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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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Sur les réseaux sociaux : 

    

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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations,

pour toute question : 

contact@memorial98.org

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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 18:29
Le dirigeant du FN jubile et utilise un langage codé

Dans une longue interview au Monde du 5 Avril , Le Pen fanfaronne et proclame:

« Qui se souvient de la mobilisation de l'entre-deux tours de 2002 ? "
Cette formulation étrange et provocatrice fait référence à une  « petite phrase » bien connue des tenants du négationnisme et de ceux qui les combattent:
« Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? »
tirée d'une allocution d' Hitler aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939 quelques jours avant l'invasion de la Pologne.

 A plusieurs reprises ces dernières semaines Le Pen choisit ainsi de  s'appuyer  sur le "patrimoine " historique du nazisme et de la collaboration (voir notre précédent article Le Pen s'en prend aux enfants, dans la lignée de Laval)

 En utilisant ces références codées mais parfaitement  compréhensibles par les cadres de son parti , Le Pen réaffirme une fois de plus l'identité profonde de son combat qui s'inscrit dans la tradition de l'extrême-droite française depuis des décennies . Quels que soient les discours éléctoraux et les opérations de propagande, la filiation fasciste et pétainiste demeure et il la porte sans réticences. Il y a sans doute aussi de sa part une certaine jubilation à se permettre ce genre d'allusion, au moment où la campagne électorale est à nouveau dominée par les thématiques de la sécurité et de l"identité nationale".

Dans le même registre, les déplacements en banlieue des Le Pen père et fille à Argenteuil et Aulnay sont en lien avec les activités des ralliés de la dernière période dans la mouvance de Dieudonné. A Aulnay les accompagnateurs de Marine le Pen étaient Alain Soral, agitateur "rouge-brun" violemment antisémite censé représenter un courant "de gauche", doriotiste,  du Front National et Ahmed Moualek accompagnateur de Dieudonné à la fête du FN et dont le site internet  se concentre sur la haine des Juifs.

Qui se souvient, se réjouit le leader d'extrême-droite?
 Nous tous, nous nous souvenons de la matrice du lepénisme et aussi de l' alliance que les partis de droite ont établi avec le Front National en 1998. Nous nous souvenons aussi que Sarkozy a eu comme mentor et fournisseur de cadres un Charles Pasqua qui avait proclamé des "valeurs communes" avec Le Pen.
 
Simone Weil est  ainsi bien  "naïve" de prétendre que les déclarations de Sarkozy sur l"identité nationale"  ne constituent pas un clin d'oeil à le Pen. C'est exactement l'inverse qui est vrai.


MEMORIAL98




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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 23:06
 
RWANDA
 
 
7 Avril 2007
 
 
 
13ème  COMMEMORATION du GENOCIDE  des  TUTSI au RWANDA
 
 
 
 « Souviens-toi. »
 
 
 
Le 7 avril a été déclaré
 
 
« Journée Internationale de Réflexion sur le génocide des Tutsi au Rwanda »
 
 
 
 
par la 58ème Assemblée Générale des Nations Unies
 
 
 
        La Communauté   Rwandaise de France vous invite à observer  une minute de silence  le 07 avril à 12 h où que vous soyez.                                                                                                                                                                                                                                                                                    
 
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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 21:48
Jaurès et les Arméniens

 

Ce petit livre rend compte du discours de Jaurès à la Chambre des députés le 3 Novembre 1896.
Face aux massacres d'Arméniens ordonnés par  le sultan turc  de l'époque et qui ont déjà couté la vie à 120000 personnes, le silence règne parmi les gouvernements européens et dans la presse.
Jean Jaurès dénonce l'hypocrisie des puissances qui ne respectent pas leurs propres engagements de protection des Arméniens.
Ce discours est d'une remarquable actualité. On y trouve déjà la dénonciation du négationnisme  et  des tentatives d'attribuer la responsabilité des massacres à ceux qui en sont victimes.
Un peu plus tard et après quelques hésitations, Jaurès se lance dans la défense du capitaine Dreyfus, injustement condamné.

 

IL FAUT SAUVER LES ARMÉNIENS de Jean Jaurès. Edition établie par V. Duclert, Mille et une nuits, 80 p (réédité en 2016)

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Retour sur les racines du génocide nazi

 

Dans ce court livre qui reprend le texte de 3 conférences prononcées en 2003 au Collège de France, l'historien Philippe Burrin s'attaque au coeur de la problématique hitlérienne dans son rapport  aux Juifs.

Il montre le caractère apocalyptique de l'antisémitisme nazi, la volonté d'affrontement mortel dans lequel la race aryenne doit exterminer la race juive.
Il éclaire aussi le contexte historique de la tradition antisémite en Allemagne, portée par les courants nationalistes et la nature du saut exterminateur réalisé par le nazisme.
Il démontre la cohérence et la mise en œuvre de ce projet génocidaire qui s’inscrit dans la vision apocalyptique d’Hitler, fondée sur son propre « ressentiment ».
Ce livre mérite d'être lu attentivement .

Ressentiment et apocalypse. Essai sur l’antisémitisme nazi, Philippe Burrin  104 p. Points Histoire H373 6 €

 

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 17:55
Les violents incidents de Belleville, entièrement  provoqués par l'attitude de la police, la garde à vue imposée le 23 Mars à Mme Boukobza, directrice d'école qui a voulu protéger les enfants dont elle a la charge, symbolisent  l'escalade répressive voulue par N.Sarkozy.
Cette affaire illustre le cours donné à sa campagne par celui qui prévoit de créer un Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Il entend ainsi donner des gages à l'extrême-droite dont il veut récupérer les voix, au prix d'un recyclage des valeurs de celle-ci.
 On avait déjà vu en Novembre dernier  place de la République à Paris un piège policier destiné à rafler des sans-papiers se rendant  à la permanence des Restaurants du coeur.
L'association  Mémorial  98 est évidemment totalement solidaire du Réseau Education Sans Frontières (RESF) et signataire de sa charte.
 Elle est aussi partie prenante du collectif  d'associations: 
Uni-e-s contre l’immigration jetable
 
http://www.contreimmigrationjetable.org/
Elle félicite et soutient Mme Boukobza et les autres enseignants et parents d'élèves qui se mobilisent au quotidien pour empêcher des exoulsions.
Hasards du calendrier: le 23 Mars , une écrivain portant le même nom que la directrice d'école interpellée publie un témoignage sur ses sept années "sans papiers"
MEMORIAL 98



Je me sentais de France, j’étais de France.

Par Chochana BOUKHOBZA

QUOTIDIEN : vendredi 23 mars 2007

Chochana Boukhobza, écrivain. Dernier ouvrage paru : Quand la Bible rêve, Gallimard (2005).

Il y a trois semaines, poussée par je ne sais quel sentiment d’urgence, je me suis rendue auprès du tribunal d’instance pour réclamer un certificat de nationalité, pas vraiment certaine de l’obtenir, alors que, depuis 1987, j’ai été « réintégrée » dans la nationalité française. Deux jours plus tard, j’ai reçu de ce même tribunal une convocation me demandant de me présenter le 14 mars à 13 h 50. Quinze jours d’attente. Je n’étais sûre de rien. Et pourtant, ce ne fut qu’une formalité. On m’a remis un feuillet rose, bien plus précieux qu’un passeport ou une carte d’identité. J’ai dit à la préposée « champagne ! » . Elle a ri. Elle a cru à une boutade. Sept années de clandestinité (de 1980 à 1987) se sont effacées d’un seul coup.

Il a fallu à la jeune femme que j’étais alors du courage, de la ténacité, de la volonté, de l’obstination. J’ai affronté la peur des flics, de l’expulsion, le travail au noir, le logement au noir. Sept années durant, je me suis levée chaque matin en tremblant d’être reconduite à la frontière et je dois d’être restée en France, d’être devenue un écrivain, à des gens qui m’ont offert leur coeur, leur gîte, leur appui, et qui m’ont aidée à devenir ce que je voulais être.

Quelle raison peut pousser un être humain à vivre jour après jour la détresse d’être une « sans-papier », sinon l’amour pour un pays et pour sa langue ? Je me sentais de France. J’étais de France. Et ce sentiment-là m’a fait résister, en silence, m’a fait accepter la précarité, le manque d’argent, des années sans toit. Un siècle plus tôt, la Tunisie était sous protectorat français. Mes arrière-grands-parents ont demandé la naturalisation française et l’ont obtenue. Ma grand-mère est devenue française, comme ses quatre frères. Ma mère devait choisir de l’être ou de ne pas l’être à sa majorité. Elle s’est mariée avant ses 18 ans, et mon père tunisien, par négligence, n’a pas fait sa demande auprès de l’administration.

En 1964, mon père a quitté la Tunisie et débarqué à Paris avec sa famille. Et la course aux papiers a commencé. Mes parents patientaient sur les bancs de la préfecture pour présenter le document qu’on avait oublié de leur demander la veille, absolument nécessaire à l’obtention d’une carte de séjour ; certains d’avoir à se représenter une nouvelle fois encore, car, étrangement, il y avait toujours un papier qui manquait, un papier qui demandait encore un peu de sueur, de fatigue, de lettres à écrire, de cavalcade dans Paris.

Nous avons vécu avec une carte de séjour valable dix ans. Nous ignorions que dix années vous claquent entre les doigts comme un pétard. Nous trouvions que dix ans, c’est long, toute la vie.
J’ai fait ma scolarité à Paris. J’ai appris Baudelaire, Rimbaud, Balzac, j’ai manifesté avec les lycéens de mon âge, aimé et respiré le parfum de liberté qui s’exhalait des milieux gauchistes avant de partir vivre en Israël. Je ne savais pas alors que j’étais prise dans une langue comme dans une nasse, tatouée au plus profond de moi. J’ignorais encore que l’écriture était ma seule voie, ma thérapie, ma destinée. Et que je ne pouvais écrire qu’en français. Même Jérusalem n’a pu défaire cet attachement. Comment vivre sur la Terre promise quand on continue de penser et rêver en français ? Paris était partout, sur les pierres des remparts de la vieille ville, sur les feuilles des oliviers.

Quand je suis revenue en France, on m’a appris que ma carte de séjour avait cessé d’être valable. Que je pouvais circuler trois mois, comme touriste, mais qu’il me faudrait ensuite partir. La suite a été simple. Pendant sept ans, je me suis cachée en vivant au grand jour. Coupable seulement d’être née hors de France. Coupable de n’être pas du sol, mais d’ailleurs, de plus loin que moi, coupable d’aimer deux pays, d’avoir une jambe ici, et l’autre là. Coupable de vouloir jeter jour après jour un pont entre deux mondes, en pensée et en actes.Je me suis tue pour les sans-papiers de Calais. Je me suis tue pour Melilla. Je me suis tue pour mes enfants qui ne savent rien de mon passé, pour être tranquille, pour savourer ce que j’avais gagné. Et puis, un jour, le silence devient pesant. Et, soudain, il n’y a plus d’autres solutions que d’exploser. Car nous sommes cent et mille comme moi. A être de France. Et à être aussi sans France quand nous revient au front le boomerang de l’identité. Encore et toujours cette identité. Jusqu’à quand ? Et pourquoi ?



© Libération

vendredi 23 mars 2007.
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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 23:09
 
Le président du parlement européen Mr Pöttering (PPE-Droite) s'est contenté de réprimander le 13 Mars, le député polonais Giertych qui a publié sous le logo du Parlement, une brochure antisémite dont nous publions ci-dessous des extraits; l'intégralité du texte se trouve sur le site de Giertych.
Ce député n'en est  pas à son premier "exploit"  dans ce domaine.
Le 15 novembre 2005, il a organisé au Parlement européen à Strasbourg une exposition de photographies hostile à l’IVG. L’une des affiches représentait des enfants derrière des barbelés à Auschwitz. Les panneaux ont été retirés par les services du Parlement en raison du scandale provoqué par la comparaison de l’avortement à la Shoah.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maciej_Giertych.
Il est donc d'autant plus scandaleux que la présidence du Parlement se contente de la sanction la plus faible possible et ne suspende pas au moins temporairement Gietrych comme elle a le pouvoir. Il s'agit d'un mauvais signal adressé aux forces antisémites si puissantes en Pologne même et dans les pays voisins(Russie, Slovaquie, Allemagne...)
MEMORIAL 98


  voir aussi Brochure antisémite polonaise au Parlement européen

Citation de la brochure de Giertych:

"....Les juifs d'aujourd'hui constituent une communauté tragique, un peuple qui n'a pas
reconnu le temps de sa visitation: ceux qui n'ont pas reconnu dans Jésus Christ le Messie attendu.
Les juifs qui ont suivi le Christ se sont fondus dans l'universalité chrétienne; ceux qui l'ont rejeté sont devenus errants de par le monde, parmi les croyants des autres religions, ressassant jalousement leur élection, cette conscience messianique qui donne sa marque distinctive à leur civilisation.
 C'est une civilisation d'isolement programmé, de distinction voulue des communautés
environnantes. Dans le judaisme il n'y a pas de théologie spéciale que l'on pourrait apprendre et adopter comme converti. On peut seulement se marier dans le judaisme, en devenir membre biologique. Les juifs ne cherchent pas à convertir. Par volonté propre ils préfèrent vivre à part, en apartheid des communautés voisines. Ils forment leurs propres communes (kahals), se gouvernent eux-mêmes selon leurs propres lois et ils prennent soin de maintenir aussi une séparation spatiale. Ils forment eux-mêmes leurs ghettos ou quartiers dans lesquels ils vivent ensemble, analogues aux Chinatowns américains. C'est seulement l'Allemagne d'Hitler qui a créé l'idée de séparation forcée, d'un ghetto fermé que les juifs n'avaient pas le droit de quitter.
 Les juifs ne sont pas des pionniers; ils ne vont pas à la conquête du vaste monde ni ne
défient les risques de la nature. Ils s'installent parmi d'autres civilisations, riches de préférence.
Ils ont tendance à émigrer des pays pauvres vers les pays riches. Et ils le font toujours en groupe, ormant immédiatement leur propre communauté séparée.
 Les juifs ne constituent pas une race spécifique. C'est un grand malentendu de prendre
l'anti-sémitisme pour du racisme. Les juifs de Pologne sont racialement impossibles à
différencier des Polonais. Les juifs d'Afrique du Nord sont racialement proches des arabes. Les juifs éthiopiens sont proches des éthiopiens, et ainsi dans le monde entier. Cependant, le fait qu'ils s'accrochent à leur propre communauté, leur propre civilisation, leur propre mise à part entraîne le développement de différences biologiques. 
 Ce n'est jamais une séparation totale parce que des mariages mixtes sont fréquents, mais
là où des communautés juives vivent pendant plusieurs générations, cela est suffisant pour créer quelques différences avec la société environnante. Tout ceci est la conséquence de la conscience commune d'être le peuple élu... "












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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 23:08
 
Impunité garantie pour l'ancien premier ministre?

En examinant la retranscription des propos désormais célèbres tenus par Barre sur France Culture le 1er mars dernier,  on y trouve , en plus des apréciations déjà connues sur le "lobby juif de gauche", l'attentat de la synagogue Copernic, Papon, Gollnisch, cette phrase incroyable dans sa brutalité:

"Je ne porte pas un jugement moral sur l'attitude que l'on devait avoir à l'égard des déportations de Juifs ou non"

Pourtant malgré la violence de ces déclarations et les réactions des associations (voir ci-dessous celle de la FNDIRP) et des institutions juives, Barre ne semble pas menacé: pas d'initiative de la Justice, peu de réactions  de responsables politiques, notamment de l'UDF dont il est  le fondateur .
Cette impunité semble constituer un privilège de la fonction. A compter d'un certain niveau on peut donc, sans risque. dire ou faire des horreurs
C'est le cas des dirgeants actuels de la droite qui ont passé des accords avec le Front national en 1998 ou dès 1992 dans le cas de J.C. Gaudin maire de Marseille et vice-président de l'UMP.
C'est aussi le cas de Roland Dumas, ancien ministre et ancien président du Conseil constitutionnel, invité d'honneur du spectacle/meeting antisémite de Dieudonné le 18 Décembre dernier au Zénith aux  côtés de ses voisins du "carré VIP":  B.Gollnisch et Jany le Pen. Il a beaucoup ri ce soir là aux saillies délicates de son hôte. On attend encore la réaction du Parti socialiste.


MEMORIAL 98






Robert Créange,secrétaire général de la fédération nationale des déportés et internés résistant et patriotes (FNDIRP)
BARRE ET LE "LOBBY JUIF"
 
"La lâcheté de la classe politique"
NOUVELOBS.COM | 08.03.2007 | 18:38

Comment avez-vous réagi aux propos de Raymond Barre sur France Culture ?

- Nous n'avons pas été étonnés. Il a déjà fait toute une série de déclarations toujours très limites. Mais pourquoi, subitement, a-t-il eu besoin de justifier Papon et de dire toute sa considération pour Gollnisch ? A la fédération, on l'a toujours considéré comme quelqu'un de proche des idées véhiculées par Pétain. Toutefois, nous n'engagerons pas de poursuites car ça serait lui faire trop de publicité. A la fédération, nous nous battons contre toutes les formes de racisme, l'antisémitisme comme l'islamophobie ou l'homophobie. Mais Barre n'est pas le seul à avoir défendu Papon. Olivier de Sarnez, président de l'association des médaillés de la résistance, et père de Marielle de Sarnez (directrice de campagne de François Bayrou, ndlr) s'est, lui aussi, illustré lors de l'enterrement de Papon. Il avait déclaré que les attaques contre celui-ci étaient "une nouvelle affaire Dreyfus" et que "toute cette affaire est un complot contre la mémoire du général de Gaulle". D'ailleurs la fondation pour la mémoire de la déportation a écrit une lettre à M. Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants pour demander des sanctions contre M. de Sarnez.

Comment expliquez-vous la condamnation tardive des propos de Raymond Barre par la classe politique ?

- C'est un véritable laisser-aller. Ce n'est pas notre position. On ne peut rien laisser passer. Laisser faire, c'est permettre que ce que nous avons connu se reproduise encore un jour. Je me déplace très souvent dans les écoles, je dis aux élèves : "Ne faites jamais semblant de ne pas entendre, ne cédez pas à cette facilité intellectuelle". L'attitude de la classe politique après les propos de Raymond Barre, c'est de la lâcheté. Nous avons envoyé un courrier à chaque candidats, en tout cas les principaux, pour qu'ils réagissent aux propos de Barre, et pour l'instant nous n'avons aucun retour.

Pensez-vous qu'il y ait un regain d'antisémitisme en France ?

- Je veux signaler, tout d'abord, qu'à la fédération nous ne faisons pas le distinguo entre les différentes formes de racisme. Mais pour répondre à votre question, je ne pense pas. Il y a peut-être quelques actes individuels qui laissent penser que l'antisémitisme progresse. Mais il n'y a pas de regain dans l'esprit des Français. Je le vois bien dans les lycées où je me rends pour témoigner et informer. J'ai porté l'étoile jaune à 6 ans, et mes parents sont morts à Auschwitz. Donc je m'y déplace souvent. Beaucoup d'élèves sont mal informés, mais c'est parce qu'on ne leur donne pas les éléments. Il y a un vrai esprit de tolérance, une prise de conscience chez eux. Je suis fasciné par leur capacité d'écoute. Souvent je leur raconte que pendant l'occupation, la Grande Mosquée de Paris a caché des juifs et des résistants?

Propos recueillis par Simon Piel
(le jeudi 8 mars 2007)
 
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 22:21
Le vétéran négationniste, invité vedette récent de la conférence d'Ahmadinedjad à Téhéran, provoque une fois de plus sur le terrain judiciaire. C'est la longue histoire du négationnisme français et européen qui est ainsi  sur le devant de la scène une fois de plus. A lire: "Histoire du négationnisme en France" de Valérie Igounet (Seuil)
MEMORIAL 98
Faurisson, négationniste impénitent face à Badinter
Par Christophe BOLTANSKI
Libération mardi 13 mars 2007
   
Quand Robert Faurisson pénètre dans le tribunal encore vide, il prend  place du côté des prévenus, à la gauche de la barre. Par habitude. Il a tant  de fois été condamné pour négationnisme ou apologie de crimes de guerre  Aujourd'hui, pourtant, c'est lui qui attaque. Il poursuit l'ancien garde de  Sceaux, Robert Badinter, celui-là même qui, en 1981, lui avait fait subir son  premier déboire judiciaire. Un quart de siècle plus tard, celui qui nie no  seulement l'existence des chambres à gaz, mais aussi la réalité de la Shoah  tente d'inverser les rôles
Devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, l'ancien maître de conférence à Lyon-III accuse l'ex-ministre de lui avoir causé «un préjudice considérable en mentant sciemment» le 11 novembre 2006, sur la chaîne Arte. Invité de l'émission le Forum des Européens, Robert Badinter avait évoqué au détour d'une phrase son passé d'avocat : «Le dernier procès que j'aurai plaidé dans ma vie avant de devenir ministre, c'est le procès contre Faurisson. J'ai fait condamner Faurisson pour être un faussaire de l'histoire.»
Argutie. Un propos «diffamatoire», selon Faurisson qui, debout, brandit le jugement du 8 juillet 1981. «Je demande où, à quelle page, à quel alinéa, à quelle ligne, il est dit que Robert Faurisson a été condamné pour être un faussaire de l'histoire ? La réponse est : nulle part !» Lors de ce premier procès, les juges avaient estimé qu'il avait «manqué aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s'imposent au chercheur qu'il veut être», qu'il avait même «volontairement tronqué certains témoignages». Mais le tribunal avait estimé «ne pas avoir à rechercher si un tel discours constituait ou non une falsification de l'histoire».
C'est cette argutie juridique qui lui permet de traîner en justice «l'ancien garde des Sceaux, l'ancien président du Conseil constitutionnel», comme il se plaît à le rappeler. Il réclame 15 000 euros de dommages et intérêts et la lecture du jugement sur Arte. La situation semble le réjouir. Cet homme de 77 ans, le crâne garni de deux petites touffes blanches, qui en parlant de lui-même dit «Faurisson», s'enflamme à mesure qu'il ressort ses vieilles antiennes sur «les prétendues chambres à gaz et le prétendu génocide des Juifs». Le président, Nicolas Bonal, lui rappelle que ces mêmes propos lui ont valu d'être condamné. En vain. C'est un négationniste impénitent qui revendique haut et fort un brûlot antisémite, posté en ligne et cité par un témoin de la défense. «J'en suis l'auteur, j'en suis l'auteur !» crie-t-il à propos d'un texte intitulé Je bois du petit lait qui compare l'Holocauste à une «baudruche» qu'il faut crever et ajoute : «C'est un bidon fondamental, ce grand martyr de la race juive.»
Assis en face de lui, Robert Badinter parvient difficilement à contenir sa colère. «C'est un fou !» murmure-t-il plusieurs fois. Debout à son tour devant les juges, il explique que l'émission d'Arte portait sur un tout autre sujet : les menaces des intégristes sur la liberté d'expression. Interrogé «à la fin, presque à l'improviste» sur les lois mémorielles, il a réitéré les réserves qu'il partage avec les historiens et rappelé qu'en tant qu'avocat de la Licra, la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme, il avait réussi à faire condamner Faurisson bien avant la loi Gayssot.
Plaidoirie. Le 22 juin 1981, il n'avait pas cessé de traiter dans sa plaidoirie l'universitaire de «faussaire de l'histoire». Deux jours plus tard, nommé garde des Sceaux par Mitterrand, il avait quitté le barreau pour la chancellerie. Lors du jugement, le 8 juillet, il était assailli par ses nouvelles tâches. «J'ai été certainement avisé du résultat. [...] Je ne suis pas sûr d'avoir lu le jugement. [...] Pour un article, j'aurais vérifié. Sur un plateau de télévision, vous répondez en fonction de vos souvenirs.»
Voilà pour la forme. Sur le fond, il ne regrette rien. Dans la décision de 1981, un attendu, raconte-t-il, le concerne personnellement. «C'est celui qui évoque les survivants et les enfants de celles et de ceux qui ont disparu dans le génocide. Je suis de ceux-là.» Il poursuit sans parvenir à contenir son émotion : «J'avais 13 ans quand mon oncle a été arrêté au domicile que nous venions de quitter, en octobre 1941 . Il a été dénoncé et envoyé à Drancy et, de là, a disparu. J'avais 14 ans quand ma grand-mère paternelle a été arrêtée à son domicile par des policiers français sur ordre de Bousquet. C'était au début de l'automne 1942. Elle avait 80 ans. On l'a descendue sur une civière, envoyée à Drancy, déportée, et on n'a plus eu de ses nouvelles. J'allais avoir 15 ans quand mon père a été arrêté à Lyon ; [...] bien entendu, nous n'avons jamais eu de ses nouvelles.» Il raconte comment, à la Libération, il allait au Lutetia interroger les survivants, comment, plus tard, il a récité le kaddish dans le camp de Sobibor, tombeau de son père. Faurisson est coupable de «l'une des pires entreprises de faussaires de l'histoire... On en est arrivé à dire que ces gens sont morts du typhus, sous les bombardements alliés. Par hasard». Il hausse la voix, se tourne vers son accusateur : «Que les choses soient claires. Pour moi, jusqu'à la fin de mes jours, tant que j'aurai un souffle, vous et ceux de votre espèce ne serez jamais que des faussaires de l'histoire la plus tragique.»
Témoins. Robert Badinter a obtenu que cette audience , qui s'achèvera le 2 avril, soit filmée «pour l'histoire». Ses témoins  des historiens, comme Annette Wieviorka, le romancier Didier Daeninckx...  démontent les méthodes falsificatrices du plaignant qui usurpe jusqu'à son titre de «professeur d'université». Valérie Igounet, auteur d'une histoire du négationnisme en France, explique : «Faurisson part de son postulat que les chambres à gaz n'existent pas et, à partir de ce postulat, il va interpréter les faits.» Tous soulignent aussi sa «phobie antisémite» exprimée récemment lors d'une conférence négationniste sur l'Holocauste à Téhéran où il vitupère contre «la juive Simone Veil» ou le «juif Fabius».
Après avoir détaillé comment le plaignant «triture, tronque et falsifie», l'historienne Nadine Fresco conclut qu'il faut «apprendre à vivre avec ces faussaires» tout en continuant «à travailler et à les combattre». Car, ajoute-t-elle : «ils procèdent par scandales» . «On est dans le chagrin, eux sont dans la jouissance. Et leur jouissance semble immense.»
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 21:33
Mémoire, Justice, et Soutien aux Rescapés
L’Association Ibuka France
organise :
Un colloque européen sur le génocide
des Tutsi du Rwanda
le Vendredi 30 mars 2007
En collaboration avec les sections Ibuka
de Belgique, Hollande, Rwanda et Suisse

La 13e Commémoration
du génocide des Tutsi
le Samedi 7 avril 2007
Au 62, rue Marcadet Paris 18e
Métro ligne 4 : station Marcadet Poissonniers
Paris - France
Avec le soutien et la participation du Ministère Rwandais de la Jeunesse, des Sports et de la
Culture, Médecins du Monde, Union des Étudiants Juifs de France, Centre Simon Wiesenthal,
Étude sans Frontières, SOS Racisme, Conseil de Coordination des organisations Arméniennes
de France, Comité de Défense de la Cause Arménienne, NOR SEROUND, SURVIE


LE PROGRAMME DU COLLOQUE DU 30/03

I. 9h45 : Accueil des invités
Mot d’introduction :
• Le génocide des Tutsi du Rwanda : rappel historique et analyse des conséquences :
Marcel Kabanda (Président d’Ibuka France)
II. 10h-12h : Génocide et rescapés
Modérateur : Michel Gakuba, Président Ibuka Suisse
• Être rescapé : entre victime et témoin de l’Histoire : Richard Rechtman, Psychiatre
spécialiste du Cambodge
• Rwanda, 13 ans après le génocide : les rescapés du Rwanda en situation précaire :
Théodore Simburudali, Président Ibuka Rwanda
• Rescapé du génocide : une victime de « crimes qu’on ne peut ni juger ni pardonner » :
Joël Hubrecht, Professeur à l’Institut des Hautes Études sur la Justice
• De la destruction des Arméniens (1909) à celle des Tutsi du Rwanda (1994).
Comparaison : «Au milieu des ruines» de Zabel Essayan et «Dans le nu de la
vie» de Jean Hatzfeld» : Liliane Daronian, Responsable de la Bibliothèque de
recherches africaines, Université Paris 1- CEMAF
12h : Pause déjeuner
III. 13h-15h : Histoires de rescapés et Regards croisés
Modérateur : Placide Kalisa, Président Ibuka Belgique
• Les humanitaires face aux massacres : l’exemple du Comité international de la
Croix-Rouge : Daniel Palmieri , Chargé de recherches historiques - Archives du
CICR à Genève
• La vie et la place des survivants de la Shoah dans l’Europe d’après-guerre : Richard
Odier , Secrétaire Général du Centre Simon Wiesenthal - Europe
• La longue marche vers la reconnaissance du génocide arménien : Harout
Mardirossian, Président du CDCA ( Comité de Défense de la Cause Arménienne)
• Les obstacles à la reconnaissance en France du génocide des Tutsi du Rwanda :
la question du négationnisme : Patrick de Saint-Exupéry, journaliste au Figaro,
auteur de « L’inavouable »
15h : Pause
IV. 15h15-16h30 : Bilan critique des actions de réhabilitation des
rescapés au Rwanda
Modérateur : Alain Ngirinshuti, Vice Président Ibuka France
• L’Etat Rwandais face à l’épreuve de la question des rescapés (FARG/GACACA) :
François Xavier Ngarambe, ancien Président Ibuka Rwanda
• L’expérience de Médecins du Monde : « Les responsables du projet - Comité de
pilotage/Ibuka France »
• TPIR et réparation: la place des victimes: Yann Jurovics, ENS, Maître de conférence
des Universités et Ancien Juriste près de la Chambre d’appel du TPIR.
16h30 : Pause
V. 16h45-18h45 : Une table à ronde autour de trois questions
Modérateur : Ildephonse Ngaruye, Secrétaire Général Ibuka France
Synthèse de la journée : Bernard Patureau (Secrétaire Général Adjoint d’Ibuka France )
• Identifi cation des besoins : Benoît Kaboyi, Secrétaire Exécutif Ibuka Rwanda
• Identifi cation de projets : les Membres ESF/Hélène Dumas/David Hazan
• Recommandations
VI. 18h45 : Mot de clôture et communiqué de presse
• Remerciement : Marcel Kabanda
• Communiqué de presse : Serge Farnel et Bernard Patureau

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 16:34
 
COMMUNIQUE DE PRESSE DE L'UNESCO
 
15-17 mars 2007
Semaine rwandaise en Europe
Conférences, spectacle
15 mars, 9h00-12h30, Salle II : Conférence 1 : « Histoire et culture du Rwanda »
Avec la participation de : José Kagabo, Jean-Pierre Mukimbiri, Dorcy Rugamba, Christian Terras
 
15 mars, 14h00-18h00, Salle II : Conférences 2 : « Le Rwanda : génocide, justice et mémoire»
Avec la participation de : Diogène Bideli, Géraud de La Pradelle, Patrick de Saint-Exupéry, Jean-François Dupaquier, Eric Gillet, Yvonne Mutimura, Gabriel Périès, David Servenay, Yves Ternon et représentants des associations Survie, CPCR, Ibuka
 
16 mars, 9h00-18h00, Salle II : Conférence 3 : « Vision 2020 : Politique et reconstruction nationale» Avec la participation de : Callixte Karege, Jean-Pierre Karegeya, Désiré Karyabwite, Assumpta Mugiraneza, Tito Mugrefiya, Antoine Ruvebana, Digne Rwabuhungu, Rica Rwigamba, Yvan Twagirashema
 
17 mars, 9h30-17h00, Salle II : Journée de la diaspora : rencontre avec les associations :
Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA), Association pour un Jardin de la Mémoire des victimes du génocide au Rwanda (AJAM), Amitié Judéo-Noire, Appui Rwanda, Association Saint François, Avenir Rwanda, Hachomer, Ibuka, Institut français d'études sur l'Afrique Contemporaine (IFRESAC), Survie
 
17 mars, 18h30-21h00, Salle I : Spectacle de danses traditionnelles
Entrée gratuite sur inscription obligatoire (dans la limite des places disponibles): Tél. : 01 45 68 04 22 - evenements2@unesco.org
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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 16:31
 A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous rendons hommage à une femme  coréenne  qui fait face au négationnisme du gouvernement japonais( (voir article ci-dessous) 
Le gouvernement japonais actuel (gouvernement Abe) et son  prédecesseur (Koizumi) sont particulièrement impliqués dans la négation des crimes de guerre et rendent hommage aux responsables de l'époque.

A travers  Lee Yong-soo, nous saluons toutes les femmes qui subissent les violences et les crimes et celles qui se mobilisent pour la justice et la vérité, contre la répression, la torture et les guerres.

MEMORIAL 98

 

Le combat de Lee Yong-soo, ancienne "esclave sexuelle" au service de l'armée impériale japonaise
LE MONDE | 06.03
TOKYO CORRESPONDANT

J'en suis pourtant une preuve vivante" : en dépit de ses 78 ans, Lee Yong-soo bouillonne d'énergie et elle a ressenti comme un ultime outrage les déclarations du premier ministre, Shinzo Abe, qui a affirmé une nouvelle fois, lundi 5 mars, que les femmes contraintes à se prostituer pour l'armée impériale au cours de la seconde guerre mondiale "n'avaient pas été victimes de coercition".
Mme Lee est l'un des trois "femmes de réconfort" - euphémisme désignant les 200 000 Asiatiques et quelques Européennes victimes de la soldatesque nippone, de la fin des années 1930 à la défaite de 1945 - qui viennent de témoigner devant la sous-commission pour les affaires étrangères du Congrès américain dans le cadre du débat sur une résolution exigeant des excuses du Japon. Lundi, M. Abe a déclaré au Parlement qu'"il n'y avait pas de raison de s'excuser". "Le projet de résolution (américain) n'est pas fondé sur des faits. Rien ne prouve qu'il y a eu coercition", a-t-il ajouté. A Séoul, le gouvernement et la presse ont dénoncé avec véhémence le manque de repentance du Japon.

Dans ce petit restaurant coréen de Tokyo, Mme Lee en robe traditionnelle a l'air d'une douce grand-mère. Elle raconte en japonais (langue imposée pendant la colonisation de la péninsule de 1910 à 1945) ce que l'adolescente qu'elle était vécut au cours de l'année qui précéda la défaite du Japon. "Les rides ont envahi mon visage, dit-elle, mais au fond de moi la blessure demeure." Elle se sent habitée par le han, ce mélange de ressentiment et d'amertume qui sourd de sacrifices, d'attentes déçues et de révolte contre l'impuissance qui caractérise l'âme coréenne. "Ce que je demande, c'est que l'Etat japonais reconnaisse qu'il a volé ma vie quand je n'étais qu'une enfant", poursuit-elle.

Née à Taegu, au sud-est de l'actuelle Corée du Sud, Mme Lee avait 14 ans "lorsqu'un matin de l'automne 1944, alors que je dormais, une voix de femme m'a appelée ; je suis sortie ; un soldat japonais m'a prise par le bras et emmenée de force". Un train l'emporta jusqu'à Pyongyang puis Dalian, en Chine, où elle fut embarquée vers Taïwan et affectée au bordel militaire d'une base de pilotes suicide (kamikaze).



"VIOLÉE ET LAISSÉE POUR MORTE"



"Sur le bateau, nous étions cinq filles pour trois cents soldats. Mes aînées m'ont cachée. A la base, je fus battue, violée et laissée pour morte, les mains attachées par un fil de fer. Un pilote m'a soignée. "Je dois mourir mais, toi, tu dois vivre", me répétait-il. C'est le seul homme qui m'a jamais aimée. Des mois passèrent. Chaque jour, une douzaine de soldats se présentait dans la petite cabine qui m'était affectée. Il y avait une couche, de l'ouate et du désinfectant. Ceux qui partaient pour leur dernière mission s'attardaient : eux aussi étaient des victimes. Puis, un matin, les soldats avaient disparu. De la rue montaient des cris en chinois, "La guerre est finie !"."

Rentrée en Corée, Mme Lee chercha, comme toutes celles qui avaient subi un sort analogue, à cacher sa flétrissure pour que l'opprobre ne tombe pas sur toute sa famille. "Longtemps, mon frère m'a dissuadée de parler", dit-elle. Puis au début des années 1990, elle et plusieurs autres se décidèrent à sortir de l'ombre de l'Histoire.

Ce que l'on racontait jusqu'alors des "femmes de réconfort" était nié par Tokyo. Cette fois, les témoignages furent étayés par des recherches d'historiens japonais comme Yoshiaki Yoshimi qui, en 1992, révéla, à partir de documents militaires, l'implication de l'état-major dans la gestion des bordels militaires. L'année suivante, au nom du gouvernement, Yohei Kono, alors chef du secrétariat du premier ministre Miyazawa, reconnut que "les forces armées étaient directement et indirectement impliquées dans la création et la gestion de ces établissements ainsi que le transport (de leurs pensionnaires)".

Avec le retour à la tête du Parti gouvernemental libéral-démocrate (PLD) du courant le plus droitier, la "déclaration Kono" est critiquée pour avoir été trop loin et les propos de M. Abe sont une expression de ce retrait. S'il y a bien eu implication de l'état-major, il n'y a pas de preuves que l'armée se chargeait elle-même du "recrutement" des filles. Le plus souvent, les militaires sous-traitaient cette besogne aux "marchands de femmes" dans la mouvance de l'armée, qui fournissaient ses bordels en femmes dupées ou tout bonnement enlevées.

Philippe Pons

 

 

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