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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Ce site en est l'expression dans le combat contre tous les négationnismes

(Arménie, Rwanda, Shoah ...)

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 18:58

« Croire qu’ils étaient mus par une idéologie antisémite articulée serait sans doute excessif. Eux aussi, comme pas mal de monde, étaient convaincus, à tort, que tous les juifs sont riches et qu’ils pourraient en tirer gros. Les préjugés de ce genre - avarice des Auvergnats, entêtement des Bretons, etc. - sont monnaie courante."

Esther Benbassa, "Evitons l'emballement" 24 Février 2006

 

 

 

Il est des crimes racistes qui ont lieu dans l'indifférence, et c'est déjà grave. Lorsque c'est la gauche qui est indifférente, c'est encore plus grave.

Lors de l'assassinat d'Ilan Halimi, en 2006, il y eut pire que l'indifférence: le déni, la négation obstinée et persistante exprimée par tout un pan de la gauche radicale. Dans les années qui suivirent, le déni ne fut pas seulement un silence, mais au contraire une parole déchaînée et rageuse qui s'attaquait à toutes celles et ceux qui entendaient dénoncer et caractériser le crime antisémite.

 

Dix ans après la mort d'Ilan, se souvenir n'est pas seulement une question de vérité sur le passé : Ilan Halimi fut la première victime du retour de l'antisémitisme massif et meurtrier qui depuis a frappé à Toulouse et à Paris. Un antisémitisme devenu banal dans une France où l'humoriste le plus populaire, celui dont les salles furent le plus remplies ces dernières années, Dieudonné , commença son activité politique au sein même de cette gauche radicale. Autour de lui, son principal allié Alain Soral fut membre actif du Parti Communiste et de Ginette Skandrani à Francesco Condemi, en passant par Jean Bricmont, nombre de ses compagnons de route furent aussi longtemps ceux de cette même gauche.

 

Dix ans après la mort d'Ilan Halimi, se souvenir n'est plus seulement l'affaire de la lutte spécifique contre l'antisémitisme. En réalité, bien que beaucoup s'acharnent à faire croire le contraire, c'est aussi une nécessité contre l'islamophobie et le racisme anti-arabes et anti-noirs. On assiste en effet aujourd'hui à l’expression d’une quasi-unanimité, à gauche comme à droite, pour confondre la montée du djihadisme et de l'intégrisme musulman et la montée de l'antisémitisme en France. Une quasi-unanimité pour oublier qu'en 2006, les principaux vecteurs de l'antisémitisme n'étaient pas de quelconques prêcheurs djihadistes, mais des pans entiers du champ politique français, dont une partie venue de la gauche altermondialiste et radicale, en sus de l'extrême-droite. Daech n'a pas tué Ilan Halimi, Daech ne pouvait pas soutenir Youssouf Fofana à son procès, car Daech n'existait pas en 2009. Dieudonné venu de la gauche antiraciste, lui, était bien là et l'une des avocates de Fofana, Isabelle Coutant Peyre était aussi celle du terroriste Carlos, figure d'un certain « anti-impérialisme », pas du tout inspiré de la lecture du Coran.

 

En 2006, quand Ilan Halimi meurt, Dieudonné a rejoint officiellement l'extrême-droite depuis à peine deux ans. Auparavant, en 2004 , il a été partie prenante d'une liste « antisioniste » radicale, Europalestine. Lui qui avait proféré publiquement ses première sorties ouvertement et violemment antisémites dès le début des années 2000, sera défendu par cette même partie de la gauche, après son sktech antisémite ("Israheil") en 2003, dans « On ne peut pas plaire à tout le monde ». Même lorsqu'il rejoindra officiellement Alain Soral et Jean-Marie Le Pen, beaucoup d'analyses en feront « une victime du sionisme qui a pété les plombs ». Car le milieu des années 2000 est aussi celui de la thématique antisioniste à toutes les sauces, même les plus frelatées. Celle aussi de la « liberté d'expression » à tout prix. Ce sont les années, où, dans une partie de la gauche radicale, certes l'on ne peut plus défendre les propos de Dieudonné, mais où l'attaquer serait la marque de celles et ceux qui « font le jeu du système ». Dans ces années là et jusqu'à aujourd'hui, chaque maigre initiative contre Dieudonné continuera à être dénoncée comme une atteinte à la liberté d'expression. Même en 2014, lors de l'interdiction d'un unique spectacle de Dieudonné, beaucoup d'associations antiracistes, beaucoup d'organisations de gauche éprouveront encore le besoin de marquer leur désaccord .

 

Et c'est d'abord cette analyse là qui va prédominer concernant Ilan Halimi, le déni, décliné en banalisation et en dépolitisation.

 

Esther Benbassa n'est pas la seule, en effet, à dire que l'antisémitisme qui a tué Ilan Halimi ne constituerait pas, au fond, la résurgence d'une idéologie politique construite, alimentée par des vecteurs militants conscients et organisés, mais un simple « séréotype », s'auto-alimentant par on ne sait quelle génération spontanée. Elle n'est pas la seule à écarter l'antisémitisme du champ du combat antiraciste;  nous la citons spécifiquement parce qu'elle considérée comme une spécialliste de gauche de l'antisémitisme. Or, bien évidemment, si l'antisémitisme est, comme ellle l'écrit,  équivalent aux « préjugés contre les Auvergnats », alors il n'y a pas plus de nécessité à combattre l'un qu'à combattre l'autre. Chacun sait en effet que la vie des Auvergnats, de nos jours, n'est pas plus difficile que celle des Normands.

 

Et de fait, en 2006 ET dans les années qui vont suivre, on ne trouve pas trace du nom d'Ilan Halimi dans la quasi-totalité des publications et des initiatives antiracistes. Nous l'avons relevé en 2015, dans les suites de la tuerie antisémite de l'Hyper-Cacher.  En 2016, nombreuses sont d'ailleurs les organisations qui prétendront ne jamais avoir rien eu de commun avec quelque antisémitisme de gauche que ce soit, au motif qu'elles n'ont jamais rien dit de scandaleux sur l'assassinat d'Ilan Halimi ; nombreuses sont celles qui aujourd'hui déclarent se rallier à la lutte contre l'antisémitisme, comme si de rien n'était.

 

Mais justement il n'y a rien eu, et c'est cela l'archive. Ce silence assumé pendant des années et des années sur un crime antisémite atroce, relégué au rang de fait divers, hors du politique. Sur une victime qui n'a jamais eu son portrait ou son nom dans les manifestations antiracistes, jamais été citée dans les analyses sur la montée des actes racistes, jamais fait l'objet d'aucune commémoration. En ne disant rien, avec obstination et persévérance, beaucoup ont tout dit.

 

Dans le même temps pourtant, on parlait beaucoup d'autre chose. Par exemple de la fausse agression antisémite du RER D, largement commentée, et présentée pendant des années comme la preuve ultime de l'« utilisation de l'antisémitisme » par le pouvoir raciste.

 

Lorsqu'Ilan Halimi est tué, cette affaire du RER sera d'ailleurs un des principaux arguments censés inciter « à la prudence », c'est à dire à ne pas se mobiliser. Seulement, ce qu'oubliaient celles et ceux qui faisaient de cette non-mobilisation une forme de radicalité contre le pouvoir, c'est que la police elle-même avait refusé d'envisager la thèse d'un rapt motivé par l'antisémitisme, pendant toute la captivité d'Ilan Halimi.

 

La thèse du crime « uniquement crapuleux » constitue aussi, au départ la thèse policière, comme le dénonce la mère d'Ilan. Elle accuse les policiers de ne pas avoir tenu suffisamment compte du fait que son fils courait un danger particulier, parce que Juif. Et c'est cette thèse policière là qui sera abondamment reprise dans des milieux de gauche pour se taire et ne rien faire. Une thèse particulièrement absurde et abstraite : si les crimes racistes sont seulement les crimes motivés uniquement et exclusivement par le racisme, alors il n'y en pas beaucoup. Dans ce cas là, on peut exclure Goering des criminels de masse antisémites puisque le maréchal nazi se préoccupait tout autant de récupérer une fortune en œuvres d'art que de mettre en œuvre le génocide.

 

Bien sûr, les assassins d'Ilan Halimi voulaient aussi gagner de l'argent. Mais seuls eux savent, après avoir humilié et torturé à mort un homme sans que le motif financier ait nécessité ce degré de barbarie pour être satisfait, ce qui était déterminant pour eux, dans leur logique meurtrière : l'antisémitisme ou l'argent ?

 

Pour la lutte contre l'antisémitisme, cela n'importait pas. La suite l'a démontré: dans les années qui ont suivi, la contamination de la haine a crée des tueurs et des agresseurs qui n'avaient plus d'autre motif annexe. Seulement la haine du Juif.

 

Mais à cela aussi, une partie de la gauche radicale avait sa réponse : quand bien même, l'assassinat d'Ilan Halimi aurait été un crime antisémite, l'antiracisme aurait nécessité qu'on n'«en fasse pas trop », car la priorité était d'empêcher que le meurtre soit utilisé par les racistes.

 

Evidemment, cette préoccupation légitime existait, et existe encore plus aujourd'hui. Les vautours racistes se sont jetés sur la mort d'Ilan d'Halimi dès que l'affaire a été connue, et plus encore pendant les deux procès. Nous l'avons dénoncé, sans que cela nous empêche de combattre en même temps l’antisémitisme, d'où qu'il vienne.

 

 

Effectivement, dès lors qu'un meurtre ou une agression antisémite est commise par des individus issus de l'immigration ou/et de culture musulmane, la meute raciste se jette sur l'occasion pour dire que c'est cette origine et cette religion qui sont la cause du meurtre et sa cause unique.

Mais de manière tout aussi évidente, combattre le racisme inhérent à cette thèse, c'est se mobiliser contre l'antisémitisme en montrant qu'il ne tient pas à l'origine des bourreaux.

 

Il n'y avait rien de plus simple concernant l'affaire Ilan Halimi et ses protagonistes : ils n'étaient pas tous issus de l'immigration, pas tous musulmans. Mais tous avaient grandi et vécu en France. Et en cette année 2006, où le flirt politique entre la mouvance antisémite menée par Dieudonné et le Front National éclatait au grand jour, il n'était pas bien difficile de faire le lien entre les racistes et les antisémites. Une partie de la gauche a choisi de  reprendre  les thèses essentialistes et identitaires, en prétendant que défendre la mémoire d'Ilan Halimi, c'était attaquer l'antiracisme.

 

Pour Memorial 98, cet argument infâme cependant, n'était certes pas la marque d'un « nouvel » antisémitisme venu d'ailleurs. Notre collectif est né en 1998, porté par des militantEs qui avaient assisté à l'accueil chaleureux de l'Abbé Pierre à l'église Saint Bernard par nombre d'associations et de partis de gauche, deux ans après son soutien au négationniste Roger Garaudy. L'injonction du silence devant l'antisémitisme dans notre propre camp, nous la connaissons donc bien.

 

Nous connaissons aussi les cycles du déni et ceux de l'unanimisme tronqué et hypocrite. Nous avons, pour certains, commencé à militer au milieu des années 1990, quand certains protagonistes de l'affaire Vieille Taupe et du soutien au négationniste Robert Faurisson étaient revenus sur la scène des mobilisations, en se proclamant « libertaires et d'ultra-gauche contre le négationnisme ». A cette époque, nous n'avions pas tous les outils pour saisir le mensonge qui nous était servi. On voulait dissimuler le fait que l'antisémitisme de gauche qui avait conduit à la collusion avec Robert Faurisson n'était pas le fait d'une « tromperie » du négationniste ou de la dérive de quelques individus mais bien un problème de fond. Et l'Histoire s'est alors bien répétée comme une tragédie aux fausses allures de farce : Dieudonné et Alain Soral, issus tous deux de la gauche, ont contaminé par leur propagande des millions de personnes, construisant un mouvement néo-nazi puissant , en ayant puisé leurs premières forces dans notre camp. Et à cause d’eux, Faurisson a pu être applaudi sur la scène du Zénith, dès 2008.

 

Memorial 98 ne combat pas seulement pour préserver la mémoire du passé, mais aussi et surtout pour le futur, qui a besoin de cette mémoire pour ne pas répéter les mêmes atrocités.

 

Dix ans après l'assassinat d'Ilan Halimi, son nom est désormais prononcé dans la gauche radicale. Prononcé et même pleuré, si l'on s'en tient aux apparences. Dix ans après l'assassinat d'Ilan Halimi, la dénonciation formelle de l'antisémitisme semble faire l'unanimité dans cette gauche.

 

Forcément, puisque nul ne peut plus dire, après les victimes de Toulouse, après celles de l'Hypercacher, que l’antisémitisme n'est qu'un « préjugé » diffus, et n'ayant rien à voir avec les autres racismes meurtriers. Personne ne peut plus dire, en France, que les personnes d'origine juive n'ont pas plus de problèmes que les Auvergnats.

 

Mais reconnaître les faits, parce qu'ils sont désespérément têtus, ce n'est pas forcément les combattre. C'est une chose de se réveiller après une bataille perdue, c'en est une autre de faire comme si on n'avait jamais dormi, ou pire combattu dans le camp adverse.

 

Aujourd'hui, il est trop tard pour ajouter brusquement et sans explications, le nom d'Ilan Halimi aux victimes du racisme que l'on commémore dans la gauche radicale. Dans notre camp, la seule commémoration honnête et constructive consisterait à expliquer pourquoi cela n'a pas été fait avant, ainsi qu'à reconnaître son silence, d'abord, et les mots et les actes insupportables, ensuite.

 

Il n'est pas nécessaire d'ailleurs, de remonter dix ans en arrière pour en trouver trace. Il y a encore moins de deux ans, en juin 2014, lorsque la mort de Clément Méric a été commémorée par une manifestation à laquelle nous avons participé, le mot antisémitisme ne figurait même pas dans l'appel unitaire, ce qui nous avait amenés à faire en plus, notre propre appel, qui rendait explicitement hommage à Ilan Halimi. Ainsi plusieurs mois après la tuerie de Toulouse et du Musée juif de Bruxelles, voici ce que devait supporter un collectif de lutte contre le racisme ET l'antisémitisme. Il fallait signer un appel à la mémoire d'un jeune militant assassiné par l'extrême-droite parce que le front antiraciste est évidemment nécessaire dans ces circonstances, et en même temps, être seuls à rappeler dans cette mobilisation, la mémoire d'une autre victime du racisme. Pendant qu'en tête de cortège, et après un meurtre commis pas des néo-nazis, une des banderoles proclamait comme priorité « la lutte contre le sionisme ».

 

Du passé faire table rase, ce n'est pas juste pousser la saleté sous le tapis,  mais travailler à détruire les fondations de la haine raciste, même au sein du camp progressiste. Et ces fondations là ne se baladent pas dans l'éther de la pensée, elles engagent aussi celles et ceux qui, pendant des années, les ont construites.

 

Commémorer la mort d'Ilan Halimi, dix ans, après, c'est d'abord réfléchir à ce qui l'a rendue possible, à ce qui pourra empêcher d'autres morts. C'est comprendre comment de jeunes prolos, ont pu en plein cœur des années 2000, en France, assassiner un autre jeune homme parce qu'il était Juif, au nom d'idées qui auraient pu être au mot près celle d'un jeune nazi des années 30.

 

Commémorer, c'est reconnaître l'horreur: le fait que la mort atroce d'Ilan Halimi, bien loin de conduire à la répulsion devant les idées antisémites, a au contraire été suivie d'une décennie qui les a vu exploser.

 

Commémorer c'est comprendre l'horreur pour ne plus la répéter: l'horreur pour notre camp progressiste, que d'aucuns veulent oublier aujourd'hui en se réfugiant derrière la thèse d'un antisémitisme uniquement « islamiste », c'est que le principal vecteur politique de l'antisémitisme français ces dix dernières années, a été une mouvance politique composite, dont les leaders n'étaient pas issus d'un groupe néo-nazi, mais dérivaient en partie de la gauche antiraciste.

 

Commémorer la mort d'Ilan Halimi, aujourd’hui, pour le camp antiraciste, c'est se souvenir, que le même Dieudonné qui appelle dans ses vidéos à déterrer et à profaner le corps d’Ilan, fut un compagnon de route presque incontesté pendant des années, et même après des déclarations antisémites sans ambiguïté.

 

Commémorer, c'est prendre nos responsabilités de militants antiracistes. Nous prenons et disons la nôtre : malgré tous nos efforts, nous n'avons pas réussi à freiner l'antisémitisme dans notre propre camp. Ce n'était pas une option, c'était un impératif et une de nos raisons d'être, et nous mesurons tout le poids de cet échec.

 

Nous ne voulons pas le revivre, et commémorer c'est avant tout continuer la lutte. Contre l'antisémitisme d'où qu'il vienne, avec une responsabilité particulière lorsqu'il vient de notre propre camp : celle d'en extirper les racines, de les rendre visibles, surtout dans les moments où certains, en jetant quelques fleurs sur la tombe d'une victime décédée une décennie auparavant, voudraient à bon compte faire oublier leurs crachats passés.

 

Memorial 98

 

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 13:53

 

Actualisation du 8 septembre 2016:

Double claque pour Houellebecq et démonstration supplémentaire de ses convictions islamophobes et d'extrême-droite.
 

D'abord une bonne nouvelle judiciaire: il a perdu, ce 8 septembre, le procès qu’il avait intenté au journal Le Monde, à qui il reprochait d’avoir publié un mot écrit qu’il avait fait passer à son avocat lors de son procès en 2002 et dans lequel il avait griffonné : « Ma décision est irrévocable : les médias, pour moi, c’est fini. »

Le 20 août 2015, dans le cadre d’une série d’articles consacrés à l’écrivain, le quotidien était revenu sur son procès en 2002. Houellebecq était alors poursuivi pour avoir déclaré notamment que « la religion la plus con, c’est quand même l’islam ».

A travers ce procès Houellebecq entendait interdir aux journalistes d'écrire librement à son sujet.

 

Le même jour, l'universitaire écossais Gavin Bowd, ami de longue date de l'écrivain français et traducteur de Soumission, indique dans son dernier livre Mémoire d'outre-France  que Michel Houellebecq a déclaré devant lui en 2013 vouloir appeler à voter Marine Le Pen.
Présents ce soir-là dans un appartement du XIIIème arrondissement parisien : une étudiante de la Sorbonne, Michel Houellebecq et Gavin Bowd. Michel Houellebecq aurait lancé : "Je vais donner une interview où j'appellerai à une guerre civile pour éliminer l'islam de France". Avant d'ajouter cette phrase : "Je vais appeler à voter pour Marine Le Pen"
Et de poursuivre, devant les protestations de l'étudiante en affirmant que "le Front national n'est pas un parti d'extrême droite."

 

MEMORIAL 98

 

"La notoriété sécrète ses parasites; mépriser les parasites sous prétexte qu'on se sent supérieur à eux, ça ne marche simplement pas... Louis-Ferdinand Céline était médecin, et là-dessus il avait la même position que mon dermatologue".

 

Ces déclarations ont été faites par Michel Houellebecq, dans le cadre d'une attaque de l'écrivain contre le journal Le Monde, et spécifiquement à l'encontre de l'une de ses journalistes, Ariane Chemin, coupable de lui avoir consacré une série d'articles sans son accord.

Bien évidemment, l'appel à l'élimination des journalistes est transparent, comme on le pratique habituellement avec des "parasites". 

De plus le fait qu'il se fasse sous couvert d'une métaphore relevant de l'imagerie médicale est déjà en soi connoté politiquement. Y ajouter la référence à Céline, c'est s'assurer que les choses soient encore plus claires et  indiquer qu'on se réfère bien aux thèses d'extrême-droite les plus violentes.

 

D'autres que Houellebecq, moins célèbres, moins adulés, auraient sans doute fait l'objet d'une médiatisation un peu plus grande de leurs propos et de leur signification précise; nul doute que le caractère antisémite de cette déclaration eût au moins été questionné. Mais même dans sa réponse, Le Monde ne prononce pas ce mot là et n'évoque d'ailleurs même pas la référence célinienne.

 

Or, il n'est pas très compliqué de trouver quelques exemples de la prose de Céline et du contexte dans lequel celui-ci emploie le terme parasite.

 

Dans "Bagatelles pour un massacre", par exemple, son pamphlet antisémite le plus célèbre, publié en 1937: :« Les Juifs hybrides afro-asiatiques, quart, demi-nègres et proche-orientaux, fornicateurs déchaînés, n'ont rien à faire dans ce pays. Ils doivent foutre le camp. Ce sont nos parasites inassimilables, ruineux, désastreux, à tous égards, biologiquement, moralement, socialement, suçons pourrisseurs. Les Juifs sont ici pour notre malheur. Ils ne nous apporteront que du malheur […] Nous nous débarrasserons des Juifs, ou bien nous crèverons des Juifs, par guerres, hybridations burlesques, négrifications mortelles. Le problème racial domine, efface, oblitère tous les autres. ».

 

Il est vrai que le terme parasite,  marqué par le racisme biologique délirant de Céline, désigne plus globalement  ce dont le Juif est pour lui l'émanation la plus dangereuse, le métis: ainsi, dans un autre extrait où il développe l'idée que le cinéma est totalement contrôlé par les Juifs, on trouve ce paragraphe, encore une fois typique de son obsession biologique, qui est aussi celle des nazis:

  « Zone Sud, zone peuplée de bâtards méditerranéens, dégénérés, de nervis, félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord. Au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infects métissages négrifiés. ».

 

Les défenseurs de Houellebecq répondront sans doute que celui-ci ne peut pas être accusé de faire référence à ces textes précis, et qu'apprécier Céline ne signifie pas que l'on cautionne sa prose antisémite. Mais, même s'il n'a jamais été mis en cause pour cela, Michel Houellebecq a bien explicitement cautionné la prose antisémite de Céline. C'était en 2011, dans un entretien aux Inrockuptibles: interrogé sur Bagatelles pour un massacre , Houellebecq répond: " Ca m'avait bien plu. Sans plus".

L'écrivain en profitait au passage pour mettre en doute l'antisémitisme réel de Céline, l'attribuant à un "opportunisme" destiné à s'arroger les bonnes grâces des autorités d'occupation. Ce faisant, il déforme la réalité historique, puisque le pamphlet antisémite "Bagatelles pour un massacre", pour ne citer que celui-ci, est publié en 1937, date à laquelle il n'y avait aucune autorité d'occupation à flatter.

 

Cette appréciation positive sur les affirmations  antisémites et pro-nazies de Céline n'a pas à l'époque embarrassé les journalistes des Inrockuptibles. Il est vrai que Houellebecq est coutumier de ce flirt littéraire avec des écrivains violemment racistes et antisémites.

 

L'un de ses premiers opus est ainsi consacré à H-P Lovecraft et intitulé " Contre le monde, contre la vie".

Certes, dans cet essai, il ne fait pas l'impasse sur le racisme et l'antisémitisme de l'auteur fantastique, bien au contraire, il le condamne, assez formellement cependant. Car pour lui, Lovecraft est au fond un personnage tout à fait dans la lignée de ceux qu'il créera dans ses propres romans. Déjà il développe les "bonnes" raisons que Lovecraft aurait d'être raciste: une misanthropie globale accentuée par le monde moderne et son ultra-libéralisme. En affirmant dans cet essai que Lovecraft a écrit ses plus belles pages après être devenu raciste, Houellebecq annonçait au fond la couleur de ses ouvrages postérieurs et l'orientation qu'il leur donnerait.

 

Plus récemment, la plupart des critiques littéraires ont salué la "remise au gôut du jour " par Houellebecq de l'écrivain Joris Karl Huysmans.  Dans "Soumission", le héros est en effet un universitaire spécialiste de l'auteur d'"A Rebours". Certes ce n'est pas en lisant ces critiques qu'on reliera cet hommage à un quelconque antisémitisme;  la dépêche AFP consacrée à Houellebecq et Huysmans en janvier dernier, dépêche reprise par les rubriques littéraires du Point, de l'Obs ou du Huffington Post, évoque un "dandy sulfureux et provocateur" "décadent et desespéré", "converti au catholicisme".

 

"Sulfureux" dans le langage de certains commentateurs est décidément devenu l'euphémisme le plus répandu pour "antisémite violent". Huysmans (1) en effet, fut un contributeur régulier de la "Libre Parole", le journal de Drumont voué à la dénonciation des Juifs. Il y pourfend Emile Zola comme un  dreyfusard qui se serait incliné devant la puissance juive suite à la publication de "J'accuse" en janvier 1898. Il donnera ensuite de nombreux articles au même journal.  Il y développe un racisme biologique marqué, accompagné de thèses très classiques sur les "complots juifs et franc-maçons" qui dirigent la terrible marche du monde vers l'horrible modernité, celle des villes industrielles et des socialistes apatrides, en détruisant la tradition européenne catholique.

 

Anecdote significative de la parenté effective de Huysmans et de Houellebcq, l'antisémitisme du premier, avant d'être exposé publiquement, se retrouve d'abord dans sa correspondance privée, notamment ... contre des directeurs de journaux ou des collègues, qu'il a tôt fait de traiter de "youtres" ou de "youpins ", dès lors qu'ils lui refusent un article ou émettent un jugement qui ne lui plait pas sur ses oeuvres.

 

La cohérence des références littéraires de Houellebecq est donc sans ambiguïté  et se porte vers des auteurs racistes, antisémites, réactionnaires et/ou fascistes et pro-nazis. Que ces références correspondent à une vague culturelle plus large actuellement en France, et donc beaucoup mieux tolérée, ne change rien aux faits. Bien au contraire, c'est cette tolérance et cet engouement qui expliquent aussi le succès de l'écrivain: la trame et les héros de ses romans n'ont en effet rien de très original au regard de ses prédécesseurs. Ses héros, cyniques, décadents, misogynes, revenus de tout, détestant la modernité font écho à la fois à celui d'"A Rebours", ou à ceux de Drieu La Rochelle. Quant au nihilisme prétendu de Houellebecq, il aboutit, en réalité, comme chez Huysmans, à une réhabilitation nostalgique de la réaction catholique et de la "vieille" Europe. En effet, l'homme sans Dieu et sans tradition est décrit comme faible, en comparaison avec les hommes du passé, et donc à la merci de n'importe quel "conquérant idéologique", ce qui constitue aussi la trame de "Soumission". D'ailleurs Houellebecq lève définitivement les ambiguïtés sur ce sujet, en déclarant en janvier 2015 non seulement qu'il n'est plus athée, mais également en vantant les bienfaits d'une religion forte, avec un clergé fort, ce qui selon lui manque à l'islam.

Houellebecq se situe pleinement dans la tradition réactionnaire et fasciste française, dans la veine littéraire des prédécesseurs dont il se réclame, une veine littéraire où l'antisémitisme est une composante majeure.

Le Juif y est tout à la fois l'apatride, l'envahisseur, le financier sans scrupules, le socialiste ou le libéral destructeur des valeurs sacrées des sociétés traditionnelles. Notons qu'il y est aussi, notamment chez Huysmans, un Oriental de part sa race et de par sa culture, et l'incarnation de l'ennemi de l'intérieur, le germe corrupteur et invasif plus dangereux que les hordes de barbares des temps passés, parce qu'il est présent d'emblée au sein des nations chrétiennes.

 

Dans l'oeuvre de Houellebecq, on retrouve également cet archétype: mais désormais il s'incarne tout simplement  dans le musulman né en France, .

Et comme on l'a vu, ceci n'exclut pas la référence décomplexée à l'antisémitisme, dès lors qu'il s'agit d'exprimer les frustrations d'un ego démesuré contre des journalistes qui ont eu le tort de ne pas s'incliner devant le maître.

D'ailleurs si la référence est aussi décomplexée, c'est que Houellebecq sait vivre avec son temps: un temps où une  manière de distiller tranquillement le poison de l'antisémitisme européen peut consister à se prétendre "ami des Juifs", cette "amitié" se résumant uniquement au fait de les utiliser pour dénoncer le "nouvel antisémitisme", qui ne serait plus que celui des arabo-musulmans.

Ainsi dans "Soumission", le personnage principal a une liaison avec Myriam, une femme juive qui le quitte pour partir en Israël à cause de la montée de l'antisémitisme, déclenchée par l'arrivée au pouvoir d'un parti musulman. Comme le dit Houellebecq lui même "si Myriam est juive, c’est d’abord pour des raisons dramatiques : j’avais besoin de la faire partir, et dans le roman, c’était une bonne raison pour Myriam de quitter la France, d’être juive".

Les "raisons dramatiques" lui permettent ainsi de laisser libre cours à bon compte à ses fantasmes mysogines et racistes; Myriam est en effet réduite à "sa chatte qui s'étire à volonté", exactement comme les jeunes femmes maghrébines avec qui le narrateur décrit ses rapports sexuels en glosant sur leur "caractère soumis". D'ailleurs là encore, on retrouve un classique du racisme et de l'antisémitisme; la fascination dominatrice pour la femme de la "race ", qu'on honnit par ailleurs, se trouve au centre de nombreuses pages du "Gilles" de Drieu La Rochelle.

 

Comme Eric Zemmour, mais en mode littéraire, Houellebecq est un bon exemple d'une des fonctions de l'islamophobie la plus décomplexée. La hargne vengeresse et très populaire contre le musulman constitue  le moyen le plus sûr de jouir soi-même des turpitudes sociales dont on accuse les autres. AInsi l'islamophobe Houellebecq peut-il, tout comme Zemmour qui réhabilite Pétain, se permettre la pire des misogynies, comme les références sans ambiguité à l'antisémitisme le plus décomplexé, tout en jouissant de la plus totale impunité critique, et en connaissant un succès immense

 

 

(1) A lire Huysmans un antisémite fin de siècle, de Jean Marie Seillan, étude sourcée par de nombreuses citations et dont sont tirées les informations de notre article,

 

 

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 10:26

Pourquoi prendre la peine de réagir suite à un article du torchon raciste et antisémite de Soral « Egalité et Réconciliation », mettant en cause Memorial 98 et l’un de ses fondateurs, Albert Herszkowicz ?

 

Nous ne l’avons pas fait par le passé, bien que ce ne soit pas la première fois que nous soyons cités par le site d’Alain Soral ou par son comparse négationniste Joe le Corbeau. Les précédentes occurrences liées notamment à un article sur Plantu et à un article décryptant la stratégie des JRE avaient été l’occasion d’un déferlement malheureusement banal de haine antisémite. Notre collectif préfère en général se consacrer à l’offensive contre cette mouvance, plutôt que réagir au coup par coup au torrent de boue ininterrompu dont les victimes sont malheureusement innombrables.

 

Mais aujourd’hui, Egalité et Réconciliation ne se contente pas des habituelles imprécations antisémites à notre encontre. Alain Soral et son troupeau tentent en effet d’utiliser un de nos articles pour diffamer une tierce personne : en l’occurrence le rédacteur du journal lycéen La Mouette Bâillonnée, actuellement victime de menaces de mort récurrentes et confronté à un harcèlement inacceptable.

 

En janvier 2014, Memorial 98 avait publié un texte  dénonçant effectivement plusieurs articles de soutien à Dieudonné publiés dans La Mouette Bâillonnée, journal du prestigieux lycée Marcelin Berthelot…de l’époque. Nous n’avons pas un seul mot à retirer de cet article, qui décrivait les pressions et l’absence totale de soutien vécus par les professeurs et les élèves qui avaient, à juste titre, protesté contre ces écrits antisémites .

 

Mais par définition, la rédaction d’un journal lycéen change chaque année. C’est une évidence pour tout le monde, sauf pour la horde antisémite qui diffuse l’article d’Egalité et Réconciliation (intitulé  " Un lycéen menacé de mort pour son soutien à Charlie où à Dieudonné"? ) en y ayant trouvé son carburant quotidien. Glissez un nom à consonance juive dans un texte, ajoutez-y un complot prétendument fomenté par ces mêmes Juifs et peu importe le niveau d’absurdité manifeste de la thèse, l’obsédé soralien diffuse.

 

L’équipe de La Mouette bâillonnée n’étant pas celle de 2014, se servir de notre article pour affirmer, en titre, que le lycéen harcelé « défend Dieudonné », constitue donc de la désinformation pure. D’ailleurs, si Egalité et Réconciliation avait eu le moindre intérêt réel pour le journal qu’ils prétendent aujourd’hui soutenir par leur article, ils l’auraient lu. Ils auraient découvert par exemple, que la nouvelle équipe a publié cet hiver un article sur le camp d’extermination d’Auschwitz et la nécessité du combat contre le négationnisme.

Ne souhaitant pas contribuer aux stratégies de salissure et de désinformation des fascistes soraliens, nous avons donc décidé de publier cette mise au point.

 

Pour le reste, c'est-à-dire les attaques antisémites, nous n’avons pas forcément le temps et les moyens matériels d’y donner une réponse judiciaire. Mais nous nous réjouissons que d’autres, également attaqués, le fassent et touchent ainsi les fascistes au portefeuille, qu’ils ont bien garni ( « en espèces , petite monnaie non acceptée », comme le spécifiait Dieudonné pour le paiement de son spectacle avorté à Bruxelles). Pour autant le silence n’est pas un oubli. À propos d’oubli, nous remarquons qu’Alain Soral et son torchon ont repris la présentation de notre collectif en mentionnant la mémoire de l’Affaire Dreyfus mais en retirant volontairement l’explication de la date (17 janvier 1898) à laquelle le nom de Memorial 98 fait référence . C’est celle des premières manifestations ouvrières et socialistes contre les antisémites anti-dreyfusards . Nous nous félicitons donc d’avoir bonne mémoire, et d’avoir choisi de faire vivre celle de ces meetings antisémites attaqués et empêchés par le mouvement ouvrier, dont le souvenir dérange apparemment les fascistes. Sans doute sont-ils anxieux que ce passé là puisse ressurgir, s’il ne tombait pas dans l’oubli.

 

L’année prochaine à la Main d’Or, donc, ou celle d’après, peu importe. Les vents mauvais finissent toujours par tourner, le compte des injures racistes sera un jour collectivement soldé.

 

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 22:07

La défense de la liberté d'expression de Dieudonné a été une cause unificatrice ces dix dernières années. L'extrême-droite n'a pas été la seule à affirmer qu'on avait le droit de tout dire. Tout un pan de la gauche, tout en condamnant les saillies les plus caricaturales du politique néo-nazi, a toujours répété que la loi ne devrait pas sanctionner des paroles. D'autres admettaient une condamnation judiciaire, mais pas les mesures permettant de faire cesser immédiatement des appels réitérés et prévisibles à la haine raciale.

 

Depuis le lundi 4 mai , sur le site "Quenel Plus" de Dieudonné, s'affiche ce qui est présenté comme un entretien avec Patrice Alègre, actuellement détenu à la centrale de Poissy pour cinq meurtres, une tentative de meurtre et six viols qu'il a reconnus. Dieudonné affirme depuis plusieurs années animer un « atelier » dans cette centrale avec d'autres personnes condamnés pour meurtres et tortures , dont Germain Gaiffe, présenté comme le directeur de publication de Quenel Plus. Depuis quelques semaines, il annonçait son rapprochement avec Patrice Alègre.

 

Apocryphe ou non, le contenu de cet « entretien » est difficilement soutenable à la lecture. Dans un premier temps, le texte s'attaque à l'enfant en situation de handicap de Laurent Louis, politicien antisémite belge avec lequel Dieudonné s'est récemment brouillé pour une affaire de gros sous liée au lancement d'une entreprise baptisée l'Ananassurance. « Morte née accrochée au fion de sa mère », « cancrelat tout désarticulé », «  baignant dans sa pisse et dans ses excréments » sont quelques uns des qualificatifs utilisés. Dans la suite du texte, l'auteur appelle au meurtre à coup de pelle de l'enfant. Dans la suite de l'article, c'est l'assassinat récent d'une petite fille violée qui est évoquée dans des termes tout aussi insoutenables, accompagnés du prénom de l'enfant.

 

Une partie des antisémites qui commentent ce texte sur le site de Dieudonné,  se déclarent choqués. Bien évidemment, quand ceux là disaient qu'on pouvait rire de tout, ils pensaient surtout qu'on pouvait rire des victimes juives du génocide perpétré par les nazis.

 

Mais la question posée par cet appel au meurtre des enfants en situation de handicap, accompagné d'apologies de viols et de meurtres d'enfants ayant réellement été assassinés, ne met pas seulement en cause la responsabilité des partisans officiels de Dieudonné.

 

Qu'en pensent celles et ceux , organisations politiques, éditorialistes plus ou moins connus, militants  de la « liberté d'expression » et qui défendent une politique qui consisterait à réagir uniquement  par la voie judiciaire , au coup par coup, à chaque nouvelle provocation prévisible du néo-nazi ?

 

Les plaintes déposées contre des vidéos antisémites et racistes publiées par Dieudonné ont mis des semaines, voire des  mois à aboutir à leur suppression sur You Tube. Dans l'intervalle, elles avaient été visionnées des centaines de milliers de fois. Il en sera de même pour ce texte si une plainte est déposée. Dans l'intervalle, les droits et les libertés individuelles des enfants nommément visés dans ce texte sont-ils respectés ? Doit-on imposer à la famille d'un enfant assassiné et violé qu'un tel discours public soit disponible ?

 

Ceux qui répètent depuis des années que sanctionner Dieudonné serait lui faire de la « publicité », sont-ils prêts à défendre le maintien de ce texte, à expliquer aux familles concernées qu'il vaut mieux ne rien faire et ne rien dire ?

 

Mais si la réponse est négative, alors pourquoi serait-elle positive pour d'autres ? Pour la famille d'Ilan Halimi qui a du supporter une vidéo où Dieudonné parle de profaner le cadavre de leur fils tué ? Pour l'ensemble des survivantEs du génocide commis par les nazis qui doivent supporter depuis des années qu'on les traite de menteurs et de faussaires, qu'un néo-nazi nie l'atrocité de ce que leur ont fait les nazis ?

 

En 2009, dans une vidéo postée après son invitation au Zénith faite au négationniste Robert Faurisson, Dieudonné disait «C’est nucléaire ce qui vient de se passer. J’ai fait mieux que Fourniret, Dutroux, tous les pédophiles. Pourquoi tu vas te faire chier à violer un enfant. T’invite Robert (Faurisson) chez toi, t’es peinard»…

 

Evidemment, ceux qui ont défendu sa « liberté d'expression » à ce moment là, n'imaginaient sans doute pas que Dieudonné irait aussi convoquer des tueurs en série ordinaires à sa table pour faire l'apologie de la persécution et du meurtre d'enfants, qui ne soient pas ceux spécifiquement assassinés par les nazis dans le cadre d'un génocide.

 

Pourtant dès lors qu'on ne nie pas l'évidence, à savoir que Dieudonné est un néo-nazi, son propos actuel est insoutenable mais parfaitement logique. L'élimination  des personnes en situation de handicap mental ou physique a été perpétrée par le 3ème Reich. De même, les nazis ont perpétuellement franchi les limites socialement consensuelles concernant ce qui pouvait être fait à des enfants. Dès lors qu'on ne traite pas idéologiquement les personnes juives ou supposées juives différemment du reste de l'humanité, alors il n'y pas de différence de principe entre le contenu de ce texte et d'autres déclarations de Dieudonné et des siens.

 

En fait c'est l'ensemble de la rhétorique dieudonniste qui est d'inspiration nazie : eux aussi légitimaient les persécutions et les meurtres d'enfants en accusant les Juifs de pépétrer des crimes rituels contre les enfants. Et depuis des années, les réseaux qui s'agitent autour de Dieudonné et ce dernier utilisent la thèse du complot pédophile des « élites mondialisées ». Ils n'hésitent pas dans ce cadre à persécuter nommément des gens en les accusant publiquement de viol ou de meurtre , parfois sur leurs propres enfants.

 

Si ce texte peut-être considéré comme une forme de « suicide politique » , dans la mesure où il l'expose à la réprobation d'une partie même de son public, il est peut-être aussi le fruit d'une stratégie volontaire. Dieudonné ne peut pas ignorer que la présence de contenus à caractère pédophile est légalement passible de la fermeture immédiate du site dans son ensemble, ou du moins de l'impossibilité partielle d'y accéder par le biais des fournisseurs classiques d'accès à Internet.

 

Cette mesure qui toucherait l'ensemble d'un de ses sites et pas seulement un contenu spécifique présenterait un caractère « inédit ». Dans un moment où divers affrontements internes à l'extrême-droite antisémite lui posent problème, Dieudonné peut espérer qu'une telle mesure ressoude non seulement ses troupes, mais aussi génère une opposition semblable à celle qui a par exemple accompagné l'interdiction d'un seul de ses spectacles à Nantes, après qu'il ait réitéré dans les précédents des appels à mettre des personnes juives dans les chambres à gaz.

 

En tout état de cause, si Dieudonné n'avait pas été soutenu au nom de la « liberté d'expression » pendant des années, si en lieu et place, l'ensemble de celles et ceux qui se sont mobilisés au nom des droits du néo-nazi avaient utilisé leur énergie à se mobiliser concrètement contre sa propagande, la situation serait sans doute bien différente. Mais c'est au mieux l'indifférence à l'antisémitisme qui a prévalu, une indifférence bien souvent teintée de sous entendus accusatoires : si Dieudonné était ce qu'il était, c'était un peu la faute de ses victimes qui avaient sur-réagi à ses propos et l'avaient « rendu fou ».

 

Les mêmes aujourd'hui pensent-ils que des enfants en situation de handicap ou assassinés ont fait quelque chose qui ait fait peser une insoutenable pression sur le néo-nazi ?

 

NB: Chacun peut aller consulter sur Quenel Plus la prose intégrale dont il est question ici, et dont nous n'avons cité que quelques extraits, et pas les plus insoutenables. Nous avons gardé copie de ce texte au cas où il serait supprimé, mais ne souhaitons pas mettre de lien y renvoyant. Par ailleurs  nous sommes bien conscients qu'une des victimes de ses dénonciations est  un fasciste tout aussi répugnant que Dieudonné. Nous lui laissons la responsabilité des méthodes dont il éprouve aujourd'hui l'ignominie après les avoir utilisées.

 

 

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Published by memorial98 - dans antisémitisme dieudonné
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 22:04

L'escalade de l'affrontement entre Jean-Marie Le Pen (JMLP) et la direction actuelle du FN ne constitue pas une mise en scène, bien qu'elle en revête parfois l'aspect.
Il ne s'agit pas non plus d'une répartition artificielle des rôles, destinée à "ratisser large", même si Marine Le Pen (MLP) pourra à terme tirer profit de la situation afin d'apparaitre plus modérée que son père, sans avoir rien changé sur le fond du programme de son parti, toujours basé sur la "préférence nationale" et l'exclusion de couches entières de la population. La direction actuelle du FN pourra ainsi intégrer plus aisément des politiciens de droite qui ne demandent qu'a le rejoindre et à qui il faut donner un coup de pouce sous forme d'une prétendue "dédiabolisation".

 

De même, il serait artificiel d'opposer un JMLP uniquement "trublion" et qui n'aurait jamais voulu accéder au pouvoir, à une MLP réellement désireuse d'y parvenir. En effet JMLP peut se prévaloir d'avoir figuré au 2e tour de la présidentielle de 2002, en éliminant le premier ministre socialiste de l'époque, ce qui n'est pas le cas de la cheffe actuelle du FN. Il a aussi obtenu des accords aux régionales d'abord en PACA avec Gaudin dès 1986, puis dans 5 régions en 1998.

 

D'ailleurs dans son interview à Rivarol du 9 avril, JMLP tire un bilan critique du résultat du FN lors des récentes élections départementales; il déclare: "Il fallait s’attendre à ce que les résultats ne correspondissent pas tout à fait à notre très grand succès du premier tour. Le FN... est bien le premier parti de France ayant réuni au premier tour plus de 25 % des voix et plus de 5 millions de suffrages. Il est devant l’UMP et le PS. Le FN a réalisé un très beau parcours au premier tour mais, s’agissant d’un scrutin majoritaire à deux tours, nous avons été apparemment battus le 29 mars au soir car nous avons obtenu 62 élus sur 2054... ce type d’élections locales au scrutin majoritaire à deux tours étant certainement le plus difficile qui soit pour un mouvement comme le nôtre qui ne dispose encore que de peu de notables..."

Le Pen indique ainsi que le FN attire beaucoup de votants au premier tour en raison de son identité mais ne peut pas franchir l'étape locale du 2e tour, en raison du barrage des autres partis. On sait que JMLP n'a jamais accordé d'importance à l'implantation électorale locale et comptait avant tout sur l'élection présidentielle.

 

En réalité, il s'agit actuellement d'un véritable affrontement politique. JMLP est persuadé qu'une posture plus "dure" incluant au niveau national une expression ouverte de l'antisémitisme, du négationnisme et même une forme de soutien à Pétain sont nécessaires à l'identité de "son" parti et à ses éventuels succès, passant par l'éclatement de la droite.

 

Les dirigeants actuels du FN sont sans doute tout aussi imprégnés d'antisémitisme que leurs prédécesseurs mais ne veulent pas que leur haine antisémite s'exprime ainsi ouvertement au niveau de la propagande centrale du parti, ni qu'elle fasse trop explicitement référence au négationnisme et à la tradition pétainiste et nazie. En revanche, Marine Le Pen dénonçait, il y a quelques mois le CRIF qui « manipulerait » les Juifs français et les dresserait contre le FN. L'entourage de Marine Le Pen est lourdement chargé d'anciens dirigeants du GUD tel Frédéric Chatillon, dont l'antisémitisme est bien connu. Ils assurent aussi la liaison avec Dieudonné et Soral. De plus la direction du FN toute entière a aussi toléré et minimisé les déclarations antisémites de ses candidats aux départementales. On peut même penser que le retrait éventuel de JMLP permettra désormais au FN d'aller plus loin sur les thématiques antisémites, dans un contexte qui y est favorable et de manière "maitrisée". Pour se dédouaner, il se réfugiera derrière la condamnation de l'interview de JMLP dans Rivarol.

 

Dans ce cadre et même s’il a tout fait pour que sa fille Marine lui succède, le président d’honneur du FN a, dès le congrès d'intronisation de celle-ci en 2011 à Tours, tenu quant à lui à marquer profondément la matrice explicitement antisémite de son mouvement. Il considère que cet antisémitisme est la marque distinctive du FN et garantit son extériorité par rapport à ce qu'il nomme "le système", dans un terme d'ailleurs repris du vocabulaire nazi. Il vient encore de faire référence à cette soumission au "système" qui constituerait la toile de fond des attaques qui le visent.

 

Sa rancune a été stimulée par sa mise à l'écart des décisions quotidiennes du parti ainsi que par les déclarations de différents partis de l’extrême-droite européenne, qui ont justifié leur refus d’alliance avec le FN au Parlement européen par les déclarations antisémites de son fondateur et président d’honneur. C’est notamment le cas du parti UKIP britannique. Sa non-désignation comme tête de liste FN en PACA lors des régionales de décembre prochain représente un véritable casus-belli.

 

Le Pen rejette la « dédiabolisation » qui impliquerait un jugement négatif sur sa propre carrière, toute entière basée sur une posture de chef fasciste tricolore, dirigeant autoritaire d'un parti construit par d'anciens vichystes, voire des rescapés de la Waffen-SS. Ainsi, à l'approche inéluctable de sa retraite politique, Le Pen tente de justifier son échec personnel en l'attribuant à la puissance du « lobby juif ».

 

En effet, le fondateur du FN n'a jamais réussi à concrétiser les importants succès électoraux de son parti, alors qu'il se voyait aux portes de la participation au pouvoir.

Sa présence au deuxième tour de la présidentielle de 2002 est restée sans lendemain. Même les alliances établies avec la droite lors des élections régionales de 1998 ( et dans lesquelles Bruno Golnisch, son ancien ennemi et actuel allié joua un rôle important) se sont ensuite effondrées. La seule exception fut la région Languedoc-Roussillon qui demeura gérée par une alliance droite-FN sous la présidence de Jacques Blanc, resté sénateur jusqu'en 2011 et proche de Copé.

 

Face à ce qui apparaît comme un bilan d'échec de sa trajectoire politique, Le Pen fait appel, avec une violence accrue, à deux explications déjà utilisées à de maintes reprises: celle de la « décadence de la France » et celle de la responsabilité du « lobby juif » qui a bloqué son ascension. C'est le sens de ses propos dans l'interview du magazine « Bretons » en Avril 2008 à propos du « point de détail ». Il y expliquait: «... C'est le sujet qui est important, je crois. J'aurais parlé, même de très loin, du génocide vendéen, personne n'aurait été choqué... Est-ce un pays de liberté où une phrase, si contestable soit-elle - et prononcée par un homme public -, mérite 150 millions d’amendes et la mise à l'index de l'individu et de son parti ?"

 

Le Pen cherche à faire passer le message suivant: " j'ai échoué car j'ai osé toucher au tabou de la Shoah; les Juifs m'ont harcelé et marginalisé"

Cette thématique a déjà été martelée pendant des années, en mettant en cause le patronyme juif des journalistes de l'audiovisuel, en évoquant « l'internationale juive » ou un soi-disant pacte des partis de droite avec la fantasmatique organisation juive Bnai-Brith pour interdire les alliances entre la droite et l'extrême-droite.

 

Dans l'affrontement actuel, Le Pen a l'impression de rejouer la bataille de 1998 contre Mégret, qu'il avait surnommé le "félon". Déjà à l'époque l'appareil soutenait très majoritairement Mégret, qui prétendait "dédiaboliser" le FN et adapter son langage, sans rien changer au fond raciste. De très nombreux "traîtres mégretistes" sont d'ailleurs présents au sommet de la direction actuelle du FN, dont Steeve Briois et le secrétaire général Nicolas Bay. Il est à noter que la volonté de "modernité" de Mégret ne l'empêcha nullement d'accueillir au sein de son parti, le MNR, certains des négationnistes et antisémites les plus extrêmes issus du FN, tels l'avocat Eric Delcroix et Pierre Vial, dirigeant du mouvement néo-nazi Terre et peuple .

JMLP pense sans doute aussi disposer d'un pouvoir de nuisance lié à son nom, à sa connaissance intime de l'histoire du FN ainsi qu'à ses sources de financement passées et présentes.

 

L’hypocrisie des dirigeants du FN

 

Depuis des années une grande partie de l'appareil frontiste se retrouve sur une ligne dite de " dédiabolisation" destinée à sembler se préoccuper avant tout de mobiliser l'électorat FN. Cet électorat se sentirait en général moins directement motivé par l'engagement antisémite et négationniste générique du FN que par sa ligne anti-immigrés et islamophobe. Louis Alliot déclarait ainsi dès 2008: « ... Dans la situation actuelle marquée par une augmentation de la pauvreté sans précédent, par l'accentuation des flux migratoires, par les dégâts considérables initiés par la mondialisation économique, par l'installation durable d'un islam radical sur notre sol, les Français attendent des solutions concrètes et une vision crédible de l'avenir que nous leur proposons. Concentrons-nous sur l'essentiel: les combats électoraux à venir... »

L'antisémitisme demeure néanmoins très présent parmi nombre de cadres du FN et dans son environnement militant. On a pu le constater très récemment lors de la campagne des départementales. Une des caractéristiques de cette campagne aura été la présence notable d'un discours antisémite assumé par le FN, à la surprise de certains. De nombreux candidats visaient ouvertement les Juifs dans leurs diatribes virtuelles, beaucoup ont affichent sans souci leur admiration conjointe pour Dieudonné et Pétain.

 

Même aujourd'hui aucun des dirigeants du FN ne veut dénoncer explicitement la nature antisémite et génocidaire des propos de Le Pen. Certes ils critiquent ses propos et le fait qu'il les tienne dans Rivarol. Ils dénoncent l’exploitation qui est en faite par les adversaires du FN et lui en attribuent la responsabilité. Marine Le Pen parle ainsi de provocations et d'actes d'hostilité dont elle serait la victime. Mais aucun dirigeant du premier cercle ne se permet de dire que JMLP est et a toujours été, un nostalgique de Pétain et un antisémite forcené. Ces dirigeants devraient alors reconnaitre qu'ils sont coupables d'avoir travaillé avec un tel personnage et d'avoir notamment assumé depuis 28 ans et 4 campagnes présidentielles la phrase sur les "chambres à gaz, détail de l'histoire" prononcée pour la première fois le 1" septembre 1987 dans l'émission Le Grand Jury de RTL.

 

D'ailleurs, face aux appels à l'exclusion de JMLP lancés par de proches de Philippot, la garde rapprochée de MLP s'est empressée de publier des messages d'apaisement . Ainsi Alliot a déclaré vendredi 10 avril sur RMC et BFMTV. « Je ne suis pas favorable à une exclusion. Je tiens compte du travail effectué, de tout ce qu’il a apporté au combat national. Je suis rentré au Front parce que c’était lui ». Aymeric Chauprade, proche quant à lui de Marion Maréchal-Le Pen, s’est lui opposé sur Twitter au souhait de Florian Philippot d’exclure le président d’honneur : « Qui suis-je, moi, pour sanctionner ou exclure le fondateur du Front national ? Celui qui a nourri mon engagement politique et ma passion pour le combat patriote ? Mon honneur me l’interdit. ».

 

On ne peut pas connaitre l'issue de la bataille en cours au sein du FN mais nous savons que nous combattrons plus que jamais ce parti raciste, antisémite, anti-social, fasciste, ses idées et le poison qu'il déverse quotidiennement.

 

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