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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Pour correspondre avec nous, nous proposer des articles ou des informations, pour toute question :

memorial98@protonmail.com

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 17:55
Les violents incidents de Belleville, entièrement  provoqués par l'attitude de la police, la garde à vue imposée le 23 Mars à Mme Boukobza, directrice d'école qui a voulu protéger les enfants dont elle a la charge, symbolisent  l'escalade répressive voulue par N.Sarkozy.
Cette affaire illustre le cours donné à sa campagne par celui qui prévoit de créer un Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Il entend ainsi donner des gages à l'extrême-droite dont il veut récupérer les voix, au prix d'un recyclage des valeurs de celle-ci.
 On avait déjà vu en Novembre dernier  place de la République à Paris un piège policier destiné à rafler des sans-papiers se rendant  à la permanence des Restaurants du coeur.
L'association  Mémorial  98 est évidemment totalement solidaire du Réseau Education Sans Frontières (RESF) et signataire de sa charte.
 Elle est aussi partie prenante du collectif  d'associations: 
Uni-e-s contre l’immigration jetable
 
http://www.contreimmigrationjetable.org/
Elle félicite et soutient Mme Boukobza et les autres enseignants et parents d'élèves qui se mobilisent au quotidien pour empêcher des exoulsions.
Hasards du calendrier: le 23 Mars , une écrivain portant le même nom que la directrice d'école interpellée publie un témoignage sur ses sept années "sans papiers"
MEMORIAL 98



Je me sentais de France, j’étais de France.

Par Chochana BOUKHOBZA

QUOTIDIEN : vendredi 23 mars 2007

Chochana Boukhobza, écrivain. Dernier ouvrage paru : Quand la Bible rêve, Gallimard (2005).

Il y a trois semaines, poussée par je ne sais quel sentiment d’urgence, je me suis rendue auprès du tribunal d’instance pour réclamer un certificat de nationalité, pas vraiment certaine de l’obtenir, alors que, depuis 1987, j’ai été « réintégrée » dans la nationalité française. Deux jours plus tard, j’ai reçu de ce même tribunal une convocation me demandant de me présenter le 14 mars à 13 h 50. Quinze jours d’attente. Je n’étais sûre de rien. Et pourtant, ce ne fut qu’une formalité. On m’a remis un feuillet rose, bien plus précieux qu’un passeport ou une carte d’identité. J’ai dit à la préposée « champagne ! » . Elle a ri. Elle a cru à une boutade. Sept années de clandestinité (de 1980 à 1987) se sont effacées d’un seul coup.

Il a fallu à la jeune femme que j’étais alors du courage, de la ténacité, de la volonté, de l’obstination. J’ai affronté la peur des flics, de l’expulsion, le travail au noir, le logement au noir. Sept années durant, je me suis levée chaque matin en tremblant d’être reconduite à la frontière et je dois d’être restée en France, d’être devenue un écrivain, à des gens qui m’ont offert leur coeur, leur gîte, leur appui, et qui m’ont aidée à devenir ce que je voulais être.

Quelle raison peut pousser un être humain à vivre jour après jour la détresse d’être une « sans-papier », sinon l’amour pour un pays et pour sa langue ? Je me sentais de France. J’étais de France. Et ce sentiment-là m’a fait résister, en silence, m’a fait accepter la précarité, le manque d’argent, des années sans toit. Un siècle plus tôt, la Tunisie était sous protectorat français. Mes arrière-grands-parents ont demandé la naturalisation française et l’ont obtenue. Ma grand-mère est devenue française, comme ses quatre frères. Ma mère devait choisir de l’être ou de ne pas l’être à sa majorité. Elle s’est mariée avant ses 18 ans, et mon père tunisien, par négligence, n’a pas fait sa demande auprès de l’administration.

En 1964, mon père a quitté la Tunisie et débarqué à Paris avec sa famille. Et la course aux papiers a commencé. Mes parents patientaient sur les bancs de la préfecture pour présenter le document qu’on avait oublié de leur demander la veille, absolument nécessaire à l’obtention d’une carte de séjour ; certains d’avoir à se représenter une nouvelle fois encore, car, étrangement, il y avait toujours un papier qui manquait, un papier qui demandait encore un peu de sueur, de fatigue, de lettres à écrire, de cavalcade dans Paris.

Nous avons vécu avec une carte de séjour valable dix ans. Nous ignorions que dix années vous claquent entre les doigts comme un pétard. Nous trouvions que dix ans, c’est long, toute la vie.
J’ai fait ma scolarité à Paris. J’ai appris Baudelaire, Rimbaud, Balzac, j’ai manifesté avec les lycéens de mon âge, aimé et respiré le parfum de liberté qui s’exhalait des milieux gauchistes avant de partir vivre en Israël. Je ne savais pas alors que j’étais prise dans une langue comme dans une nasse, tatouée au plus profond de moi. J’ignorais encore que l’écriture était ma seule voie, ma thérapie, ma destinée. Et que je ne pouvais écrire qu’en français. Même Jérusalem n’a pu défaire cet attachement. Comment vivre sur la Terre promise quand on continue de penser et rêver en français ? Paris était partout, sur les pierres des remparts de la vieille ville, sur les feuilles des oliviers.

Quand je suis revenue en France, on m’a appris que ma carte de séjour avait cessé d’être valable. Que je pouvais circuler trois mois, comme touriste, mais qu’il me faudrait ensuite partir. La suite a été simple. Pendant sept ans, je me suis cachée en vivant au grand jour. Coupable seulement d’être née hors de France. Coupable de n’être pas du sol, mais d’ailleurs, de plus loin que moi, coupable d’aimer deux pays, d’avoir une jambe ici, et l’autre là. Coupable de vouloir jeter jour après jour un pont entre deux mondes, en pensée et en actes.Je me suis tue pour les sans-papiers de Calais. Je me suis tue pour Melilla. Je me suis tue pour mes enfants qui ne savent rien de mon passé, pour être tranquille, pour savourer ce que j’avais gagné. Et puis, un jour, le silence devient pesant. Et, soudain, il n’y a plus d’autres solutions que d’exploser. Car nous sommes cent et mille comme moi. A être de France. Et à être aussi sans France quand nous revient au front le boomerang de l’identité. Encore et toujours cette identité. Jusqu’à quand ? Et pourquoi ?



© Libération

vendredi 23 mars 2007.
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