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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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Retrouvez aussi le quotidien de l'info antiraciste sur notre blog d'actus :

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 18:57

 

 

Des noms au Mémorial du Génocide (Rwanda)

 

 

Mise à jour du 6 avril 2017

 

Le 7 avril marque le début du génocide des Tutsi du Rwanda et des "jours de sang" du mois d'avril:

C'est à ce génocide que revient en effet le triste privilège d'ouvrir les commémorations du mois d'avril, au cours duquel est honorée la mémoire des victimes des 3 génocides majeurs du XXe siècle : celui des Tutsi du Rwanda le 7 avril (date du début des massacres en avril 1994) celui de la Shoah le 19 avril (correspondant au début de la révolte du ghetto de Varsovie le 19 avril 1943) celui des Arméniens le 24 avril (correspondant aux premières arrestations des intellectuels arméniens à Constantinople/Istanbul en avril 1915).

Nous y associons le premier génocide du XXe siècle commis en 1904 par l'Allemagne impériale  contre les peuples Herero et Nama en Afrique australe,  les actions génocidaires en Bosnie à Srebrenica , au Darfour, le génocide des Roms, les actions génocidaires du régime khmer rouge au Cambodge et la récente tentative d’extermination des Yézidis d’Irak par Daech...

Alors qu'un parti héritier du fascisme et du nazisme se se présente en France comme une alternative crédible, il est plus que jamais déterminant de rappeler ce à quoi mènent les doctrines de l'exclusion et de la haine.

 

MEMORIAL 98

 

 

 

Actualisation du 4 décembre 2016

 

 

 

Le génocidaire Simbikangwa  voit sa condamnation confirmée en appel

La justice française a confirmé samedi 3 décembre en appel la condamnation à 25 ans de réclusion criminelle de Pascal Simbikangwa, premier présumé génocidaire à avoir été jugé en France en lien avec le génocide des Tutsi en 1994. Le procès avait débuté le 3 février 2014

Après six semaines de débats, l’ex-capitaine Simbikangwa, 56 ans, a été reconnu coupable de génocide et complicité de crime contre l’humanité, comme en première instance en 2014 et comme l’avait demandé l’accusation.

Les avocats des cinq associations parties civiles sont sortis de la salle sous les applaudissements des militants présents. Simon Foreman, l’avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), a salué la « confirmation d’une décision qui est juste » : « ça légitime le combat qu’on mène depuis 20 ans, sans qu’on en tire aucune gloire ».

Nous saluons à nouveau le combat acharné du CPCR  afin d'obtenir enfin le jugement de génocidaires réfugiés en France.

 

MEMORIAL 98

 

 

 

 

Actualisation du 18 octobre 2016

Succès au Sénat pour la pénalisation du génocide des Tutsi mais pas pour celui des Arméniens.

 

Le Sénat s'est prononcé en faveur du rétablissement de l'article 38 ter de la Loi "Égalité et Citoyenneté" permettant de poursuivre les négationnistes des génocides - dont le génocide arménien nous dit-on - et crimes contre l'humanité tels que l'esclavage ( voir aussi notre actualisation du 4 juillet dernier) .

Étonnamment, les commentateurs de ce vote se sont focalisés sur le génocide arménien en laissant entendre qu'il s'agissait d'une ouverture contre les négationnistes.

Ils oublient de préciser que seuls seront poursuivis les négationnistes d'un crime jugé par une juridiction française ou internationale. Or il est bien connu que le génocide arménien n'a jamais été jugé par ce type de juridiction.

Pour les crimes qui ne pourront pas entrer dans la la case "jugement français ou international", il faudra alors remplir une autre condition : "la négation, la minoration ou la banalisation de ces crimes" devront être accompagnées d'"une incitation à la violence ou à la haine".

Or, il est tout à fait habituel  de nier un génocide ou un crime contre l'humanité sans proférer des "propos violents ou haineux". C'est même la spécialisation des négationnistes les plus pervers qui se présentent avec le masque de l'historien : ce sont les plus prolifiques, les plus influents et les plus dangereux. Ceux-là resteront certainement hors du champ d'application de la loi.

Seule (grande) satisfaction : si le Conseil Constitutionnel n'invalide pas cet article avant sa promulgation, la Loi Égalité et Citoyenneté (qui - en l'occurrence - ne mérite pas son nom) donnera la possibilité de poursuivre les négationnistes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, génocide qui a fait, pour sa part, l'objet d'un jugement international.

Nos partenaires du  Collectif VAN analysent ci-dessous le vote du 14 octobre 2016.

Avec eux nous poursuivons le combat pour la pénalisation du négationnisme, pour la vérité et le justice.

Nous nous retrouverons ensemble le 9 novembre prochain avec le Collectif VAN et Ibuka afin de commémorer pour la 3e année consécutive l’anniversaire du pogrom nazi de la Nuit de Cristal qui a eu lieu le 9 novembre 1938 (Rendez-vous à partir de 18h devant le Gymnase Japy 2 rue Japy 75011 Paris) 

Memorial 98

 

Mise à jour du 6 juillet

Les 2 génocidaires des Tutsi en procès en Paris (voir ci-dessous), Tito BARAHIRA et Octavien NGENZI, sont tous les deux reconnus coupables de génocide et de crime contre l’humanité. Ils sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Memorial 98 prend acte que justice est ainsi faite et rend hommage à ses partenaires du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui ont joué un rôle-clé pour imposer ces procès. Le combat contre le négationnisme et l'impunité se poursuit.

 

Memorial 98

 

 

Mise à jour du 4 juillet :

 

Enfin la pénalisation du négationnisme des Arméniens et des Tutsi?

 

L'amendement de l'article 38ter du projet de loi Égalité et Citoyenneté, voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale le 1er juillet 2016, a suscité l'émotion et la joie dans les rangs des associations défendant la mémoire des victimes du génocide arménien de 1915 et des Tutsi du Rwanda et au-delà, auprès des  combattants contre les négationnismes dans le monde entier.

Attendu depuis des décennies pour permettre d'opposer la force de la loi française au puissant négationnisme d'État de la Turquie (voir ci-dessous), ce texte étend en effet la pénalisation du négationnisme au génocide des Arméniens, comme à celui des Tutsi, comme dans le cas de la Shoah, ainsi qu'au déni de l'esclavage.

Nous partageons l'enthousiasme qui prévaut, mais certaines faiblesses du texte nous paraissent inquiétantes selon l'analyse de nos partenaires du collectif VAN.

Elle concernent certaines formulations de cet texte, qui font référence à des génocides jugés et reconnus devant un tribunal français ou une cour internationale

Or le génocide arménien n'a été jugé ni devant un tribunal français ni une cour internationale. Les seuls procès qui se sont tenus en 1919 pour juger les criminels Jeunes-Turcs ont eu lieu à Constantinople (Turquie). En revanche le génocide des Tutsi a déjà été jugé par le  Tribunal pénal international pour le Rwanda.

 


On y retrouve également un délit de négationnisme à deux vitesses : les associations arméniennes ne pourront acter en justice qu'en apportant à chaque fois la preuve que le négationniste du génocide arménien tient un discours incitant à la haine ou à la violence, alors que cela est considéré comme acquis pour la négation des autres crimes contre l'humanité.

Nous demeurons donc vigilants, avec nos partenaires du Collectif VAN et de Ibuka.

 

Memorial 98

 

Mise à jour du 16 mai:

 

Génocide des Tutsi: alors que se poursuit à Paris le procès des 2 présumés génocidaires (voir ci-dessous ), c'est de Suède que vient un jugement qui devrait constituer un exemple. Un Suédois d'origine rwandaise a été condamné lundi 16 mai à la prison à perpétuité pour génocide et crimes de guerre, une peine assortie du versement de dommages et intérêts à une quinzaine de victimes rwandaises. «Même en tenant compte du fait que le génocide s'est déroulé il y a 22 ans, ce type de crime est si grave que la peine doit être la perpétuité», a estimé le tribunal dans un communiqué.
Claver Berinkidi, 61 ans, habite en Suède depuis 2002 et a été naturalisé suédois en 2012. En 2007, il avait été condamné par contumace par un tribunal rwandais à 30 ans de prison.

 

Memorial 98

 

Mise à jour du 9 mai :

 

Rwanda: événement important, à partir du mardi 10 mai et pendant plusieurs semaines, deux présumés génocidaires, Octavien Ngenzi et de Tito Barahira, sont jugés à Paris. Ils sont tous deux accusés de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre pour des massacres de Tutsi commis dans la préfecture de Kibungo, dans l’est du Rwanda. ll avait fallu attendre vingt ans avant que la France se décide enfin, l'an dernier, à juger l’un des acteurs du génocide de 1994 au Rwanda, réfugié sur son territoire. Le « capitaine » Pascal Simbikangwa avait alors été condamné à vingt-cinq ans de prison à l’issue d’un procès qualifié d’historique, parce qu’il s’agissait d’une première judiciaire en France. Nos partenaires du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) ont  joué un rôle-clé pour imposer ces procès. Memorial 98 soutient le CPCR .

 


C’est la ténacité des militants du CPCR qui a conduit Octavien Ngenzi et Tito Barahira devant les juges du pôle génocide et crimes contre l’humanité. Le premier a été localisé et arrêté en 2010 à Mayotte, où il demandait un statut de réfugié politique, sous une fausse identité. Le second a été retrouvé dans la banlieue de Toulouse, où il vivait tranquillement depuis plusieurs années avec sa famille.
 

A la veille de l’ouverture de ce deuxième procès rwandais, Alain Gauthier, président du CPCR exprime donc une satisfaction mêlée d’une forme « d’impatience » vis-à-vis de la justice française et de ce pôle génocide et crimes contre l’humanité créé en 2012. Ses trois juges sont en effet « submergés de dossiers, une trentaine », selon M. Gauthier. Aucune instruction n’est close, personne n’est actuellement détenu. « Ce n’est pas demain qu’il y aura un troisième procès », regrette-t-il.
La création de ce pôle avait pourtant nourri des espoirs, aujourd’hui déçus « Aujourd’hui, dans un contexte où les moyens budgétaires de la justice sont limités, l’accent est mis sur les affaires de terrorisme, de corruption et de lutte contre l’impunité. Les dossiers rwandais sont démonétisés », analyse l'avocat des droits de l'homme Me Bourdon.

 

Un procès à suivre avec attention. Il s'ouvre alors que l'ombre du crime contre l'humanité plane sur le Burundi, limitrophe du Rwanda, dans lequel le pouvoir a recours au poison identitaire et ethnique, comme le montre l'arrivée récente d'un personnage inquiétant.

 

Un nazi auprès du président du Burundi: inquiétude.

Alors que les crimes à composante anti-Tutsi se multiplient dans ce pays limitrophe du Rwanda, on apprend qu'un vétéran néo-nazi belge, Luc Michel, est nommé conseiller du président, élu frauduleusement en juin dernier, Pierre Nkurunziza. Luc Michel a trempé dans bon nombre de groupes fascistes, dont la tristement célèbre FANE, ouvertement nazie. Il a été actif auprès du régime Khadafi.

Son arrivée au Burundi signifie un durcissement du régime déjà impliqué dans de nombreux assassinats, comme Memorial 98 l'avait indiqué en mai dernier. L' intervention de l'ONU et de l'Union africaine deviennent urgentes, avant que réapparaissent les massacres.

 

 

 

Memorial 98

 

 

Génocide des Tutsi

 

C'est au génocide des Tutsi au Rwanda que revient le triste privilège d'ouvrir les commémorations du mois d'avril, au cours duquel est honorée la mémoire des victimes des 3 génocides majeurs du XXe siècle : celui des Tutsi du Rwanda le 7 avril (date du début des massacres en avril 1994) celui de la Shoah le 19 avril (correspondant au début de la révolte du ghetto de Varsovie le 19 avril 1943) celui des Arméniens le 24 avril (correspondant aux premières arrestations des intellectuels arméniens à Constantinople/Istanbul en avril 1915).

Nous y associons les actions génocidaires en Bosnie à Srebrenica dont un des responsables, Radovan Karadzic vient enfin d'être condamné par le tribunal international de La Haye, au Darfour, le génocide des Roms, les actions génocidaires du régime khmer rouge au Cambodge et la récente tentative d’extermination des Yézidis d’Irak par Daech...

 

C'est en effet le le 7 avril 1994 que débutèrent au Rwanda les massacres qui allaient voir la mort d'au moins 900 000 personnes jusqu'à juillet de la même année : des individus définis comme Tutsi, constituant la majorité des victimes, mais aussi des Hutu opposés aux partisans de l'idéologie raciste dite "Hutu Power"

Memorial 98 appelle à participer aux initiatives de commémoration et de solidarité organisées dans différentes villes par nos partenaires de l'association de rescapés Ibuka et notamment à l'inauguration d'un Jardin de la Mémoire au Parc de Choisy (Paris 13ème) le 7 avril à 10h30.

D'une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus bref et concentré de l'histoire et celui de la plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour de tuerie.

Fruit d'une idéologie raciste mise en œuvre sur des décennies, ce génocide s'est appuyé, pour diffuser la haine, avant et pendant, sur une forme perverse d'humour, notamment à la Radio Télévision des Milles Collines, mais aussi sur les caricatures déshumanisantes de la propagande génocidaire .

Comme pour tous les projets génocidaires, celui-ci s'accompagne de campagnes négationnistes, de difficultés à faire reconnaître les responsabilités entre autres les responsabilités françaises et à faire vivre la mémoire. Il a fallu attendre 20 ans pour qu'enfin une stèle au Père Lachaise à Paris commémore ce génocide et encore 2 ans avant que soit inauguré le 7 avril prochain ce Jardin de la Mémoire .

Des progrès limités ont aussi été réalisés dans le domaine de la justice puisque enfin des génocidaires ont été jugés et condamnés en France. Ces procès doivent beaucoup à l’action de nos amis du Collectif des parties civiles pour le Rwanda qui poursuivent un combat incessant pour que le Parquet et les tribunaux jouent enfin leur rôle. En effet la justice demeure très partielle, lente et laborieuse. Des génocidaires présumés lui échappent.

Les habitants de nôtre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda. En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités. Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.

Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics.

 

 

Le scandale Charlie Hebdo

En ce 22e anniversaire, la commémoration en France se déroule dans une atmosphère particulière, suite à une très récente couverture scandaleuse de Charlie Hebdo, tournant en dérision le génocide et ses victimes.

Nous partageons l'indignation des membres d'Ibuka-France exprimée dans la lettre ouverte ci-dessous et nous nous associons à leur démarche:

 

"Lettre ouverte à Charlie Hebdo

Au nom de l’Association, Ibuka France, des rescapés et des victimes du génocide des Tutsi, je voudrais exprimer à la rédaction de Charlie Hebdo, l’indignation et l’écœurement que nous avons ressenti en découvrant la couverture du numéro 1236 daté du 30 mars 2016. Le chanteur Stromae y est représenté entouré de membres d’un corps déchiqueté avec, en haut de la page, le titre de sa chanson vedette, « Papa où t’es » ? Cet artiste est discret sur son histoire et ses origines mais personne n’ignore que celles-ci sont rwandaises et qu’elles ont été traversées par le génocide commis contre les Tutsi dans ce pays. A deux semaines exactement de la 22ème commémoration, une mise en scène qui prétend faire rire en superposant de manière macabre l’histoire du génocide et l’épreuve des attentats qui ont endeuillé la Belgique le 22 mars dernier relève de l’indigence morale que de la création humoristique. Elle est une injure à la mémoire des victimes et une honte pour un média qui, il y a un an, lorsqu’il a été attaqué – le mot est faible-, a reçu le soutien du monde entier. La liberté de penser et de créer que nous avons défendue aux côtés des autres et à laquelle nous demeurons attachés, n’autorise pas de rire de tout, y compris des morts et leurs orphelins. L’art ne peut être séparé du beau. Ce qui produit le dégoût et afflige l’innocent est une honteuse perversion du talent par un prétentieux.
A un moment où les rescapés tentent de préparer dans la douleur mais dans la dignité, la journée d’hommage à celles et ceux qui ont été assassinés dans des conditions effroyables, cette couverture est une ignoble provocation.

Nous exigeons qu’elle soit retirée et que de publiques excuses soient exprimées avant le 7 avril prochain.

Marcel Kabanda
Président d’Ibuka France"

Cette profanation montre à quel point le combat pour la mémoire des génocides et de leurs victimes demeure d'actualité.

 

Des condamnations historiques et attendues

Les commémorations d'avril se produisent cette année quelques jours après deux événements historiques dans la sphère juridique internationale de lutte contre les génocides et les crimes contre l'Humanité.

Il s'agit d'une part du jugement de Radovan Karadzic le 24 mars. L’ancien chef politique des Serbes de Bosnie est ainsi jugé « pénalement responsable » du génocide à Srebrenica par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye et condamné à quarante ans de prison.

Cette condamnation qui constitue un aboutissement, intervient néanmoins plus de vingt ans après le massacre génocidaire de Srebrenica et le siège sanglant de Sarajevo.

Le 11 juillet 1995, alors que les milices serbes de Bosnie approchent de l'enclave de Srebrenica, des dizaines de milliers de civils musulmans prennent la route de Potocari, à 8 kilomètres de distance de la ville. C'est là qu'est basé le quartier général du bataillon néerlandais de soldats de la Force de protection des Nations unies (Forpronu). Quatre cent cinquante casques bleus y sont chargés d'assurer la protection des quelque 40 000 habitants de Srebrenica, en majorité des Musulmans .

Quand les miliciens serbes de Bosnie commencent à séparer les hommes des femmes, les "Casques bleus" le voient et laissent faire. Les hommes sont entassés dans des cars et seront exécutés. 8.000 hommes sont tués et jetés dans les fosses communes par les forces serbes. Ce massacre a été, à juste titre, qualifié de génocide par la Cour Internationale de Justice et par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). L'ordre écrit donné en amont plusieurs mois en avance, puis sa réalisation par le tri et la séparation des hommes ainsi que leur extermination massive, "industrielle", portent les caractères du génocide. Srebrenica constitue le dernier génocide du vingtième siècle, qui en connut tant.

Quelques jours auparavant le 21 mars une autre décision historique était rendue par la Cour pénale internationale (CPI) contre le chef de milices Jean-Pierre Bemba. Ses milices ont utilisé le viol comme arme de guerre en Centrafrique (motif de la condamnation) et au Congo. Il s'agit d'un un tournant capital dans la lutte en faveur de la justice et de l'obligation de rendre des comptes pour les victimes de violences sexuelles dans le monde. C'est en effet la première fois que la CPI condamne quelqu'un pour le viol utilisé comme arme de guerre, et la première fois qu'elle prononce une condamnation fondée sur le principe de la responsabilité du commandant. Cette décision de justice comporte un avertissement clair : l'impunité pour violences sexuelles en tant qu'arme de guerre ne doit pas être tolérée. Il reste à voir comment cette condamnation se traduira sur le terrain et comment les instances internationales veilleront à son application.

 

 

Génocide des Arméniens: toujours le négationnisme d'Etat.

 

Les opérations militaires en cours de la part de l'Azerbaïdjan contre la région arménienne du Nagorny-karabakh donnent un aspect dramatique à la situation. 

Une année après le centenaire du génocide des Arméniens, qui a donné lieu à d'importantes mobilisations et cérémonies mais aussi à des provocations de la part de Erdogan, nous faisons toujours face au négationnisme de l’État turc. Celui-ci  refuse non seulement de reconnaître qu’il y a eu un génocide organisé envers les Arméniens, mais fait aussi pression dans le monde entier afin que cette reconnaissance n’ait pas lieu.

Les gouvernements turcs successifs mènent en effet un négationnisme d'Etat utilisant des moyens humains et financiers considérables, visant à intimider les universitaires, les journalistes et le monde associatif.

En France, les historiens, les journalistes, les responsables associatifs, les hommes politiques, dès lors qu’ils travaillent hors des sentiers balisés par l’historiographie officielle de l’Etat turc, s’attirent des pressions, des menaces, des insultes et des appels à la haine, diffusés à grande échelle sur Internet. Ce négationnisme étatique trouve aussi des relais chez des responsables politiques et des historiens disposant d'un fort pouvoir institutionnel. C'est le cas de l'académicien Pierre Nora, à qui le mémorial de la Shoah à hélas confié en septembre dernier le soin de prononcer l'allocution d'une cérémonie de mémoire.

 

 

Attaques contre la mémoire de la Shoah 

La mémoire de la Shoah est en butte en permanence aux offensives des antisémites et négationnistes dont les plus actifs dans le pays sont Dieudonné, officiellement caractérisé par la justice belge comme diffuseur de thèses nazies et son compère Soral. Ce dernier sera d'ailleurs jugé le 6 avril pour avoir appelé à "finir le boulot" de l'extermination des Juifs, à l'occasion d'une remise de décoration à Beate et Serge Klarsfeld. Il retrouvait ainsi les accents de Dieudonné souhaitant que le journaliste Patrick Cohen soit exterminé dans une chambre à gaz.

C'est de Pologne que vient aussi l'alerte. La mémoire de la Shoah est y actuellement confrontée  à une offensive du gouvernement ultra réactionnaire du PiS. Celui-ci a déjà  renoué  avec l'antisémitisme caractéristique du  chauvinisme qu'il a déjà mis en œuvre de 2005 à 2007, sous la direction du premier ministre de l'époque Jaroszlaw Kaczynski , chef incontesté du parti PiS. Il  a ainsi décidé de retirer la décoration de l'ordre du mérite au Pr Gross, historien  spécialiste de la Shoah. Ce dernier a notamment démontré que des Polonais ont participé au massacre des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Universalisme de la lutte contre le négationnisme et le racisme

Ces différents génocides ont des liens profonds entre eux car dans tous les cas les populations promises à l’extermination ont été d’abord été discriminées, stigmatisées, accusées de tous les maux, mises en cause comme préparant des plans hostiles aux pouvoirs autoritaires en place. Elles ont désignées comme ennemies, regroupées, marquées et « étiquetées » sous différentes formes et enfin conduites à l’extermination ou massacrées sur place. Le génocide est l’aboutissement de décennies, voire de siècles, de discriminations.

La possibilité de réaliser un génocide et d’échapper à la punition correspondant à l’horreur de cette entreprise a aussi constitué un puissant facteur d’encouragement pour les génocidaires successifs. Les nazis eux-mêmes trouvaient une stimulation dans la manière dont le génocide arménien demeurait impuni : « Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait ainsi Hitler dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne.

Un autre point commun à ces 3 génocides est la négation de leur horreur, dans le cadre d’une solidarité avec ceux qui ont perpétré le génocide. Nous luttons contre ce phénomène très organisé, mis en place par les génocidaires eux mêmes et qui constitue avec l’impunité une incitation à de nouveaux massacres. Le but des génocidaires, en tout temps et en tout lieu, ne consiste pas seulement à assassiner les vivants, mais aussi à nier à tout jamais leur existence. C’est pour cette raison que les négationnismes sont consubstantiels aux génocides. En niant, il ne s’agit pas seulement d’une tentative faite par les assassins pour échapper aux conséquences de leurs crimes. Au même titre que les massacres physiques de masse, la négation est au service au service du but final : effacer de l’histoire et de l’humanité une partie des hommes et des femmes qui la constituent

Les combats contre les génocides ainsi que l’impunité de leurs auteurs et le négationnisme sont plus que jamais au cœur de nôtre action. C'est également par la lutte quotidienne contre le racisme et les discriminations que nous construisons le barrage qui doit empêcher d'autres génocides.

 

MEMORIAL 98

 

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 00:51

Mise à jour 13 Février 2017: nouvelle récompense pour Le Fils de Saul distingué lors du prix britannique du BAFTA

 

 

Le film "le fils de Saul" se déroule dans un camp d'extermination; c'est l'histoire d'un « Sonderkommando[1] ». Nous le recommandons vivement.

C'est avec lui que l'on découvre Auschwitz comme on ne l'avait probablement jamais vu au cinéma : une ruche abominable et gigantesque, une usine à fabriquer des cadavres à la chaîne.

Les jeunes cinéastes Clara Royer et László Nemes en ont écrit le scénario ensemble.

Làslo Nemes est un  réalisateur hongrois, une partie de sa famille a été déportée en 1944.

Elle est française, spécialiste des littératures d'Europe centrale. Elle explique que  Le Fils de Saul est « sorti des tripes » de Nemes, qui a pris le parti radical de ne pas quitter son personnage principal d'une semelle.

 

Du bruit et de la fureur

 

L'ampleur des fracas résonne encore à la sortie du cinéma.

Des déflagrations assourdissantes, des claquements de portes, des grincements métalliques, un déchaînement de hurlements, des clameurs, s'entremêlent, s'enchevêtrent comme ces corps en filigrane, eux-mêmes, mêlés, défigurés, estropiés.

Toujours en arrière plan, la blancheur des dépouilles nues, bras et jambes confondus, entrecroisés, sans visage, du sang dans la noirceur des dédales, d'où surgissent des hommes, rien que des hommes…bousculés, ils courent, ils frappent, ils entrent, ils sortent, ils repoussent et puis Saul parmi ces êtres inhumanisés, une croix rouge sur le dos de son vêtement. Cette croix qui le désigne, qui le stigmatise.

Saul au visage impassible.

La caméra le fixe et l'escorte de dos, de face, de profil, debout, courbé, agenouillé, herculéen.  

Le même regard intensément noir qui ne dit rien ou qui en dit long.

Silencieux au milieu de toutes ces lamentations, il semble nous interroger.

Que fait-il là ?

Quel destin que de se retrouver parmi les siens pour les envoyer à la mort, un sursis pour la sienne, elle-même inéluctable.

La mort, toujours présente à chaque cri, à chaque injonction, elle peut arriver à tout instant selon le bon vouloir de ces monstres qui n'ont de cesse de hurler.

II accomplit sa tâche consciencieusement avec toute sa force de vie, à la cadence des vociférations : encourager et refouler sous la « douche » de la chambre à gaz ses congénères, les hommes, les femmes et les enfants.

Il lessive le sol rougi, il envoie des pelletées de cendres, il creuse la terre, sans jamais se départir de sa rage.

On reste paralysé face à cette fureur de gesticulations ininterrompues.

Ses gestes mécaniques ne font pas venir les larmes aux yeux.

Un enfant respire à peine. Il le reconnait, il se l'approprie. Il va déployer toute sa hargne pour lui inventer une sépulture et trouver un rabbin pour dire le kaddish.

Cela devient sa raison de rester vivant, lui que la mort guette à chaque injonction, à chaque éclat démoniaque, à chaque chuchotement.

Au milieu de cet effroi des hommes et des femmes survivent. Une société s'organise. Des hommes à qui il reste le courage de fomenter une révolte.

 

Alors que nous sortions encore abasourdis, assourdis les oreilles fracassées du bruit de ces cris où les langues et les sommations s'interpellent, une spectatrice est venue nous interroger

Elle s'étonnait de ne pas avoir eu d'empathie avec le personnage principal.

 

 

Comment interpréter la quête de Saul ?

Je n'ai pas été émue aux larmes, il est vrai.

J'ai pensé, en y réfléchissant, que ce n'était pas « du cinéma » .

Tout cela a existé.

Ce sont ces monstruosités qui nous tétanisent jusqu'à glacer nos émotions.

 

Le fils de Saul est un film essentiel par son caractère pédagogique.

Il évite les images accablantes.

Il nous fait vivre un enfer sonore, une résonnance en écho qui illustre la brutalité, la barbarie dans toute son horreur.

 

Evelyne Lévy pour Memorial 98

 


[1] Signifie groupe spécial. Il s’agit d’un groupe de déportés chargés de convoyer d'autres déportés jusqu'aux portes des chambres à gaz, d'en extraire les cadavres pour les brûler, avant de nettoyer les lieux et de se débarrasser des cendres. Pour ces détenus au statut particulier, ce travail ne représente qu'un sursis avant leur propre extermination

 

Voir aussi sur Memorial 98:

 

http://www.memorial98.org/article-allez-voir-la-rafle-46705214.html

 

http://www.memorial98.org/article-liberation-d-auschwitz-70-ans-apres-les-images-temoignent-125439876.html

 

http://www.memorial98.org/article-chef-d-oeuvre-allez-voir-welcome-in-vienna-90728752.html

 

Voir sur l'Info Antiraciste, blog d'actualités de Memorial 98:

 

http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/12/shoah-commemoration-en-norvege-et-en.html

 

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 14:22

Parmi les persécutions du 6 et 7 novembre 1938, celles des SS de Baden Baden qui contraignent des Juifs à défiler sous les huées antisémites jusqu'à la synagogue où on les contraints à chanter des chants SS, avant de les tabasser puis d'organiser leur déportation à Dachau. Photo YadvashemLe 9 novembre, Memorial 98, avec ses partenaires du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le négationnisme) et de l'association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda)  vous invite à commémorer la « Nuit de Cristal », pogrom d'Etat commis par les nazis le 9 novembre 1938 contre les Juifs d’Allemagne et d’Autriche. Pour la 2e année consécutive, nous nous rassemblerons à Paris devant le gymnase Japy, lieu symbolique dans lequel furent parqués en 1942, les Juifs raflés par la police française au service des nazis.

 

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal représente un jalon important:  les nazis au pouvoir depuis 1933 franchissent une nouvelle étape dans la violence, celle de massacres antisémites commis au vu et au su de toute l'Europe. Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient être ignorées, et pourtant en France elles ne changèrent pas la situation: ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler.

 

Quelques mois plus tôt, en juillet 1938, s’était tenue la conférence internationale sur les réfugiés d'Évian de juillet 1938, dont le but affiché était de de trouver des lieux d'asile notamment pour les réfugiés juifs et qui se termina par un échec. Le gouvernement français y avait exposé sa position: la France n’accueillerait plus de réfugiés. Deux mois plus tard, lors des accords de Munich le 30 septembre de la même année, le gouvernement français cède aux exigences nazies. Une partie de la Tchécoslovaquie (la région des Sudètes) est annexée au Reich nazi, la paix est « sauvée ».

 

La France tourne ainsi ouvertement le dos à ses principes de pays de droits de l'homme, car le gouvernement recherche à tout prix l'apaisement avec son voisin allemand, notamment à travers  des négociations secrètes menées par Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères, depuis le 10 avril 1938. Bonnet ne veut pas que les évènements de la Nuit de Cristal compromettent sa politique. Il choisit d'ignorer le rapport de George Von, ambassadeur de France à Berlin, qui lui écrit ainsi au lendemain des évènements : "Le traitement infligé aux Juifs en Allemagne que les nazis tentent d'extirper complètement comme des bêtes malveillantes, éclaire la grande distance qui sépare la conception hitlérienne du monde du patrimoine spirituel des nations démocratiques". Bonnet sera ensuite pétainiste, membre du Conseil national de Vichy.


La France est ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.


De plus, le 12 novembre 1938, deux jours seulement après la Nuit de Cristal, une loi autorisait en France l'internement des "indésirables" dans des camps de concentration dont ceux des Milles et de Rivesaltes. Les réfugiés juifs allemands et autrichiens entrés non légalement en France étaient désormais directement menacés et seront internés puis plus tard livrés aux nazis.

 

Soixante-dix ans après la défaite du nazisme, rappeler que l'Europe est de nouveau en proie à « ses vieux démons » peut apparaître comme un cliché mais rend compte d’une réalité.

 

Ainsi, l'antisémitisme, que d'aucuns disaient « disparu » est bien là: les victimes de l'attentat de l'Hyper cacher de Vincennes ont été tuées par un assassin qui avait choisi un lieu d'attentat uniquement parce qu'il était fréquenté par des personnes juives. D'aucuns ont choisi de lier sa haine à la religion qu'il revendiquait, mais c'est bien dans le pays de Jean-Marie le Pen, Dieudonné Soral, et que le jeune tueur avait grandi, bercé par une haine diffusée par des médias fascistes extrêmement puissants. En témoigne l'adhésion très large aux théories du « complot juif » qui ont essaimé dès le lendemain des attentats de janvier et qui influencent toutes les couches de la population française.

 

Dans la bonne ville de Versailles, fortement marquée par l’extrême-droite et l’intégrisme catholique, l’œuvre d'art d'Anish Kapoor est dégradée à plusieurs reprises avec des inscriptions contre les « Juifs déviants » .

 

La violence pogromiste touche toutes les minorités: l'année 2015 aura aussi été marquée en France par les incendies contre les mosquées, les attaques menées contre les personnes musulmanes dans la rue où à leur domicile, le tout dans une atmosphère de surenchère islamophobe, à laquelle participent des voix venues de tout le champ politique. À Calais, des commandos agressent les migrants et les tabassent. Les Roms qui ont été victimes des génocidaires nazis sont particulièrement visés : dans toute la France, les bidonvilles où survivent les Roms, victimes du racisme d'Etat, sont ciblées aussi bien par des attaques individuelles que par des rassemblements de foules haineuses, très souvent entraînées par des élus d'extrême-droite et aussi de droite.

 

La cacophonie raciste et antisémite ne semble avoir aucune limite : les déclarations racistes des responsables politiques se multiplient si vite que leur dénonciation finit par paraître vaine. Apologie de la « race blanche », dénonciation de l’« invasion » des gens du voyage, éloge du fichage des enfants musulmans, chaque semaine apporte son lot d'excréments verbaux sortis des poubelles de l'Histoire.

 

Face à cette marée, un grand espoir s'est levé, dans cette Europe où presque partout l'extrême-droite parlementaire explose les compteurs électoraux, où les mouvements néo-nazis sont devenus une réalité quotidienne et de plus en plus représentée dans les exécutifs nationaux ou locaux.

 

Car l'année 2015 aura aussi été celle du mouvement de solidarité avec les migrants : partout en Europe, de Vienne à Londres, de Copenhague à Budapest, mais aussi dans de petites villes comme Sérent (Morbihan), des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues pour exiger accueil et solidarité. Partout, des gens ordinaires ont décidé de s'engager au quotidien, multipliant les initiatives, du simple don à l'accompagnement administratif en passant par les défenses collectives contre la répression malheureusement quotidienne des migrants à toutes les frontières européennes.

 

Une autre Europe a brusquement émergé, une Europe qui rêve d'égalité, d'ouverture, de coexistence. Une autre opinion publique a donné de la voix par les actes, ensemble des gens de cultures, de religions, de sensibilités différentes, ont répondu ensemble au fascisme montant, et commencé à construire enfin, l'idée d'un autre monde possible.

 

Nous ne sommes pas dans les années 30, mais il n'est jamais trop tôt pour dire « Plus jamais ça » aux héritiers nombreux des pogromistes de ces années-là.

Dans nos combats d’aujourd’hui, il n’est jamais trop tard pour faire de nos mémoires une arme .

 

Il y a cent ans, les logiques racistes de l'Etat turc conduisaient au génocide des Arméniens: le négationnisme maintenu de l’Etat turc se trouve renforcé par une décision récente de la cour européenne des droits de l’homme (CEDH) autorisant ce négationnisme à s'exprimer en toute liberté. En France, la loi pénalisant le déni du génocide des Arméniens est renvoyée aux calendes grecques. Nous serons là pour dire la vérité historique, parce que sans reconnaissance de cette vérité, les dérives autoritaires et oppressives en Turquie continueront contre la minorité kurde et contre tous les progressistes.

Il y a vingt et un ans, des rhétoriques similaires à celles développées par les nazis étaient utilisées pour préparer et exécuter le génocide contre les Tutsi au Rwanda. La justice n’est toujours pas réalisée: un génocidaire présumé vient d'être relaxé sans procès par la justice française, l’inauguration d’un lieu de mémoire à Dijon a été annulé par le maire et ancien ministre, alors que des députés ont fait pression pour qu'un colloque sur ce génocide n'ait pas lieu à l'Assemblée Nationale. Nous serons aux côtés des Rwandais qui se battent pour que les génocidaires ne restent pas impunis et pour que la responsabilité de l'Etat français soit enfin reconnue. Parce que cette reconnaissance est nécessaire pour que soit combattues toutes les complicités et les complaisances de notre Etat avec des dictateurs ou des tortionnaires, à l'heure où des avions de guerre sont vendus à la junte militaire égyptienne et des bateaux militaires à l'Arabie Saoudite qui décapite ses opposants.

 

Il y a 77 ans, les gouvernements européens refusaient de regarder la réalité nazie en face et fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide. Aujourd'hui, les discours prétendûment "réalistes" qui ont  laissé Bachar Al Assad massacrer sa propre population vont désormais jusqu'à prôner une alliance avec le dictateur sanguinaire ou au mieux, à le considérer comme un "moindre mal" et un "facteur de stabilité". Au nom du même prétendu "réalisme", l'Union européenne regarde avec indifférence l'un de ses membres, la Hongrie, basculer dans la persécution ouverte contre les migrants; elle refuse toute sanction contre un gouvernement de droite extrême qui favorise des milices racistes antisémites.

 

Mais le réalisme, c'est de regarder l'Histoire en face: celle du 20ème siècle nous a montré que les pogroms, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population dans une aire locale et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l'extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

 

Nous serons ces Européens qui n'oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l'oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux.

 

Retrouvons nous le 9 Novembre à 18 H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne)

 

Memorial 98

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 00:30

Actualisation du 12 décembre 2016

Le 12 décembre 1941 se déroule la  troisième rafle 3e rafle anti-juive à Paris, après celles du 14 mai (3 747 juifs étrangers internés à Beaune-la-Rolande et Pithiviers) et du 20 au 25 août (4 232 juifs français et étrangers internés à Drancy).

Cette fois il s’agit de la « rafle des notables » car les nazis ont ciblé des responsables de la communauté, des chefs d'entreprise et des membres de professions libérales : 743 Juifs de nationalité française sont arrêtés à leur domicile, tôt le matin.  Ils sont enfermés à l'Ecole militaire de Paris ( une plaque minuscule ci-dessous en rend compte) puis transportés au camp de Royallieu, près de Compiègne. Nombre d'entre eux seront déportés en mars 1942.


 

 

 

 

 

 

 

De décembre 1941 à juillet 1942, les rafles sont interrompues par manque de trains.

Mais la première déportation se produit néanmoins le 27 mars 1942, jour où le premier convoi de déportés quitte la gare du Bourget.

Dans les wagons de 3ème classe (à partir du 2ème convoi, il n'y aura que des wagons à bestiaux) sont enfermés 1 112 hommes, en partie des internés de Drancy, pris dans la rafle du 20 août 1941 et  en partie des "notables" , internés à Royallieu, lors de la rafle du 12 décembre 1941 (voir ci-dessus).
Le convoi est escorté jusqu'à la frontière allemande par des gendarmes français et un officier SS.
Théodore Dannecker, chef SS chargé des affaires juives en France et représentant d'Eichmann ( voir ici)
conduit le convoi jusqu'à Auschwitz.

MEMORIAL 98

 

 

Actualisation du 19 aout 2016:

La commémoration du 17 juillet de la rafle du Vel d'Hiv a rencontré cette année peu d'écho, en raison de l'actualité de l'attentat de Nice.

Memorial 98 rend compte des prises de parole qui ont eu lieu à cette occasion ( à lire en fin d'article).

Memorial 98

 

Ce jour-là, en plein Paris, les policiers français soutenus par les militaires allemands, arrêtent 4232 Juifs afin de les envoyer vers le camp de Drancy, qui vient d’ouvrir ses portes.

Le matin du 20 août 1941, des policiers français, accompagnés par des Allemands en uniforme, ont envahi les rues du XIe arrondissement de Paris.

Tous les hommes, français ou étrangers, sont contrôlés et les Juifs envoyés vers la place Voltaire. Toutes les entrées des stations de métro entre République et Nation sont bouclées.

Ceux des Juifs qui étaient allés s’enregistrer dans les  commissariats, conformément à l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 publiée en zone occupée, ont déjà été appréhendés directement chez eux.

L'ordre stipulait que « toute personne juive devra se présenter jusqu’au 20 octobre auprès du sous-préfet de l’arrondissement dans lequel elle a son domicile habituel pour se faire inscrire sur un registre spécial » 

Même sort pour ceux qui étaient « connus » comme faisant partie des familles juives du quartier, même non répertoriées. Les femmes sont épargnées; personne ne sait vers où les Juifs sont emmenés.

Cette rafle « surprise » utilise comme prétexte un simple contrôle d’identité à la préfecture de Police, contrairement à celle qui l’a déjà précédée le 14 mai et qu'on a nommée " rafle du billet vert" (voir ci-dessous) en raison de la couleur de la convocation de ses victimes, .

Les  4232 personnes arrêtées ont toutes été conduites dans des autobus de la régie des transports parisiens à partir de la place Voltaire, en direction du camp de Drancy, « inauguré » à cette occasion.

Aucune différence n'est faite entre citoyens français et étrangers.

Du jour de son ouverture le 20 août 1941 jusqu'à sa libération le 18 août 1944, plus de 70.000 Juifs, dont 11.000 enfants (le plus jeune est un bébé de 15 jours) sont passés par le camp de Drancy, avant d'être déportés à Auschwitz.  En effet à partir de Mars 1942 le camp de Drancy devient un camp de transit dont la population est tout simplement redirigée vers les camps, afin d’y être exterminée.

Seuls 2.500 d'entre eux ont survécu.

 

 

Ces premières rafles avaient sans doute pour but de fournir de la main d’œuvre aux nazis. C’est ce qui explique que beaucoup des Juifs qui en ont fait partie furent libérés. En effet, la rafle ayant été faite de manière systématique, une majorité des personnes raflées était inadaptée aux travaux que les nazis prévoyaient,  en raison de la malnutrition subies et des maladies. Certains furent donc libérés assez rapidement (malades, handicapés, vieillards…),

 

 

Cette rafle d’août 1941 a eu lieu onze mois avant celle du Vel d’Hiv de Juillet 1942 (voir Vel d'Hiv: le document.)

Souvent absente des manuels d’histoire, elle est le résultat du zèle du gouvernement de l’État français, dirigé  par le maréchal Pétain.

En effet, le gouvernement de Pétain est allé au-delà des directives de l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940; il a  promulgué le premier "Statut des Juifs" dès le 4 octobre 1940 (voir Antisémitisme: le double anniversaire du 3 Octobre)

 

 

À la même date, la machine d’extermination nazie est déjà intensément à l’œuvre en Europe de l’Est ; ainsi, pour cette seule journée du 20 août 1941, on note les massacres suivants :

  - La Gestapo assassine 350 Juifs de Koretz (Ukraine).

  - Après l'entrée des nazis à Minsk (Biélorussie), où vivent 60000 juifs, un ghetto est créé, comme première étape vers l'extermination.

  - Après la déportation des 3 000 juifs du Banat à Tasmajdan, près de Belgrade, les nazis déclarent le Banat yougoslave, situé entre la rivière Tisa (Theiss), à l'ouest et la frontière roumaine, à l'est, « purifié de ses juifs » (Judenrein).

  - Un convoi quitte Vienne (Autriche) avec 997 juifs à destination du camp de concentration de Theresienstadt (Tchécoslovaquie).

  - La déportation des juifs de Radzin (province de Lublin en Pologne) au camp d'extermination de Treblinka débute.

 - 2000 Juifs de Rembertov (province de Varsovie) sont déportés au camp d'extermination de Treblinka. Tous sont tués par les SS.

 - Durant quatre jours à compter du 21 août, 21 000  Juifs sont déportés du ghetto de Kielce (Pologne) au camp d'extermination de Treblinka. Le ghetto se trouve ainsi pratiquement liquidé. Les 2000 juifs restants sont regroupés dans un camp de travail forcé.

Dans cette même ville de Kielce un pogrom se déroulera après la guerre, le 4 juillet 1946. Quarante juifs rescapés de la Shoah y seront massacrés par la foule, après des rumeurs me,songères selon lesquelles un enfant aurait été tué par des Juifs.

-  Un convoi de 1 000 Juifs, hommes et femmes, quitte le ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie)  en direction de "l'Est". Sa destination reste à ce jour encore inconnue, car on ne signale aucun survivant. Il semble que les déportés furent assassinés dans la région de Minsk (Biélorussie) par les SS.

 

La rafle du " billet vert"

Le 14 mai 1941, 3700 hommes juifs sont arrêtés à Paris lors de la rafle dite du "billet vert" et transférés dans les camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers dans le Loiret.

Des milliers de Juifs étrangers, dont la liste a été établie grâce au fichier du recensement effectué à partir de septembre 1940 par les autorités françaises sur ordre allemand, reçoivent une convocation, le « billet vert » : ils sont « invités à se présenter », le 14 mai, dans divers lieux de rassemblement « pour examen de situation ».

Dès le 8 mai1942, 289 d’entre eux sont transférés au camp de Compiègne-Royallieu, d’où ils sont majoritairement déportés le 5 juin 1942, par le convoi 2.

En juin - juillet 1942, la quasi-totalité des internés est déportée.

Trois convois partent directement vers Auschwitz : le 25 juin et le 17 juillet 1942 de Pithiviers, le 28 juin de Beaune-La-Rolande. Ainsi, avant la rafle du Vel d'Hiv' de juillet 1942, il y en a eu a plusieurs autres, souvent peu connues.

 

 

Souvenons nous !

(voir aussi 

Déchéance de la nationalité : quand Pétain sévissait

Allez voir la Rafle!

Sarkozy boycotte le 8 Mai

Sarkozy jette aux orties la reconnaissance de la participation de la France à la Shoah

 

Dimanche 17 juillet 2016

Commémoration de la rafle du Vel d'Hiv du 17 juillet 1942

 

Ce matin du 17 juillet 1942, à Paris, "les bus de la honte" , ont déversé, à l'intérieur du Vélodrome, leur contingent de Juifs étrangers munis de leurs maigres affaires rassemblées à la hâte. La police française vient d'arrêter, sans état d'âme, 13152 hommes, femmes et enfants de tous âges parqués dans le vélodrome, dans des conditions déplorables.

Ils seront acheminés vers les camps d'internement de Drancy, Beaune la Rolande et Pithiviers puis déportés vers le camp d'extermination d'Auschwitz.

 

 

Cérémonie officielle, devant le monument du Mémorial de la Shoah, sur le lieu de l'ancien Vél d'Hiv.

 

Je viens de prendre place, avec un ami, qui, en attendant, me raconte me raconte "son plus ancien souvenir".

Le 16 juillet 1942, il a exactement 2 ans et trois mois. Lui et sa sœur, plus âgée de 16 mois, sont dans la chambre du petit appartement qu'ils occupent et voient, par l'entrebâillement de la porte, leur mère dans la pièce à côté; elle parlemente en pleurant avec deux policiers français.

Ils lui demandent de se préparer mais, compatissants, repartent sans les emmener.

Avec les deux enfants elle s'empresse de quitter le quartier au plus vite, échappant ainsi à la rafle. C'est ce "miracle" m'explique mon ami, qu'il tient chaque année à venir commémorer, conscient du destin tragique auquel il a échappé.

Obligés de se réfugier dans le minuscule appartement qui leur servait d'atelier, ses parents furent arrêtés en février 1943, déportés à Auschwitz sans retour.

Les deux enfants, qui dormaient chez un voisin de palier d'origine polonaise, purent être remis à un couple ami des parents, qui les cacha en province et devint leur tuteur.

 

 

Témoignage de Monsieur J-M R,  témoin de la rafle.

 

 

A la manière de l’écrivain Georges Perec (dont la mère fut déportée à Auschwitz ou elle fut gazée en 1943), J-M.R. introduit son témoignage par la formule bien connue de ce dernier  : "Je me souviens" répété trois fois. 

 Le ton grave empreint des images de ce souvenir fait écho au grand silence de l'assemblée.

Il est sept heures du matin ce 16 juillet 1942.

C'est depuis la fenêtre de l'appartement où il s'est caché pour la nuit avec sa mère qu'il voit les autres familles juives monter dans les bus stationnés au coin de la rue du Faubourg St Denis et de la rue d'Enghien. Parmi eux, son copain Simon W., qu'il n'a jamais revu.

 Quand il scande d'une manière appuyée : " J'avais huit ans, Oui, je m'en souviens", rien ne bouge dans l'auditoire.

Un des locataires a vu la concierge montrer du doigt aux policiers, l'escalier C où étaient regroupées ces familles.

Ce jour là, il réalise que les jardins et le dernier wagon du métro sont interdits "aux Juifs et aux chiens", le couvre feu est à 20 heures pour eux au lieu de 22 heures pour les autres. ˝L'étoile jaune, que j'arborais presque avec fierté sur ma blouse grise d'écolier est devenue alors l'étoile de la honte. Ce jour là, j'ai perdu ma légèreté d'enfant, J'ai compris ce qu'est la peur de chaque jour".

 

Allocution du président du comité français pour Yad Vashem (Association fondée en 1981 afin de faire reconnaître et honorer ceux et celles qui en France sont venus en aide aux Juifs pendant la guerre).

 

˝Le 16 juillet 1942 la France, patrie des Lumières et des droits de l'homme, manquait à sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité˝.

: ˝ Pendant six semaines jusqu'au 30 août 1942 vingt mille Juifs ont été déportés. Six semaines encore et quarante mille Juifs de France ont été arrêtés soit 2/3 de la population française. Les nazis avaient pris soin de donner l'ordre à la police française de ne laisser aucun enfant derrière eux."

 

Le 23 août 1942 l'Archevêque de Toulouse, Monseigneur Saliège, a lu sa fameuse lettre pastorale de protestation, déclarant notamment " ... Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier..."

Bon nombre de français ont sauvé des familles, parfois au péril de leur vie, Beaucoup de ces bienfaiteurs ont reçu le titre de "Justes parmi les Nations",  décerné par Yad Vashem et par l'État d'Israël. Il a fallu cinquante ans pour que Jacques Chirac reconnaisse la responsabilité du gouvernement de Vichy dans la déportation des Juifs de France (17 juillet 1995).

 

Témoignage d’une arrière petite- fille de "Justes parmi les Nations "

 

Ses arrières grands-parents tenaient la boulangerie d'un petit village en Isère (qui n'était plus en zone libre à ce moment là). Ils ont caché sans hésitation deux enfants de  5 et 7 ans.

Ces enfants possédaient des papiers d'identité avec un nom d'emprunt

Un de  ces  enfants, Jacques D. le petit garçon d'alors, assiste à la cérémonie.

C'est tardivement, qu'elle, leur arrière petite fille, et sa famille ont eu connaissance de cet épisode survenu sous l'occupation. Ses arrière-grands parents ont été reconnus "Justes parmi les Nations".

 

Chaque intervenant appelle de ses vœux à une lutte sans relâche contre les négationnistes pour que perdure la transmission, à l'heure où les témoins directs disparaissent.

 

 

 

Memorial 98

 

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