloniale » .
Bibliographie .
Christophe BOSQUILLON :, De l'exposition coloniale au musée de la France d'Outre Mer. La mise en scène du colonisé dans la société (mémoire de maitrise, université Paris VII, 1985.
Jacques Thobie / Gilbert Meynier/ Catherine Coquery-Vidrovitch/ Charles-Robert Ageron : Histoire de la France coloniale 1914-1990
L’Histoire, numéro spécial Le temps des colonies numéro 69, pages 41 à 48 ;
Catherine Hodeir, le Non-Dit dans l'exposition coloniale de 1931, mémoire de maîtrise, université Paris VIII, 1978 .
: «… Regardez l'histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l'oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l'histoire de votre civilisation ! (...) Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l'Européen apporte avec lui : de l'alcool, de l'opium qu'il répand, qu'il impose s'il lui plaît. Et c'est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l'Homme !... »
En pleine vague de propagande antisémite et d'extrême-droite,Memorial 98, organise pour la huitième année consécutive, avec ses partenaires, un rassemblement en mémoire des victimes de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938, contre les Juifs d’Allemagne, d’Autriche et des Sudètes et vous invite à y participer.
Retrouvons nous le 9 Novembre à 18 H 30 devant le gymnase
Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne)
afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal nazie et de
tous les génocides et d'affirmer notre détermination à combattre
l'extrême-droite et toutes les idéologies de haine
Le gymnase Japy est un lieu particulier de mémoire puisque c’est là que furent parqués les Juifs raflés par la police de Vichy dès 1941, avant d’être déportés vers les camps d’extermination nazis.
La Nuit de Cristal: une étape majeure de la persécution des Juifs
Lors de cette vague de violences entièrement organisée par les nazis, plusieurs centaines de personnes juives furent tuées et plusieurs centaines d'autres se suicidèrent. A Berlin et Vienne uniquement, 400 morts par suicides ont été dénombrés.
Le chiffre total des victimes juives se monte à plus de 2500. Vingt-six mille personnes furent arrêtées et pour certaines jetées dans des camps de concentration. Deux cent soixante-quinze synagogues furent brûlées ou détruites ( voir ici le déroulement organisé par les nazis).
Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal a représenté un jalon important.
Les nazis, au pouvoir depuis 1933, franchissaient une nouvelle étape avec cette vague de violences antisémites commises au vu et au su de toute l'Europe.
Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées.
Pourtant, en France les informations venues d'Allemagne ne changèrent pas la situation; ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler. La France fut ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.
Lutter contre l'offensive antisémite des complotistes et contre Zemmour et le RN
Cette commémoration se déroule dans un contexte particulier
La pandémie du Covid donne lieu dans toute l'Europe à une déferlante de propagande antisémite et complotiste sous la forme la plus violente.
Des étoiles jaunes sont brandies par les opposants organisés à la vaccination. On condamne un "pass nazitaire" et compare ce pass à l'inscription sinistre du portail d'Auschwitz (ci-dessus)
Vague de comparaisons nauséabondes
Dès le 15 mai dernier, les partisans de Philippot se rassemblaient à Orléans, arborant des étoiles jaunes et une banderole "Liberté" (voir ci-dessous)
Puis e multiplient les pancartes portant le fameux " Qui?" visant à accuser les Juifs d'être responsables de la pandémie et des prétendus dangers des vaccins.
Le 30 octobre, en Italie, à Novare des anti-pass/vax se déguisent en déportés juifs, entourés de barbelés, pour défiler et arborent même un numéro matricule comme pour les prisonniers du camp de la mort d'Auschwitz (ci-dessous)
Zemmour surfe sur la vague antisémite et l'amplifie
Les thèses habituelles de Zemmour sont connues et développées depuis des dizaines d’années : racisme, sexisme, attaques violentes contre les musulmans.
En 2014, il a de plus entamé dans son ouvrage Le suicide français une tentative de réhabilitation du régime de Vichy et de Pétain. Ce dernier aurait contribué à "sauver" des Juifs français. Zemmour trouve dans l’attitude de Pétain une justification supplémentaire de la « préférence nationale ». Pour lui, Pétain a eu raison de livrer aux nazis les Juifs étrangers afin de sauvegarder plus de Juifs de nationalité française.
Depuis, les attaques antisémites de Zemmour recyclent tous les thèmes de l’extrême-droite dans ce domaine : contestation de l’innocence du capitaine Dreyfus, condamnation de Zola et des dreyfusards, défense d’un rôle supposément positif de l’État français dans le sauvetage des Juifs français, défense de l’attitude de Maurice Papon pendant la Seconde Guerre mondiale et dénonciation de son procès , critique de la loi Pleven votée à l’unanimité de l’Assemblée nationale en 1972 qui pénalise racisme et antisémitisme et qui entraînerait selon lui « la fin de la liberté d’expression », refus de la loi Gayssot pénalisant le négationnisme de la Shoah, rejet du discours du Vel d’Hiv de Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs (1995), rejet du terme même de Shoah qui aurait été substitué par Claude Lanzmann au terme français « Holocauste », reprenant ainsi la litanie du « remplacement »
L’attaque de Zemmour contre les les familles Monsengo et Sandler, victimes de Mohamed Merah, marque une nouvelle étape de cette pensée d’exclusion. Il écrit dans son dernier ouvrage La France n’a pas dit son dernier mot (2021).
« La famille de Mohamed Merah a demandé à l’enterrer sur la terre de ses ancêtres en Algérie, on a su aussi que les enfants juifs assassinés devant l’école confessionnelle à Toulouse seraient eux enterrés en Israël. Les anthropologues nous ont enseigné qu’on était du pays où on est enterré. Assassins ou innocents, bourreaux ou victimes, ennemis ou amis, ils voulaient bien vivre en France, faire de la garbure en France ou autre chose, mais pour ce qui est de laisser leurs os, ils ne choisissaient surtout pas la France, étrangers avant tout, et voulant le rester par-delà la mort »
Les remarques antisémite abondent dans ces quelques lignes. Ces enfants et leurs parents sont des étrangers car ils fréquentaient une école juive et leurs parents les ont fait inhumer en Israël. Ces parents « faisaient leur garbure en France » c’est à dire qu’ils profitaient de la situation (« faisaient leur beurre ») et de prétendus anthropologues les cataloguent comme étrangers. Au fond, dit Zemmour, le massacre de Toulouse implique des populations qui « Assassins ou innocents » ne sont de toute façon pas de chez nous et cette affaire ne concerne pas les « vrais Français ». La référence à des enfants juifs assassinés fait d’ailleurs le lien avec la déportation des Juifs de France, notamment aux 11458 enfants déportés et massacrés. Parmi eux, très nombreux étaient de nationalité française, car nés dans le pays.
Dans ce domaineZemmour défend sans cesse la politique de Pétain qui selon lui "aurait donné les Juifs étrangers afin de sauver les Juifs français".
Il reçoit pour cela l'appui de Jean Marie Le Pen, mentor incontesté de l’antisémitisme dans la vie politique française, qui dans une interview au Monde l’approuve totalement et ajoute « La seule différence entre Eric et moi, c’est qu’il est juif. Il est difficile de le qualifier de nazi ou de fasciste. Cela lui donne une plus grande liberté. »
La judéité de Zemmour ne nous empêche pas quant à nous de le qualifier pour ce qu'il est : un fasciste qui a recours aux thèmes traditionnels de l'extrême-droite, racisme, sexisme, antisémitisme, déclinisme et appels répétés à la guerre civile et raciale, comme lors de la Convention de Marion Maréchal en septembre 2019.
L’insistance de Zemmour à réhabiliter Pétain poursuit des buts politiques, comme il l’exprime lui même en indiquant : « C’est mon combat contre la repentance et la culpabilité. On essaye de culpabiliser le peuple français en permanence »
La réhabilitation de Pétain est à ses yeux nécessaire afin d’assurer la victoire d’une droite dure. Celle-ci inclut une extrême-droite, qui est toujours marquée par le sceau infamant de la collaboration qu’il s’agit donc de lever.
Pour Zemmour, l’horizon est d'aboutir à un abaissement de l'Etat de droit et des libertés publiques, d'imposer une "remigration" forcée de nombreux étrangers et d’aller vers une stigmatisation systématique des Français de confession musulmane, mais aussi de Juifs considérés comme étrangers. Sa réhabilitation de Vichy et du maréchal Pétain porte ce dessein : accoutumer les esprits à une politique radicale contre les étrangers, les "ennemis de l'intérieur" et les "mauvais Français"
Retrouvons nous le 9 Novembre à 18 H 30 devant le gymnase
Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne)
afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal et de
tous les génocides.
MEMORIAL 98
Articles et dossiers de Memorial 98 sur le Nuit de Cristal:
Rassemblement de protestation ce dimanche 19 septembre - 16 h 00 - Place Baudoyer ( Mairie du 4e Métro Hôtel de Ville), - Paris
Appel du RESEAU D’ACTIONS CONTRE L'ANTISEMITISME ET TOUS LES RACISMES (RAAR) soutenu par Memorial 98
Nous appelons tous les ami-es de Memorial 98 à participer à ce rassemblement du 19 septembre.
Il s'agit de la première manifestation publique contre la vague de propagande antisémite et complotiste qui déferle sur le pays.
"La pandémie du Covid a déjà donné lieu à une déferlante antisémite et complotiste. Dès avril 2020, Soral avait ainsi publié une liste de patronymes de médecins et responsables politiques à consonance juive, en la qualifiant de « liste de Schindler »
On assiste actuellement à une nouvelle vague de cette propagande. Elle prend la forme de l’assimilation de la vaccination et du pass sanitaire à la Shoah.
Des étoiles jaunes sont brandies par des opposants à la vaccination. On condamne un « pass nazitaire » et on le compare à l’inscription sinistre du portail d’Auschwitz (ci-dessous) .
Les propos et actes antisémites ont explosé dans et hors des manifestations récentes, notamment ceux désignant des personnalités juives comme responsables de la situation sanitaire, sous forme directe et explicite, ou par l’utilisation du terme antisémite codé « Qui ? », lequel cherche à stigmatiser les Juifs-ves qui seraient à la fois les responsables et les bénéficiaires de la pandémie.
La stèle de Simone Veil à Perros-Guirec a été souillée et profanée à plusieurs reprises, ce contre quoi un rassemblement unitaire a protesté le 20 août; le local parisien de l’Union syndicale Solidaires a également été l’objet de tags racistes et fascistes.
Les partisans de l’extrême-droite sont au premier rang de cette campagne. Il s’agit notamment de Florian Philippot, ancien porte-parole de Marine Le Pen, chef auto-proclamé de l’opposition à toute précaution face au Covid. Mais les propos et discours antisémites sont tolérés bien au-delà. Le débat légitime sur le contenu des mesures sanitaires et l’appréciation de la politique gouvernementale est détourné au profit de théories du complot totalement réactionnaires.
Face à cette situation, il est nécessaire et urgent que les antiracistes se manifestent et condamnent fermement et sans ambiguïté ces manifestations de haine et de complotisme, dont on connaît les liens profonds avec l’antisémitisme.
Non, les Juifs-ves n’empoisonnent pas les puits ni ne sont les grands bénéficiaires de l’épidémie en cours. L’accusation séculaire qui les cible continue à les stigmatiser comme porteurs d’un complot mondial visant à déposséder les peuples.
Il est temps de condamner fermement cette idéologie meurtrière qui a déjà conduit à de nombreux massacres. Il en va d’une nécessaire clarté politique, car le complotisme antisémite constitue un véritable poison pour le mouvement social, la gauche, l’émancipation et toute analyse critique de la société. Consentir à cette confusion, c’est ouvrir la voie à l’extrême-droite, comme l’histoire en a témoigné à de nombreuses reprises.
Nous souhaitons ainsi alerter les organisations syndicales, associatives, politiques qui se réclament du progrès social sur le fait qu’il n’est pas possible de rester passifs face à des manifestations où l’antisémitisme s’exprime de manière récurrente. Nous devons faire front ensemble contre le danger antisémite et refuser de cautionner la confusion et le complotisme.
C’est pourquoi nous appelons toutes celles et ceux qui rejettent l’antisémitisme et toutes les formes de racisme à se rassembler avec le RAAR et les autres organisations soutenant cette démarche sur la Place Baudoyer ( Mairie du 4e Métro Hôtel de Ville), à Paris le dimanche 19 septembre 2021 à 16h, dans le respect des règles sanitaires.
Le RAAR appelle toutes les associations et organisations antiracistes, les organisations syndicales et les partis démocratiques à se joindre dès maintenant à cet appel et à participer aux rassemblements organisés à Paris et dans différentes villes et localités.
Le rassemblement est soutenu par:
Memorial 98
IBUKA-France
Juifves VNR
Juives et Juifs Révolutionnaires (JJR)
Mémorial des Nomades et Forains de France
Union des Juifs Pour la Résistance et l'Entraide (UJRE)
Une Autre Voix Juive (UAJV)
Ligue des Droits de l'Homme (LDH)
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP)
Mouvement de la Paix
Fédération Syndicale Unitaire (FSU)
Mouvement National Lycéen (MNL)
Memorial 98 s'associe à la 3e Marche pour la paix, organisée par l'association Solidarité internationale Bosnie Herzégovine,en solidarité avec la population de Bosnie et les victimes du génocide de Srebrenica, qui fut en juillet 1995, il y a 27 ans, l'ultime génocide du 20e siècle.
Nous nous retrouverons dimanche 3 juillet à 11H place de la République à Paris pour marcher vers le lieu qui commémore Srebrenica à Paris ( Rue de Srebrenica dans le 20e)
Cette mobilisation est d'autant plus importante dans le contexte de la guerre de Poutine en Ukraine et de son cortège de crimes sanglants. Poutine a toujours soutenu les exactions serbes contre les Bosniaques et les citoyens du Kosovo.
"Dans le cadre des 27 ans des crimes commis à Srebrenica et sa région, nous vous invitons à participer à la marche commémorative à Paris en hommage aux 8372 victimes de ce crime de génocide, le dimanche 3 juillet 2022 de 10h30 à 13h00.
La marche aura lieu exceptionnellement cette année le dimanche 3 juillet, car des marcheurs.euses seront en Bosnie-Herzégovine le 11 juillet après deux ans de COVID,
A Paris, le dimanche 3 juillet, le rendez-vous est à 10h30 place du Vénézuela, 75016 Paris, devant l'ambassade de Serbie en France, afin de marquer les responsabilités des autorités de ce pays dans les crimes, puis à 11h15 pour toutes.s les marcheuses et marcheurs, place de la République.
Nous partirons à 11h30 de la place pour un rendez-vous à 12h30 devant la plaque de la rue de Srebrenica, 75020 Paris (à l'angle de la rue du Clos). Une cérémonie avec discours et lecture de noms suivra."
SIBH
Memorial 98
Juillet 2021
Marche de solidarité avec la population de Bosnie-Herzégovine ( BH), organisée le 11 juillet par l'association Solidarité internationale BH, à l'occasion du 26e anniversaire du massacre génocidaire de Srebrenica.
A Paris, défilé depuis la place de la République jusqu'à la rue du 20e arrondissement qui porte le nom de Srebrenica.
Memorial 98 participait à cette marche. Des marches ont eu lieu à Srebrenica même et dans plusieurs autres villes d'Europe.
26 ans après le génocide
Les conséquences de ce génocide continuent à résonner 26 ans après, dans la région des Balkans mais également dans le monde entier.
Génocides et crimes de guerre motivent et inspirent la poursuite des actes de violence raciste
Le négationnisme est un terreau fertile pour des nationalistes et des mouvements d’extrême droite, avec pour cible les communautés musulmanes. « Les extrêmes droites et les néonazis partout dans le monde ont repris le discours de Karadzic et Mladic ( chefs serbes génocidaires condamnés) , sur comment combattre l’islam et ceux qu’ils considèrent comme des “barbares”, des “sauvages”
De la même manière les nostalgiques d'Hitler et du nazisme tuent encore des Juifs au nom de cette idéologie dans les synagogues de Pittsburgh et de Halle.
La version négationniste serbe de l’histoire de l’ex-Yougoslavie est ainsi très présente dans les déclarations d'Anders Breivik, auteur des attentats contre les jeunes militants travaillistes à Oslo et Utoya, en Norvège en juillet 2011, ou de Brenton Tarrant, responsable des attaques contre des fidèles musulmans dans deux mosquées de Christchurch, ayant fait 51 morts en Mars 2019.
Dans son texte « 2083 : Une déclaration européenne d’indépendance », Breivik étale au fil des 1500 pages une véritable obsession pour les Balkans et ne cache pas sa fascination pour certains chefs de guerre serbes. Il appelle à expulser d’Europe les Bosniaques musulmans et les Albanais ou, s’ils refusent, à les anéantir par des moyens militaires.
Brenton Tarrent, son imitateur, est obsédé par la croisade des nationalistes serbes contre les Musulmans de Bosnie.
Tarrant, qui s’est affirmé « véritablement inspiré » par Breivik, s’est filmé roulant vers la mosquée Al-Noor, où il allait tuer 51 fidèles musulmans, en train d’écouter une chanson serbe à la gloire de Radovan Karadzic. Initialement intitulée Karadzic, Lead Your Serbs (Karadzic, commande tes Serbes), elle est devenue populaire sur les sites Internet des extrêmes droites occidentales sous le titre Remove Kebabs qui signifie, dans le langage de ces militants, Supprimons les musulmans.
Les restes de dix-neuf victimes du génocide de Srebrenica, dans l'est de la Bosnie, ont été enterrés dimanche 11 juillet lors des célébrations du 26e anniversaire de ce massacre qui continue à être nié par les dirigeants serbes, un quart de siècle après la fin de la guerre.
Plusieurs milliers de personnes ont assisté aux obsèques dans le Centre mémorial de Potocari, près de Srebrenica, où reposent désormais 6.671 victimes du massacre, dont 435 adolescents. 236 autres victimes sont enterrées dans différents cimetières.
En juillet 1995,, les forces serbes de Bosnie ont tué dans la région de Srebrenica plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques musulmans.
"Je vais enterrer le crâne de mon frère, et il n'est même pas complet", a déclaré par exemple Azir Osmanovic, peu avant l'inhumation des restes de son frère Azmir, qui avait 16 ans en juillet 1995.
En fuyant Srebrenica avec un groupe d'adolescents, Azmir s'est retrouvé dans un champ de mines. "Mon frère et deux autres garçons sont morts à cet endroit", a raconté Azir. Ses restes ont été récemment retrouvés et identifiés.
"J'ai décidé de l'enterrer cette année, pour avoir au moins un endroit où je pourrai prier pour lui. Je pense que, après toutes ces années, plus rien ne pourra être retrouvé", a-t-il expliqué.
Une jeune femme, qui avait 24 ans à l'époque, ainsi qu'un autre adolescent de 17 ans figurent parmi les victimes enfin enterrées .
Après une cérémonie d'hommages et une prière collective, les cercueils, recouverts d'un drap vert et d'un drapeau de la Bosnie de l'époque de la guerre, ont été portés par des hommes vers les nouvelles tombes creusées parmi des milliers de stèles blanches
- Plus de mille victimes encore recherchées
La plupart des victimes de ce massacre avaient été détenues, puis fusillées par centaines et enterrées dans des dizaines de fosses communes par les forces serbes de Bosnie, qui se sont emparées de la ville le 11 juillet 1995.
"C'est de plus en plus difficile de trouver de nouvelles fosses communes, alors que plus de mille victimes sont toujours recherchées", précise Almasa Salihovic, porte-parole du Centre mémorial.
Ce massacre a été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Les ex-chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, ont été condamnés à la détention à perpétuité, notamment pour ce crime (voir ci-dessous le récent jugement en appel de Mladic ).
Mais le massacre de Srebrenica est toujours minimisé par des dirigeants politiques des Serbes de Bosnie et de Serbie, qui réfutent la qualification de génocide.
"Il n'y a eu aucun génocide", a ainsi déclaré samedi 10 juillet le membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie, Milorad Dodik. "Il y a des éléments selon lesquels ces cercueils sont vides (...) on met juste un nom", a-t-il ajouté, cité sur le site de la télévision de l'entité serbe de Bosnie.
- Affronter "les racines de la haine" -
"C'est terrifiant", a commenté le directeur de l'Institut bosnien pour les disparus, Amor Masovic. "Ici, dans le centre mémorial, il y a des victimes dont on a enterré qu'un seul os retrouvé (...) et souvent des restes ont été retrouvés dans deux, trois, voire cinq charniers différents".
Durant les quelques mois qui ont suivi le massacre, les victimes avaient été déterrées avec des bulldozers et déplacées vers d'autres charniers, afin de dissimuler les crimes. C'était aussi la méthode utilisée par les nazis afin de détruire les traces de la Shoah dans les camps de mise à mort
Les ministres serbes du gouvernement bosniaque se sont opposés vendredi 9 juillet à ce qu'une journée de deuil soit décrétée dans le pays.
Les actions génocidaires et les crimes de guerre motivent et inspirent la poursuite et la réitération des actes de violence raciste.
Mladic: condamnation définitive le 8 juin.
La justice internationale a confirmé le 8 juin la condamnation à perpétuité, désormais définitive, de l’ancien chef militaire serbe de Bosnie Ratko Mladic pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie, de 1992 à 1995.
A la majorité, les magistrats ont intégralement rejeté l’appel de l’ancien général pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, le pire qui ait eu lieu en Europe depuis la seconde guerre mondiale.
Ratko Mladic, que l’on surnommait le « Boucher des Balkans », est aujourd’hui âgé de près de 80 ans.
« La chambre d’appel confirme la peine de réclusion à perpétuité prononcée contre M. Mladic », a déclaré Prisca Nyambe, juge présidente du MTPI, qui a pris le relais du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), fermé en 2017.
Ratko Mladic restera en détention à La Haye en attendant la finalisation des modalités de son transfert vers l’Etat où il purgera sa peine, ont ordonné les juges, sans préciser quel serait ledit Etat. Les magistrats ont par ailleurs rejeté l’appel de l’accusation, qui souhaitait que l’ancien général soit également condamné pour génocide dans plusieurs autres municipalités.
« Jour historique »
Les proches de certains des 8 000 hommes et garçons musulmans tués par les forces serbes de Bosnie à Srebrenica en 1995 avaient fait le déplacement à La Haye. « C’est un jour historique, non seulement pour nous les mères, mais aussi pour l’ensemble des Balkans, de l’Europe et du monde », a déclaré Munira Subasic, présidente de l’une des associations des « mères de Srebrenica ».
Ratko Mladic est l’un des principaux dirigeants jugés par la justice internationale pour les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie, outre l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, condamné à la prison à vie en 2019, et l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, mort dans sa cellule à La Haye d’une crise cardiaque en 2006, avant l’achèvement de son procès.
La guerre en Bosnie, qui a eu lieu de 1992 à 1995, a fait quelque 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés. Près de Srebrenica, au Centre mémorial du génocide, un écran géant diffusait mardi les témoignages de survivants et de familles, tout près des stèles blanches parfaitement alignées où reposent les corps de plus de 6 600 des victimes identifiées.
« Accepter la vérité »
Le verdict « souligne la détermination de la justice internationale à faire rendre des comptes, quel que soit le temps que cela prend – et dans le cas de Mladic, ç’aura été presque trois décennies après ses crimes abominables », a déclaré dans un communiqué la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet.
Arrêté en 2011 après seize ans de cavale, Ratko Mladic a également été reconnu coupable d’avoir orchestré une campagne plus large de « nettoyage ethnique » pour chasser les musulmans des zones-clés de Bosnie-Herzégovine afin de créer une « Grande Serbie » en ex-Yougoslavie,
Selon ses avocats, il n’y a pas de lien entre l’ancien général et les tueries commises à Srebrenica, et les charges de génocide qui lui ont valu une peine de détention à vie sont dénuées de fondement.
« Le moment est venu d’accepter la vérité. Mladic compte parmi les criminels de guerre les plus notoires de l’histoire moderne », a déclaré le procureur du MTPI, Serge Brammertz, ajoutant que ce verdict ne suffirait pas à mettre un terme aux divisions dans les Balkans.
« Dans toute l’ex-Yougoslavie, des milliers de suspects de crimes de guerre de tous les camps doivent encore faire l’objet d’enquêtes et de poursuites », a souligné M. Brammertz, appelant les justices nationales à « poursuivre ce travail ». « Ensemble, nous pouvons faire en sorte que toutes les victimes de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis dans l’ex-Yougoslavie puissent voir ceux qui leur ont fait du tort répondre de leurs crimes », a enfin ajouté le procureur. En effet l'impunité des bourreaux encourage de nouveaux crimes, dans une spirale sans fin.
Lorsque les troupes nazies pénètrent dans le ghetto de Varsovie le 19 Avril 1943, afin de le liquider, elles ne s'attendent pas a trouver 750 Juifs et Juives armé·es derrière des barricades, prêt·s à les combattre. Enfermée et tassée entre des murs et des barbelés depuis novembre 1940, la population du ghetto a déjà chuté de 450000 à 70000 personnes en moins de 3 ans, en raison des déportations quotidiennes vers le camp de mise à mort de Treblinka. L'organisation juive de combat (OJC) qui planifie et organise l'insurrection a été initiée par les mouvements de jeunesse présents dans le ghetto.
Mais c’est tout le ghetto de Varsovie qui se soulève et soutient les 750 combattant·es.Malgré les conditions dramatiques de leur lutte, des milliers de personnes acculées se sont dressées et organisées contre les nazis. Ces femmes et ces hommes se sont aussi battu·e·s pour que leur mémoire nous parvienne et nous inspire dans nos combats actuels.
C'est pourquoi nous vous appelons à participer à l'hommage organisé par le Réseau d'Actions contre l'Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) et de nombreuses associations et personnalités dont Memorial 98, le 18 et 19 avril: le dimanche 18 à 14 h sur la place de l'Hôtel de Ville de Paris. Ce rassemblement est déclaré et autorisé par la Préfecture et se déroulera dans le strict respect des précautions sanitaires et le 19 avril à 19h 30 dans une conférence en ligne/Webinaire avec l'historienne Audrey Kichelewski, co-directrice de la Revue d'Histoire de la Shoah.
Venez nombreux-ses honorer la mémoire des insurgé-es et réaffirmer notre détermination à lutter contre l'antisémitisme et tous les racismes( précisions ci-dessous)
Memorial 98
Le 19 avril, date du début du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943, symbolise l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis.
La révolte d'avril 1943 se produisit dans les conditions terribles d'un ghetto déjà en partie vidé de ses habitants. En effet, depuis le 23 juillet 1942, jour après jour, cinq à six mille personnes étaient emmenées par les nazis, du ghetto vers la "Umschlagplatz" ou "place du transbordement" puis déportées vers le camp d'extermination de Treblinka.
Le début du ghetto
L'enfermement dans le ghetto.
Le ghetto de Varsovie a été instauré le 12 octobre 1940, date qui correspondait cette année-là à la grande fête juive de Yom Kippour. Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières ou de marquer leur "connaissance" du judaïsme.
Les nazis annoncèrent à la population juive qu'elle devait déménager dans ce "quartier juif" exigu qui fut ceint de barbelés. Le 16 novembre, on y transfère de force les Juifs, soit un tiers de la population de la ville, qui doivent se concentrer sur sur 2,4 % de sa superficie : 450 000 personnes sont alors coupées du reste du monde.
L"Aktion" comme l’appelaient les nazis, de déportation vers la mort, débuta le 22 juillet 1942. Cette date correspondait au jour de Tish'a Beav, qui commémore par le deuil et le jeûne la destruction du Temple juif de Jérusalem par l'armée romaine en l'an 70 de notre ère.
Chaque 22 juillet à Varsovie, une marche démarre du monument de l'"Umschlagplatz", lieu d'où partaient les convois de déportés puis parcourt l'ancien espace du ghetto, dont il ne subsiste strictement rien.
La déportation des Juifs de Varsovie s’inscrivait dans le cadre de la plus vaste "Aktion Reinhardt", organisée par les nazis en Pologne occupée; celle-ci inclut la construction des camps d'extermination de Belzec (mars 1942), Sobibor (mai 1942) et Treblinka (juillet 1942).
Ce dernier camp joue un rôle particulier dans l'extermination des Juifs de Varsovie. 280 000 Juifs déportés de la capitale polonaise y seront assassinés.
L'Aktion de Varsovie prit fin temporairement le 21 septembre suivant, à nouveau durant le jour de la plus importante fête juive, Yom Kippour.
Après cette grande déportation, le ghetto de Varsovie est réduit à un camp de travail où 36 000 Juifs survivent officiellement et où 20 à 25 000 clandestins se cachent. Son sursis tenait d’une part à la pénurie de main-d’œuvre gratuite dont l'administration nazie voulait disposer, et d'autre part à la nécessité d’une pause afin de recenser et d’expédier vers le Reich les biens volés dans le ghetto.
Quelques jours après le début de la déportation de juillet, la résistance juive s’unifia dans un « Bloc antifasciste » et se dote d’une branche armée, l’Organisation juive de combat (OJC), fondée le 28 juillet 1942. Cette démarche déboucha plusieurs mois plus tard sur le soulèvement du ghetto
Les premières opérations de l'OJC furent dirigées contre les responsables de la "police juive" et autres collaborateurs.
En janvier 1943, une seconde Aktion visant à liquider le reste du ghetto fut interrompue par les nazis eux-mêmes au bout de quatre jours, face à la résistance et au fait que la population se cache dans un réseau souterrain creusé durant des mois.
Le 19 avril 1943, correspondant cette année là au début de la fête juive de Pessah, les unités SS chargées de liquider le ghetto sont repoussées par les combattants. Ceux-ci ne disposent que de quelques revolvers et grenades. Quand le millier de soldats allemands pénètrent en force dans le ghetto, les résistants les attendent barricadés dans leurs bunkers et leurs caves. Au nombre de 1000 environ, ils sont regroupés principalement dans l'Organisation des Combattants Juifs, (OJC, ZOB en polonais) commandée par le jeune Mordehaï Anilewicz, membre de l’organisation de jeunesse Hachomer Hatzaïr. Dès l’invasion de la Pologne par les nazis, Anilewicz avait rejoint avec des membres de son groupe l’est de la Pologne, pour aider à retarder l'avance allemande. Après l'invasion de ces régions orientales de la Pologne par les armées de Staline, à la suite du pacte germano-soviétique, les Soviétiques l'arrêtent et l'emprisonnent. Il est libéré peu de temps après, et retourne alors à Varsovie
Face à l'insurrection, le commandant allemand est relevé de ses fonctions, le général SS Jürgen Stroop lui succède. Il est lui-même est pris de court par la rébellion des "sous-hommes" ainsi que les nazis qualifiaient les Juifs. Dès lors, les troupes SS vont incendier systématiquement les immeubles et propulser du gaz dans les souterrains afin d'en déloger les résistants.
Ces derniers vont tenir pendant un mois, malgré leur très faible niveau d'armement et de nourriture. Plus de deux mille SS, soutenus par de l‘artillerie et des blindés, incendient le ghetto, maison après maison. Les Juifs sont asphyxiés, carbonisés, enterrés vivants dans les abris où ils sont retranchés.
Six mille Juifs présents dans le ghetto trouvent la mort dans les combats ou se suicident. Sept mille sont fusillés sur place. Les autres sont déportés. Une poignée de miraculés échappe à la mort en s'enfuyant par les égouts.
Le 16 mai 1943, Stroop fait dynamiter la grande synagogue du ghetto. Il annonce à Himmler : « Il n’existe plus de quartier juif à Varsovie. »
Cette photo célèbre provient du rapport adressé par le général SS Stroop à Himmler après l'écrasement de la révolte. Elle a donc été prise et diffusée dans le cadre de la propagande nazie.
Elle porte la mention " forcés hors de leurs caves"
Le testament de Mordehaï Anilewicz
La rébellion se termine à la mi-mai. Mordehaï Anilewicz se suicide le 8 mai avec une partie de la direction de l'OJC ; il a 24 ans. Le 23 avril 1943, il avait écrit dans une dernière lettre :
«Les Allemands ont fui par deux fois du ghetto. L'une de nos compagnies a résisté 40 minutes et une autre s'est battue pendant plus de six heures... Nos pertes en vies humaines sont faibles et ceci est également une réussite...
Grâce à notre radio, nous avons entendu une merveilleuse émission relatant notre lutte. Le fait que l'on parle de nous hors du ghetto nous donne du courage.
Soyez en paix, mes amis de l'extérieur ! Peut-être serons-nous témoins d'un miracle et nous reverrons-nous un jour. J'en doute ! J'en doute fort !
Le rêve de ma vie s'est réalisé. L'auto-défense du ghetto est une réalité. La résistance juive armée et la vengeance se matérialisent. Je suis témoin du merveilleux combat des héros juifs...»
Quelques jours plus tard, le 12 mai, Szmuel Zygielbojm, représentant du mouvement ouvrier juif Bund dans le gouvernement polonais en exil à Londres, se suicide dans cette ville.
Il proteste ainsi contre l’inaction des gouvernements alliés, dûment avertis de la situation en Europe de l'Est et notamment en Pologne. Lui-même avait alerté publiquement sur l'extermination en cours.
Il laissa une lettre dont voici des extraits :
« Derrière les murs du ghetto se déroule à présent le dernier acte d’une tragédie sans précédent dans l’Histoire. La responsabilité du forfait consistant à exterminer la totalité de la population juive de Pologne retombe au premier chef sur les exécutants; mais, indirectement, elle rejaillit également sur l’humanité tout entière. Les nations et les gouvernements alliés n’ont entrepris jusqu’ici aucune action concrète pour arrêter le massacre. En acceptant d’assister passivement à l’extermination de millions d’êtres humains sans défense - les enfants, les femmes et les hommes martyrisés - ces pays sont devenus les complices des criminels.[...]. Mes camarades du ghetto de Varsovie ont succombé, l’arme au poing, dans un dernier élan héroïque. Il ne m’a pas été donné de mourir comme eux, ni avec eux. Mais ma vie leur appartient et j’appartiens à leur tombe commune. Par ma mort, je désire exprimer ma protestation la plus profonde contre la passivité avec laquelle le monde observe et permet l’extermination du peuple juif.
Je suis conscient de la valeur infime d’une vie humaine, surtout au moment présent. Mais comme je n’ai pas réussi à le réaliser de mon vivant, peut-être ma mort pourra-t-elle contribuer à arracher à l’indifférence ceux qui peuvent et doivent agir pour sauver de l’extermination — ne fût-ce qu’en ce moment ultime — cette poignée de juifs polonais qui survivent encore. Ma vie appartient au peuple juif de Pologne et c’est pourquoi je lui en fais don… »
(Londres, mai 1943)
Nos pensées vont vers les victimes de cette extermination et vers ceux qui au cœur des ténèbres, entamèrent la préparation de leurs actes héroïques qui apparurent au grand jour dans les mois qui suivirent.
En Pologne même, l’antisémitisme et le racisme sont fortement stimulés par le pouvoir de droite radicale du PiS. Celui-ci a franchi une nouvelle étape dans sa tentative visant à réécrire l’histoire du pays.
Il a promulgué en février 2018 une loi sur la "mémoire". Sous prétexte de mise en cause du terme "camp de la mort polonais", le texte menace de prison quiconque évoque la collaboration de Polonais avec le nazisme, voire le massacre des Juifs de Jedwabne, perpétré par leurs voisins polonais. Les protestations se sont multipliées dans le monde entier mais à ce jour le pouvoir maintient l’arme révisionniste de cette loi. Le premier ministre israélien Netnayahou s’est en revanche compromis dans un accord avec le gouvernement polonais, contre l’avis des responsables du mémorial de Yad Vashem.
Des propagandistes de la haine déversent des flots de propos complotistes et racistes, grâce à la complaisance des grandes plates-formes et à l'indulgence de juges qui les protègent en reculant devant l’application des lois limitant le négationnisme, comme dans le cas de Soral et Dieudonné
L'extrême-droite parrainée et soutenue par Trump avant sa défaite et Poutine, pèse lourdement dans de nombreux pays d’Europe.
Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites, quels que soient leur prétextes, ainsi que pour la mémoire des génocides et crimes contre l'humanité