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L'association MEMORIAL98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l'affaire Dreyfus.  

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 19:39
 
 
À propos du film Chomsky et Cie de Daniel Mermet et O.Azam
par Laura Laufer

 
Ce film, qui selon Daniel Mermet désire faire œuvre « d'éducation populaire », se présente sous la forme d'entretiens, divisés en chapitres:  Qui est Chomsky ? Dans quelle boite le ranger ? Voici deux  titres de ces chapitres qui entendent présenter la personnalité et les idées politiques du linguiste  américain.
 
Loin d'être bien documenté sur son sujet, Chomsky et Cie se révèle complaisant, ignorant et tenant du fan-club. Un retour critique s'avère utile sur ce film et son dossier de presse (http://www.lesmutins.org/chomskyetcompagnie/?p=101#). Il en de même pour le "Cahier de l'Herne" de 2007 consacré à Chomsky, sous la houlette du physicien et universitaire belge, Jean Bricmont, proche de l'extrême-droite et  également « grand témoin » dans le film.

HAGIOGRAPHIE
Dans le dossier de presse du film, Bricmont livre un florilège relevant du culte de la personnalité, du mépris pour le genre humain ou de l'omission politique.

 
Bricmont qui s'active depuis des années pour faire connaître Chomsky précise « le jour où mes efforts seront couronnés de succès, je n'ai pas de doute, il deviendra un gourou ; c'est dommage, mais c'est la psychologie humaine qui est ainsi faite  » ... Le mépris pour le genre humain est ici mâtiné d'un déterminisme inquiétant.

« Je l'appelle le Marx de notre temps» -excusez du peu !- dit Bricmont qui regrette que les anarchistes ne parlent pas de Chomsky ou alors « comme d'un faux anar  ».
Mais les anarchistes ont plutôt raison. S'il est aisé de repérer dans les propres dires du linguiste son  opposition résolue à la révolution d'Octobre 1917 et à Lénine et Trotsky qu'il considère comme « les pires ennemis du socialisme », qu'en est-il d'une éventuelle appartenance à un parti ?  
Bricmont précise : « il n'a jamais été ni léniniste, ni maoïste, ni stalinien, ni trotskyste, ni même anarchiste.  Il pourrait être à la rigueur d'accord avec les marxistes d'avant 1914 ».
Seule cette dernière allusion dit vrai mais dans un sens inattendu.

 
En effet, L'Hebdo des Socialistes n° 507, du 8 novembre 2008, journal du Parti Socialiste Européen, confirme ce que la majorité du public ignorera et dont les auteurs du film ne disent rien. Chomsky appartient depuis fort longtemps à l'Internationale Socialiste. Celle-ci est en effet représentée aux USA par le Democrat Socialists of America (D.S.A), qui  travaille en lien étroit avec le Parti Démocrate. Pourquoi ne pas le dire et perpétuer le seul mythe d'un Chomsky « inclassable », plutôt anarchiste? Voilà un fait d'importance qui engage un intellectuel dont nous ne doutons pas qu'il ait choisi cette adhésion en toute conscience. Un vrai documentaire l'aurait interrogé sur ce choix.

L'AFFAIRE FAURISSON- CHOMSKY

 
Chomsky signe en 1979 une pétition défendant le droit à enseigner pour Robert Faurisson qui nie l'existence des chambres à gaz homicides, des camps d'extermination, la réalité du génocide des Juifs par les nazis.
Le linguiste américain écrit un avis qui servira de préface aux thèses de Faurisson publiées aux éditions de La vieille Taupe.
Cette maison d'édition est animée par Pierre Guillaume et Serge Thion, deux anciens membres de l'ultra-gauche passés au fascisme. L'historien Pierre Vidal - Naquet  dénoncera Faurisson et ses défenseurs dans son livre  "Les assassins de la Mémoire".
Certes, Chomsky dit ne pas défendre le négationnisme mais la liberté d'expression. Le film ne l'interroge que sur cette dernière formulation, vieux débat entre les intellectuels en France et aux USA, où, sur ce sujet la culture diffère.
Mais nous ne suivrons pas Chomsky dans ses "Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d'expression" qui vante, à contrario de la France, la « tradition vivante de défense des libertés » existant aux Etats-Unis.
Les victimes du maccarthysme, les anciens révoltés d'Attica ou Mumia Abu Jamal dans sa prison apprécieront.
Certes, Chomsky dénoncera avec raison le Patriot  Act, mais nous lui donnons tort quand au nom de la défense de la liberté d'expression, il raille et fustige le parti communiste américain qui en 1977/78  proteste contre un défilé du Parti nazi dans les quartiers juifs de la ville de Skokie, banlieue de Chicago connue pour abriter une communauté juive et de nombreux rescapés du génocide nazi.
La pétition signée par Chomsky va plus loin que la seule défense de la liberté d'expression. Elle affirme que Faurisson « a fait une recherche historique approfondie et indépendante sur la question de l'holocauste ». Faurisson, un historien sérieux ? Voilà une juste question posée par Vidal -Naquet et passée sous silence par le film.
D'ailleurs Bricmont estime nécessaire de défendre la liberté d'expression de Faurisson.  Il écrit ainsi dans une note d'un article intitulé " La désionisation de la mentalité américaine"
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=6152&type=analyse&lesujet=Sionisme
     «...  [9] En France, cela voudrait dire défendre la possibilité de s'exprimer librement pour des personnalités aussi diverses que Boniface, Ménargues, Dieudonné, Chomsky, Garaudy ou Faurisson. Ceci est évidemment autre chose que défendre les idées de ces personnalités... »
On notera au passage la manœuvre de Bricmont consistant à amalgamer Boniface et Chomsky à des négationnistes et antisémites avérés tels que Garaudy, Faurisson, Dieudonné.
Faurisson n'est pas du tout un « libéral apolitique» comme l'écrit Chomsky au cours de la polémique,  pour lancer qu'il est « cinglé », puis au final et après maintes contorsions consentir à reconnaître son soutien comme une erreur. De fait, Faurisson et Thion s'inscrivent dans une tradition politique, celle du courant négationniste fondé par  les nazis eux-mêmes et par le militant pétainiste Bardèche, puis popularisé par Paul Rassinier.
On peut s'inquiéter de lire sous la plume de Bricmont, dans le récent Cahier de l'Herne, une  caractérisation de Serge Thion en «spécialiste du Cambodge, un militant anticolonialiste depuis toujours". Que veut dire, en 2007, une présentation positive de Thion, fasciste et négationniste depuis 20 ans ?
Enfin, Chomsky prétend disqualifier le droit des vainqueurs au Tribunal  de Nuremberg, ce qui renvoie, dos-à-dos nazis et victimes et cautionne la base du négationnisme.
 Le procès de Nuremberg nécessiterait un long développement.
 
Notons que n'y fut pas jugé le sauvetage possible des camps de la mort,
La guerre avec le Japon en était exclue et donna lieu à un ersatz de procès à Tokyo : ni les massacres de l'armée japonaise à Nankin, ni la bombe d'Hiroshima n'ont été réellement traités. Il en ira de même des actes de cannibalisme commis par des soldats japonais sur  les prisonniers et les populations civiles. Mais cette dernière barbarie « n'existerait » sans doute pas pour Chomsky qui nie l'existence du cannibalisme dans l'Histoire. Ce dont se moque, sur un mode cinglant, Pierre Vidal Naquet dans sa dénonciation du négationnisme.

 
À Nuremberg, procès monumental conçu au départ comme tribunal de guerre, suite au partage du monde préfiguré, dès 1943, à la Conférence de Téhéran, les millions de morts juifs « s'invitèrent ». Sur l'ampleur d'une catastrophe jusqu'ici inimaginable et inconnue dans l'histoire, les Etats-unis et l'URSS pressés par leurs propres communautés juives, devaient au moins nommer « la chose ».
 
C'est ainsi que naquit la notion de « crime contre l'humanité » puis en 1948 le terme de génocide élaboré par le juriste Lemkin qui faisait partie du Parquet à Nuremberg. Avancer que la  notion de « crime contre l'humanité » n'empêche ni la reproduction des massacres et génocides, ni l'impunité de leurs responsables, tant que l'impérialisme domine le monde constitue une vision idéaliste du droit. La définition du crime n'arrête pas celui-ci. Ainsi l'accident du travail, qui n'est que la requalification du meurtre ou de la mutilation de l'ouvrier, n'a pas disparu par le seul fait de sa définition. Mais, si chaque patron se voyait condamné au pénal, la sécurité du travailleur sortirait grandie et mieux assurée. Le respect et l'application du droit acquis, la punition de son mépris ou de son viol sont bien l'expression d'un rapport de forces qui résulte d'un combat. Sa feuille de route tient dans l'injonction «Plus jamais ça ».

REVISIONNISME  
Le plus stupéfiant du film concerne l'Allemagne de Weimar. Pour illustrer la thèse de Chomsky sur la "Fabrique du consentement" (titre d'un de ses ouvrages les plus connus), on y prétend que la « masse » allemande, présentée comme un troupeau sans distinction de classes, a pu, malgré ses grands «acquis démocratiques»  consentir au nazisme par la seule force de persuasion des médias.
 
On nous présente le journaliste américain Walter Lippmann comme principal inspirateur de la propagande nazie laquelle, en vérité, hérite de Gustave Le Bon. Dans la Psychologie des foules (1894), Le Bon analyse les moyens d'influencer les masses à leur insu. Ce précurseur de l'ethnoracisme, membre du mouvement normand d'extrême droite, fut traduit dans plusieurs langues et connut un grand succès auprès des partis les plus rétrogrades. Il fut le principal inspirateur de la propagande nazie, de Mein Kampf aux discours de Goebbels.
 
Mais il fallut plus fort que les discours pour qu'advienne le IIIe Reich (voir ici).  Chomsky et le film oublient pour les années 1920, l'écrasement de la révolution allemande, l'assassinat de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht par le social-démocrate Noske et pour les années 30, la  tragique division du mouvement ouvrier renforcée par le cours destructeur lancé par Staline, à l'heure où il aurait fallu s'unir face aux forces réactionnaires et à l'oligarchie financière qui soutenaient Hitler. Même silence, ici, de Chomsky sur la construction du parti nazi, des S.A, la terreur contre les meetings ouvriers, les syndicats, l'assassinat de milliers de communistes, socialistes, anarchistes et chrétiens antinazis.
Venant d'un grand intellectuel théoriquement bien informé des choses du monde, nous doutons que cela puisse être ignorance. Non. Cela s'appelle réviser l'histoire.
    

Laura Laufer

Les citations sont extraites du dossier de presse rendu public sur Internet, du film ou du Cahier  de l’Herne. Chomsky 2007
A lire : Les assassins de la mémoire. Pierre Vidal –Naquet. Ed. Points Seuil.1995




 

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Published by memorial98 - dans memorial98
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commentaires

louis 05/03/2009 18:20

Très bel article, bravo

Tietie007 17/01/2009 14:00

L'anti-américanisme exacerbé peut amener à dire un peu n'importe quoi ... et dans tous les événements de ce monde, Chomsky y voit la main invisible du grand capital américain !

Milla 02/01/2009 12:29

je crois qu'en terme de culture, elle a été expérimentée par ces nazis qui détenaient le savoir, Freud avait écrit le malaises dans la culture a une époque ou le premier volume de sein kampf du moribond apparaissait. Le malaise dans la culture avait a cette époque un autre titre "malaise dans la civilisation" qui impliquait la faute du peuple allemand, et ses positions extrèmes, mais en fait, c'était un leurre, puisque biensure la manipulation des esprits a engendré ce que nous savons, quoique des mouvements de résistances ont pu s'organiser dans ce pays, mais le Goebbles nain étant doctorant en philologie, il  a su s'approprier la culture pour la mettre a disposition de l'horreur. Il y avait un etre fabuleux, Viktor Klmeperer... qui a cette meme époque décrivait la manipulation à travers la Novlang, la LTI ou  le décryptage du language utilisé par les nazis et plus précisément le nazillon... cette novlang est subitement réapparu ces derniers temps vous ne pensez pas ??? discrimination positive, laicité positive, croissance positive et j'en passe lol cordialement